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20 novembre 2009

Du football comme metaphore

« Conjuguez-moi le verbe « jouer au foot dans la cour de l’école… »

- Nous jouions au foot dans la cour de l’école…

- Vous avez joué au foot dans la cour de l’école…

- Ils jouent au foot dans la cour de l’école…

- Ils joueront au foot dans la cour de l’école…

Bien sûr, nous avions adapté les règles. L’exiguïté de la cour, par exemple, interdisait d’appliquer celle du hors-jeu. Les poteaux, inexistants, étaient remplacés par des cartables posés au sol, en gros à trois pas de distance. Le nombre parfois inadéquat de joueurs nous avait amenés à inventer la notion de « goal volant » — goal et attaquant en même temps.
D’ailleurs, il n’y avait que des attaquants, dans ces équipes…

Lesdites équipes étaient constituées par les deux meilleurs. Aucune hésitation d’ailleurs sur qui étaient les deux meilleurs : en ces temps où l’OM avait des joueurs qui étaient des artistes, comme Skoblar ou Magnusson, et non des caisses enregistreuses, les « meilleurs » étaient des dribbleurs — un peu perso, peut-être, mais au déhanchement ravageur. Chacun d’eux, à tour de rôle, choisissait un équipier parmi les volontaires au match : l’idée générale était d’équilibrer les équipes, pas de flanquer une raclée mémorable à une équipe de brêles — ainsi disions-nous…

Je vous parle bien sûr de temps très anciens. Aujourd’hui, les modèles ont changé — ils changent même très vite, au gré des médias. Plus personne ne s’identifie à Platini ou à Zidane — des grands-pères —, Ronaldo est oublié, Ronaldinho en passe de l’être. Sans cesse de nouvelles stars montent au firmament télévisuel.

Et j’ai bien peur que certains se prennent, dès la semaine prochaine, pour Thierry Henry. « Main ! T’as fait main ! » — pas grave, dorénavant : c’est permis par la FIFA, par Domenech, par le Président de la République, et quelques autres instances grasses du bide. C’est permis en tout cas par TF1, qui ne pouvait pas se permettre de laisser filer un match dont dépendait l’essentiel de son retour sur investissement — un peu plus de 120 millions d’euros, cherchez donc à qui profite le crime (1) — pour la prochaine Coupe du monde. « Le facteur économique est déterminant en dernière instance… » Et encore, Marx ne connaissait pas le foot.

« Panem et circenses », c’était la devise à tout faire des dictateurs romains. Aujourd’hui, les allocs, le RMI et le foot. Comme disent les Britanniques — et en français s’il vous plaît : « Plus ça change… »

Que le football soit un sport pourri des pieds à la tête, nous le savions. Que l’on y refuse l’arbitrage vidéo, qui marche fort bien au rugby, parce que cela permet les « erreurs d’arbitrage » heureuses et lucratives, c’est significatif, mais logique : c’est un sport de voyous joué par des voyous, filmé par des voyous. Le problème, c’est qu’il est et reste exemplaire pour des dizaines de millions d’enfants, et que les joueurs sont des modèles pour ces mêmes mômes. Hier, le coup de tête de Zidane à Materazzi — et il faut voir la mimique d’un Domenech, indigné qu’on expulse un joueur coupable d’une brutalité gratuite et manifeste (2), pour apprécier ses commentaires aujourd’hui sur la dernière extorsion de l’équipe de France (3).

Ils en penseront quoi, à votre avis, dans les cours de récréation ? Qu’il faut rejouer France-Irlande — et perdre, très probablement, vu ce qu’est devenu le foot français ? Ou que la triche n’a plus de raisons de se cacher — elle est institutionnalisée… Oh la jolie cour de récréation que voilà — et la jolie classe…

Diego Maradona s’était discrédité à tout jamais avec sa « main de Dieu » — si Dieu sert à ça, on doit pouvoir s’en passer. Qu’est-ce qui a manqué à Thierry Henry pour aller voir l’arbitre et lui dire que non, on ne gagne pas sur une faute ? Un peu de courage ? Un peu de classe ?

