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18 décembre 2010

Lectures de Noel

Est-ce parce que je vieillis que la littérature française contemporaine me paraît fade ? Ou cédé-je au catastrophisme que l’on me reproche, à la nostalgie du « c’était mieux avant », au tropisme de la bibliothèque, plus proche que la plus proche des librairies…

Le fait est que je lis moins, en ce moment, que je ne relis. Laclos ou Marivaux avant Anna Gavalda ou François Bégaudeau. Allez savoir pourquoi…

 

Pourtant, le métier — qui m’amène à ressasser sans cesse, à l’usage de gosses pour quoi c’est tout beau tout nouveau, les mêmes références à une centaine d’œuvres indispensables — devrait m’inciter, par compensation, à chercher chez les contemporains un dérivatif à cette infusion permanente de classiques… Pourtant, je fais des efforts — mais ce que je lis de mieux, depuis quelques années, arrive presque systématiquement de l’étranger — Zafon et l’Ombre du vent, par exemple. La France est singulièrement tarie.

Mais je ne demande pas mieux que d'être détrompé.

 

Imaginons un instant que ce sentiment, que je sais partagé par nombre de lecteurs compulsifs, soit légitime. Peut-être pourrions-nous y voir l’une des causes de la désaffection des jeunes à l’égard de la lecture, soulignée récemment par Natacha Polony sur son blog (1). Si les jeunes ne lisent plus, c’est que la littérature jeunesse contemporaine (et je suis plutôt d’accord avec la journaliste du Figaro pour en dénoncer l’imposture) est moins fascinante que ce que prétendent, d’une seule voix, les pédagos qui préfèrent Gudule à Alexandre Dumas, et que Harry Potter, quelles que soient ses qualités, a moins d’épaisseur et de mimesis potentielle que le Rémy de Sans famille.

 

Et pourquoi diable, parce qu’il se trouve des éditeurs qui vendent du papier qu’ils appellent livres, devrais-je me convertir au tout venant, alors que je peux relire Bel-Ami ou le Père Goriot ? Pourquoi diable devrais-je étudier Joseph Joffo (qui n’a jamais écrit Un sac de billes, ou, du moins, ne l’a pas écrit lui-même…), alors que les jeunes consciences en face de moi n’ont aucune idée de ce qu’il y a dans les Misérables ? Pourquoi devrais-je porter Twilight aux nues, quand j’ai tant de plaisir à relire les gothiques anglais — Dracula, bien sûr, mais essayez donc Sheridan Le Fanu et sa Camilla : c’est autrement saignant, si je puis dire, que les niaiseries mormones de Stephenie Meyer.

Je suis un peu inquiet, à vrai dire, quand je vois ce qu’il y a dans les best-sellers d’aujourd’hui — l’idéologie molle et postmoderne passe aussi par ces livres qui ne seront jamais que des tas de papier.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : ce qu’on lit dans ses quinze premières années (et, a fortiori, ce qu’on ne lit pas) forge le tempérament plus sûrement encore que ce que l’on vit. Je regardais tout récemment le Cyrano de Bergerac mis en scène, il y a trois ou quatre ans, par Podalydes (2). J’ai appris cette pièce par cœur vers huit ans, en l’écoutant en boucle sur microsillon — à l’époque, c’était Daniel Sorano qui interprétait le rôle. Eh bien, la conjonction du Gascon de Rostand et de celui de Dumas a eu sur ma vie une influence déterminante (3) : se battre, comme Don Quichotte, contre tous ces gens qui « tournent à tout vent », « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul » — et, in fine, « Mourir, la pointe au cœur en même temps qu’aux lèvres ». "L'âme mousquetaire". Et affronter tous les puissants, ministres ou non — sachant toutefois que ce n’est plus Richelieu qui est aux commandes, le temps des nains est venu.

 

SI jamais vous êtes en quête d’une lecture pour les vacances, lisez ou relisez les Trois mousquetaires. Si vous commencez à pencher vers l’âge mûr, plongez-vous dans Vingt ans après. Et si vous avez l’âme noire, osez le Vicomte de Bragelonne, dont les vingt derniers chapitres constituent sans doute l’un des plus fascinants tombeaux jamais élevés en littérature. Si Millenium vous a ennuyé autant que moi (4), essayez le Comte de Monte-Cristo — c’est imparable.

