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31 décembre 2006
Meilleurs voeux
Meilleurs vœux…
« I am fond of habits and rites », dit en anglais le héros d’un roman français célèbre…
Et en un sens, moi qui n’ai avec le sacré que des rapports (forcément) narcissiques, je ne déteste pas les rites…
Par exemple celui des vœux pour l’année nouvelle — dont on espère qu’elle sera nouvelle aussi pour l’école.
- Pour une nouvelle école — et même pour une refondation de l’école (joignez donc votre signature à l’Appel pour la refondation de l’école, http://www.refondation-ecole.net/)…
Pour que la liberté pédagogique ne soit plus un vain mot — et je signale que le détracteur en chef de cette liberté pédagogique est Pierre Frackowiack, qui dirige la commission Education du Parti Socialiste (http://www.unsa-education.org/sien/sections/lille/libpedPF.htm) ;
- pour que l’égalité des droits s’impose réellement, en lieu et place de cette « égalité des chances » qui en vingt ans a produit plus d’inégalités que jamais l’élitisme n’en engendra — et ces droits sont le droit à l’instruction, le droit au savoir, l’égal accès à toutes les formations en fonction du mérite, et le droit à une compétition enfin fondée sur la compétence ;
- pour que les établissements soient dotés d’une large autonomie, qui permette une indépendance aussi bien vis-à-vis du ministère, qui sait toujours mieux que quiconque ce qui se passe à huit cents kilomètres de la rue de Grenelle, et des Régions, où des élus, parce qu’ils sont élus, s’imaginent avoir des compétences ;
- pour que les enseignants aient la possibilité d’être formés à leur métier, qui consiste à transmettre un savoir — et non à le regarder éclore par l’opération du Saint-Esprit : l’enfant ne construit pas lui-même son propre savoir.
- Et pour cela, il est hors de question que les instituteurs ne soient pas formés à toutes les disciplines, et à tous les aspects de toutes les disciplines, parce qu’ils sont le socle, ou que les professeurs enseignent plusieurs matières, ce qui reviendrait à transmettre de façon également médiocre des connaissances forcément éparses ;
- pour apprendre le respect des autres, il ne suffit pas de fabriquer artificiellement de la mixité scolaire et sociale : il faut aussi restaurer les disciplines — toutes les disciplines et pas quatre ou cinq « savoirs fondamentaux » qui ne serviraient qu’à mesurer le vide immense de ce qui n’aurait pas été appris — autour d’une culture commune, celle bâtie depuis dix siècles par la langue et la culture française. Ce qui ne signifie pas qu’il faut rester sourd et aveugle à autrui — mais il est plus que temps d’apprendre à tous à distinguer la sphère privée de la sphère publique. Les parents s’occupent de l’éducation de leurs enfants, leur transmettent leurs valeurs, leurs croyances ou leur langue ; l’école transmet les valeurs, la langue et la culture de la République, fondées sur un socle intangible qui a nom Laïcité… Ce qu’en a dit Condorcet il y a plus de deux cents ans est toujours d’actualité (www.ibe.unesco.org/publications/ ThinkersPdf/condorcf.pdf).
Ce qui donne aux parents une charge particulière, et permet d’instaurer un dialogue où chacun sait exactement quels sont ses droits et ses devoirs.
Quant à savoir quelle est la meilleure méthode de lecture, à quel moment on apprendra les règles d’accord du participe avec le COD antéposé, et si on peut ou non commencer la multiplication et la division au CP, cela doit rester de l’initiative de l’enseignant, le seul qui, sur le terrain, face à des élèves individualisés, sait quelles sont les possibilités et les facilités — ou les difficultés — du groupe et de chacun. La liberté pédagogique, ce doit être la possibilité d’aller plus vite ou plus lentement que les programmes — ou différemment. C’est sur les résultats que nous demandons à être jugés — pas sur des consignes imposées unilatéralement par des gourous qui se gardent bien de mettre les mains dans le cambouis.
À tous donc une bonne année, en espérant que ce sera l’an 01 de la reconstruction de l’école (voir http://www.r-lecole.freesurf.fr/), et la fin des diktats imbéciles.
Mais comme nous le savons, seul le pire est sûr. Le reste, c’est-à-dire l’espérance, est une lutte continuelle. La liberté est au bout du fusil…
À cinq mois d’une échéance électorale déterminante non seulement pour l’école mais pour l’avenir du pays, il faut se décider, renoncer à la pêche à la ligne, et voter pour ceux qui laisseront la plus grande marge de manœuvre — pour les moins idéologues : la liberté est aussi au bout du bulletin de vote.
Jean-Paul Brighelli
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Commentaires
bonne année à toi et que le bonnet d'ane change un peu de tête
Ecrit par : pierrot le zygo | 31 décembre 2006
bonne année 2007 à tous, fructueuse vie à bonnet d'âne jusqu'aux élections.
mabiche
Ecrit par : mabiche | 31 décembre 2006
meilleurs voeux pour 2007!
