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07 juillet 2007
Sujets de Fançais
Sujets de l'EAF…
Dans le Figaro du 6 juillet, Marie-Christine Bellosta tirait sans sommations (et pourquoi en faire ?) sur les sujets de l’Epreuve Anticipée de Français (EAF en jargon EN…). Comme un internaute diligent a pris soin de scanner la totalité de l’article à la suite de ma note « Langues anciennes » (voir http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2007/07/04/langues-anciennes.html), je ne doublonnerai pas.
Je rappelle toutefois à ceux qui ont la flemme de chercher dans les commentaires à la date susdite que M-C. Bellosta, avec un sens de la polémique que je lui envie, moi qui en suis tout à fait dépourvu, notait sans acrimonie pour commencer que « Clemenceau jugeait la guerre trop sérieuse pour la laisser conduire par des maréchaux, [et que] l'enseignement du français est, semble-t-il, une chose trop grave pour qu'on l'abandonne à la hiérarchie de l'Éducation nationale. » Après avoir rappelé les bonnes intentions de la loi Fillon, qui en avril 2005 — il y a mille ans — fit du Français le socle du socle, si je puis ainsi m’exprimer, elle constatait que « les nouveaux programmes de français de l'école élémentaire, rédigés sous l'égide de l'Inspection générale (4 avril 2007), ne tiennent compte ni de l'esprit de la loi, ni de la lettre de son décret d'application, ni des recommandations formulées par le ministre à la lumière des rapports d'Alain Bentolila. Les exigences fixées pour la fin du primaire sont plus basses que jamais, alors qu'il aurait fallu en revenir au moins au programme de grammaire et de conjugaison signé par Jean-Pierre Chevènement (1985). Et il serait vain d'espérer que les programmes du collège, en chantier, compenseront cette indigence : il faut que l'école instruise davantage si l'on veut qu'ensuite quatre ans de collège suffisent pour conduire les élèves à la maîtrise de la langue française. »
C’est une évidence. L’Inspection générale travaille depuis de longs mois à pondre de nouveaux programmes de collège (peut-être faudrait-il laisser cela à des profs de collège ? J'en ai quelques-uns, réellement compétents, à présenter au ministre, à la première réquisition), dont on se demande s’ils changeront l’approche purement techniciste qui est aujourd’hui celle de la plupart des enseignants — les plus conformes au moins, si je puis dire.
« La hiérarchie de l'Éducation nationale, ajoute Mme Bellosta, soutient que si ces programmes conduisent au mépris du sens, c'est parce qu'ils sont mal enseignés. Reconnaissons plutôt qu'ils ne sont pas enseignables. La preuve en est que les plus hautes autorités s'avèrent souvent incapables de fournir des sujets de bac qui respectent le sens des textes. »
Et pour illustrer son propos, voici ce que Mme Bellosta raconte du tout récent sujet d'EAF :
« Le sujet 2007 des séries ES et S en offre un exemple. Son corpus rassemble trois textes hétéroclites : le portrait de Gnathon par La Bruyère (Les Caractères), un fragment de 1846 où Victor Hugo consigne une « chose vue » (publication posthume) ; le poème « La grasse matinée » de Prévert (Paroles). Le candidat doit d'abord « montrer que les textes du corpus ont une visée commune ». Ce qui est absolument faux. Car si Prévert et Hugo évoquent la question sociale, La Bruyère n'en a cure : son portrait de Gnathon dénonce l'« amour de soi » (notion clef du moralisme classique) en énumérant les comportements haïssables qui en découlent. D'autre part, Prévert et Hugo ne disent pas la même chose de la question sociale. Prévert donne à ressentir au lecteur les émotions violentes d'un homme torturé par la faim. Hugo exprime par-devers lui un diagnostic politique : l'opulence côtoie l'extrême misère, et cette disproportion des fortunes, alliée au changement des mentalités né de 1789, va provoquer une révolution.
« Non content d'encourager ainsi au contresens ceux des candidats qui choisissent de commenter La Bruyère (sujet 1), l'État-Examinateur trahit la pensée d'Hugo dans l'énoncé du sujet 3 : « À son arrivée à la Chambre des pairs [Hugo], sous le coup de l'émotion, prend la parole à la tribune pour faire part de son indignation et plaider pour plus de justice sociale. Vous rédigerez ce discours. » Il s'agit ici d'écrire avec la plume d'Hugo (!) un discours qu'il ne risquait pas de prononcer étant donné que la notion de « justice sociale », chère à notre Examinateur, n'entrait pas dans ses catégories de pensée, ni en 1846, ni plus tard. De fait, dans son discours sur « La Misère » de 1849, qui est son premier pas vers la gauche (1), Hugo propose d'« étouffer les chimères d'un certain socialisme » en créant un « code chrétien de la prévoyance et de l'assistance publique » car « l'abolition de la misère » doit permettre, dit-il, la « Réconciliation » des classes. »
Ce que Marie-Christine Bellosta ne dit pas — peut-être ne le sait-elle pas —, c’est que les sujets de français ne tombent pas du ciel. Derrière tout contresens, il y a toujours un responsable.
Depuis quelques temps, pour ne léser personne (?) et faire semblant d’aller dans le sens du régional, les sujets sont choisis chaque année par une Académie différente. Cette année, les sujets de S / ES ont été choisis par l’Académie de Nice. Et le choix des sujets est de la responsabilité de l’IPR locale (en l’occurrence Marie-Lucile Milhaud, apparemment moins à l’aise sur La Bruyère que sur Yves Bonnefoy…), sous couvert de l’IG locale — Catherine Bizot. Et derrière elles, grand manitou du constructivisme pédagogiste tel qu’il s’est déployé de si nombreuses années, plane l’ombre de Katherine Weinland, ex-doyenne de l’Inspection générale — celle qui affirmait dans l’Express en 2002 : « 13% des élèves sont illettrés en 6e, ce n'est pas grave, ils n'ont pas fini leurs études » (voir l’analyse de cette méthode Zen / Coué sur http://www.r-lecole.freesurf.fr/collok/flashfr.htm. (2).
Et derrière ces trois sommités de la pensée littéraire, quelques enseignants triés sur le volet pour leur souplesse idéologique…
Alors, franchement, confier la rédaction de sujets du Bac à des enseignants qui, trop souvent, ont trouvé leurs diplômes dans des pochettes-surprise, est-ce bien sérieux ? On voudrait dégrader définitivement le Bac que l’on ne s’y prendrait pas autrement. D’ailleurs, est-il besoin de le dégrader ? Il y a deux ans, en septembre 2005, Fanny Capel (http://www.sauv.net/capelcop.php) constatait déjà que le Bac n’était plus, grâce aux efforts conjugués de ceux qui ont vidé les programmes de tout contenu (Viala and Co.) et de ceux qui veillent à ce que les sujets soient dépourvus de sens (donc intraitables, donc in-notables, donc sur-notés), qu’un vague examen de fin d’études.
Soit nous refaisons d’urgence les programmes, de la Maternelle au Bac (et dans cet ordre !), et nous redonnons au plus vieil examen français ses lettres de noblesse ; soit nous entérinons la situation actuelle, en expliquant aux parents que « pour cent balles et pour un Bac, t’as plus rien ». Et alors les universités seront libres d’imposer, à l’entrée, la sélection qui leur plaira — à commencer par la plus stupide, la sélection par l’argent.
Jean-Paul Brighelli
(1) Voir sur ce point le tout petit livre très stimulant de Paul Lafargue (oui, le gendre de Marx, l’homme du « Droit à la paresse »), la Légende de Victor Hugo (Mille et une nuits).
(2) C’est à cette même Katherine Weinland que Sauver les Lettres expédiait une lettre pouverte de protestation devant la vacuité des nouvelles épreuves du Bac Français, en cette même année 2002 (http://www.sauv.net/lettreinspec02.php). Avec le succès d’autisme que l’on imagine.
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Commentaires
je ne fais que passer, petit post-it pour récupérer les commentaires dans ma boite mail...
Bonne fin de journée
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 07 juillet 2007
Pas un commentaire, juste un peu de "matériau orthographique vivant", le mail d'un élève qui vient d'être reçu à son BTS dans une section artistique où la sélection est de l'ordre de 300 dossiers pour 15 places, si je ne m'abuse.
----- Original Message -----
> Sent: Thursday, July 05, 2007 8:28 PM
> Subject: des nouvelle des etudient ***
>
>
> Vous devez surement le savoir mais au cas où je vous écris quand même ce
> mail, voila toute la classe d'**** a eu leurs BTS, même moi.
> J'ais eu 6.50 en **** ce n'est pas très glorieux mais sa reflète les
> notes que j'ai d'habitudes dans votre matière.
> Sinon nous continuons quasiment tous nos études et moi je vais m'orienter
> dans la 3D la création de site web et le multimédia, je suis accepter a
> l'école **** alors je suis très content.
> J'espère que vous aller bien.
> Bonne continuation.
Ecrit par : kyrielle et y sonne | 07 juillet 2007
un peu de temps pour lire plus attentivement cette dernière notes qui ne semble pas avoir attiré l'attention des blogueurs!
Beau pavé dans la mare! Jean-Paul tu devrais écrire un livre sur l'art et la manière de se faire des amis! blague à part , je suis estomaquée...J'avoue ne mettre jamais vraiment penchée sur les sujets du bac français depuis que je l'ai passé il y a belle lurette et celui de mon aînée sera dans 4 ans...mince dans pas si longtemps finalement!
Peut-être qu'en écrivant un nouveau tome sur cette apparente escroquerie du bac français en analysant les sujets de ce bac comme tu viens de le faire ,cela contribuerait à oter la m....que beaucoup continuent à avoir dans les yeux...
j'attends avec impatience les commentaires des éminents profs de lettres qui hantent ce blog. Qu'ils viennent appuyer tes dires avant que tes détracteurs ne te tombent dessus et t'accuse d'exagérer et de la ramener juste histoire d'étaler ta superbe...
brrrrrrr, j'ai froid dans le dos...
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 07 juillet 2007
« Ce que Marie-Christine Bellosta ne dit pas [...], c’est que les sujets de français ne tombent pas du ciel. Derrière tout contresens, il y a toujours un responsable », écrivez-vous, Brighelli. Et vous citez trois noms.
En vérité, je n’avais pas cherché à savoir quelle équipe pédagogique, et donc quel IPR, et donc quel IGEN, étaient responsables.
D’une part parce que l’idée que mes objections savantes allaient mettre des collègues en difficulté me perturbait plutôt (je suis un caïman au cœur tendre — si, si).
D’autre part parce qu’en bonne administration, tous les actes d’un ministère sont imputables à son ministre. Si un policier en service, pris de folie, tuait vingt personne, ce serait au ministre de l’Intérieur d’en répondre. Quand l’Etat-Examinateur du bac pose un sujet absurde à 200.000 élèves et distribue des consignes de corrections saugrenues à des milliers de correcteurs, c’est, me semble-t-il, au ministre de l’Éducation nationale d’en répondre. Cela ne signifie pas, dans mon esprit, qu’il en soit personnellement comptable, mais qu’il se doit d’enquêter dans sa propre administration, et de prononcer des sanctions en conséquence. Biensûr j’entends d’ici les lambris dorés de Grenelle me murmurer, goguenards, que « ça ne marche pas comme ça » et qu’« il ne se passera rien du tout »... On verra bien. Je n’ai pas voté Sarkozy pour qu’il « ne se passe rien du tout », mais parce que j’espérais que son idéologie du « résultat » et de la « responsabilité » serait inculquée, en priorité, aux fonctionnaires d’autorité. Pas aux lampistes. Aux fonctionnaires d’autorité.
Enfin, si je ne criais pas haro sur les responsables du sujet, c’est que les premiers responsables sont à mes yeux 1) le programme de français des lycées, 2) la maquette de l’épreuve anticipée du baccalauréat. Tant que ce programme sera organisé par centres d’intérêt et que « Convaincre, persuader, délibérer » fera partie des centres d’intérêt, tous les ans l’un ou l’autre sujet invitera à faire dire X à une page de littérature qui signifie Y. Tant que la maquette de l’épreuve obligera les candidats à envisager ensemble trois textes, les faiseurs de sujets continueront d’apparier la carpe et le lapin en d’improbables attelages.
*
Encore cette question des sujets de bac (que je n’évoquais qu’à titre d’exemple) n’est-elle pas le plus grave.
Je vous accorde qu’elle est grave, bien entendu, car très mal vécue au niveaux individuel et institutionnel.
1) Grave pour les bons élèves qui n’auront pas su répondre à la question portant sur les « visées communes » des textes de La Bruyère et d’Hugo (qui n’en avaient effectivement aucune) ou qui, à bon droit, n’auront pas parlé de critique sociale lors de leur commentaire du texte de La Bruyère (qui, effectivement, n’en contenait pas).
2) Grave pour les milliers de professeurs instruits qui corrigent le bac, qui se sont arrachés les cheveux devant le sujet de cette année et ses « pages roses », et qui s’arrachent tous les ans quelques cheveux — c’est l’un d’entre eux qui m’a signalé le problème.