 

D’autant que relire, ce n’est jamais lire à nouveau le même texte : le regard change tant qu’on lit toujours un nouveau livre, à chaque relecture. Je demandais récemment à des élèves d’Hypokhâgne de réfléchir sur l’insuccès de Stendhal et du Rouge et le noir en 1830. Mais c’est que l’ironie cinglante qui y suinte à chaque ligne, c’est un truc de quadragénaire — et au-delà. Les enseignants devraient bien réaliser qu’ils demandent à des adolescents de réfléchir sur des œuvres écrites par des hommes mûrs, et même un peu plus, en données corrigées des variations saisonnières : un homme de 47 ans en 1830, c’est un homme de 57 aujourd’hui — j’en connais un qui a justement cet âge…

Alors… Le Rouge, bien sûr. Les Liaisons, c’est entendu. C’étaient les deux seuls titres français que Gide aurait emportés sur une île déserte — il était affligé, à l’époque, d’un snobisme dostoïevskien qui l’amenait à dénigrer Hugo (« hélas… »), Balzac, Zola et les autres. Oui, Stendhal ou Laclos. Mais aussi Maupassant, ou Racine — et Corneille plus encore que Racine. Vous reprendrez bien un petit coup de Cid, comme aurait dit Béru ?

 

À l’orée des fêtes de fin d’année, à chacun de révéler ses coups de cœur littéraires — qu’il s’agisse de ses vieilles maîtresses, comme aurait dit Barbey (5), ou de ses amants récents : je n’exclus pas que des pépites brillent encore aux étals des libraires — après tout, je fais grand cas de Yoko Ogawa (6). Je suis bien curieux de savoir ce que lisent les un(e)s et les autres, en ces pays de neige — souvenir de Kawabata — et en ces temps de frimas au coin du feu.

Sur ce, amusez-vous bien, et faites autant de folies, gastronomiques ou autres, que nécessaires pour vous sentir en vie. Et si vous ne savez pas quoi cuisiner, si vous êtes tout seul le 24 décembre, relisez donc le Festin de Babette — on se nourrit de livres aussi sûrement que de cailles en sarcophage.

 

Jean-Paul Brighelli

 

PS. Une journaliste du nom de Florence d'Arthuys prépare une émission sur les conditions de travail des profs. Si ça chauffe dans votre classe, ou aussi bien si vous êtes parvenu à ce que ça ne chauffe plus, contactez-la de ma part : soit au 06 22 85 40 02, soit à flodarthuys(arobase)hotmail.com

 

(1) http://blog.lefigaro.fr/education/2010/12/-les-jeunes-lis...

(2) Voir par exemple ce qu’en disait il y a quatre ans Pierre Assouline sur son blog : http://passouline.blog.lemonde.fr/2006/06/08/2006_06_cyra...

(3) On ne dira jamais assez que ce qui a fait Sartre, ce qui lui a donné l’envie de ferrailler sa vie durant, c’est peut-être la lecture précoce de Pardaillan par le jeune Poulou — lire et relire les Mots.

(4)Voir http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2010/10/24/millen...

(5) J’aime beaucoup Barbey d’Aurevilly. Franchement, je donnerais ma main gauche — ma préférée, celle avec laquelle… — pour avoir écrit les trois premières pages du « Bonheur dans le crime », dans les Diaboliques.

(6) Chez Actes Sud — encore bravo pour l’avoir éditée. Essayez donc Cristallisation secrète, qui est vraiment très inquiétant. Ou Hôtel Iris, si vous voulez savoir ce que peut donner l’art du Shibari. Un beau roman pour adolescentes délurées, tiens…

 

