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31 août 2009

Rentrer

     Rentrer, disent-ils…

     Seraient-ils sortis ? Et sortis de quoi ?

     Seraient-ils partis ? Mais partis où ? Au camping le plus proche, précisent les gazettes. Par les temps qui courent, ceux qui ont déjà le pain quotidien relativement hebdomadaire, comme disait Prévert, ont toutes les chances de voir leurs vacances annuelles devenir décennales. Comme la crue du même nom, que l’on nous annonce pour l’hiver prochain — Parisiens fortunés, ramenez vos Zodiacs avec vous, le Marais sera sous les eaux en janvier, et on pêchera de vraies carpes rue du Roi-de-Sicile…

 

     Rentrée politique, et « universités d’été » (1) : mais il ne m’est pas apparu que qui que ce soit ait décroché, en juillet-août. Les invectives et les coups bas n’ont pas attendu l’automne pour se ramasser à la pelle (2). Et je ne suis pas sûr que septembre donne à certains des idées nouvelles.

     Rentrer : comme si un trop-plein succédait à un manque. Mais les manques risquent d’être encore plus criants, cet automne. Le chômage en expansion, l’industrie démantelée, les banques coulant les PME de façon à continuer à verser des dividendes à leurs traders et surtout à leurs actionnaires — saint Paribas, priez pour moi ! —, la dette publique au plus haut, les impôts nouveaux salués par les Verts… Que de motifs de satisfaction !

 

     Rentrée littéraire, paraît-il. Chaque année, c’est comme si, quelque part en juin, nous étions entrés dans l’ère du vide. Ne restaient plus, pour combler le trou des vacances, que les bouquins de plage — le dernier Michael Connelly, ou une bleuette sur les éplucheurs de patates des îles anglo-normandes. Sauf pour les politiques qui, comme le remarquait récemment Marianne, ne s’abaissent pas à des divertissements si vulgaires, et relisent Hegel en villégiature… Et Nicolas Sarkozy ? Il a visité la Princesse de Clèves ?

     Tiens, j’ai relu Madame Bovary. Un bon contrepoint au matraquage médiatique invraisemblable pour lancer l’autobiographie de Beigbeder (un remake du Roman avec cocaïne d’Aguéev ?), dont les « bonnes pages », parues dans le Figaro Magazine (qui en est à son cinquième ou sixième article sur le fils de pub, merci Yann Moix et les copains…) ne m’ont guère convaincu. Idem pour les Aimants, de Jean-Marc Parisis. Relisez les Liaisons dangereuses — ou le Guépard : la « rentrée », c’est l’illusion que tout change alors que tout reste de même — les chefs d’œuvre, et le reste.

 

     Rentrée scolaire enfin.

     La grippe va-t-elle sauver le ministère ? On n’a à peu près parlé que de ça : les classes fermées par anticipation, et les parents d’élèves mécontents qu’on veuille empêcher leurs bambins d’attraper le premier virus qui passe, et dont il s’avère, à l’usage, qu’il n’est pas plus contagieux ni plus virulent qu’une grippe « normale », mais qu’il constitue, en temps de crise, un écran de fumée opportun. Le ministre, manifestement doué pour la communication — c’est son métier, c’est sa vocation —, annonce d’abord la création d’une Agence centralisée pour fluidifier les remplacements, et en catimini y renonce. De même, il promet de poursuivre la Réforme du lycée à laquelle Xavier Darcos avait préféré donner du temps, beaucoup de temps, mais qui accouchera d’une souris pédagogique : qui prendrait le risque, en pleine année électorale, de mettre quelques millions d’élèves dans la rue ? Ce même ministre ne se hasardera pas à réformer le Collège, qui n’est plus le maillon faible mais le trou noir du système français : il sait parler aux syndicats, à tous les syndicats, cet homme… Et il ne modifiera en rien l’accès à la voie technologique, alors que le Bac Pro en trois ans réclame une préparation dès la Quatrième : mais il va bien falloir prendre trois ans pour évaluer les nouvelles dispositions, n’est-ce pas ? Et il passera un accord discret avec les « désobéisseurs » (3), qui ces jours-ci rendent publique une « charte » si dérisoire que l’on croirait presque qu’ils ont lu Shakespeare — Beaucoup de bruit pour rien (4).

 

     Reste plus qu’à rentrer dans le lard.