« Mais ce n’est pas du sport, c’est de la compétition, tous les coups sont permis… » « C’est cela que vous enseignez à vos élèves ? Ça ne m’étonne plus que vous ne leur fassiez plus apprendre La Fontaine — parce que justement, on y apprend que «  raison du plus fort » est un oxymore… Oh, vous pouvez toujours insister sur les cours — désormais bien inutiles — d’Instruction civique : nous savons désormais que la force prime le droit, et que le joueur de foot est un loup pour l’homme. »

Un pays qui ne demande pas, officiellement, qu’un match gagné par de la triche soit rejoué est un pays malade. Un pays qui donne en exemple à sa jeunesse des milliardaires voleurs et menteurs (pléonasme, décidément) est un pays malade. Un pays qui n’est même plus capable de faire comprendre à ses écoliers que le « beau jeu » ne se résume pas à la « gagne » est un pays malade. Un pays qui transforme "Que le meilleur gane" en "Que le plus tricheur gagne" est un pays malade…

D’aucuns nous suggèrent de nous inspirer du modèle pédagogique scandinave. Eh bien, c’est un autre Scandinave qui peut encore donner des leçons.

En demi-finale de Rolland-Garros en 1982, sur une balle de match en sa faveur, Mats Wilander a rendu deux balles à son adversaire, José-Luis Clerc, parce qu’il avait bien vu, lui, que le coup de son adversaire était dans le terrain. Ou, mieux encore, qu’il y avait une place légitime pour le doute — en ces temps où les ralentis et les calculs électroniques de trajectoires n’existaient pas. Alors même que l’arbitre avait annoncé « Jeu, set et match Wilander » (4).

Evidemment, c’était du tennis — pas du foot. Et en 1982 — autant dire avant le Déluge. « Fabuleux ! » dit le commentateur de l’époque… Aujourd’hui, ce ne serait plus de la fable — mais de la bêtise.

Jean-Paul Brighelli

(1) http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/infos-con...

(2) http://www.youtube.com/watch?v=PLLez12OqlU

(3) http://www.youtube.com/watch?v=iSaClymuA0g

(4) http://www.ina.fr/sport/tennis/video/I05276512/la-sportiv...

15 novembre 2009

Dijon et dependances 3

Ci-dessous le discours de clôture de Vincent Peillon.

C'est un discours presque purement politique — mais l'Ecole, présente et future, c'est aussi de la politique.

Je ne vais pas tout reprendre. Pour les autres, voir le site du Rassemblement, http://www.le-rassemblement.fr/

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Dijon et dependances 2

J'ai demandé au MoDem et au PS / Peillon leurs allocutions finales.
Marielle de Sarnez m'a répondu la première. Vous trouverez ci-dessous le texte complet de son discours de clôture — moins les fioritures que l'on se permet quand on est à l'oral, et que je n'ai pas retranscrites.

J'attends — avec impatience — la déclaration finale de Peillon.

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Dijon et dependances 1

On connaît l’adage : « Ce qui nous divise est moins important que ce qui nous rassemble… »

« Consensuel ! » m’étais-je promis. « Je serai con-sen-suel… »

C’était mal parti. Invité à une table ronde sur « l’adaptation à l’hétérogénéité », j’étais débarqué mardi dernier : de bonnes âmes avaient prévenu Vincent Peillon que j’avais jadis menacé Pierre Frackowiack de lui « couper les choses / Par bonheur il n’en avait pas », comme disait Brassens. Gamineries de temps anciens, quand le même Fracko m’accusait de « penser brun » — c’était moyennement consensuel, quand j’y pense…

Incidemment, les mêmes sycophantes avaient signalé à Peillon que je l’avais un peu égratigné dans une Note récente (1). C’était moyennement consensuel.

Nous nous sommes expliqués, et Peillon s’est révélé un hôte attentif et efficace.

 

Un vice-président du SNALC, Jean-Albert Mougin, me remplaça opportunément dans ledit « atelier ».

Débat soigneusement encadré par Daniel Assouline (2). Gérard Aschieri fut égal à lui-même (un peu fatigué, peut-être), et Thierry Cadart meilleur que ses militants SGEN de base (3). Puis il y eut Patrick Gonthier (UNSA). Déjà le niveau baissait.