08 décembre 2010

PISA et dépendances

Ainsi donc, l’oracle a parlé : mardi 7 décembre, la Pythie PISA a déclaré que :
- Le niveau des collégiens français a globalement baissé, particulièrement dans les matières scientifiques ;
- L’écart entre garçons et filles se creuse — ce qui donne encore une fois raison à Jean-Louis Auduc (1), qui voudrait bien sauver les garçons, mais qui n’en peut mais, dans un système qui laisse les petits caïds accabler les « intellos ». De façon significative, les garçons s’en tirent mieux que les filles dans le décryptage des « textes non continus » (les graffitis ?), alors que ces demoiselles, probablement, dit l’enquête, parce qu’elles ont des habitudes de lecture différentes, sont plus à l’aise avec Guerre et paix ou Harry Potter ;
- Pire : le fossé entre les meilleurs élèves (dont le nombre s’accroît très légèrement) et les gosses à la ramasse est désormais un gouffre. Nous sommes désormais champions du monde du grand écart (et seuls ces 32% d’élèves de bon niveau, taux vraiment considérable par rapport à nos partenaires et concurrents, permettent au pays de figurer dans la moyenne de l’OCDE). Ce qui ne peut signifier qu’une chose : nous sommes désormais installés dans une école à deux vitesses. Quand je pense qu’il y en a encore pour exiger un collège encore plus inique — pardon : unique — et des ZEP toujours plus ghettoïsées… L’assouplissement de la carte scolaire a profité aux initiés, et coulé davantage ceux dont la compréhension fine du système laisse à désirer. Et les pédagogies molles ont fini de détruire ceux à qui elles s’adressent prioritairement. Cela fait des années que nous dénonçons la collusion du pédagogisme et du libéralisme le plus débridé. Eh bien, les résultats nous éclaboussent en pleine figure. Je ne prends PISA que pour ce que c’est — une vision flash d’un certain état du système, qui demanderait des affinements particuliers, au niveau des programmes par exemple. Mais le fait est que l’enquête internationale nous tend un miroir peu séduisant ;
- Pire encore : PISA nous apprend que l’origine sociale a un impact déterminant sur le niveau — en clair, les riches ne sont pas forcément plus intelligents, mais ils sont diablement mieux informés que les pauvres ;
- L’Ecole maternelle est encore ce que nous avons de plus fiable : les élèves scolarisés précocement ont 100 points d’avance en moyenne sur ceux qui ne l’ont pas été, particulièrement lorsqu’ils arrivent de l’étranger et ont commencé leur cursus dans des pays sauvages non signalés sur les repères PISA ;
- Les relations avec les enseignants s’améliorent, par rapport à PISA 2000 — ces salauds d’enseignants qui s’acharnent pourtant à mettre des notes et à prononcer des redoublements…
- Et ce ne sont plus les pays à système éducatif compréhensif qui sont en tête du classement, mais les contrées les plus sauvagement coercitives — Chine (Shangaï et Hong Kong particulièrement), Corée du Sud, Singapour et Japon. Quelques pays anglo-saxons, avec un système d’écoles privées performants, s’en tirent bien (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande). La Finlande commence à pâlir, comme l’ensemble des pays scandinaves — à quoi ça servait que les ministres y aillent régulièrement en pèlerinage, hein… La France, jadis modèle universel, est dans le ventre mou du classement, quelque part entre Etats-Unis et Portugal. Bravo. Encore un effort, et nous sombrerons tout à fait.

Pour être tout à fait complet, précisons que cet écart infâme entre bons élèves et élèves en difficulté caractérise, outre la France, quelques pays violemment démocratiques, comme Israël, le Qatar ou Dubaï, ou merveilleusement égalitaires, comme l’Argentine ou Trinité-et-Tobago. Ou des pays dans lesquels le poids du privé confessionnel se fait rudement sentir,  Belgique ou  Luxembourg. On applaudit bien fort.

Aucune nouvelle réelle dans ces informations. Nous payons cash les pédagogies mises en place après la loi Jospin — ce sont des élèves d’une quinzaine d’années qui sont évalués, ceux dont la scolarité s’est entièrement déroulée sous l’ère Meirieu, Dubet et alii.
Aucune surprise non plus dans les réactions qui déjà se font entendre. Puisque l’écart entre les classes (sociales et scolaires) se creuse, réduisons-le en descendant encore le niveau, en cassant les derniers thermomètres, en imposant aux meilleurs, comme cela se pratique en ce moment au lycée Honoré de Balzac (2), de se dissoudre parmi les pires — ce qui ne fera aucun bien à ces derniers. Aucune chance que cet indice catastrophiquement médiocre incite PS ou UMP à modifier leurs programmes pré-électoraux : qui veut parier que Bruno Julliard restera vissé dans ses convictions ?
Notre Ecole est en état de coma dépassé, et aucun électro-choc (PISA aurait pu en faire l’effet) ne le ranimera plus, si nous ne mettons pas en place, et très vite, un plan Marshall scolaire pour imposer des programmes qui tiennent debout, des pédagogies qui sachent les appliquer, et des maîtres qui aient envie de le faire — tant qu’il y a des maîtres (3).

Jean-Paul Brighelli

(1) Que Philippe Meirieu ait hébergé sur son site (www.meirieu.com/FORUM/auduc_fillesgarcons.pdf) les conclusions d’Auduc pourrait paraître intelligent — sauf que les enseignements qu’il en tire vont à l’inverse de ce que l’on devrait en déduire.
(2) Voir http://www.causeur.fr/c’est-balzac-qu’on-assassine,8012
(3) Qui veut un CAPES facile ? Il est beau, il est frais mon CAPES…
Il y avait 3000 inscrits au concours en Lettres Modernes). Jean Ehrsam, Inspecteur Général qui le préside, souhaitait donc 1800 candidats admissibles... Mais, petit problème, il n'y a eu que 1491 candidats qui ont composé les épreuves jusqu'au bout, CAPES et CAFEP inclus...
Résultat des courses la sélection se fera principalement à l'écrit, car les correcteurs ne choisiront que 2/3 des candidats ayant composé, soit un peu moins de 1000 candidats pour les 920 postes proposés... Ehrsam a précisé que l'objectif restait de pourvoir tous les postes : je vous laisse faire le calcul...
Petit récapitulatif (public et privé confondus):
3000 Candidats inscrits
1491 Candidats ont composé
1000 Admissibles environ
920 Postes
Bref, il reste à évacuer à l'oral… 80 pékins. Ou, si vous préférez, on prendra un peu plus de 90% des candidats — des candidats présents.
Après avoir pris 75% des présents à l'écrit.
Ce n'est plus un concours. C'est une formalité. On félicite encore l’administration qui a eu l’excellente idée de modifier les dates de l’écrit (d’où le pourcentage de candidats qui se sont désistés, puisqu’ils ne pouvaient être prêts). Et d’imposer une modification de l’entrée en professorat (plein exercice dès le début, sans formation ni aide), qui amène des néophytes dans le mur à grande vitesse (les démissions de néo-certifiés atteignent cette année des sommets).