3) Grave pour l’université parce que c’est ce bac-là que les universitaires sont censés considérer comme le sésame de leurs DEUG. Et on s’étonne, ensuite, du taux d’échec en L1, ou du désir des universitaires que soit instaurée une sélection d’entrée dont ils soient seuls responsables.
4) Grave pour les corps d’inspection car pareil sujet signifie qu’il s’y trouve des gens (quels qu’ils soient, peu importe) qui ne travaillent pas. (Le problème, en effet, ne me paraît pas que les certificateurs de ce sujet ne soient pas familiers des œuvres de La Bruyère et d’Hugo — on ne peut pas tout savoir. C’est qu’ils aient été ignorants au point de ne même pas soupçonner qu’il y avait des choses à savoir sur La Bruyère et Hugo, qu’ils devaient travailler dans une bibliothèque(1) ou sur la Toile(2), avant de poser n’importe quelle question aux candidats.)
5) Grave pour la cohérence générale du système éducatif parce que le fossé se creuse entre la « culture » de l’enseignement secondaire et la « culture » de l’enseignement supérieur. Au niveau secondaire, l’IGEN laisse imprimer des consignes de correction du bac où le portrait de « Gnathon », dans La Bruyère, « dénonce une structure sociale inégalitaire » ; en DEUG de Lettres, pareille analyse serait mal notée. Au niveau secondaire, les consignes de correction du bac escomptent que le candidat inventera un discours de Victor-Marie vicomte Hugo devant la Chambre des Pairs où Hugo parlera en tant que « représentant » des « populations pauvres » ; en DEUG d’histoire, un étudiant qui imaginerait la Chambre des Pairs de Louis-Philippe comme une chambre des « représentants » (avec « représentant » des « pauvres », par-dessus le marché !) serait mal noté. Au niveau secondaire, des consignes de corrections du bac parlent de « solipsisme » pour évoquer l’égocentrisme incivil de « Gnathon » ; en DEUG de philosophie, l’emploi indu de ce terme serait mal noté. Etc. Etc. Cette fracture culturelle de plus de plus béante entre enseignement supérieur et enseignement secondaire finira par rendre schizophrènes les lieux d’enseignement ressortissant aux deux domaines (classes prépas, préparation aux concours de recrutement des enseignants).
*
Oui, tout ça est bien gênant. Mais cependant, au plan de l’avenir culturel de la nation, la question de tel ou tel mauvais sujet du bac, ce n’est pas le pire. Le pire, pour notre pays, c’est que les programmes de français des lycées tuent l’intérêt des élèves pour la littérature avec leur sale manie de se focaliser sur l’apprentissage des termes techniques (par exemple, dans les consignes de correction sur La Bruyère, l’Etat-examinateur attend que l’élève parle de progression à thème constant, d’asyndète, d’hyperbole, de métaphore animalière, d’antithèse, de focalisation externe, d’implicite). Nos pauvres lycéens sont ainsi conduits à s’imaginer que s’intéresser à la littérature, c’est s’intéresser au « comment c’est dit ». Non, « depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes, et qui pensent », comme disait La Bruyère, on lit parce que les textes disent quelque chose d’intéressant, d’intéressant pour penser, pour comprendre, pour se comprendre, pour vivre. Avec leurs mômeries scolastiques en lieu et place de promotion du sens, ces programmes de lycée dissuadent les jeunes d’ouvrir un livre. Et encouragent tout élève qui le peut à fuir les filières littéraires.
Et par conséquent, l’inculture galope. Ce que les futurs et anciens élèves d’HEC appellent la « culture générale » brille par son absence, chez nos jeunes adultes diplômés à bac+N, avec un redoutable éclat.
Alors, vous savez quoi ? L’inspection générale a trouvé un remède ! Lequel ne consiste pas à réparer ses erreurs, évidemment, mais à empiler une nouvelle erreur sur l’ancienne. Vous ne devinez pas ? Lisez, sur le site du Ministère, le Rapport n°2006-044 intitulé « Évaluation des mesures prises pour revaloriser la série littéraire au lycée ». Ce rapport prononce l’oraison funèbre de l’enseignement de la littérature française. Maintenant que l’IG des Lettres a scié la branche de la littérature en la vidant de tout contenu de culture générale pour la focaliser sur des cuistreries décourageantes, eh bien, il n’y a qu’à l’abandonner définitivement aux cuistres... et faire de la « culture générale » une discipline à part, enseignée dès la seconde. C’est tout simple, il suffisait d’y penser, or rien n’est plus ingénieux qu’un corps d’inspection qui refuse de reconnaître les erreurs commises en amont, lui régnant. Le seul signe d’espoir, dans tout ce cauchemar, c’est que la « feuille de route » de M. Darcos contient (dixit l’AEF) le rétablissement de l’enseignement de la littérature. Si MM. Sarkozy, Fillon et Darcos courent vite, peut-être que les fossoyeurs de la littérature n’auront pas le temps de refermer la tombe ?
Mais je vous laisse. Plus cette lettre avance, et plus je donne dans le genre « France exaspérée » : je risquerais de devenir « polémique ». À plus, cordialement.
-------
NOTES
(1) Exemple de travail en bibliothèque. Retrouver le texte de Hugo qu’on se propose comme sujet dans le volume de « Choses vues » (« Œuvres complètes », Laffont/Bouquins, t. « Histoire », pp. 881-882). Lire les pages environnantes et se demander si elles transpirent la « dénonciation d’une structure sociale inégalitaire ». Se demander si Hugo n’aurait pas, par hasard, écrit un discours politique sur la misère vers 1846, et donc ouvrir « Actes et paroles » (« Œuvres complètes », t. « Politique »), lire le discours sur « La Misère » (p. 199 et suiv.) et se demander s’il y est question de « structure sociale inégalitaire » et de « justice sociale ». Si l’on craint de manquer de culture pour comprendre ce discours : se reporter à des commentateurs connus, par exemple, Jean-Marc Hovasse (« Victor Hugo I. Avant l'exil », Fayard, 2001, pp. 1069-1070) ou Jean-François Kahn (« L'extraordinaire métamorphose ou 5 ans de la vie de Victor Hugo. 1847-1851 », Seuil, 1984, pp. 610-616).
Autre exemple de travail en bibliothèque : regarder les notes de toutes les éditions savantes de La Bruyère pour voir si « Gnathon » a déjà été lu comme une critique sociale. Résultat : jamais ; tous les éditeurs se bornent à voir dans « Gnathon » « l’égoïste ». Chercher si des ouvrages de référence en ont parlé. Oui : Louis Van Delft dans « La Bruyère moraliste » (Genève, Librairie Droz, 1971, p. 74), lequel renvoie vers René Jasinski dans « Influences sur La Bruyère » (Revue d’Histoire de la Philosophie, 1942, n° 32, pp. 297-299), lequel Jasinski, s’occupant d’« intertextualité » avant la lettre, rapproche « Gnathon » du grand manuel de savoir vivre du XVIIe siècle et conclut : « le portrait se développe tout entier sur cette trame, en quelque sorte retournée. [...] il codifie en les illustrant les laideurs de l’« incivilité » ».
(2) Exemple de travail sur la Toile. Avant de demander au candidat d’écrire un discours de Hugo plaidant pour la « justice sociale » : se demander si ce mot se trouve dans son oeuvre, intégralement numérisée. Donc utiliser la base de données Frantext. Résultat : un seul emploi de cette expression dans toute son oeuvre, et c’est pour distinguer « justice sociale » et « justice divine » à propos de la peine de mort.
Ecrit par : Marie-Christine Bellosta | 08 juillet 2007
Merci à Marie-Christine Bellosta pour cette belle analyse… Je n'en demandais pas tant — après tout, c'est le résumé de ce qui se dit sur ce blog depuis des mois.
JPB
Ecrit par : brighelli | 08 juillet 2007
Concernant les "mômeries scolastiques" et les "termes techniques" en Français, pour les classes de LP: les élèves sont souvent fainéants/découragés (devinent l'inanité de la chose?) - donc: ils ne les apprennent même pas. Leur cerveau est sauvé...
Vive la paresse, alors (?)...
Ah! la rigueur de l'esprit universitaire (tout faire pour avancer comme une forteresse intellectuelle imprenable); ça m'épate toujours (positivement), même si - pour les colloques - le dialogue ne peut, à cause de cela, s'établir. A moins de vouloir démolir la réflexion du collègue. Ou alors en imposer.
"4) Grave pour les corps d’inspection car pareil sujet signifie qu’il s’y trouve des gens (quels qu’ils soient, peu importe) qui ne travaillent pas. (Le problème, en effet, ne me paraît pas que les certificateurs de ce sujet ne soient pas familiers des œuvres de La Bruyère et d’Hugo — on ne peut pas tout savoir. C’est qu’ils aient été ignorants au point de ne même pas soupçonner qu’il y avait des choses à savoir sur La Bruyère et Hugo, qu’ils devaient travailler dans une bibliothèque(1) ou sur la Toile(2), avant de poser n’importe quelle question aux candidats.)"
Ce que révèle ce passage et ses notes montre bien la somme de travail nécessaire en amont pour "dominer" son sujet. Sans cesse lire, analyser, mettre en perspective, comparer, etc. Pense-t-on que le quidam, ayant eu son concours, va vouloir poursuivre, chez lui, ses habitudes acquises (?) durant ses années en enseignement supérieur?... Il faut une volonté de fer - et s'être donné pour objectif (de vie -?-) cela. Un professeur (quelle que soit sa place) bosse (ou le devrait en tout cas) - mais est-ce qu'il cherche à semer... ne lui paraît pas, au moins immédiatement après son cours, devoir se dessécher? Le "àquoibonnisme" guette souvent.
Je ne connaissais pas Frantext - merci!
Ecrit par : Pendariès | 08 juillet 2007
Deux ou trois choses à dire à propos du texte de Madame Bellosta.
1) D'abord la remercier. Qu'une voix supplémentaire se fasse entendre pour dénoncer la déroute de la littérature dans notre enseignement nous aide un peu plus à ne pas nous conformer aux dogmes des instructions officielles.
2) Il est inutile de répéter les éléments d'une analyse aussi bien menée et j'ajouterai simplement qu' on peut s'étonner qu'un texte comme " La grasse matinée" soit un texte choisi pour le bac de français.
3) Les sujets sont choisis par des collègues "souples de l'échine" comme le dit JPB. J'en ai deux dans mon établissement qui font cours à l'iufm, qui sont au mieux avec l'inspection régionale, qui ont fait partie de la commission de choix des sujets de brevets, il y a quelques années. L'un use de la télévision et du magnétoscope à tous les cours, tous; l'autre, ne fait pas de grammaire en latin. "C'est barbant" (sic)
C'est cela la réalité des établissements. Ce sont ces gens-là qui ont le pouvoir. Et si Darcos n' a pas le courage de faire tomber tous les cadres de l'EN, cette coterie continuera de lui faire la nique et de ne pas appliquer toutes les meilleures lois qu'il pourra nous proposer.
Si les têtes tombent, le reste suivra. Les enseignants dans leur grande majorité ont suffisamment montré à quel point ils sont lâches.
Ecrit par : Thalie | 08 juillet 2007
Si les têtes tombent, le reste suivra. Les enseignants dans leur grande majorité ont suffisamment montré à quel point ils sont lâches.
Ecrit par : Thalie | 08 juillet 2007
Lâcheté, je ne sais pas... "Aquoibonnisme", j'en suis un peu plus certain - à force que rien ne change; plus localement, je vois quand même mes collègues rouspéter contre le laxisme du proviseur, aller dans son bureau - et se faire engueuler comme du poisson pourri lors des CA; j'entends les inspecteurs taper bêtement, dire que nos cours sont nuls, etc. Voir que l'ambiance au bahut est fragile - on fait frémir un levier et c'est la catastrophe (je l'ai assez dit sur ce blog, en donnant des exemples). Lassitude, peut-être... "L'eau monte, et alors? puisque ceux qui ont le pouvoir s'en foutent"
Ecrit par : Pendariès | 08 juillet 2007
Un ensemble de textes, une grille de choses à y trouver par le candidat « anotonomi » puis finis en exprimant ta citoyenneté ami apprenant... manque plus que le travail en groupe pour avoir la panoplie constructiviste complète.
A quand le bac offert à des groupes de candidats ?
Concernant la fabrication des sujets, il semblerait en effet que beaucoup d'inspecteurs censés superviser sont soit des incompétents soit des branleurs, et pas qu’en les lettres...
Ecrit par : Lariba | 08 juillet 2007
Le sujet 2007 des séries ES et S en offre un exemple. Son corpus rassemble trois textes hétéroclites : le portrait de Gnathon par La Bruyère (Les Caractères), un fragment de 1846 où Victor Hugo consigne une « chose vue » (publication posthume) ; le poème « La grasse matinée » de Prévert (Paroles). Le candidat doit d'abord « montrer que les textes du corpus ont une visée commune ». Ce qui est absolument faux. Car si Prévert et Hugo évoquent la question sociale, La Bruyère n'en a cure : son portrait de Gnathon dénonce l'« amour de soi » (notion clef du moralisme classique) en énumérant les comportements haïssables qui en découlent. D'autre part, Prévert et Hugo ne disent pas la même chose de la question sociale. Prévert donne à ressentir au lecteur les émotions violentes d'un homme torturé par la faim. Hugo exprime par-devers lui un diagnostic politique : l'opulence côtoie l'extrême misère, et cette disproportion des fortunes, alliée au changement des mentalités né de 1789, va provoquer une révolution.