 

 

Jean-Paul Brighelli

 

 

(1) Je serai samedi prochain à la Grande-Motte, pour celle du MoDem. Passez-y donc si vous êtes dans le coin : c’est charmant, une fois les touristes partis…

(2) Délicate allusion à une performance peut-être oubliée de Lionel Jospin chantant, à la télévision, « les Feuilles mortes » — un grand moment de kitsch que vous avez peut-être oublié — à tort.

(3) Evoqués en juin sur http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2009/07/17/desobeisseurs-galopins-et-turlupins.html.

(4) Je ne me hasarderai pas, les connaissant, à supposer qu’ils l’ont relu. Quant à ladite charte, elle est là (http://www.libetoulouse.fr/2007/2009/08/éducation-les-uni...). Et on oserait me dire que je ne suis pas beau joueur avec cette bande d’imbéciles ?

24 août 2009

Haro sur les parents

 

« Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout le mal… » Le parent d’élève est-il l’âne de la fable ? Bouc émissaire des dysfonctionnements – ou vrai malfaisant ?

Peut-être y a-t-il du vrai dans ce que l’on reproche communément aux « géniteurs d’apprenants ». Poliment invités à mettre un pied dans les établissements après 68, ils s’y sont installés, ils y ont pris leurs aises. Ils sont désormais présents d’un bout à l’autre des conseils de classe et pèsent sur les décisions. Membres de puissantes fédérations qui ont des agendas et des idéologies spécifiques, ils sont devenus pour certains enseignants des rivaux – surtout depuis que l’Education est la mission première d’une Ecole jamais vouée à l’Instruction -, des concurrents souvent (que d’idées reçues rapportées en classe par Alizée ou Zinédine…), des boxeurs survoltés ou des plaideurs irascibles quelquefois.

 

L’administration appréhende les colères de ces électeurs en puissance de votes et d’enfants. Les ministres les cajolent, les directeurs d’écoles, principaux de collèges ou proviseurs de lycées les craignent. Et les CPE sont la courroie de transmission docile entre les parents, courroucés par les réprimandes adressées à Monchéri ou les notes mises à Moncoeur, et les enseignants présumés coupables – de cruauté mentale ou de pédagogies abusivement directives…

 

Mais ce que je viens d’énoncer ci-dessus est peut-être une caricature… Je connais nombre de parents respectueux du travail des enseignants qui doublent, à la maison, les punitions données en classe, ou les complètent d’une taloche à l’ancienne, lorsque la moutarde du même nom leur monte au nez.

Des parents qui jugent que les enseignants sont des spécialistes, et pas eux. Et quelques autres qui se rappellent avec délices les coups de règle sur les doigts, la règle de trois ou les « sanglots longs des violons de l’automne… » - et souvent qu’un dur apprentissage engendre, à terme, plus d’amusants souvenirs que de traumatismes.

J’en connais même qui, comme Condorcet, estiment que l’Education est de leur ressort, et non de celui de l’Institution. Mais ceux-là sont de plus en plus rares…

 

Une éminente journaliste, qui est d’ailleurs, à l’origine, prof de lettres, et a écrit l’un des meilleurs ouvrages sur la déliquescence de l’Ecole de la République[1], cherche des témoignages sur les divers aspects de la relation complexe, ou conflictuelle, entre enseignants et parents. Ces derniers seraient-ils l’un de ces fléaux modernes qui, mieux que les sauterelles égyptiennes, porteraient la responsabilité de la mort programmée de l’Ecole ? Parents, pédagogues, idéologues, même combat ?

 

En-dehors des réactions immédiates que ce blog enregistrera avec l’impartialité qui est la sienne, n’hésitez pas à lui donner en privé les détails que l’on n’affiche pas sur un site public, en adressant vos mails à npolony@lefigaro.fr

 

D’avance, merci pour elle, et à vos claviers,

 

Jean-Paul Brighelli.



[1] Natacha Polony, Nos enfants gâchés, JC Lattès, Mars 2005.

18 août 2009

Nous avons lu pour vous

    « Vacances » signifie, étymologiquement, « vide ». Et la Nature, comme nous le savons…

    J’ai donc tenté de remplir l’abîme en butinant, çà et là, dans les ouvrages que je m’étais promis de lire, et que je n’avais pas lus…

    Par exemple, le Déclassement, de Camille Peugny, paru chez Grasset en janvier dernier. Je ne l’avais pas « raté », je l’avais mis de côté.