24 novembre 2010

La dictature des notes

Un quarteron de spécialistes qui n’ont jamais fait classe, ou pas vu un élève depuis des lustres, plaide donc depuis deux semaines pour une suppression des notes. À l’école primaire d’abord, et plus loin si affinités.
Ils devraient se renseigner. Voilà vilaine lurette que les professeurs des écoles, comme ils disent depuis qu’« instituteur » est passé de mode, utilisent des systèmes alternatifs, pastilles de couleur, ceintures distinctives, petites croix dans des petites cases… C’est qu’ils évaluent non plus des savoirs mais des compétences — toujours « en cours d’acquisition », ce qui laisse de l’espoir aux « géniteurs d’apprenants », — les parents, dans la langue des IUFM. Le meilleur des mondes est déjà là.

Que les chantres du laxisme (ainsi les sociologues François Dubet ou Marie Duru-Bellat, inspirateurs du prochain programme du PS sur l’Education, dont le but évident est d’empêcher le retour vers la gauche de tous les enseignants qui ont voté au centre ou à droite, et si possible d’en perdre encore davantage) applaudissent des deux mains, rien d’étonnant. Et que Camille Bedin, jeune déléguée de l’UMP à l’égalité des chances, ânonne la même chose, en dit long sur le front commun d’une Droite qui ne comprend toujours rien à l’Ecole et d’une Gauche qui s’acharne à la ruiner — unanimisme que symbolisait tout récemment la présence de Bruno Julliard à la journée de réflexion sur l’Enseignement organisée par Jean-François Copé. Mais qu’Axel Khan, inopportunément sorti de ses éprouvettes, fasse chorus, est inquiétant. Que Boris Cyrulnik ou Marcel Rufo, qui traitent chaque jour des souffrances réelles, aient pu croire que les malaises supposés des enfants découlent principalement du système de notation laisse pantois. Soyons courtois, disons que leur bonne volonté a été surprise par les hérauts du pédagogisme, de cette « démocratisation » qui engloutira quelque jour la République, et analysons sérieusement cette protestation amplement relayée par les médias, qui trouvent que Peter Gumbel, autre héraut de la sweet attitude, a quelque chose à dire, puisqu'il n'y connaît rien.

D’abord, tout cela n’a rien de très nouveau. Voilà des années qu’André Antibi, obscur mathématicien toulousain qui a trouvé un bon moyen de se faire une réputation, dénonce ce qu’il appelle « la constante macabre », cette répartition des notes en courbe de Gauss qui, pour tirer un tiers d’élèves au niveau requis, implique que les autres n’y sont pas — grande nouvelle ! Fini, le décourageant « Peut mieux faire », l’outrageant « Doit faire un effort », le sarcastique « Fait-il tout ce qu’il peut ? » des bulletins trimestriels. Désormais, chacun sera d'emblée au firmament. Après le think positive, le grade positive. Je le dis en américain parce que c’est bien d’outre-Atlantique qu’a débarqué cette mode de la self esteem, alpha et oméga des pédagogies nouvelles. Le A-B-C-D-E s'y est réduit à A-B-C, depuis que des étudiants ont attaqué en justice un système scolaire qui, à trop les dévaloriser, les condamnait à rester aux portes de la réussite, dont on sait bien qu'elle procède de la confiance en soi, et pas du tout des capacités…

À noter au passage que les pays qui sont allé le plus loin dans la dulcification du processus pédagogique font aujourd’hui machine arrière. Mais en France, nous sommes plus intelligents : nous suivons ce que les autres actuellement rejettent. Natacha Polony le confirme dans un article du Figaro du 18 novembre dernier : « L'argumentaire de cet appel révèle un étrange renversement de l'ordre des causes: ce n'est pas parce qu'un élève est en difficulté qu'il a de mauvaises notes, c'est parce qu'il a de mauvaises notes qu'il est en difficulté. Les notes, en détruisant la belle confiance du gamin, l'enfermeraient dans l'échec. Et le texte de citer l'inévitable modèle finlandais, où «les élèves commencent à être notés seulement à partir de 11 ans»; en oubliant que la Suisse, le Danemark, la Suède, et même les États-Unis, reviennent peu à peu de ce genre d'utopie. »