Jean-Paul Brighelli
Supposons qu'un élève lambda, un peu moins endoctriné que ses camarades, mais encore balbutiant, tente de démontrer vos propos.
Sera-t-il descendu et planté? Car, si tel est le cas, et il l'est parfois, ça devient encore plus grave.
Je connais une jeune fille qui, c'est son choix, a démonté aussi proprement qu'on peut le faire à 18 ans et des brouettes, Hannah Arendt à un concours d'entrée en Grande Ecole. Autant vous dire qu'elle n'a pas intégré grâce à sa note de Français: on a jugé ses idées et non sa maîtrise de la dissertation...
Ecrit par : dobolino | 08 juillet 2007
Non il s'agit bien de lâcheté d'un grand nombre de nos collègues (chose vécue), se fondre dans la masse et surtout pas de vague, ça fait tache. Vive la collabo et la soumission à l'autorité dansun politiquement correct sécurisant qui ne fasse pas trop mal dans la remise en question.
Ecrit par : agna | 08 juillet 2007
Non il s'agit bien de lâcheté d'un grand nombre de nos collègues (chose vécue), se fondre dans la masse et surtout pas de vague, ça fait tache. Vive la collabo et la soumission à l'autorité dansun politiquement correct sécurisant qui ne fasse pas trop mal dans la remise en question.
Ecrit par : agna | 08 juillet 2007
Depuis que mon fils l'a pigé, ça va mieux! Il lui a fallu treize ans d'école et quinze ans d'âge pour piger que faire des vagues secoue le navire. Il a un profil très bas, un peu trop... Manque de pot, sa prof d'italien est venu le voir au théâtre... et m'a avoué que, le trouvant bizarre, elle est allée enquêter sur ses lectures au CDI. Dès l'an prochain, bonhomme s'appliquera à n'y lire que le bulletin de l'OM. C'est de la prudence...
Vaut mieux être con, riche et en bonne santé qu'intelligent, pauvre et malade.
Ecrit par : dobolino | 08 juillet 2007
AH merci Agna.....merci....inutile de vous dire combien je partage votre point de vue.... On ne saurait dire à quel point ce que vous dites est exact sur la couardise, la pusillanimité, le conformisme de pas mal de nos collégues. Le monde pourrait bien crouler autour d'eux, les pires turpitudes politiques se dérouler sous leurs fenêtres que ces connards continueraient, avec l'imperturbabilité des larves à parler de la 5ème 8, de la progression d'Albert Delafoune 4ème 3, de faire leurs petites fifiches pour la rentrétrée. Et pire, on pourrait veir arrêter un de leurs élèves ou de leurs collègues que je vous parie les oeuvres complètes de Nicolae Ceaucescu en 345 volumes reliés skivertex ,q'uis NE BRONCHERAIENT PAS. Au passage si notre statut social est si affligeant, c'est à notre couardise que nous en sommes là
Bien à vous....
JPB v'zavez écrit fançais vous êtes donc un inc'oyable mon che'. Nous sommes 'evenus au temps du Di'ectoi'e......
Petit f'ipon.
Ecrit par : montaigneàcheval | 08 juillet 2007
Bravo à Marie-Christine Bellosta pour son formidable réquisitoire contre l'inndable bêtise qui a présidé à la confection des épreuves du bac anticipé de français.
Mais c'est depuis 2001 que cette cette cuistrerie phraseuse et auto-satisfaite triomphe!
J'ai eu l'honneur; en 2001-2002, d'essuyer les plâtres, dans deux classes de première d'un grand lycée , c'est le moins qu'on puisse dire, et ils auraient été ravis ( à l'insu de leur plein gré!) d'apprendre quelque chose de précis et de solide, de faire de bonnes vieilles explications de texte, par exemple. Peu mais bien. J'avoue que je n'avais rien compris à toute cette quincailleire de registres, de genres, d'objets d'étude. Et comme, en plus, avec cette nouvelle formule de l'EAF, les objectifs affichés sont à des années-lumière du niveau réel des élèves de première au point que plus personne ne sait ce qu'il faut faire en classe, je me suis rabattu sur la seule chose que je savais faire: des explications de textes, à gogo! L'année suivante, je me suis retrouvé dans un lycée classique, en première S. Même chose: des explications de textes traditionnelles. Pas canonique, mais efficace. Au moins, ces élèves auront lu de près quelques grands textes... Mais à chaque conseil de classe , je me faisais allumer par le crétin de service de la Fcpe (oui, je sais, c'est un pléonasme et il y en a autant à la Peep!) parce que je ne faisais pas de "séquences"! "Les parents étaient, disait-il, inquiets pour le bac"...
Depuis 6 ans, c'est (semble-t-il, car je suis retourné dans mon petit collège) la même ambiance autour de ce bac anticipé: j'ai l'exemple d'un lycéen de première S qui , cette année, a passé son temps à prendre en notes sans rien comprendre ce que disait Madame N.., qui servait à ses élèves des lectures analytiques. Que des lectures analytiques! Niveau CAPES de Lettres modernes. D'explications de texte, point. La dame vient d'être proposée à la hors-classe! Ses élèves n'avaient rien compris à son cours.
J'ai dû faire avec lui l'explication de tous les textes de son "descriptif": il a commencé à entrevoir ce que c'est que le plaisir des grands textes, et il eu 12 à l'oral - une victoire, pour lui - sur un sonnet de Ronsard qui lui était resté complètement opaque malgré la très belle lecture analytique de Madame N... , mais que nous avions expliqué ensemble.
Question naïve: Marie-Christine Bellosta n'est-elle pas relativement en vue à l'UMP? Donc, son excellent article du Figaro devrait, en bonne logique, être déjà sur le bureau de Nicolas Sarkozy?
Est-ce que le Président de la République est au courant que les malheurs actuels de l'Education nationale ne viennent pas d'un manque de moyens - il y en a largement assez, je suis d'accord avec JPB - mais de la façon dont ces moyens sont rendus inefficaces à cause de l'idéologie pédagogique régnante, la "pédagogie par objectifs" et sa traduction concrète dans les classes, la "séquence didactique"?
Abattre la "pédagogie par objectifs" et la "séquence didactique", c'est restaurer à moyens constants tout le système éducatif.
Ecrit par : Jean | 08 juillet 2007
"deux classes de première d'un grand lycée tecnhique. Ces élèves ne savaient pas grand-chose en français,..."
Ecrit par : Jean | 08 juillet 2007
Eh oui, Jean. Mais cela fait combien de temps que nous passons notre temps à redire sans arrêt la même chose les uns comme les autres, sans que rien ne change. Nous sommes une toute petite minorité. Toute petite.
La suppression du corps des inspecteurs pourrait être un début de solution. Le ménage dans les iufm sera-t-il fait un jour? Les politiques se sont-ils déjà "couchés "devant Julliard?
Quelle est la volonté exacte de notre ministre?
Ecrit par : Thalie | 08 juillet 2007
Il y a plusieurs mois que je lis quotidiennement ce blog, par simple curiosité, et puis, rien de ce qui touche à l'enseignement du français ne m'est étranger.
Je ne ferai qu'une seule incursion sur ce blog.
Incursion rendue à mes yeux nécessaire en raison de deux passages:
1/ J.P.Brighelli affirme que la rédaction des sujets de l'EAF est confiée "trop souvent à des enseignants qui ont trouvé leurs diplômes dans des pochettes-surpises". C'est infamant. Des preuves... J'ai effectivement participé à une telle commission, et j'affirme avoir conquis les titres de certifié et d'agrégé, par concours, depuis longtemps, et qu'il en était de même pour mes collègues. Cela dit, le diplôme ne garantit pas l'honnêteté intellectuelle, ni le savoir faire pédagogique (ai-je employé un gros mot?). Il garantit à mes yeux une réelle motivation, une motivation objective pour être autorisé par l'Etat à enseigner telle ou telle matière. Ce n'est déjà pas si mal.
Je passerai sous silence l'allusion à la "souplesse idologique" des participants à ces commissions: vous est-il jamais venu à l'esprit que ces enseignants adeptes, selon beaucoup de participants à ce blog, de la reptation en vue d'une quelconque hors-classe, étaient en fait en accord (pour le moins en partie) avec cette forme d'enseignement?
2/ Mme Bellosta. Je ne comprends pas vraiment ce que vous énoncez: selon vous, notre enseignement souffre d'une approche "techniciste"? Mais enfin, quel rîole a donc joué mon estimable professeur de Lettres, en classe de 1e, à la fin des années 60, quand il nous apprenait que l'on ne sépare pas le fond de la forme? Que le sens était induit par CETTE forme, propre à CE texte? Certes, La Bruyère ouvre ses Charactères avec une phrase à la fois défaitiste (tout est déjà dit) mais résolument optimiste quant à l'avenir de l'écrit: cette formule contient en germe celle-ci: si tout est plus ou moins déjà dit, écrit, à quoi bon superposer un discours de plus? Ce à quoi L.B. répond qques lignes plus loin: "c'est un métier que de faire un livre". Un métier. C'est à dire un savoir faire, avec du travail, un style, une ECRITURE.
Alors, et pour en finir avec mon unique contribution à ce blog, comme on me l'a enseigné il y a bientôt 40 ans, comme on le demande pour les explications de texte du CAPES et de l'Agrégation, je pars de ce qui fait sens dans la forme du texte pour comprendre ou faire comprendre dans quel sens il se dirige (sans évidemment exclure l'apport historique, esthétique, culturel, quand c'est nécessaire). Effectivement, il y a pas mal de collègues qui en restent à la simple énumération de procédés d'écriture (les inénarrables champs lexicaux). Est-ce moins bien que ceux qui nous infligeaient une paraphrase du type: on voit bien, là, que l'auteur est en colère...?
Rien d'autre.
Bien à vous.
Ecrit par : Claude Charbonnel | 09 juillet 2007
"Ces enseignants adeptes étaient en fait d'accord avec cette forme d'enseignement".
On le sait bien, Claude Charbonnel! C'est bien pour cela que les bacheliers ne savent pour ainsi dire plus rien en français, et en plusils ont l'esprit barbouillé de toutes ces "situations d'énonciation ancrées ou pas", de ces "types de discours", de ce "narratif", de cet "argumentatif", de ces "registres", de ces "objets d'étude",de cette "focalisation" "interne , "externe", dont personne n'a rien à faire, de ces "actants", de ces "adjuvants", de ces "connecteurs logiques", j'en passe et des meilleures. Même les "séquences", c'est insupportable au bon sens! C'est ce charabia, ce formalisme inutile et creux qui écoeure les élèves du français!
Croyez-moi, il vaut mille fois mieux que l'élève ait appris d'abord à dire avec ses mots tout simples: "Je vois que l'auteur est en colère."!
Mettez un bachelier actuel devant n'importe quel texte littéraire: il en sera incapable. Ou bien il n'osera pas, parce que des pédants et des cuistres lui auront fait croire que la littérature n'est qu'un prétexte à bavardage savant et opaque. La nouvelle formule de l'EAF a renforcé le "psittacisme" qu'elle prétendait combattre!
Quant aux "pochettes-surprises", comment pouvez-vous les nier? Ce n'est pas "infamant", c'est une réalité. Vous savez très bien que l'agrégation est donnée à "certains" par simple nomination, sans passer aucun concours. C'est ce qu'on appelle la "promotion interne". L'allégeance aux dogmes peut aider... Il serait instructif d'éplucher à cet égard le CV de certains "inspecteurs".
Pourtant, depuis la création d' un concours d'agrégation dit "interne", qui est spécialement aménagé pour que des professeurs en poste à temps complet puissent le passer, on aurait dû supprimer le scandaleux accès au titre d'agrégé par simple nomination.
Ecrit par : Jean | 09 juillet 2007
Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Mes allusions aux diplômes au piston ne concernaient que certaines des personnes visées dans ma note. Comme quoi on peut appartenir à la plus haute hiérarchie de l'Education Nationale, passer son temps à sacquer les enseignants, et ne devoir ses titres qu'à sa… technique de léchage, si je puis ainsi dire.
À propos justement de technique… Ne faites pas l'âne pour avoir du son, cher collègue. La forme et le fond, c'est ce que nous devrions tous faire — reste à savoir ce qu'on entend par là. Plaquer des concepts XXe siècle sur des textes du XVIIe, est-ce vraiment respecter le fond ? Réduire une explication à une approche techniciste (pas même la rhétorique de Dumarsais ou de Fontanier, pas même celle de Bernard Dupriez — encore qu'au sens strict, aucune des trois ne puisse convenir à un texte antérieur à 1760…), c'est plaquer à la va-vite quelques notions héritées du structuralisme (disons, pour aller vite, de Todorov ou Propp à Greimas) et mal digérées sur des textes parfaitement étrangers à la notion d'actant ou de focalisation — ou même de discours, surtout au sens où l'entendent les communicants modernes. Expliquer un texte, c'est se poser des problèmes d'écrivain, c'est tenter de résoudre la chimie (ou l'alchimie) de l'acte créateur. C'est, en un mot, apprendre à lire — et à écrire.