    J’ai bien fait. C'est un ouvrage stimulant.

Même s’il a des aspects presque désespérants.

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07 août 2009

Lingua franca

     Il n’y a pas trente-six langues françaises. Il n’y en a qu’une — née, symboliquement, avec les Serments de Strasbourg, mais dont on pourrait faire reculer l’acte de naissance, un peu diffus — entre ce latin vulgaire qui disait caballus plutôt qu’equus, et bientôt cheval plutôt qu’équidé, et ce gaulois persistant qui disait déjà « mégoter ». Presque deux millénaires.

      Vieille histoire…

     De même, il n’y a pas un français populaire et une langue « noble ». Le peuple, des siècles durant, ne parlait pas français du tout. Il parlait francique, breton, basque, occitan — et quelques autres, sans compter les diverses désinences de ces langues dans les micro-régions — le provençal ici, l’auvergnat là. C’est à partir du XVIème siècle, avec l’édit de Villers-Cotterêts, que le français est imposé dans les cours de justice : François Ier avait réalisé qu’il était stupide d’interroger en latin des « sorcières » qui causaient gascon (en revanche, les Anglais, toujours à la pointe du progrès, ont persisté à faire en anglais le procès d’Irlandais qui ne parlaient que le celte, et que l’on pendait sans qu’ils aient compris quoi que ce soit à l’acte d’accusation).

     Puis vint la langue du Roy, « la façon de parler de la plus saine partie de la Cour conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps » (Vaugelas). C’était il y a quatre cents ans, à trois décennies près. Un bail. Et la langue française, c’est la superposition, en strates géologiques, des états antérieurs, des registres plus ou moins soutenus, des argots professionnels, des trouvailles verbales… À quoi diable servirait l’étude de la littérature si elle n’avait pas entre autres pour objet de donner aux élèves la connaissance et la maîtrise de ce feuilleté de langages ?

     Toutes les couches, si possible. Et les étudier dans l’ordre chronologique ne nuit pas : en rester à l’état moderne, c’est se contenter de l’humus, sans savoir quel est le sous-sol. Allez faire pousser quelque chose là-dessus…

 

     Quant à l’orthographe, elle s’est fixée, à peu de choses près, au XVIIIème siècle — avec un codicille au siècle suivant pour les ultimes modifications — « poète » et non plus « poëte ». C’est au XVIIIème, par exemple qu’on a décidé d’orthographier les imparfaits « ai » plutôt que « oi » : pendant que Voltaire écrit en français moderne, ce traditionaliste de Jean-Jacques Rousseau, qui avait appris à lire dans l’Astrée, s’obstinait à utiliser l’ancienne graphie. Tout un symbole : que les « pédagogues » modernes se réclament de l’un des plus grands réactionnaires de la langue en dit long sur leurs allégeances et leurs objectifs.

     Au passage, ceux qui réclament dans le Monde ou le Nouvel Obs, ces deux phares de la pensée grammaticale, une réforme de l’orthographe, devraient se renseigner : tout ce qu’ils proposent a déjà été mis sur la table au XVIème siècle — et récusé, pour bien des raisons ou des déraisons — une langue n’est pas forcément rationnelle— il lui arrive même d’être arbitraire…

 

     L’unité linguistique est un acquis tardif. Les sergents recruteurs de Louis XIV et de Louis XV, la Révolution surtout, œuvrèrent dans le sens de cette unification. « Il n’est bon bec que de Paris », disait-on : refuser la langue capitale, c’était risquer la peine du même nom, c’était se situer dans l’opposition au Roi, puis à la Convention. Les canons des forteresses de Vauban, à Marseille, sont tournés contre la ville, qui parlait provençal, les troupes de Marbeuf (puis les agents de Napoléon) se chargeaient des insulaires qui parlaient un corse un peu trop pur, et les Jacobins savaient bien que penser de ces paysans, soumis à l’opium liberticide, qui s’obstinaient à causer vendéen ou breton.

     La langue, après s’être imposée par les armes, est passée longtemps par l’armée : la Grande Armée, puis la conscription obligatoire furent de vrais ferments d’unité linguistique. Et il est significatif que l’abandon en rase campagne du service militaire, sans qu’on l’ait même remplacé par un service civil, ait coïncidé avec l’essor des théories fumeuses du multi-culturalisme.