Pour parvenir à l’Annapurna de la pensée pédagogiste que constitue cette nouvelle imposture, on a installé trois camps de base.
Le premier — et ça date… — fut le collège unique promulgué par Giscard et Haby. Le regroupement familial, décidé dans la foulée, amena en classe une foule d’enfants dont les acquis de base étaient incertains. Au lieu de les faire progresser jusqu’à ce qu’ils rattrapent leurs petits camarades, on les a plongés dans le bain général : ils n’en ont rien retiré, parce que l’écart était trop important, et ils ont tiré vers le bas les plus fragiles. Toute « démocratisation » forcée amène forcément une baisse de niveau : l’égalité ne se décrète pas, elle se construit — sinon, c’est de l’égalitarisme, qui produit bien plus de différences létales que l’élitisme le plus criant. Aujourd’hui, même cause et mêmes effets, les caïds pourchassent les « intellos », jadis proposés en exemple, et désormais cibles. Les thuriféraires des pédagogies douces sont en grande partie responsables de ces pogroms de bons élèves. Et, par ricochet, responsables aussi de la fuite vers un « privé » dont il n’est pas évident qu’il soit bien meilleur que le « public ». La constante réellement macabre, c’est la montée en puissance, depuis vingt ans, des boîtes de rattrapage et des cours particuliers. Antibi un jour, Acadomia toujours.

Second étage, la loi Jospin de 1989. Singulière façon de fêter le bicentenaire de la Révolution : l’élève, désormais, n’était plus sommé de pratiquer les Lumières pour forger son intellect, il « construisait ses propres savoirs » — chacun sera Pascal ou Condorcet. Pour le moins. Tous mathématiciens, tous philosophes !

Devant la pauvreté des résultats, on choisit de mettre la poussière sous les tapis, si je puis dire, en allégeant les programmes et en déconseillant la dissertation, chargée de trop de contraintes. Mes élèves de classes prépas actuels n’en ont parfois jamais fait de leur vie entière. La commission Ferry, en 1999-2000, entérina cette pédagogie du thermomètre cassé. On voit où ça nous a menés.

Dernier effort dans la course à l’abîme : le culte de l’enfant-roi et du bonheur immédiat. L’effort (et l’évaluation de l’effort) sont déclarés « traumatisants ». Malgré son étymologie, le « travail » sera désormais un chemin de roses sans épines ; on fournira les réponses avec l’exercice, on refera inlassablement ce que l’on a déjà vu, on ne comptera plus que ce qui est bon dans les copies. Que des parents abondent dans ce sens en dit long sur la démission des « éducateurs » qu’ils devraient être — un rôle désormais dévolu aux enseignants, qui se contentaient jusque-là d’instruire, et d’apprécier les résultats. Il leur faut à présent évaluer conjointement les savoirs, les savoir-faire et le savoir-être — par ordre d’importance.

La France, maîtresse de jadis entrée en phase masochiste, passe son temps à regarder ailleurs — en Finlande, par exemple. Parce que les Finlandais, petite nation homogène, sont chargés sans l’avoir demandé de nous donner des leçons, puisqu’ils caracolent en tête des évaluations (notées…) internationales, PISA et compagnie. Nos psychologues institutionnels se gardent bien de dire que toutes les autres stars de ces mêmes classements, Corée du Sud, Singapour ou Russie, pratiquent un enseignement lourdement coercitif et froidement élitiste. Chez nous, la notion même d’élite est suspecte — je l’explique à loisir dans mon dernier livre (1).

Supprimer les notes n’est jamais que l’aboutissement de ces renoncements successifs. Comme le collège unique tarde à porter ses fruits, parce que les élèves — les salauds ! — s’obstinent à rester différents, on les unifiera par l’absence de repères. Comme transmettre des savoirs est un processus long et parfois douloureux, on lui substitue la libre parole, le poncif général, le café du commerce transplanté en milieu scolaire — et on appelle ça pensée argumentative. Et comme une mauvaise note est par essence « traumatisante » (combien de lecteurs ici même sont, sans le savoir, conditionnés par un zéro récolté jadis en dictée ou en maths — c'est sans doute pour cela qu'ils sont là), on supprime d’un trait de plume l’ultime repère.
Le plus éblouissant, dans ce raisonnement, c’est que dans le même temps on persiste à proposer en exemple aux gamins des sportifs hantés de performances, qui sont les références des cours de récréation. Un modèle qui glisse de plus en plus vers la violence, parce que l’absence de repères normés favorise, de fait, les classements intuitifs et la loi de la jungle. À l’arrivée, il en est du bonheur immédiat comme de l’égalitarisme forcé : il génère son contraire.