Où avez-vous vu que les élèves d'aujourd'hui, qui ne font plus que très opccasionnellement des rédactions, presque jamais des dissertations, et n'ont de la prise de parole que la pratique du beuglement monosyllabique, connaissent quelque chose à la rhétorique telle que pouvait la concevoir Gorgias — ou, à un autre niveau, telle qu'elle se joue parfois encore dans les écoles de la magidtrature, en procès simulés ?
Tout ça pour dire que le Bac (lEAF) tel qu'il est aujourd'hui conçu ne mesure rien — rien d'autre que le laxisme dont nous sommes supposés faire preuve — et notre veulerie face à des pédagogues auxquels il suffit de dire non pour les renverser. En tout cas, pas de savoirs réels. Renonçons à la stériulisation par la "séquence", faisons-leur étudier de vrais textes littéraires, et pas les œuvres complètes d'Hervé Vilard (voir http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2006/05/25/l-ecole-est-finie.html), et nous reparlerons tranquillement, vous et moi, du fond et de la forme.
JPB
Ecrit par : brighelli | 09 juillet 2007
Nous avons déjà eu cette discussion sur le blog. L'appareil "techniciste" pour l'étude des textes littéraires est mal maîtrisé par nombre de collègues( en collège en tout cas) pour lesquels il finit par faire un en-soi détaché de toute théorie linguistique véritable. Il en devient caricatural à fortiori lorsqu'il est transmis comme tel aux élèves.
Il y a moyen de leur donner des outils d'analyse des textes même au collège à condition de les maîtriser soi-même, de les choisir ( et il y a du tri à faire effectivement)et de leur montrer qu'ils ne sont que des outils , pas des buts en tant que tels.
On ne peut pas envoyer des 3èmes au brevet actuellement en français en faisant l'impasse sur un certain nombre de termes et de notions "à la mode" dans les instructions officielles. Ce n'est pas honnête et c'est les envoyer au casse-pipe.
Mais on peut le faire malicieusement, en leur montrant ce qui relève d'une certaine forme de cuistrerie de bas étage et ce qui est nécessaire pour comprendre et analyser un texte. Et on y arrive très bien même avec des 3èmes en difficulté.
Après, il nous manque au collège l'exercice de la dissertation, du moins le travail préparatoire et modeste que nous y faisions mais qui permettait aux élèves de commencer à organiser leur pensée. Et le travail de "résumé de texte", excellent pour la concision et le travail d'écriture. Et là, mes 3èmes de l'an prochain vont y avoir droit. Je trouverai bien un terme à la mode pour faire passer la chose à l'intérieur de mes fausses séquences qui n'ont de séquences que le nom. Cela me fait toujours beaucoup rire de remplir le cahier de texte en jouant avec la terminologie des instructions officielles...
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
En ce qui concerne le bac et le français au lycée, on est bien sûr au-delà du simple problème de l'emploi d'un technicisme inopportun; c'est toute une idéologie qui est en place et qui est à remettre en cause; et il y a des tas de gens qui ont déjà bien démontré cela.
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
Je comprends bien, Thalia, Muse de la comédie, votre plaisir à berner les cuistres qui nous ont fourgué les "séquences".
Mais ne croyez-vous pas que si tout le monde refusait jusqu'au terme de "séquences", l'Inspection générale, qui semble y tenir comme à la prunelle de ses yeux, serait bien obligée d'en prendre acte - à moins d'envoyer tout le monde à Cayenne ou ramer sur les galères du Roy?
La raison pour laquelle je refuse absolument d'employer ce terme, c'est que la "séquence" est le mode de mise en place de la "pédagogie par objectifs", laquelle a pour but d'exploser la pédagogie traditionnelle des "programmes".
Or moi, les "objectifs", ça me brouille aussitôt l'esprit, je ne comprends plus rien à ce qu'il faut faire, je nage, je ne sais plus où donner de la tête.
Les "programmes", au moins, c'est clair. Et que la connaissance d'un programme donne des compétences, cela, c'est clair aussi. Trop clair sans doute pour un certain nombre de Trissotins.
Ecrit par : Jean | 09 juillet 2007
"Thalie"... Lapsus!
Ecrit par : Jean | 09 juillet 2007
D('ailleurs même pas un lapsus, Thalie, puisque "Thalia', c'est du grec.
Au fait, je ne m'en souviens plus, avez-vous du grec dans votre collège?
Ecrit par : Jean | 09 juillet 2007
Victor Hugo n'a pas toujours été républicain. Son Hôtel particulier de la place des Vosges fut saccagé par les émeutiers en 1848. Il était alors légitimiste et pair de France.
En regardant l'iconographie quarante-huitarde, on constate combien l'esprit révolutionnaire se basait sur la morale chrétienne.
Même si Proudhon se tient éloigné de la religion et tente d'élaborer une "morale laïque", il y a une poussée du christianisme social avec des hommes comme Lacordaire et Lamennais. Le socle de conviction républicain était l'idée d'une application du christianisme aux conditions modernes de la production industrielle." George Sand qui écrivit à son ami Barbès en lui promettant la victoire ne s'y était pas trompée : "Vous êtes le Christ de notre temps, vous vivez en martyr mon pauvre ami. Mais comme les premiers chrétiens, vous serez récompensé, votre foi triomphera."
Pour Marx, l'auteur des Luttes des classes en France en 48 et du 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, cette révolution sur une base de justice sociale était un leurre puisqu'elle ne prenait pas en compte l'affrontement sans merci, impitoyable, irréductible, des classes sociales.
Le "républicanisme" de Victor Hugo date du coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte. Hugo n'a pas vraiment soutenu la seconde république et il parle des ateliers nationaux en termes très péjoratifs ("la République des bras croisés").
Il faut souligner l'importance de cette Révolution méconnue qui coïncide avec l'émergence sur la scène de l'Histoire d'une nouvelle classe sociale et qui a jeté les bases politiques de la France moderne : abolition de l'esclavage, abolition de la monarchie, liberté de la presse, droit au travail...
J'avais rendu compte il y a quelques années de l'ouvrage d'un "concitoyen" professeur agrégé d'Histoire sur la Révolution de 48 et les écrivains (Michelet, Flaubert, Sand, Lamartine, Hugo, Tocqueville...).
En dehors de George Sand (et de Lamartine) aucun de ceux-là n'a pris fait et cause pour la Révolution de 48, y compris Michelet.
Il est déjà excessif de faire de Hugo un tenant de la "justice sociale", mais le rapprochement avec La Bruyère et Prévert ne peut que conforter les élèves dans une vision anachronique et bêtement idéologique de la littérature et de l'engagement des écrivains...
Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne se sont pas "engagés", encore faut-il y regarder de près et expliquer cas par cas.
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
Il faut souligner l'importance de cette Révolution méconnue qui coïncide avec l'émergence sur la scène de l'Histoire d'une nouvelle classe sociale : le prolétariat
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
"Et le travail de "résumé de texte", excellent pour la concision et le travail d'écriture. Et là, mes 3èmes de l'an prochain vont y avoir droit. Je trouverai bien un terme à la mode pour faire passer la chose à l'intérieur de mes fausses séquences qui n'ont de séquences que le nom."
Pour Thalie, trouvé dans "La maîtrise de la langue au collège", ouvrage du CNDP :
"la nécessité d'agir sur l'activité résumante protéiforme", considérée comme un des "savoir-faire transversaux".
Ecrit par : OGM | 09 juillet 2007
Jean, vous savez pourquoi je continue de remplir ainsi mon cahier de textes? Parce que c'est le dernier moyen de leur montrer que je me paie leur tête puisqu'ils se paient la nôtre et celle des élèves.
La dernière fois que je me suis fait inspecter, il y a eu une réunion plénière des enseignants de français avant mon inspection. L'IPR nous avait réunis pour nous expliquer les bienfaits de la LOLF et deux ou trois broutilles pédagos. J'ai dit tout le bien que je pensais des sciences de l'éducation et des méthodes imposées. J'étais la seule. Les chers collègues ne me regardaient même plus tant ils étaient gênés.
L'inspecteur m'a reproché le choix de la pièce, c'était une pièce de Shakespeare que les élèves ont aimé étudier par ailleurs. Il m' a reproché le fait que j'ai recherché avec avec eux, l'ossature du texte, son mouvement ( cela eût été mieux en fin de cours) alors que c'est le seul moyen logique pour que les élèves s'y retrouvent un peu; et puis in fine l'explication menée avec eux. Lorsqu'il a découvert que j'avais photocopié le texte en anglais et que je leur promettais une découverte comparée pour le cours suivant, cela a été les hauts cris. Trop compliqué, trop directif, trop, trop... Je lui ai fait remarquer que les élèves avaient parlé, et beaucoup, et il m'a répondu qu'il aurait fallu que je n'intervienne pratiquement pas, que les élèves auraient dû "construire leur cours par eux-mêmes"... Bref, on connaît la musique.
Quand on en est arrivé au cahier de textes, il s'est tortillé... Et là, j'ai souri intérieurement. Séquences, et objectifs y étaient, mais quelle déconstruction de leurs objectifs! Il a refermé le cahier d'un air gêné... Et là, Jean, je pense que si tout le monde leur renvoyait leur connerie à la figure....
On m' a expliqué pour faire bonne mesure que je serais beaucoup mieux ailleurs, dans un lycée par exemple. Et après un rapport fustigeant mon anti-pédagogisme bon teint, le bon fonctionnaire a fait mention du fait que je serais aussi bien ailleurs sans pour autant lever le petit doigt pour mettre en application ses conclusions.
Bref, le parfait cadre- fonctionnaire: j'applique la doxa et surtout je ne fais pas de vague. Ma carrière, ma carrière, ma carrière.
Alors ,quand on a encore la possibilité de se moquer un tout petit peu de ces gens-là, je ne vois pas pourquoi l'on s'en priverait.
Mon non respect des méthodes pédagos m'a valu une non augmentation de ma note... Je n'aurai jamais la hors-classe. Et je crois que deux de mes autres collègues "iufmisés "vont la" fêter" sous peu...
Du grec dans ce collège? Mais non, je vous ai déjà dit que ma collègue de LC ne fait pas de grammaire en latin, elle trouve cela "barbant".
Je viens de commencer un roman de VS Naipaul, pas dur à lire en anglais. Rien lu de lui encore. Humm! j'aime ces vacances...
Bon après-midi, Jean.
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
Merci ,OGM, je note tout de suite. C'est sympa parce que c'est tellement pénible d'aller mettre le nez dans leur phraséologie!
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
"Je viens de commencer un roman de VS Naipaul, pas dur à lire en anglais. Rien lu de lui encore…"
écrit Thalie.
J'avais tellement aimé "À la curbe du fleuve" que j'en aais cité un texte dans une anthologie XXème siècle, chez Magnard — c'était en 1985, c'était il y a un siècle : on ne prenait pas encore les élèves pour des canards sauvages, à cette époque. Je présumais alors que Naipaul aurait le Nobel un de ces jours — et ce fut chose faite en 2001.
Bonne lecture…
JPB
Ecrit par : brighelli | 09 juillet 2007
Je viens de commencer un roman de VS Naipaul, pas dur à lire en anglais. Rien lu de lui encore. Humm! j'aime ces vacances...
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
Cette phrase révèle-t'elle que vous n'aimez pas toujours vos vacances ?
Bonne lecture
Ecrit par : Japhet | 09 juillet 2007
Alors là, Thalie, en effet, vous avez fait très fort!
Je suis admiratif!
Toutefois, puisque le "bon fonctionnaire" ne vous a pas augmenté votre note alors que vous faisiez tout bien com' qué-c' qu'i fô fèr et que votre cahier de textes était celui d'un pédagogiste modèle, vous pouver désormais cesser de perdre votre temps à donner le change. De toute façon, le prochain passage dudit "fonctionnaire" est pour dans dix ans, et d'ici là, la doxa aura peut-être changé.
Je vous suggère d'organiser une petite fête pour le passage à la hors-classe de vos deux collègues et de vous proposer pour un discours en leur honneur, avec comme fil conducteur les bienfaits du sport, de ce sport qui permet de garder l'échine assez souple pour se plier aux modes pédagogiques dont dépend une carrière, de sauter pour tenter d'attraper les distinctions méritées comme le pompon dans les manèges, de ramper pour n'être pas remarqué dans un troupeau de dociles dont aucune tête ne doit dépasser comme c'est normal, de s'enfuir en courant de la salle des professeurs en se bouchant les oreilles comme Ulysse lorsque de mauvais professeurs hostiles à Meirieu tentent de vous séduire par leurs propos subversifs ou de courir au bureau du principal rapporter aussi sec lesdits propos, de bander tous ses muscles pour tenir ferme contre la tentation qui pourrait vous prendre de faire de cette grammaire honnie et "barbante", etc. etc.. Cela pourrait être drôle...