Yasmine
Ecrit par : Yasmine | 31 décembre 2006
Alors, oublions un peu l'école, et meilleurs vœux personnels à toutes et à tous. Une année de folie. Une année d'excès. Paresse, gourmandise et luxure. Déboitez-vous les sens. Seul le trop est assez — et il n'y en a jamais assez. Tuons les vaches grasses et mangeons notre blé en herbe. Et tout pour la tripe !
Et quelques bonnes lectures… Quelques jolies musiques (j'écoutais Billie Holiday hier soir, "Strange fruits", ça vous met en forme pour l'année à venir… Et le dernier album, tout frais sorti, qui réunit Clapton et JJ Cale — Slowhand encore plus paresseux que d'habitude, et Cale encore plus fatigué — bref, les héros sont de retour). Des hommes et des femmes comme s'il en pleuvait, à celles et ceux qui en manquent ("It's raining men, Hallelujah !" — quelle autre raison de remercier le Seigneur ?). Bref, faites de vos vices vertus. Inutile de s'inquiéter en vain : "Ainsi le mal qu nous effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n'est pas là et lorsque la mort est là, nous n'existons pas." (Epicure, Lettre à Ménécée). Bonne année épicurienne à tous !
JPB
Ecrit par : brighelli | 01 janvier 2007
Oh que oui, moi aussi je joins ma voix à toutes celles qui émettent des voeux pour que cette nouvelle année soit meilleure que la précédente, et surtout pour l'Ecole, ses enfants, ses enseignants et ses parents.
On ne peut que souscrire à l'essentiel du discours de notre ami-et cher collègue- Jean-Paul. Toutefois aurait-il raison à 100% sur tout? Une nouvelle Bible est-elle née en matière d'idées sur l'Ecole. Eh bien, j'oserai en douter sur certains points. Et un premier en tous cas. Pourquoi ce retour aux professeurs bivalents serait-il critiquable.? Pourquoi un professeur devenu aussi valable que celui que prône M.Brighelli ne ferait-il pas profiter deux fois les élèves de ses compétences? Deux matières, donc moins "bon" sur chacune d'elles? N'est-ce pas l'agrégé qui défend bec et ongles sa compétence suprême dans sa matière et se met en position dominante ? Attention quand même. Une telle compétence pourrait cacher quelques lacunes sur d'autres plans. On ne peut pas tout dominer. Sinon un seul homme pourrait gouverner la France. Il serait "bon en tout" !
Prof bivalent =prof médiocre? Bon admettons. Mais alors ,le "professeur des écoles"-allez, disons l'instit- serait un super médiocre alors, du fait qu'il enseigne TOUTES les matières -y compris la langue étrangère, parfois- ? Comment peut-on alors confier nos enfants au "socle" d'un tel enseignement, dispensé par des gens aussi médiocres, condamnés à tout -et rien, finalement- enseigner ? je continue ma logique. Oui, les profs d'écoles sont vraiment médiocres, puisqu'ils enseignent tout. Alors osez demander un professeur, un vrai, un agrégé, si possible, pour chaque matière, à l'école primaire. Et alors, l'école sera sauvée!
Il serait bon ,je pense ,d'oser aller jusqu'au bout d'un raisonnement en en précisant les tenants et les aboutissants.
Si l'école n'est qu'une compétence avérée DANS UNE MATIERE, qu'on le dise vraiment. Si cela tient à autre chose, qu'on le précise. Car je crois qu'il y a -et il y a eu de tous temps- des instituteurs fort valables, des profs bivalents qui ont su faire passer leurs deux matières correctement, avec les avantages qui s'y rattachent, qu'il y a d'excellents profs agrégés -et mon meilleur ami en est un, je sais de quoi je parle- et qu'au contraire, on a beau avoir toute la science du monde, on peut aussi connaître les mêmes problèmes que d'autres collègues....moins "qualifiés". Allez, le débat est lancé.....?
Ecrit par : Pierrot 34 | 01 janvier 2007
Vous souvenez vous du Docteur Carpentier,
"Apprenons à faire l'amour,
apprenons à faire la fête",
à l'école apprenons à vivre ensemble,
apprenons à vivre heureux.
Ecrit par : , michel, à franquevaux | 01 janvier 2007
Oh oui, je me rappelle le docteur Carpentier… "Apprenons à faire l'amour, c'est le chemin du bonheur" (année 72-73, si ma mémoire est bonne : des profs furent suspendus — et soutenus néanmoins, par leurs collègues et par leurs élèves, nettement moinbs frileux alors qu'aujourd'hui — pour avoir lu en classe le tract dudit docteur…)
Et je me dis que ce genre de programme n'aurait plus cours aujourd'hui — où l'ordre moral menace, particulièrement à gauche… L'amour et le bonheur sont passés aux oubliettes.
Il y a des jours où je pense que c'est par mon côté libertin que je glisserai par inadvertance à droite, si ça continue. Le moralisme vertueux d'une certaine gauche (celle qui a oublié que l'un des slogans le splus fortrs de 68 était "Jouissons sans entraves") me fait gerber.
