Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog


03 mars 2010

Pour un master de seduction

En ces temps où la mastérisation tombe dru rue de Grenelle, où les uns voudraient que l’on mettre l’accent sur les disciplines, les savoirs et les vraies compétences, pendant que les autres entonnent le grand air de la professionnalisation et autres billevesées pédagogistes, j’ai pensé qu’il ne serait pas inutile de nous pencher sur ce qui fait l’essence de ce métier, et qui est déplorablement négligé par les crânes d’œuf qui nous lisent — je veux parler, bien sûr, de la capacité de séduction.

Qu’est-ce qu’un bon enseignant, de la Maternelle à l’Université ? C’est quelqu’un qui non seulement obtient des élèves ou des étudiants qu’ils restent, des heures durant, assis sans trop bouger sur une chaise (une situation largement anti-physiologique, et anti-psychologique, je n’en veux pour preuve que l’attrait des récrés, et ces millions de coups d’œil jetés en douce sur les montres), mais qui de surcroît parvient à leur imposer un travail, parfois même une souffrance, pour un bénéfice qui est très rarement immédiat : travaillez, prenez de la peine, vous en tirerez (peut-être) un bénéfice — plus tard. L’Ecole est le lieu du bonheur différé.

Alors, comment l’Enseignant arrive-t-il, dans un contexte aussi défavorable a priori, à obtenir le silence, l’attention, et même la soumission, jour après jour, semaine après semaine ? Corollaire : pourquoi, trop souvent, ne l’obtient-il pas ? Pourquoi, comme Adjani dans la Journée de la jupe, rêve-t-il de braquer un Glock sur la tête de ses élèves récalcitrants pour leur faire assimiler, une bonne fois pour toutes, que Molière s’appelait Poquelin, ou que le carré de l’hypoténuse…

Lire la suite