Refrain commun des trois comparses, avec divers degrés de bonheur dans l’expression : le collège n’est pas encore unique. Pas assez unique. L’hétérogénéité pas assez forte. Et la suppression (très relative) de la carte scolaire scandaleuse. Ce fut aussi le refrain qu’entonna J-M. Zakhartchouk, l’ineffable rédacteur des Cahiers pédagogiques : enseignant en ZEP, il trouve ses élèves trop homogènes. Pour un peu, il faudrait faire du « busing » en sens contraire, et amener en banlieue les bourgeois du centre — et les bourgeoises : par souci pédagogique ou par sadisme ?

C’était ouvrir un boulevard au SNALC, qui rappela que le concept même de collège unique n’était pas une vache sacrée, et qu’il faudrait quelque jour — prochain, si possible — l’autopsier et en tirer les conséquences.

Olivier Lecomte, vrai scientifique et prof à Centrale-Paris, eut beau expliquer que le système, en aval, veut des gens maîtrisant la langue, la culture et les sciences à haut niveau, nous fûmes priés de rejeter l’« élitismebourgeois » (« S’écrit en un seul mot », aurait dit le Flaubert du Dictionnaire des idées reçues), et de nous contenter du socle, seule institution démocratique. Consensuel en diable, j’ai donc rappelé qu’il y avait pléthore de socles successifs : l’apprentissage du Lire / Ecrire / Compter / Calculer en GS / CP (et d’expliquer que si on y arrivait dans les écoles de la Drôme rurale, on pouvait y arriver partout), la maîtrise des savoirs et d’une culture de base fin CM2, la capacité à jongler avec « les chiffres et les mots / Les dates et les noms / Les phrases et les pièges » (Prévert) fin Troisième, et une vraie culture scientifique et littéraire à l’orée du Bac.

De Pierre Frackowiack, je ne dirai rien. Je regardais parfois, du coin de l’œil, Natacha Polony qui bondissait sur son siège, pendant son intervention. C’était très drôle.

D'où le ton un peu désespéré du billet d'humeur par lequel elle a résumé la journée sur son blog : http://blog.lefigaro.fr/education/2009/11/

 

Puis on déjeuna — l’un de ces banquets républicains à 800 têtes dont on avait perdu le secret depuis 1848 (d’ailleurs, les « ateliers » organisés avaient eux aussi un parfum « printemps des peuples et Franc-maçonnerie » — la Seconde République contre Napoléon le Petit et ses émules).

Un bruit soudain, une rumeur, des éclats de voix, un mouvement de foule : Sainte Ségo parut, flottant plutôt que marchant, tant elle était portée par les paparazzi. Capable, à son habitude, de sourire à quarante objectifs en même temps, de droite à gauche.

Parce que la seule foule qu’elle attira, ce fut celle des journalistes et autres traqueurs d’images pieuses. « Je suis parmi les miens », proféra la dame, férue de fraternitude. Eh bien, je vous jure que bien peu des présents la considérèrent comme des leurs : les conversations continuèrent, l’après-midi s’organisa, le micro-événement (dans le cas de Royal, il s’agit de son rapport aux micros) s’estompa vite. Il n’y eut que les télévisions pour en faire leur bien. Et l’eau se referma sur la pierre qui avait cru un instant troubler les grenouilles.

« Etes-vous bien consensuel ? » me demanderait un lecteur pointilleux. Mais c’est que je n’ai pas à l’être, en l’espèce. Les rapports de Ségolène Royal avec l’Enseignement, c’est ça (http://www.dailymotion.com/video/xm4ph_profs-segolene-en-off_school) et ça (http://desirsdavenir.over-blog.com/article-1870012.html).

Et rien d’autre.

 

Seconde table ronde vers 15 heures — il y en avait bien entendu d’autres (4), en parallèle, mais votre serviteur n’a pas pour le moment de dons d’ubiquité. « Enseignant demain : pour quelles missions ? »

Robert Rochefort (5), qui l’animait, rappela en entrée que les profs étaient si peu heureux que 85% d’entre eux pourraient sereinement envisager de faire autre chose. Mésestimés, mal payés, mal famés — affamés même, puisque le rectorat de Versailles avoue verser régulièrement des « chèques-nourriture » de 200 euros à des profs dont le maigre salaire presque tout entier passe dans la location d’un trou à rats — avec 1350 € par mois, on ne peut pas même espérer un abri sous roche convenable.