Ecrit par : Jean | 09 juillet 2007
Alors là, Thalie, en effet, vous avez fait très fort!
Je suis admiratif!
Moi aussi Thalie.
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J'ai retrouvé l'article et le titre du livre : "La rose plébéienne, 1848 : les écrivains dans la Révolution" aux éditions La Bruyère par Michel Jacquet.
Professeur agrégé d'Histoire, Michel Jacquet est enseignant à Bourges. Il est également l'auteur d'"Une occupation très romanesque", paru aux éditions La Bruyère.
Voici un extrait de mon article :
"Défenseur de l'ordre et de la propriété, propagateur de la légende napoléonienne, Victor Hugo est un légitimiste partisan de la régence de la duchesse d'Orléans. Il dénonce la "République des bras croisés" (allusion aux ateliers nationaux qu'il réprouvait), voit sa maison de la place des Vosges envahie et saccagée par le peuple et court derrière un train qui est parti sans lui. Ce n'est qu'en 1851, après le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, qu'il deviendra la grande figure républicaine que l'on connaît.
Michelet, effrayé, se garde bien de participer et continue d'écrire son histoire de la Révolution de 89, tandis que celle de 48 se déroule sous ses fenêtres. Il n'est pas loin de penser, comme Gustave Flaubert que la Révolution de 48 n'est "qu'une imitation de celle de 89 jouée par de mauvais acteurs."
Le témoignage le plus distancié et le plus critique est celui de Gustave Flaubert dans l'"Education sentimentale". A travers les descriptions sarcastiques des journées d'émeute et des soirées dans les clubs, se fait jour une vision désabusée d'une Histoire shakespearienne "pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien."
George Sand préfigure la "gauche caviar" et incarne le côté loufoque, versatile et velléitaire de cette révolution avortée (...) Piqué au vif par la verve iconoclaste et volontiers provocatrice du conférencier, une personne dans la salle (Georges Buisson), se fondant sur une lecture approfondie des "Bulletins de la République" auxquels collabora George Sand, défendra avec une belle vigueur, au cours du débat, la mémoire intellectuelle et politique de la "bonne dame de Nohant"
Contrairement à celle de 89, foncièrement antireligieuse, la Révolution de 48 se réfère constamment à la mystique chrétienne. Des prêtres comme Lamennais s'engagent dans le combat social et se réclament du "prolétaire de Nazareth". Certains y perdirent la vie en essayant de s'interposer entre la troupe et les émeutiers...
C'est peut être Alexis de Tocqueville dans ses "Souvenirs" qui nous fournit sur cette période le témoignage le plus intéressant et le plus objectif : aristocrate de naissance, Tocqueville appréhende le pouvoir de la rue mais pense que la démocratie est inévitable et se prononce en faveur d'un système parlementaire (...)
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
Les philosophes et les écrivains des Lumières (Voltaire, Rousseau, les Encyclopédistes...) avaient préparé la Révolution de 89 mais n'y avaient pas participé.
Avec le Révolution de 48, on assiste à un phénomène nouveau : l'engagement direct des "intellectuels" (le mot ne verra le jour qu'au moment de l'affaire Dreyfus) : Lamartine, Hugo, Lamennais, Tocqueville, Baudelaire, George Sand, Leconte de Lisle, Renan, Louis Ménard...y participent, chacun à sa manière : mystique, objective, passionnée, brouillonne ou distante. En quête d'un peuple idéalisé et insaisissable, tous courtisent, sans prendre garde à ses épines, la "rose plébéienne".
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
La lutte des classes en France (1848-1850) signalé par JPB a été publié dans la collection 10/18 avec "Le manifeste du parti communiste". J'ignore si le livre a été réédité. La plupart des gens de ma génération doivent l'avoir dans leur bibliothèque.
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
Je signalais en note dans ma Note (si, si, j'ose !) le petit grand livre de Lafargue, la Légende de Victor Hugo, qui montre amplement le caractère systématiquement "suiviste" du grand homme. Les écrivains n'ont jamais été très entreprenants, dans les révolutions. Pour un Alexandre Dumas qui se bat avec enthousiasme en 1830, pour un Rimbaud qui a (peut-être) fait le coup de feu en 1871, combien de réfractaires à 1848, et combien d'adversaires acharnés des Communards : voir le livre remarquable de Paul Lidsky, les Ecrivains contre la Commune, Maspéro 1970 — mais Google me dit qu'il a été réédité par la Découverte il y a quelques années : indispensable ! Des appels au meurtre de Flaubert (entre autres) qui valent leur pesant de plomb.
Même Sade — à vrai dire, il passe l'essentiel de la Terreur en prison, ce qui peut lui valoir d'excuse, mais il n'écrit son "Français, encore un effort si vous voulez être républicain" (inséré dans la Philosophie dans le boudoir indispensable à tous els pédagogues !) qu'en 1795, quand il n'y a plus beaucoup de risques — il en prend néanmoins en se déclarant farouche adversaire de la peine de mort, selon un raisonnement qui ne pouvait appartenir qu'à lui…
JPB
Ecrit par : brighelli | 09 juillet 2007
Le Manifeste se termine par la phrase célèbre : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous", phrase que la grand-mère paternelle d'un de mes amis, d'origine russe avait lu sur un mur de Saint-Petersbourg en 1917 et qu'elle traduisait en français sans aucune malice : "Prolétaires de tous les pays, ramassez-vous !
" Buntovtchik s'il revenait sur ce blog nous expliquerait sans doute pourquoi.
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
Honte à moi:-) je n'avais pas lu vos notes en bas de page! ce Lafargue-là, c'est donc le Léon-Paul Lafargue ou Paul-Léon, je ne me souviens plus très bien. Je me souviens de ce "Droit à la paresse" que je lisais à 16 ans en me prenant pour une anar. et en écoutant Moustaki!!!! Vous allez pouvoir vous moquer de moi!!!
Je vais essayer de regarder cela, sur Hugo! Cela m'épate!
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
Eh bien, moi, Thalie, je ne moquerai pas de vous. Quoi! Avoir écouté Moustaki avecmagueuledemétèquedejuiferrantdepâtregrecetmescheveuzauxquatrevents,
ce n'est non seulement pas ni un sujet de honte ni un pêché mortel. Nous sommes beaucoup à être passés par là, sans parler par le petit détour par le Zim et le Marley. Peut-être cela nous a-il-aidé à approcher de loin ce que Teilhard appelle quelque part "l'etrange Symphonie de la Vie"????
BâV
En fait, il y aura un bol pour vous.
Ecrit par : montaigneàcheval | 09 juillet 2007
пролетарии бсех стран, соединяйтесъ!
C'est Le Monde Désert, ici, aujourd'hui. Seriez vous tous dans les embouteillages?
Ecrit par : dobolino | 09 juillet 2007
Je me souviens de ce "Droit à la paresse" que je lisais à 16 ans en me prenant pour une anar. et en écoutant Moustaki!!!! Vous allez pouvoir vous moquer de moi!!!
Ecrit par : Thalie | 09 juillet 2007
Bah! Je continue à écouter Ferré... moquez-vous de moi si vous voulez!
Vous n'aimez plus les chansons de Moustaki, ni celles de Ferré, ni "fallait déjà se lever tot pour trouver un brin d'herbe..."?
Voyez-vous, MàC, mon pauvre, nous filons droit vers l'interdiction formelle de "quatre mois etc..." au moins de dix-huit ans et la lapidation des jeunes filles non vierges au mariage et des femmes adultères.
Ecrit par : dobolino | 09 juillet 2007
Peut-être cela nous a-il-aidé à approcher de loin ce que Teilhard appelle quelque part "l'étrange Symphonie de la Vie"????
BâV
En fait, il y aura un bol pour vous.
Hugo délaisse la monarchie pour la République, Lafargue commet "Le Droit à la paresse pendant que son beau-père écrit "Le Manifeste du Parti communiste"..., Thalie écoute Moustaky en lisant Lafargue pendant que Montaigne lui prépare un bol et cite Teilhard de Chardin (!)...C'est ce qu'on appelle "l'étrange symphonie de la vie".
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
C'est ce qu'on appelle "l'étrange symphonie de la vie".
Ecrit par : Robin | 09 juillet 2007
Par pur esprit de contradiction, je vais donc regarder "Le Silence", de Bergman...
Ecrit par : OGM | 09 juillet 2007
"Ne jetez pas la pierre à la femme adultère
Je suis derrière……"
Vous n'écoutiez pas Brassens, en alternance, avec Moustaki et Ferré ?
Et nous ne faisions pas que lire Lafargue, pendant ce temps. Il arrivait que l'on s'emmêle voluptueusement. Le Droit à la paresse mène tout droit au droit à l'horizontalité perpétuée. Tout ça nous menait assez loin de Teilhard de Chardin…
Tiens, j'étais venu vous souhaiter le bonsoir, je retourne aux Invasions barbares, sur la Deux, l'un des rares films qui me fasse pleurer.
Et juste après, le premier volet, le Déclin de l'empire américain, l'un des rares films qui me fasse rire. Tout à fait dans l'ambiance 70 — alors que l'autre est en plein dans les années 90-2000.
Il faut être bête comme un programmateur pour passer Thanatos avant Eros.
JPB
Ecrit par : brighelli | 09 juillet 2007
J'écoute aussi Thiéfaine "Acide, Nembutal, Yoghourt, Tranxène..." ambiance années 80. ecoutez, ça vous fera comprendre les parents de vos élèves, bercés par ses chansons dans leur enfance.
Moral dans les chaussettes, paradis artificiels pour l'absence. c'étaient mes copains qui ont inaugué le RMI (1985/84?) qui me l'ont fait connaitre. Mon doctorat me parut alors fade et confortable comme un R16.
Ecrit par : dobolino | 09 juillet 2007
Les mêmes ont aussi inauguré le SIDA et l'hépatite C. Certains sont encore en vie, leurs momes sont peut-être dans vos classes.
Il y a des fois où, en vous lisant, je me demande qui, ici, le sait au fond de ses tripes?
Vous savez qui vous me rappelez? Mon papa...
Surprotégés vous êtes.
L'école était tellement bien à l'époque, les feignes qui n'ont pas réussi, c'est pas de la faute de l'école.
Ecrit par : dobolino | 09 juillet 2007
J'ai corrigé ce sujet de bac.
Je trouve l'analyse de Mme Bellosta pertinente - mais je me dois quand même de faire remarquer qu'on ne trouvera ceci nulle part dans les consignes d'évaluation du commentaire :
"5) Grave pour la cohérence générale du système éducatif parce que le fossé se creuse entre la « culture » de l’enseignement secondaire et la « culture » de l’enseignement supérieur. Au niveau secondaire, l’IGEN laisse imprimer des consignes de correction du bac où le portrait de « Gnathon », dans La Bruyère, « dénonce une structure sociale inégalitaire » ;" : il n'y a cela nulle part dans les consignes, et c'est encore heureux.
Les consignes parlent de : la composition du portrait ; la caricature du goinfre ( en supposant que les élèves soient capables de trouver Asyndète, hyperboles et animalisations - ); le comble de l'égoïsme.
On ajoute : ces pistes n'excluent pas d'autres possibilités dont il appartient au correcteur d'évaluer la pertinence.
Quant à la question, les consignes de correction étaient absolument floues - mais il ne pouvait pas en être autrement.
Ecrit par : Mialdy | 09 juillet 2007
Le silence de Bergman, très beau film...les invasions barbares et le déclin de l'empire américain aussi, JPB ne vaut-il pas mieux les pleurs avant le rire?...Par temps pluvieux rien de tel que de bons films... mais au rythme où la pluie tombe je vais bientôt plus rien avoir à visionner:(...
C'est vrai que le blog est désert et maussade à l'image de cet été "pourri"...
heureusement Màc nous divertit avec ses cartes postales aux embruns normands et aux relents de moules et camembert...merci à lui j'attends la suite...
Coucou particulier à Dobolino, vous avez raison il doit y avoir un certains nombre de blogueurs bloqués dans les embouteillages... mais le peu que nous sommes est peut-être suffisant pour une partie de cartes...poker?bridge?
bonne nuit
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 10 juillet 2007
Il faut être bête comme un programmateur pour passer Thanatos avant Eros.
JPB
(rappel:Invasions barbares avant Déclin de l'empire américain)
Ne jetons pas la pierre à celui qui n'a aucun sens de la chronologie ou de la plus élémentaire logique: Il est
la victime de la catastrophe humanitaire qui a mutilé à vie les
millions d'élèves, ces nouveaux barbares justement qui nous ont envahis: ils ont commencé à ne pas apprendre à lire grace à la méthode globale, puis à ne pas compter, ni penser, comme l'a magistralement expliqué M-C. Bellosta
dont la lecture fut music to my ears et vue leur taille j'étais à la fete (pardon,de retour en France sur clavier azerty je ne sais plus faire les accents circonflexes... )
La lecture de son article et de la suite qu'elle a bien voulu nous donner ici m'a rappelé l'épisode similaire de la chanson de Perret, la p'tite Lili, donnée à commenter dans des conditions me semble-t-l aussi insultantes pour l'intelligence de nos enfants.