Comment expliquer aux pédagogues du désastre que leurs pratiques vont exactement à l’inverse de leurs bonnes intentions ? Qu’une école qui n’enseigne pas l’effort et la « distinction », pour parler comme Bourdieu, autorise les débordements les plus extrêmes ? Que la renonciation aux savoirs, au profit des savoir-être, conduit tout droit au laisser-faire ? Et que la démocratisation mal menée, c’est la République menacée ?

Luc Chatel a déclaré qu’il n’était pas question de renoncer aux notes. Poudre aux yeux ou défaut d'information : une foule d’écoles primaires n’en mettent plus. Les instituteurs passent un temps précieux à dessiner des petits bonshommes toujours souriants en marge des cahiers. La primarisation du collège, souhaitée par le PS comme par l’UMP, permettra dans un avenir très proche d’étendre le procédé. Et de proche en proche… Après tout, parmi les signataires de cette pétition figure Richard Descoings, l’inénarrable directeur de Sciences-Po, et le promoteur de l’actuelle réforme du lycée, qui permet d’économiser des bouts de chandelles en faisant de l’enseignement a minima. Et Jean-Michel Blanquer, actuel directeur de la DGESCO (qu'il a méritée pour avoir proposé, souvenez-vous, de payer les élèves qui auraient la bonté de venir en cours…) est très favorable à l'initiative des pétitionnaires : quand on pense que ce malfaisant pèse de tout son poids sur les décisions prises au ministère… Français, encore un effort, et il ne restera rien de vous, dans un grand concert européen dont les bénéficiaires seront les pays à enseignement strict, et même féroce — la Chine par exemple. Voilà vingt ans que l’on se plaint de la fuite des cerveaux. Un peu de patience, et ils ne fuiront plus, parce qu’il n’y en aura plus.

Jean-Paul Brighelli

(1) Tireurs d’élites, Plon.

Pour étayer la réflexion, voici quelques pistes glanées sur le Web. On en tirera les conclusions que l’on voudra, mais si une chose est évidente, c’est que les réformes en cours se font contre les enseignants, trop experts pour qu’on les consulte.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20101116...

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/11/19/les-note...

http://neoprofs.forumactif.net/actualites-f5/appel-solenn...

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/25/01016-...

http://www.rtl.fr/actualites/article/eric-zemmour-plus-de...

http://neoprofs.forumactif.net/actualites-de-l-education-...

22 novembre 2010

Construire ses propres savoirs

Un ami enseignant, qui vient souvent sur Bonnetdane, me prie instamment de diffuser les nouvelles ci-dessous, qui m'avaient échappé. Je le fais d'autant plus volontiers que le ministère de l'Education nationale s'est donné pour tâche de lutter contre toutes les discriminations (voir ma Note sur le sujet, http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2010/08/20/discriminations.html). Mais cet objectif louable entre en conflit avec les pédagogies actives à la mode depuis que la parole de l'élève est sacrée, comme nous allons le voir.

J'espère juste que la toute récente introduction de la philosophie en Seconde et en Première — à doses homéopathiques — ne consistera pas à écouter les balivernes et les préjugés des élèves, mais à leur expliquer que le Savoir naît, avant tout, d'une remise en cause des lieux communs.

Sinon, on tuera Socrate une seconde fois.

JPB

 

"19 novembre 2010. Le site officiel du lycée Robert Schuman du Havre, placé sous la responsabilité du chef d'établissement, M. Jean-Marc Guérard, et de Mme le recteur Marie-Danièle Campion, vient de publier une page consacrée à un thème de Sciences économiques et sociales : l'homoparentalité (1).

Pourquoi pas… Il y a, sur ce sujet, quantité d'essais et d'études scientifiques qui peuvent servir de base à une réflexion intelligente et éclairée, et il existe bon nombre de spécialistes dont les noms émergent peu à peu dans le débat public (2). Las, nous sommes aujourd'hui à l'ère des EPLE autonomes, des TICE, des TPE, des IDD, de l'ECJS (3), j'en oublie sûrement, parmi tous les sigles ronflants et creux que l'imagination débordante du ministère crée pour divertir les enseignants et les élèves — dont une bonne partie commence aujourd'hui à murmurer "We are not amused". Pas question donc de s'intéresser à des recherches approfondies — ou de s'intéresser tout bonnement à la réalité : on se contentera d'effleurer vaguement quelques thèmes d'actualité en laissant s'exprimer le savoir intuitif (oxymore !) des élèves, dont il faut désormais développer les compétences innées (oxymore aussi !) et l'autonomie. 