     Enfin vinrent les hussards noirs de Ferry et du petit père Combes.

     Parce que le vrai ciment de l’unité linguistique, ce fut — et ça reste — l’Ecole de la République. C’est là qu’Anthony, Zineddine, Attila et Marie-Chantal apprennent à se comprendre en parlant la même langue et en fréquentant la même culture — au lieu de rester chacun sur son sous-continent culturel.

     Ou devraient apprendre.

 

     Nous sommes une nation profondément métissée, certes. Mais qui ne voit que c’est justement l’unicité de la langue et de la culture qui est la condition sine qua non de ce métissage ? Le Multiple procède de l’Un, et non le contraire. Il n’y a pas de cultures parallèles — sinon comme trace d’une nostalgie, d’un exotisme. Pas de langue parallèle — sinon comme un plus, une valeur ajoutée : je suis français, je peux donc, a posteriori, m’offrir tant que je veux le luxe d’être corse ou zoulou. L’ailleurs, c’est après. Tolérer que l’autre en reste à sa langue familiale, à son clanisme déstructurant, ce serait lui retrancher tout ce que la culture française peut lui apporter. Rien d’étonnant à ce que le régime de Vichy se soit fait propagandiste des régionalismes outranciers, et qu’il ait proscrit la Marseillaise, que sifflent de pauvres gosses déboussolés par le laxisme de l’Ecole moderne : comme ils n’ont rien appris, ils croient tout savoir. La démission scolaire, c’est l’école des sous-hommes. L’humanisme, le cosmopolitisme, l’universalisme, en un mot les Lumières, sont des concepts (nés du XVIème au XVIIIème siècle) de la maîtrise de la langue la plus achevée, de la culture la plus raffinée qui fût alors — celle de Montaigne, Montesquieu, D’Alembert ou Condorcet. La nôtre.

 

     Laisser l’enfant mijoter dans son bouillon de culture familial, quel qu’il soit, c’est, surtout, le retrancher du grand bain de la communication. Le couper de la citoyenneté — la vraie, pas celle dont se gargarisent les bien-pensants dont le « respect » de l’Autre n’est, au fond, qu’un mépris camouflé. Saint Tartuffe, priez pour nous ! L’Ecole à deux vitesses est née aussi de cet éclatement culturel qui s’est affublé du beau mot de « respect » pour mieux séparer, de fait, Mouloud et Charles-Hubert, Lætitia et Soraya.

     J’ai dit et redit, dans mes livres, que la violence est la façon de parler du barbare — au sens premier, étymologique, de celui qui balbutie le b-a-ba du grec, comme au sens Fofana du terme. La barbarie, l’impasse sur la langue et la culture, est le ferment de tous les gangs. J’expliquais, au début d’Une école sous influence, que parmi toutes les mauvaises raisons qui ont pu pousser une vingtaine de jeunes Français à torturer à mort Ilan Halimi, le fait qu’il ait été éduqué, qu’il ait parlé une langue plus pure que la leur, ne devait pas être la moindre. Les thuriféraires du langage « djeune », ceux qui, comme Jack Lang, s’extasient devant la créativité des « banlieues » et la poésie d’Orelsan, ceux qui, comme tant de théoriciens du pédagogisme, ont soutenu qu’il fallait aller vers ces jeunes au lieu de les faire venir à nous, portent une écrasante responsabilité dans les dérives de ces dernières années. L’insulte, le geste obscène, le coup de poing, sont les derniers recours de qui ne peut passer par le langage. Les conducteurs les plus cultivés, dans la cage de verre de leur automobile, en font l’expérience quotidienne. Ceux à qui on continue à refuser la culture emportent leur ménagerie de verre avec eux, partout. Fauves un jour, fauves toujours.

     La vraie exclusion, elle est là. Elle est tissée du refus d’insérer. Du refus d’apprendre.