Ecrit par : Cadichon | 10 juillet 2007
Comme il me plaît de retrouver ici le vrai Brighelli, celui que j'appréciais il y a quelques mois pour sa défense d'une école de la culture et son indépendance vis-à-vis des pouvoirs !
Espérons que vous repreniez définitivement ce chemin, M. Brighelli. Le léchage des pouvoirs, laissons cela à Dubet et à Frackowiak, que nous avons vu s'écraser comme une merde dans une émission devant Robien lui donnant une fessée.
Ecrit par : Rodolphe Dumouch | 10 juillet 2007
Aciiiiiiiiiiiddddeeeeee
"L'école était tellement bien à l'époque, les feignes qui n'ont pas réussi, c'est pas de la faute de l'école.
Ecrit par : dobolino | 09 juillet 2007 "
La "SyllGlobMixtvitevitemalfait" et "du complexe vers le mur" existaient d'jà à l'époque.... Tu n'es pas passée qu'à côté...
àmha :)
Sinon tu n'aurais pas voté Ségo. lol :))))))
J'l'ai encore vu récemment... Pathétique.
Le p'tit Nicolas, lui, est trop fort avec sa main tendu aux bons de gauche, que les ânes s'empresseront de traiter de "fachosetc" (ref l'âne lubinowski)
Ecrit par : toto | 10 juillet 2007
"je ne sais plus faire les accents circonflexes... "
1) tu appuies sur la touche à la droite de ma mettre "p", une fois .
2) tu choisis la 'voyelle' sur laquelle tu veux mettre un acccent
ex: â ê û î ô
Ecrit par : toto | 10 juillet 2007
Vous parliez de "divertissement" pascalien ou cinématographique en cet été pourri? qui d'ailleur rappelle 1816, la fameuse "année sans été" suit à l'explosion volcanique du Zambora en Indonésie, la plus violente de toute l'histoire depuis Santorin.
Comme il pleut comme benouasèze qui pisse et que ça commence me gonfler, je me suis posé telle une bouse en mon canapé et je me repasse Barry Lyndon, mon film-culte, Les Sentiers de la Gloire, 2001 l'Odyssée de l'espace, Starship Troopers, Alien....bref des classiques. Plus "la Règle du Jeu". Et "Casque d'Or" que je viens de me graver. Puis je me ferai aussi "La Traversée de Paris" etc etc....
Dans trois jours, je me natchave dans la patrie de Pendariès. Là au moins, fera beau.
J'l'ai encore vu récemment... Pathétique.
Le p'tit Nicolas, lui, est trop fort avec sa main tendu aux bons de gauche, que les ânes s'empresseront de traiter de "fachosetc" (ref l'âne lubinowski)
Ecrit par : toto | 10 juillet 2007
et puis c'est distrayant. On lit des conneries. "les bons de gauche".......ah que Nicolas!!! ouuuh trop de la balle!!!!! trop fort!!!!! 12 ans d'âge mental. Et encore.
Cela dit Sarkozy se débrouille bien pour encalaminer le PS. Bientôt ce ne sera plus un , mais dix, vingt pontages coronariens qu'il faudra lui faire, au PS. La survie de la gauche passe sur le cadavre du PS aurait dit, à peu près Toukhatchevski. Maintenant, faire dans le côté préado people à propos de Badinguet...faut quand même pas pousser.
Autre raison de rigoler: la fiolefiente de ce pauvre naze d'Aschieri -quelle burne, celui-là- on a envie de le surnommer "balai de chiottes" ou "bidet" tellement il est con, apprenant les 17000 suppressions d'emploi dans l'EN à la rentrée....."oh bâ ch'est pas bien, alors, le minisse nous a menti, ouh lalala...attention, hein, hein, on va êt' méchants...."
Enfin, dernière chose, BENOUASEZE qui autorise la Messe de Saint Pie V...en latin...Saloperies de ratichons!!!!!.Ce sont les Etrons Kaszcinski qui seront contents. Comme je l'avais écrit quelque par la prenthèse de la liberté s'est presque refermée.
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
écrit quelque part, la parenthèse.....
avec l'aéropage de gens instruits, je vais me faire saucetomatiser
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
quelque part, la parenthèse
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
"avec l'aéropage de gens instruits…"
Aréopage, MàC !
Ecrit par : Abraxas | 10 juillet 2007
Dans trois jours, je me natchave dans la patrie de Pendariès. Là au moins, fera beau.
MàC
N'en soyez pas si sûr mon ami! J'ai regardé météo France, sur le net, il pleut, il vente aussi dans mon pays... Sur Narbonne - il caille (moins de 20 degres), c'est nuageux, ça sent la pluie même!
Vous connaissez bien Anduze, ou avez-vous besoin de quelques conseils??? (Starship troopers!!!! à fond oui!!!!)
Ecrit par : Pendariès | 10 juillet 2007
Sur Marx et Hugo
Comme «Le XVIII Brumaire de Louis Bonaparte» de Marx est au programme des prépas scientifiques à la rentrée prochaine (dans un volume collectif intitulé « La lutte des classes en France », trad. M. Rubel, « Folio Histoire », riche appareil critique repris de la Pléiade), et que le cas particulier d’Hugo est très significatif (non pas du tout de son « suivisme », mais plutôt de la complexité idéologico-politique et du happening incontrôlable que fut 48 et dont Marx rend brillamment compte), j’apporte mon grain de sel bibliographique...
D’accord avec Robin sur un point important: on peut considérer qu’Hugo fait partie, en 48, des orléanistes du «parti de l’ordre»: le 24 février, il a tenté en vain de faire proclamer la Régence, il assiste régulièrement au réunion des «burgraves» de la rue de Poitiers (pour employer le mot d’époque que Marx emploie). Cependant, au fil de la Seconde république, il devient républicain: il parle contre l’oppression cléricale des États romains (19 oct. 49), défend le suffrage universel (20 mai 1850), refuse la révision de la Constitution (17 juill. 1851)... Selon lui, c’est l’affaire de Rome (commentée par Marx) qui provoque sa métamorphose politique (préface d’«Actes et paroles I», «Le droit et la loi», VI). Il est vraiment républicain dur comme fer quand survient le coup d’État du 2 déc. 1851 (il est un des sept membres du Comité de résistance nommé par la Montagne de l’Assemblée, il est sur les barricades au péril de sa vie).
C’est vrai qu’au départ le «peuple» se méfie de ce Pair de France familier du chateau: en mars 48, la «Société du Peuple du 8e arrondissement» lui demande de ne pas accepter d’être nommé maire du 8e («Nous connaissons depuis longtemps vos allures dédaigneuses, hautaines et aristocrates»). Mais son domicile n’a pas été saccagé par les émeutiers en juin 48 : ils l’ont investi («Choses vues», Laffont/Bouquins, t. «Histoire», pp.1054-1055), mais ils n’ont rien touché (préface d’«Actes et Paroles III», «Paris et Rome», IV).
En juin 1848, Hugo était un des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre, c’est-à-dire affronter et démanteler les barricades («Choses vues» ; et, sur un mode «philosophique», «Les Misérables», Partie V, Livre I, chap. 1).
Le plus intéressant, selon moi, dans la perspective du «XVIII Brumaire», c’est qu’Hugo a aidé à faire lever l’inéligibilité de LN Bonaparte, et que son journal, «L’Événement», a fait campagne pour l’élection de Bonaparte à la Présidence de la République (10 décembre 48). Comme quoi tout le monde peut se tromper. Même si Marx ne le dit pas (mais peut-être ne le sait-il pas, n’ayant été à Paris qu’en avril 48, puis en juin-août 49), Hugo a donc fait partie de la «farce», parmi ses innombrables dindons.
Une chronologie jour à jour du XIXe siècle (et pas exclusivement hugolienne): http://groupugo.div.jussieu.fr/Groupugo/ChronoHugo.htm
Ecrit par : MC Bellosta | 10 juillet 2007
Mille mercis pour les coordonnées du site, et l'analyse. Ce que c'est que d'être spécialiste…
JPB
Ecrit par : brighelli | 10 juillet 2007
On lit des conneries. "les bons de gauche".......!!!!! 12 ans d'âge mental. Et encore.
Cela dit Sarkozy se débrouille bien pour encalaminer le PS. Bientôt ce ne sera plus un , mais dix, vingt pontages coronariens qu'il faudra lui faire, au PS.
La survie de la gauche passe sur le cadavre du PS aurait dit, à peu près Toukhatchevski. Maintenant, faire dans le côté préado people à propos de Badinguet...faut quand même pas pousser.
:) lé véner le Mac.Ouille :))))
Ecrit par : toto | 10 juillet 2007
Le Macouille, Toto, il aime bien la polémique avec des gens de qualité, dont vous êtes. Pour le reste, dans "Choses VUes", le génialissime "reportage" de Hugo, dans le volume qui concerne 1848, le "Grand Crocodile" relate l'Affaire Teste-Cubières, une sombre histoire de concussion, de prébendes et de général véreux. La force de son récit et cette expression inimitable de la force de la justice est, à mon sens, la prémisse du Hugo de 1873, se battant pour l'amnistie des communards. Lorsque Hugo fait campagne pour Badinguet, ce n'est pas de l'aveuglement, mais du désespoir devant l'effroyable nullité des autres candidats, Lamartine y compris. Je pense qu'il pressent ce qui va advenir. Il le dit d'ailleurs dans Choses Vues en 1849. Et puis son admiration partagée d'aillerus par d'innombrables contempoains pour l'épopée napoléonienne n'y est pas pour rien.
Je vais relire "Choses Vues", tiens, merci MC Bellosta pour votrr souffle inspirateur!!!!
Cela dit, le coup d'état de 1851 fit, rappelons -le infiniment moins de victimes que la répression versaillaise, 20 ans plus tard. On oublie souvent que la République n'y va pas de main morte quand il s'agit de réprimer.
la brillantissime analyse de Marx sur le "18 Brumaire" montre qu'au fond, un consensus bonapartiste existait dans le pays, intact depuis 1799. Le régime de Badinguet fut sans doute l'un des plus modernes et les plus en avance sur son temps. Comparons avec l'Allemagne pré-bismarckienne, par exemple ou l'Angleterre de l'époque. Au fond, Badinguet, c'est Peron, un curieux mélange d'autoritarisme primitif et de fabuleux progrès sociaux. C'est sous le second empire que fut accordé le droit de grève, en 1864. Hugo, c'est De Gaulle. Perché sur son île, il "incarnait la France". Un aigle, sans doute trop enclin à ne voir que des dindes. Quant à comparer Badinguet à Pétain, c'est aller sans doute un peu vite en besogne. Les racines du pétainisme sont postérieures. Elles sont à chercher dans les premières décennies de la IIIème république.
Et quelle floraison artistique, Flaubert en tête, pendant cett période!!!!
Pendariès, Anduze, et toute la région, pensez si je connais. Une partie de ma famille frnaçaise est parpaillotte (comme on dit à Nouméa!!) . Ils s'appellent Van Der Beken. Et depuis que je suis gosse, je vais régulièrement à Mandajors voir mon cousin, ancien pasteur, et un autre, un cinglé, qui a relevé une ruine aux Puechs de Mialet et est convaincu quesa famille descend d'une lignée d'hidalgos espagnols émigrés en Flandres. Van Der Beken, traduction de DelRio ou un truc dans ce genre......FOUTRAQUE à mort. Mais quelle région!!!! Un midi étrange, comme abâtardi par le souffle rauque, grantique et celte du Massif Central.
Je serai là-bas le 20. Et mille sabords ,s'il y pleut aussi, c'est à se la cuire en beignet!!!!! On pourra s'en boire un ou deux à la santé de JPB...
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
J'avais posté et puis psssschhiiit.....zorrrrrgggggg
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
Réponse à Mialdy
N’aurions-nous pas, madame, les mêmes consignes de corrections entre les mains ?
En haut de la page 1/3, on lit, je cite in extenso les consignes données pour la correction de la question (4/20) :
« Éléments de correction
« Séries ES-S
« QUESTION
« Quelques pistes :
« • Les trois textes ont pour visée commune de susciter l’indignation : il s’agit de dénoncer une structure sociale inégalitaire, qui favorise l’injustice et l’exclusion. Cette visée s’inscrit dans un registre polémique (et partiellement pathétique pour Hugo et Prévert). On notera la volonté des auteurs de ne pas s’enfermer dans un cadre anecdotique : la dénonciation prend une dimension allégorique qui s’affranchit d’un cadre spatio-temporel restreint. Noter par ailleurs le recours systématique à des jeux d’opposition pour souligner les inégalités et accroître le sentiment d’injustice.
« • Les différences sont d’ordre générique : La Bruyère recourt au portrait satirique ; la description relève de la caricature et accumule en une seule figure indéterminée les marques superlatives de la goinfrerie et de l’égoïsme. Le texte de Hugo s’inscrit dans un cadre autobiographique (Choses vues), le texte de Prévert recourt à une forme poétique dont la dimension narrative et la rupture finale à valeur consécutive ne sont pas sans rappeler la construction des fables.