La page publiée par le site du lycée Robert Schuman du Havre est caractéristique du résultat auquel il est naturel d'aboutir, lorsque l'on associe l'idéologie de "l'élève au centre" chère à Lionel Jospin et à Philippe Meirieu, les bienfaits apparemment incontestables de l'auto-construction des savoirs, la nécessité pour les élèves de s'exprimer-s'épanouir-communiquer-produire-créer, et les avantages des TICE.

Qu'y apprend-on, en effet ?

D'abord, que l'homoparentalité est "un phénomène de société" qui est "né en Europe". Passons sur le "phénomène de société" — nous avons échappé de peu à "phénomène de foire" — (4), mais la "naissance" de l'homoparentalité en Europe est un scoop.

Mais il peut s'agir d'une simple approximation confondant l'existence d'un fait et sa reconnaissance, et il ne faut pas être trop sévère : passons donc également sur ce point.

La situation se gâte lorsque la page web aborde le thème qu'elle va traiter : "Quels problèmes peut poser l'homoparentalité ?". Finie la dialectique bête, qui consistait autrefois à étudier des arguments opposés, pour en dégager un point de vue le plus nuancé et objectif possible. Désormais, grâce aux réformes destinées à moderniser notre système d'enseignement archaïque, il n'y a plus que dans les brochures Acadomia de la rue Saint-Jacques, de Versailles et d'Enghien-les-Bains que l'on peut encore lire la phrase "Il faut surmonter dialectiquement notre altérité réciproque", correctement attribuée à Hegel (5). Place à la modernité ! Signalons que l'enseignant qui a validé cet article est un spécialiste du mind maping, technique destinée à savoir étudier un thème à l'aide de schémas fumeux et à structurer la résolution d'un problème simple sous la forme la plus complexe possible. Apparemment, il y a encore du travail pour améliorer la méthode. 

Mais le meilleur reste à venir. Dix problèmes sont listés pour résoudre la question objective et neutre annoncée, "Quels problèmes peut poser l'homoparentalité ?".

La maïeutique socratique vantée par bon nombre d'inspecteurs a permis de faire émerger, entre autres, les points suivants : 
- D'abord, "l'enfant ne saura pas qui appeler "papa ou maman"", 
- Ensuite, "ils (?) ne sauront pas éduquer leurs enfants", 
- D'autre part, "il doit faire deux cadeaux lors des fêtes parentales" (!), 
- Enfin, "il peut devenir plus tard homosexuel".

Nous passons délibérément sur "il peut avoir honte" (argument 9), "il pourrait avoir honte du regard des autres" (argument 4), "il peut se sentir différent" (argument 5), "il peut se sentir mal" (argument 7) et "il aura beaucoup de mal à en parler" (argument 10). La diversité est à la mode, mais pas dans l'argumentation. Concentrons-nous donc sur les quatre arguments listés ci-dessus, dont on ne sait déterminer s'ils sont risibles ou affligeants. Qu'un enfant puisse devenir homosexuel parce que ses deux parents sont homosexuels, il n'y a plus, mis à part le Lycée Robert Schuman du Havre, qu'un quarteron d'évangélistes américains cacochymes pour affirmer pareille carabistouille. Même MM. Vanneste et Gollnisch, dont on sait le peu d'affection pour les "invertis notoires", ne croient plus à ce genre d'arguments. Quant aux cadeaux des fêtes parentales, on voit que l'instauration d'enseignements obligatoires d'économie et de gestion en classe de seconde commence déjà à porter ses fruits : les petits Français géreront leur argent moins négligemment que Liliane Bettencourt. 

La cerise sur le gâteau, c'est que ces affirmations grotesques, et c'est là sans doute ce qui constitue la plus grave erreur, ont été lues, approuvées, validées et mises en ligne par un enseignant, titulaire du CAPES, qui a cru bon de diffuser au travers du site officiel du lycée la sacro-sainte parole des élèves — qui n'a pas, idéologiquement, à être remise en cause, puisqu'elle est par nature spontanée, créative, pertinente et intelligente. Qu'elle n'est jamais la caricature des remarques caricaturales entendues çà et là.

Que l'enseignant qui a validé ces lignes soit d'accord ou non avec les thèses avancées n'est même plus le problème : il se retranchera naturellement derrière la parole des élèves, au sujet desquels il a cru bon de préciser : "Cet article est un exercice argumentatif qui n'engage pas l'opinion des élèves". Des propos engagent une opinion : si ce n'est celle des élèves, de qui s'agit-il ? Bien entendu, cette liste de préjugés confondants n'a aucune utilité bénéfique à qui que ce soit, aucune légitimité, ni aucune raison d'être : il s'agit simplement de faire mousser un site internet, de montrer la créativité (?) d'élèves à qui l'on n'a manifestement rien appris, et de faire passer pour une véritable réflexion une stupéfiante enfilade de perles (6). 