Le modérateur donna donc la parole à un universitaire, Patrick Rayou, puis à un directeur-adjoint d’IUFM, J-L. Auduc, qui osa critiquer la main qui le nourrit en soulignant que la machine à décerveler avait trop longtemps mésestimé l’importance des savoirs disciplinaires. Vint le tour des syndicalistes de service, Frédérique Rolet (SNES), égale à elle-même, langue de bois élégante, critiquant sans emphase les négociations réengagées la veille au ministère sur la mastérisation.

Puis Christian Chevalier, l’autre cheville du SE-UNSA.

Ah la la… Jamais diatribe plus violemment bornée ne sortit des lèvres d’un représentant enseignant. Des masters disciplinaires ? Quelle impudence ! Seul un vrai « master professionnel » pourrait former (uniformément si possible) les coachs d’apprenants, de la maternelle à l’université. Haro sur les savoirs savants ! De quelle autre spécialisation que pédagogique un prof a-t-il besoin ? Les yeux lui sortaient de la tête, un tremblement sacré le saisit, et il se lança dans une apologie des IUFM.

Consensuel en diable, je n’ai pas cherché la polémique, et à force de bouillir sur place, je suis sorti prendre l’air.

 

Les discours de clôture, parfaitement calibrés (je vous en donnerai au moins un, mais plus tard, pour ne pas alourdir une Note déjà trop longue), appelaient à un prolongement des travaux du jour, qui n’avaient fait qu’effleurer les problèmes — afin de trouver des amorces de solution, qui pourraient constituer le « socle » d’un programme commun, à l’horizon 2011. Mais, de Robert Hue à Marielle de Sarnez en passant par Peillon et les frères Cohn Bendit (6), il y avait une volonté vraie de s’organiser, et de frapper à toutes les portes pour en faire sortir les idées qui permettront d’aller vers une Sixième République — la Cinquième s’achevant dans les pompes d’un pouvoir purement personnel.

Consensuel, vous dis-je !

 

Jean-Paul Brighelli

(1) http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2009/10/28/progra...

(2) Un ancien « lambertiste » du PS, comme Mélenchon dont il fut le dir-cab quand il était Secrétaire d’Etat à l’Enseignement professionnel.

(3) Cadart use et abuse d’un certain abattage, d’une aisance verbale qui lui fait obstinément draguer, à chaque réunion ministérielle, des militantes exogènes. Allons, Thierry, jamais le SNALC ne couchera avec le SGEN…

(4) J’ai ainsi raté un atelier sur la continuité éducative du tout-petit enfant à la fin de la scolarité élémentaire », un autre sur les violences scolaires, et un dernier sur le temps dans l’éducation.

(5) Economiste et sociologue, député européen du MoDem.

(6) Philippe Meirieu, tout récent candidat des Verts aux régionales en Rhône-Alpes, s’était désisté. La cheftaine Cécile Duflot avait interdit au louveteau lyonnais de se mêler à la réflexion commune, de peur que l’on croie que les Verts (grands absents de ces agapes, même si Europe Ecologie était là, via Gaby Cohn Bendit et quelques autres) étaient potentiellement autre chose que les alliés objectifs du pouvoir en place.

02 novembre 2009

Programme commun 2

Le 14 novembre se tient à Dijon, toute la journée, un débat entre Verts, PS tendance Peillon et MoDem un grand débat sur l’Education (1).

Chacun, bien entendu, y viendra avec ses idées. Peillon a tiré le premier - j'ai dit ce que j'en pensais, en l'état. Les Verts se taisent, mais il est probable que leur délégué général sera Philippe Meirieu. Si ! Inutile d’en frémir : après tout, Arafat et Rabin ont bien signé une paix des braves — qui a fait long feu, certes…

Un certain nombre d’ateliers devraient s’y ouvrir, sur le métier d’enseignant, sur les buts et les moyens de l’Ecole, sur les programmes, etc.
Sur tout.

J’y serai. Avec mes idées, mais, si possible, avec les vôtres.

C’est l’occasion ou jamais de faire de la démocratie directe.

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