« • les différence se situent également sur le plan de l’implication : distanciation pour La Bruyère ; implication directe chez Hugo, qui intensifie l’effet de réel en se donnant comme témoin ; focalisation interne dans un premier temps chez Prévert, suivi d’une « morale » énoncée sous la forme neutre du fait divers. »
Si la première phrase de ces «Éléments de correction» ne signifie pas que le portrait de Gnathon a «pour visée de susciter l’indignation : il s’agit de dénoncer une structure sociale inégalitaire, qui favorise l’injustice et l’exclusion», je veux bien être pendue.
Au reste le texte de Hugo n’a pas pour visée, lui non plus, «de susciter l’indignation», ni de «dénoncer une structure sociale inégalitaire, qui favorise l’injustice et l’exclusion». C’est là un contre-sens comme on en commet par ignorance de la situation du texte («situation» au sens large, sartrien) et par anachronisme de pensée («ségolinisme» militant projeté sur un pair de France louis-philippard). Si on suppose, pour ce texte sans destinataire prévu, un lecteur destinataire, alors il a pour objet de le rendre «pensif» (c’est écrit noir sur blanc dans le texte) devant le «spectre de la misère», et de faire réfléchir ce lecteur sur le risque que cet écart disproportionné de niveau de vie n’entraîne une révolution (perçue par Hugo comme horrible : «difforme, lugubre», venue des «ténèbres», «catastrophe») maintenant que 89 et 93 ont appris à ce genre de misérable à s’aviser de l’existence de ce genre de duchesse. Pour simplifier en deux mots, ce texte exprime l’inquiétude d’un bien-pensant (qui a toujours eu des antennes pour percevoir l'état des esprits). Hugo est encore très loin d’écrire les «Misérables» et d’excuser par la misère «l’énigme» que lui posent les soulèvements populaires, les «Charybde et Scylla» d’une violence révolutionnaire désespérée (Partie V, Livre I, chap. 1) ; avant de voir la barricade du faubourg Saint-Antoine de juin 48 comme «la collaboration du pavé, du moellon, de la poutre, de la barre de fer [...] de la loque, de la guenille et de la malédiction», «acropole des va-nu-pieds», il les écrasera, ces barricades, au côté des soldats de Cavaignac.
Je me demande, madame, si votre courrier ne cherchait pas à sauver l’honneur de l'État-examinateur et de l’EAF ES-S de cette année, mais il y a des causes perdues.
Il faudrait d’ailleurs faire lire aussi à l’Etat-correcteur du bac le «Pacte autobiographique» de Lejeune pour qu’il n’emploie pas «autobiographique» pour désigner les notes personnelles de «Temps présent» (manuscrit de publication posthume, appelé «Choses vues» par ses premiers éditeurs), et leur rappeler que la «morale» d’une fable est un énoncé gnomique, et non pas narratif. Il y en a vraiment assez de cette prétention savante qui n’en finit pas de tomber faux. QUE L’ÉTAT-EXAMINATEUR SOIT PLUS MODESTE DANS SES AMBITIONS, ET IL DIRA MOINS DE SOTTISES. Et les enseignants de CPGE et de DEUG auront moins d'erreurs à redresser dans la tête des étudiants.
Ecrit par : MC Bellosta | 10 juillet 2007
Hugo aime prendre des poses — a posteriori. De même qu'il pressent souvent — le lendemain (1). Je ne lui en veux pas, chacun se consteruit son monument comme il l'entend.
JPB
(1) C'est tout le sens de "demain" dans "Demain dès l'aube…" Le poème se ^prétend écrit la veille de l'anniversaire de la mort de L"opoldine, alors qu'il a été rédigé un mois plus tard — le temps de rassembler tous les éléments techniques pouvant faire croire à de la spontanéité.
C'est la même chose en photoi — voyez ce spoortraits quelque peu posés de Hugo à Guernesay, seul face à la mer, bla-bla-bla. Il avait compris parmi les premiers l'usage que l'on pouvait faire de l'iconographie en général, et de la photographie en particulier. Et le temps de pose des daguerrotypes (jusqu'à une minute, vers 1850) donne aussi la mesure de la "spontanéité" de ces images qui glissent savamment de l'Exilé Suprême vers le Grand-Père de tous les Français — c'est tout un art… MàC n'a pas tort de le comparer sur ce point à De Gaulle, qui a suivi la même trajectoire — à cei près que le grand Charles a vraiment pressenti le déroulement de la guerre, et pesé sur sa fin, ce qui ne fut pas le cas de tout le monde… Et je pense qu'il a démissionné (il s'est acculé lui-même à la démission, en se mettant en balance dans un référendum non indispensable à l'issue douteuse) lorsqu'il a perdu la main sur le futur — et sur le présent (et je rappelle qu'en 1969, le présent — du référendum — ce n'était pas les gauchistes qui défilaient dans la rue, c'était Giscard qui se tricotait une révolution de palais).
Ecrit par : brighelli | 10 juillet 2007
La "visée qui s'inscrit dans un registre polémique", quelle métaphore bancale!
Quel insupportable charabia!
"Registre pathétique", "s'enfermer dans un cadre", "s'affranchir d'un cadre", "le recours systématique à des jeux d'opposition", "des différences d'ordre générique", "accumule en une seule figure indéterminée les marques superlatives de la caricature" ( quelle enflure verbale!), "s'inscrit dans un cadre autobiographique" ( encore! Ils l'aiment bien, celle-là!), "recourt à une forme poétique" (celle-là aussi!), "la dimension narrative", "la rupture finale à valeur consécutive" (Ouah!!! Murmure admiratif! Que c'est beau!), "ne sont pas sans rappeler" (un essai de faire du style - raté!), "les différences se situent" (quelle horreur! Expression typique des IUFM!), "sur le plan de l'implication" (de pire en pire, comme dit l'autre!!), "distanciation", "implication directe","focalisation interne" (évvidemment, on n'y coupe pas!).
C'est avec ce jargon inepte, qui vide les textes de leur âme, que l'on détourne à coup sûr les élèves du français! Et ils ont bien raison, les pauvres! C'est de la légitime défense! C'est la preuve que notre jeunesse a l'esprit naturellement clair et que le redressement du système éducatif est possible à condition de le débarrasser des pédants qui y plastronnent.
Ce qui me rend réellement admiratif,c'est que certains de nos collègues - ceux qui ont confectionné des sujets aussi manifestement prétextes à récitation du dogme et rédigé d'aussi indigestes "consignes de correction" - aient assimilé eux-mêmes toute cette quincaillerie verbeuse qui représente une insulte permanente au bon sens et aux grands auteurs.
Je suppose que les nécessités d'une carrière doivent être bien fortes pour que l'on en vienne à s'infliger à soi-même un tel pensum et à faire taire en soi la petite voix obstinée qui vous dit: "Laisse tomber de telles inepties! Redeviens toi-même! Pense à tes élèves!"!
Ecrit par : Jean | 10 juillet 2007
"Au fond, Badinguet, c'est Peron, un curieux mélange d'autoritarisme primitif et de fabuleux progrès sociaux. "
MàC, je suis content de lire ça sous votre plume. Mais vous qui êtes l'expert, en matière de politique étrangère, Badinguet a un triste bilan, non ? Beaucoup plus triste que son bilan franco-français, en tout cas.
Ecrit par : Japhet | 10 juillet 2007
Je cherche simplement à être juste - il se trouve que ce que vous citez ne se trouve pas du tout dans mes consignes de correction, et c'est tout.
Je vous donne l'intégralité de mes consignes pour la question, - qui sont particulièrement sommaires :
A la suite des principes généraux de notation ( qu'on pouvait aussi utiliser pour montrer que l'évaluation du baccalauréat était volontairement faite pour obtenir de bonnes notes ) -
Question - 4 points.
L'objectif du correcteur est d'évaluer le fond de la réponse du candidat. On accordera la note maximale à une réponse qui sans être parfaite ni exhaustive se signale par sa clarté et sa pertinence.
La question exige deux éléments de réponse :
La visée ( 1 point ) : les trois textes visent à susciter l'indignation ( ou à faire réagir, à dénoncer ... )
Les voies différentes ( 3 points ) : on attend que le candidat mette en lumière la spécificité de chaque texte.
Et c'est absolument tout ce que j'ai obtenu comme consigne. Sur le commentaire, j'ai noté ici ce que j'ai trouvé.
Mes camarades d'harmonisation n'avaient rien d'autre.
Mon but en intervenant se bornait à préciser ce point- ne vous frappez pas, je ne suis pas l'auteur(e) de ce sujet, que j'ai trouvé lamentable, parce qu'il l'était.
Ceci dit, autant j'ai pu lire des copies pathétiques, où certains élèves me parlèrent de Gnathon 'éleveur de vers à 'soi' ' - autant j'ai lu un bon nombre de copies excellentes, sans une faute d'orthographe sur dix pages de texte, des travaux pertinents, intelligents et fournis, d'autant plus remarquables qu'il fallait être particulièrment intelligent pour se sortir d'un groupement aussi incohérent.
On peut le dire, quand même, non ?
Je signale que ces copies viennent du fin fond de la campagne, d'un lycée absolument anonyme et classé nulle part. Et il était évident que nombre des élèves que j'ai corrigés avaient eu d'excellents professeurs, et c'est tant mieux !
Ecrit par : Milady | 10 juillet 2007
"Du fin fond de la campagne, un lycée absolument anonyme..."
Sans doute trop éloigné pour que les inspecteurs s'y hasardent. Un village d'irréductibles Gaulois, en quelque sorte!
Ces élèves ont bien de la chance!
Leurs professeurs méritent un bonnetdane d'honneur.
Ecrit par : Jean | 10 juillet 2007
Question comme un cheveu sur la soupe:
Un élève qui choisit de faire hypokhagne et khagne peut-il avoir des équivalences en fac et si oui, lesquelles?
Ecrit par : dobolino | 10 juillet 2007
Japhet, là encore, quand on lit le superbe essai de Philippe Roth sur "La Guerre de 1870-1871", épisode encore TRES mal connu de notre histoire, on est quand même sidéré par quelque chose: outre la nullité absolue du personnel militaire de l'époque, mis à part Faidherbe, à la rigueur et Bourbaki, plus d'autres moins célèbres, on est frappé de constater que le simple fait bonapartiste a suffit à faire renaître la coalition contre le Premier Empire. La politique extérieure de Badinguet n'est pas si nulle qu'on le croit; Deux faits, si vous me le permettez:
-Napoléon III fut, on l'oublie, le premier homme d'état à tenter de changer le cours de l'infamie coloniale. Il préconisa un "Royaume Arabe", vision extraordinaire, reprise plus tard par Clémenceau, dans sa fameuse diatribe cotnre Ferry-Tonkin. Badinguet avait, de par sa jeunesse de proscrit compris que la coercition n'avait de sens que quand les "ventres étaient pleins". Or, l'Algérie de 1855-1870 était en pleine ébullition. La caste des "pieds-noirs " qui se formait, et dont les chefs militaires diligentés par Paris n'étaient pas sans valeur, était en train de se glisser dans une sorte d'apartheid "allant de soi", suite aux écrits du sinistre Gobineau, quelques 15 ans auparavant. Les chose allèrent assez loin ,puisqu'en 1861, Badinguet reçut en grande pompe les autorités musulmanes d'Algérie et préconisa une sorte de Royaume Arabe dans lequel les droits des européens auraient été préservés. La défaite de 70 et l'afflux des Alsaciens en Algérie fit tout capoter. Mais là encore, Napoléon III était un visionnaire.
Pour l'affaire du Mexique, ce sont les manoeuvres conjointes des Etats-Unis et de l'Espagne, attisée par Eugénie de Montijo, qui firent échouer le projet d'un Mexique dirigé par les habsbourg, ce qui eut changé radicalement le destin du monde. Et de l'Europe. Donc pas si nul que ça, le pépère. Et puis, 1867, le Canal de Suez, excusez du peu!!!! Et Sébastopol, en esquissant un rapprochement avec la Porte.
Donc, je crois que Badinguet est de loin le plus brillant chef d'état du XIXème siècle en France. "L'extinction du Paupérisme" est un livre fondamental, une sorte de geste du progrès, qui contient, quand on le lit attentitvmeent tout ce que le Front Populaire mettra en oeuvre. Evidemment, il ne s'est pas encombré de scrupules, mais qui s'en est encombré. Et Hugo avait beau jeu de faire le matamore de Guernesey drapé dans la moire de son génie.On imagine ce qu'il fût advenu de brillantissime de ce pays si Hugo avait rejoint l'empire en 1861. D'autant que vers la fin, en Mai 1870, Badinguet adopta......la Vème République: l'Empire Constitutionnel. Dont la guerre ne laissa pas le temps de voir les effets.
Période de cons a-t-on l'habitude de seriner. Mais au fond, en 20 ans , la France passa de l'arriération économique et intellectuelle à une sorte de modernité pragmatique. Ce fut l'Allemagne, toute jeuen et victorieuse qui reprit trait pour trait la politique du Second Empire, avec le succès qu'on sait.