Instruire, c'est justement amener les élèves à dépasser les lieux communs. Mais les bons sentiments pédagogiques favorisent la naissance et la diffusion de boniments démagogiques."

M.M.

(1) http://schuman.spip.ac-rouen.fr/spip.php?article727
(2) Caroline Mécary, Stéphane Nadaud, Martine Gross, Geneviève Delaisi de Parseval, Elisabeth Badinter...
(3) Etablissement public local d'enseignement, Technologies de l'Information et de la Communication appliquées à l'Education, Travaux Personnels Encadrés, Itinéraires de Découverte, Education Civique, Juridique et Sociale... 
(4) Voir (4) http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudia...

(5) Acadomag, 2010.

(6) Quelques réactions d'enseignants ici : http://www.neoprofs.org/liens-lectures-et-projets-f4/quel... ;http://www.lepost.fr/article/2010/11/21/2312245_l-homopar...

14 novembre 2010

Premiers ministrables

Ce sera donc Fillon. Fillon III, se succédant à lui-même.

Que d’encre dépensée en vain, depuis cinq mois que le suspense agite le tout petit monde des médias et de la rue du Faubourg Saint-Honoré… Aujourd’hui dimanche, les éditions spéciales se succèdent, pour commenter un non-événement. Et d’épiloguer sur les ambitions déçues de tel ou tel qui se voyait déjà à Matignon. Microcosme. En Corse, on appelle cela « a pulitichella » — le tout petit bout de la lorgnette, les individus, aussi peu reluisants soient-ils, plutôt que la politique elle-même. Quand les vrais politiques flanchent, restent les politiciens.

En attendant de connaître — demain ? — le « nouveau » gouvernement, on me permettra de revenir sur ces cinq mois de suspense pour une tempête dans un verre d’eau.

Que valent les rumeurs? Le Canard Enchaîné, fin octobre, donnait Jean-Louis Borloo premier ministrable « à 99% ». Info ou intox ? Etait-ce un signal envoyé par l’Elysée, et relayé par le journal satirique (quel meilleur vecteur pour Sarko que le palmipède du mercredi matin ?) afin d’entretenir l’espoir chez les uns, le désespoir chez les autres ? Faute de gouverner, le Président de la République s’amuse volontiers au petit jeu du « je te passe la main dans le dos, je fais de toi mon favori » — et je te poignarde dix jours plus tard. Darcos, en son temps, avait peut-être cru à cette mascarade. Agrégé de Lettres classiques, il aurait pu se rappeler que Virgile avait déjà dit, il y a 2000 ans, « Timeo Danaos et dona ferentes »… Méfie-toi de l’ennemi qui te fait des présents. Il y a encore quinze jours, on pensait à Chatel soi-même, à Baroin, à Copé — que sais-je… Toutes fausses pistes qui ont sans doute puissamment amusé le Château. Après tout, Caligula avait bien fait élire son cheval consul. Lui aussi jouait.

Borloo premier ministre… Il y en a (Raffarin) que ça faisait rêver.

Tout cela pour dire…

Bonnetdane est un blog citoyen et responsable, et au cas où une instance décisionnaire le lirait, je vais donc laisser la parole à un internaute qui vient parfois illuminer Bonnetdane de sa verve sarcastique. Abraxas, surnom sartrien s’il en fut (« Abraxas galla galla tsé-tsé », c’est dans Les Mouches), est nègre de profession — ghostwriter, comme disent les anglophones (1).

Il y a quelques jours, quand l'Elysée entretenait encore le brouillard, Abraxas m'a transmis l’historiette ci-dessous, en me la certifiant véritable. Elle concerne l’un des ex-postulants à Matignon — la plus élémentaire courtoisie m’empêche bien entendu de préciser lequel. Et je sens déjà que l’on va qualifier ce récit de fable : est-il possible, en effet, de cumuler en un seul homme autant de cynisme, d’incompétence camouflée mais réelle, de veulerie et de vulgarité affichée ? La République, qui a enfanté Gambetta, Clemenceau, Briand ou De Gaulle, peut-elle considérer sérieusement un tel produit dégénéré ?

Si m’en croyez, tout ce qui suit est une fiction. Cela arrive, chez les nègres, cette tentation de passer de l’autre côté du réel…

(1) Je ne saurais trop recommander le film de Polanski qui porte ce titre — Pierce Brosnan y est splendide en Tony Blair à peine décalé — et, mieux encore, la lecture de l’Homme de l’ombre, le roman de Robert Harris qui l’a inspiré, riche en considérations intelligentes sur le travail de nègre (2).

(2) Offrons-nous le ridicule de mettre une note dans la note. On ne dit plus « nègre », on dit « plume » — c’est plus politiquement correct, sans doute. Et, dans les pâtisseries, « tête de choco » plutôt que « tête de nègre ». Cette civilisation me ravit.

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