 

     Les maniaques de l’égalitarisme, les jusqu’auboutistes des particularismes, les p… respectueuses des cultures « plurielles », devraient se couvrir la tête de cendres. Ils ont une responsabilité écrasante dans ces dérives criminelles. Ils se sont acharnés à marginaliser les exclus. Ils sont surtout coupables d’une illusion pédagogique absolument réactionnaire, au sens le plus pur du terme, celle qui consiste à croire qu’il y a un « soi » préexistant à la culture, et que pour rester soi, il ne faut fréquenter qu’avec des pincettes une culture dominante qu’il faut bien évidemment par ailleurs dénoncer, battre en brèche, et déconsidérer… En fait, on s’instruit pour devenir soi, et non pour le rester. « Rien de plus soi que de se nourrir d’autrui, disait Valéry. Le lion est fait de mouton assimilé. »

 

     La crise de l’orthographe est la partie visible, sensible, de l’iceberg de la désinstruction. L’enfant commence dysorthographié — par définition. Le petit Jean-Paul S***, à six ans,  écrivait : « Le lapen çovache ême le ten ». Fallait-il, sous prétexte de « liberté » et de « respect », le laisser dans un état qui l’aurait mis, toute sa vie, en infériorité — ou lui permettre d’être Sartre ? L’orthographe est bourgeoise, clament André Chervel et consorts. La méthode syllabique aussi, ânonnent Frackowiak, Charmeux, et quelques autres… Sous prétexte de « respect », on a légitimé des pratiques qui fabriquent des exclus. Sous le même prétexte, la même idéologie mortifère, on récuse le par-cœur que réinstituent les derniers programmes du Primaire — et, comble de cynisme, on se baptise « désobéisseur » comme si c’était un exploit. Pédagogie de la misère, misère de la pédagogie.

     Pendant ce temps, les vrais bourgeois se gavent d’écoles traditionnelles, de collèges adéquats et de lycées « classiques » — et les enfants des ZEP sont laissés à l’état sauvage.

 

     Il ne faut donc pas baisser la garde. Ni sur la syntaxe, ni sur le lexique. Ni sur l’orthographe. Ni ici, ni sur les mails ou les SMS.  Il ne faut plus tolérer que des Inspecteurs d’Académie donnent des instructions écrites aux correcteurs du Bac ou du Brevet pour qu’ils mettent la pédale douce sur les corrections. « Que je pactise ? Jamais, jamais ! » s’écrie Cyrano. La tolérance aujourd’hui, c’est l’intolérance demain. Parce que l’ignorance engendre tous les fascismes durs ou mous — l’autoritarisme en région Poitou-Charentes, TF1, et la mort de la Princesse de Clèves.

 

Jean-Paul Brighelli

 

PS. Ce blog est quasiment le seul qui, sur le Web, respecte l’orthographe. Ceux qui y voient la confirmation de l’idéologie réactionnaire de Bonnetdane sont eux-mêmes la confirmation du caractère autoritaire du pédagogisme. Barthes disait que la langue est fasciste — faisant allusion au carcan de règles qui corsètent l’expression. Mais la carence de langage l’est bien davantage — surtout quand elle est programmée.

01 août 2009

Classes trop moyennes

                                                                           « - Si tu continues comme ça j’ai peur

                                                                           Que tu ne passes pas dans la classe supérieure…

                                                                            - Les différences de classes nous les abolirons,

                                                                            C’est pour ça qu’on fait la révolution… »

 

chantait Evariste en 1968 — pseudo-dialogue divertissant entre un père et son manifestant de fils. Le jeu de mots est ancien, mais ce n’est pas pour ça qu’il n’est pas significatif. Régnait alors, à en croire les sociologues des années 1960, un système figé de reproduction sociale dans l’Ecole de mon enfance — encore qu’une frange de prolétaires parvenait à « passer dans la classe supérieure » (15% des élèves des grandes Ecoles à l’orée des années 1970). Aujourd’hui, avec moins de 5%, la statistique ne camoufle même plus l’ultra-élitisme du système — et l’ultra-élitisme, justement, ce n’est pas l’élitisme, et ceux qu’il sélectionne ne sont pas forcément des élites. Nous nous sommes si bien gorgés d’égalitarisme que nous avons produit les résultats les plus inégalitaires que jamais l’école de la République ait revendiqués.

     « Il ne faut pas désespérer Billancourt », disait Sartre. Oui — mais aujourd’hui, on désespère aussi Boulogne. Les classes moyennes sont invinciblement tirées vers le bas, et l’Ecole réformée par les soixante-huitards est infiniment plus injuste, et « reproductrice », que l’école d’autrefois.

     Tableau d’une situation pré-révolutionnaire.

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