Et puis Haussmann...le Paris de Caillebotte le montre bien. Quelle ville!!!! Quelle métamorphose!!!!
Et n'oublions pas que de 1870 à 1877, la majorité de l'Assemblée était.....royaliste et pas vraiment constitutionnelle. Donc, la Commune était le dernier sursaut d'un gaullo-bonapartisme, d'une sorte de péronisme, oui, à la française, contre l'ignominie de la réaction royalarde.
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
Japhet, là encore, quand on lit le superbe essai de Philippe Roth sur "La Guerre de 1870-1871", épisode encore TRES mal connu de notre histoire, on est quand même sidéré par quelque chose: outre la nullité absolue du personnel militaire de l'époque, mis à part Faidherbe, à la rigueur et Bourbaki, plus d'autres moins célèbres, on est frappé de constater que le simple fait bonapartiste a suffit à faire renaître la coalition contre le Premier Empire. La politique extérieure de Badinguet n'est pas si nulle qu'on le croit; Deux faits, si vous me le permettez:
-Napoléon III fut, on l'oublie, le premier homme d'état à tenter de changer le cours de l'infamie coloniale. Il préconisa un "Royaume Arabe", vision extraordinaire, reprise plus tard par Clémenceau, dans sa fameuse diatribe cotnre Ferry-Tonkin. Badinguet avait, de par sa jeunesse de proscrit compris que la coercition n'avait de sens que quand les "ventres étaient pleins". Or, l'Algérie de 1855-1870 était en pleine ébullition. La caste des "pieds-noirs " qui se formait, et dont les chefs militaires diligentés par Paris n'étaient pas sans valeur, était en train de se glisser dans une sorte d'apartheid "allant de soi", suite aux écrits du sinistre Gobineau, quelques 15 ans auparavant. Les chose allèrent assez loin ,puisqu'en 1861, Badinguet reçut en grande pompe les autorités musulmanes d'Algérie et préconisa une sorte de Royaume Arabe dans lequel les droits des européens auraient été préservés. La défaite de 70 et l'afflux des Alsaciens en Algérie fit tout capoter. Mais là encore, Napoléon III était un visionnaire.
Pour l'affaire du Mexique, ce sont les manoeuvres conjointes des Etats-Unis et de l'Espagne, attisée par Eugénie de Montijo, qui firent échouer le projet d'un Mexique dirigé par les habsbourg, ce qui eut changé radicalement le destin du monde. Et de l'Europe. Donc pas si nul que ça, le pépère. Et puis, 1867, le Canal de Suez, excusez du peu!!!! Et Sébastopol, en esquissant un rapprochement avec la Porte.
Donc, je crois que Badinguet est de loin le plus brillant chef d'état du XIXème siècle en France. "L'extinction du Paupérisme" est un livre fondamental, une sorte de geste du progrès, qui contient, quand on le lit attentitvmeent tout ce que le Front Populaire mettra en oeuvre. Evidemment, il ne s'est pas encombré de scrupules, mais qui s'en est encombré. Et Hugo avait beau jeu de faire le matamore de Guernesey drapé dans la moire de son génie.On imagine ce qu'il fût advenu de brillantissime de ce pays si Hugo avait rejoint l'empire en 1861. D'autant que vers la fin, en Mai 1870, Badinguet adopta......la Vème République: l'Empire Constitutionnel. Dont la guerre ne laissa pas le temps de voir les effets.
Période de cons a-t-on l'habitude de seriner. Mais au fond, en 20 ans , la France passa de l'arriération économique et intellectuelle à une sorte de modernité pragmatique. Ce fut l'Allemagne, toute jeuen et victorieuse qui reprit trait pour trait la politique du Second Empire, avec le succès qu'on sait.
Et puis Haussmann...le Paris de Caillebotte le montre bien. Quelle ville!!!! Quelle métamorphose!!!!
Et n'oublions pas que de 1870 à 1877, la majorité de l'Assemblée était.....royaliste et pas vraiment constitutionnelle. Donc, la Commune était le dernier sursaut d'un gaullo-bonapartisme, d'une sorte de péronisme, oui, à la française, contre l'ignominie de la réaction royalarde.
Ecrit par : montaigneàcheval | 10 juillet 2007
Que l'on se rassure,l'épreuve de français est peut-étre intraitable par l'éléve moyen mais cela ne l'empéchera pas d'avoir son bac l'an prochain.Les résultats de cette année sont tombés:nouveau record affirme t-on;en effet 87,6% de reçus dans les séries générales.On n'arréte pas le progrès.Le discours politiquement correct se continue avec le nouveau ministre Darcos;ce dernier ayant déclaré récemment que le bac reste un vrai examen,que tout le monde ne l'a pas , qu'il est le fruit d'une longue préparation etc...Pourtant un certain candidat à la présidence devenu entre temps chef d'état s'interrogeait dans ses meetings sur la valeur d'un examen que tout le monde obtient.Là est un des noeuds du probléme éducatif contemporain;le bac est encore entretenu comme mythe,un des derniers mythes de la république mais il a été vidé année aprés année de sa substance.Il est devenu un nouveau droit de l'homme enfin du "jeunss" nouvelle idole de l'époque,celui devant lequel tous les gouvernements ont du tot ou tard "baisser le pantalon" depuis bientot 40 ans. Le bac:quelle mascarade!Ah Monsieur Darcos vous entreriez dans l'histoire si vous lachiez ce cri d'indignation.Bien sur les belles ames mérieutisées,les parents fcpeistes,les profs de goooche s'etrangleraient;vous auriez d'ailleurs devant ce spectacle une autre raison de dévoiler une vérité que mème l'homme de la rue reconnait comme telle.Il n'y a qu'une seule alternative:soit on supprime le bac(on peut au moins le rebaptiser:certificat de fin d'études secondaires et le donner à tout éléve qui aurait suivi des études jusqu'à la Terminale) ou alors le restaurer dans sa dignité ;cela voudrait dire par exemple éliminer tout candidat qui n'aurait pas 5 lors d'une épreuve.Dans tous les cas nous n'avons plus le choix car quel est désormais le sens du travail des enseignants qui officiellement préparent à cet examen alors que tout éléve un peu avisé sait dès le mois de septembre qu'en Juin il sera bachelier quoiqu'il fasse ou plutot quoiqu'il ne fasse pas?
Ecrit par : defer | 10 juillet 2007
Question comme un cheveu sur la soupe:
Un élève qui choisit de faire hypokhagne et khagne peut-il avoir des équivalences en fac et si oui, lesquelles?
Ecrit par : dobolino | 10 juillet 2007
L'étudiant qui s'inscrit en classe préparatoire doit s'inscrire administrativement en faculté dans une matière. S'il quitte la prépa après l'hypkhâgne, il passe en 2e année, dans la filière qu'il a choisie. Bien sûr, cette filière doit figurer parmi les matières enseignées en prépa : Lettres, Histoire, Langue vivante, Philosophie. Au bout des deux années de prépa, en cas d'échec au concours, l'étudiant obtient une équivalence qui lui permet d'entrer en 3e année.
Ecrit par : Carabas | 10 juillet 2007
Pour l'affaire du Mexique, ce sont les manoeuvres conjointes des Etats-Unis et de l'Espagne, attisée par Eugénie de Montijo, qui firent échouer le projet d'un Mexique dirigé par les habsbourg, ce qui eut changé radicalement le destin du monde. Et de l'Europe. Donc pas si nul que ça, le pépère.
MàC, vous pouvez développer ? Là-dessus, j'ai du mal à suivre. Je vous corrige sur un point : le livre que vous citez est de François Roth.
Comme personnage historique, j'ai toujours préféré le neveu à l'oncle : trop de guerres, de sang, etc...
Ecrit par : Japhet | 10 juillet 2007
Au sujet du baccalauréat, ce qui peut, à mon sens, le mieux frapper les foules, serait de faire connaître les conditions d'examen en mathématiques -
Il faut dire qu'on peut obtenir un baccalauréat avec, sous les yeux, une petite feuille jaune très officielle, qui contient les formules nécessaires à la résolution des problèmes - et dire qu'on fournit maintenant, par exemple, aux élèves, les formules des produits remarquables ( a + b )² .... avec, en plus, au cas où ça ne suffirait pas, la mention de l'exercice pour lequel il s'agit d'utiliser telle ou telle formule.
La feuille jaune faisait 4 pages cette année - 4 pages de formules et schémas...
Là, le masque tombe vraiment - même ceux qui ont fait A ont eu ces formules à apprendre en seconde...
Ecrit par : Milady | 10 juillet 2007
Je m'excuse, Milady, de vous avoir blessée par ignorance. J'imaginais que, pour un examen national, les consignes de correction étaient nationales, et je me trompais. Croyez-vous que ces consignes soient locales ? Savez-vous qui les rédige ? Et vous, JP Brighelli, vous savez comment ça se passe ?
Le fonctionnaire qui a donné consigne à Milady est nettement plus avisé que celui qui a donné consigne à mes informateurs... Sans doute a-t-il vu la bourde et choisi de limiter les dégâts. Comme quoi il ne faut jamais désespérer des personnels d'inspection. Et comme quoi on peut imaginer que l'incohérence de ce sujet n'a sans doute pas attendu le Figaro du 6 juillet pour provoquer l'embarras en interne. Tant mieux.
Et tant mieux si Milady a corrigé de bonnes copies. Je la crois volontiers : il y a des irréductibles gaulois un peu partout, et partout de bons profs qui arrivent à transmettre les bons réflexes. Tant mieux. Mais je trouve que la cavalerie tarde un peu à venir prêter main-forte aux irréductibles, ils se sentent un peu seuls.
Ecrit par : MC Bellosta | 10 juillet 2007
La "cavalerie", empêtrée dans ses contradictions, a du mal à marcher. Il y a une histoire du même genre dans Zadig, non?
Ecrit par : Jean | 10 juillet 2007
Oui, pardon pour François Roth.....ce que je voulais dire c'est qu'au tout début de son règne, Napoléon III eut la même vision que son oncle d'une politique internationale qui plaçât -ou replaçât la France au rang qu'elle avait avant le Congrès de Vienne. L'aventure mexicaine sont liées à un désir de rapprochement avec les Habsbourg. Le choix d'un des frères de François-Joseph fut sans aucun doute une tentative pour barrer la route à l'hégémonie prussienne. Nous sommes en 1863 et la Prusse menace la puissance autrichienne. Qui se rapprocha de la France.
Les ambitions impérialistes de Napoléon III l'amenèrent à intervenir tragiquement dans la politique mexicaine. Le Mexique était une sorte de "revanche américaine "sur l'évincement de laFrance au XVIIIème siècle. Maximilien, croyant compter sur l'appui du peuple, accepta le trône du Mexique que lui offrirent les conservateurs parmi lesquels se trouvait le général Juan Nepomuceno Almonte fils du général José Maria Morelos y Pavon. Durant les premiers jours de mars 1864, à Paris, Maximilien accepta les compromis stipulés dans la Convention de Miramar. Entre autres, il renonçait à ses droits à la couronne d'Autriche. Également pour compter sur l'appui français, il contracta avec Napoléon III une obligation de 500 millions de pesos mexicains. À l'unanimité, l'ensemble des Notables ou la Regencia de Mexico avait offert la couronne à Maximilien lui assurant l'appui du peuple.
Maximilien arriva au Mexique le 28 mai 1864 par le port de Veracruz (suite à l'Expédition du Mexique (1861-1867)). Maximilien et Charlotte s'installèrent dans le palais de Chapultepec sur une colline dans la banlieue de Mexico. Ce palais était autrefois utilisé par les Aztèques avant d'être transformé en académie militaire. Maximilien demanda que l'on trace une avenue du Château de Chapultepec jusqu'au centre de la capitale. Il commença à gouverner le 12 juin. Maximilien gouvernait pour les intérêts français oscillant entre les libéraux et les républicains. Il n'arriva jamais à exercer vraiment une domination sur le Mexique. Son gouvernement fonctionnait seulement où il y avait des garnisons françaises. Ses difficultés avec le maréchal français Bazaine qui, avant d'être le fameux "capitulard" de Metz avait pris langue avec Eugénie de Montijo, opposée farouchement à toute libéralisation de l'empire, eurent pour conséquences que les troupes de Napoléon se retirèrent avant le temps prévu dans la Convention de Miramar. Les libéraux et républicains menés par Benito Juárez s'opposèrent à Maximilien.
Maximilien voulut conjurer le sort et envoya en Europe son épouse, l'impératrice Carlota, pour demander l'aide aux monarques. Napoléon III refusa tout type d'aide et elle se dirigea vers l'Italie, où se déclarèrent les premiers symptômes de folie, dans laquelle elle vécut submergée pendant de longues années jusqu'à sa mort. Pendant ce temps, les libéraux s'étaient monté une armée, laissant, uniquement comme villes impériales la capitale, Veracruz, Puebla et Querétaro. Le 4 mars 1867, commença l'état de siège de cette ville par les forces commandées par le général libéral Mariano Escobedo. Le 15 mai suiv