Tiens, une anecdote. Lorsque Histoire d'O est sorti, c'est l'Huma qui s'est le plus déchaînée contre un livre si licencieux qu'il ne pouvait être que de droite. Singulier destin que celui du libertinage, qui a symbolisé si longtemps l'opposition aux idées reçues, et que l'on voudrait désormais rejeter dans la réaction la plus noire — comme si toute la gauche, Ségolène comprise, ne baisait qu'en position du missionnaire…
Réponse à Pierrot 34 : je me suis longuement exprimé dans À bonne école sur la distinction entre instituteurs et professeurs. Les uns déblaient, ancrent dans les cervelles des enfants les connaissances de base — ce que j'ai appelé dans ce livre des "certitudes". Les profs ont pour fonction progressive, du collège au lycée, d'instiller des doutes — et pour douter d'une science, y compris humaine, il faut la posséder totalement.
Je n'ai pas la nostalgie des PEGC, que le ministère est en train de réinventer. Et bien sûr que je défends la maîtrise des savoirs — et nous ne sommes plus au XVIe siècle, où l'on pouvait prétendre à l'universalité : tout est désormais affaire de spécialistes… Instituteurs et professeurs se complètent, puisqu'ils n'opèrent pas en simultané, mais successivement, et occupent donc des champs distincts dans les esprits en formation.
JPB
Ecrit par : brighelli | 01 janvier 2007
"il faut aussi restaurer les disciplines — toutes les disciplines et pas quatre ou cinq « savoirs fondamentaux » qui ne serviraient qu’à mesurer le vide immense de ce qui n’aurait pas été appris — autour d’une culture commune, celle bâtie depuis dix siècles par la langue et la culture française. Ce qui ne signifie pas qu’il faut rester sourd et aveugle à autrui — mais il est plus que temps d’apprendre à tous à distinguer la sphère privée de la sphère publique."
JPB
Et voilà ce qui ferait de vous, aux yeux de la gauche atteinte de prurit puritain (donc pas toute la gauche ;) ), un extrêmiste dangereux ! :)
Si le libertinage tire sur le fondement, les fondamentaux tirent sur l'ambulance des disciplines, pauvres hères en haillons, ce qui pousse à dire : I'm fond of habits...
Bref, on touche le fond, et tout le monde est content ! :)
Longue vie à tous et heureuse année 2007.
Ecrit par : D'Enguell | 01 janvier 2007
Bonjour, et bonne année à tous,
Content de lire votre préambule, Jean-Paul! Effectivement, si les parents remplissent réellement le rôle qui est le leur avant que les enfants mettent leur premier pied à l'école, l'instruction pourra devenir ce qu'elle doit réellement être! Et, à partir de là, je dois dire que je suis d'accord avec pas mal de vos propos! En plus, le dernier JJ Cale-Clapton a l'air réellement excellent!
Ecrit par : christophe sibille | 01 janvier 2007
Bonne Année à tous en espérant que la réussite vous enivrera sobrement, en souhaitant que vous tiriez moins violemment sur une certaine gauche qui pourrait bien gagner les élections. Rappelez-vous qu'on attrappe pas les mouches avec du vinaigre et que ces élus régionaux et locaux dont vous vous gaussez et que vous méprisez sont très proches du terrain et n'ont souvent pas la moindre idée de qui peut bien être ce Frackowiak. Même socialos, ils pensent souvent comme vous pour l'école et sont contraints de le taire sagement... A ne pas négliger.
Ecrit par : dobolino | 01 janvier 2007
« Quant à savoir quelle est la meilleure méthode de lecture, à quel moment on apprendra les règles d’accord du participe avec le COD antéposé, et si on peut ou non commencer la multiplication et la division au CP, cela doit rester de l’initiative de l’enseignant, le seul qui, sur le terrain, face à des élèves individualisés, sait quelles sont les possibilités et les facilités — ou les difficultés — du groupe et de chacun. La liberté pédagogique, ce doit être la possibilité d’aller plus vite ou plus lentement que les programmes — ou différemment. »
A mon humble avis, terrain glissant pour certains des enseignants actuellement en fonction. Bien sûr, il y a les consciencieux, ceux qui pensent que si c’est écrit là, dans le manuel de lecture de CP ou le livre de grammaire de CM2, c’est parce que tous les élèves de CP ou de CM2 doivent et peuvent le faire et que c’est à eux, les enseignants, de mettre tout ce qu’ils peuvent en œuvre pour que chacun des élèves qui leur sont confiés y arrivent, intelligemment ou mécaniquement.
Et puis, il y a les autres. Les « feignants », bien sûr ça existe, et puis les convaincus de l’élève au centre et ceux qui ne réfléchissent plus depuis leur sortie de l’Ecole Normale ou de l’IUFM.
Passons sur les « feignants », de toute façon, on n’y fera rien et puis, ils ne sont pas si nombreux que ça...
Mais les autres, tous ceux que je côtoie chaque jour ou de temps en temps, ceux qui ne voient toujours pas où est le problème, ceux qui radotent constamment « Mais ça, ponctuellement, on le fait dans nos classes. » ou « Tu sais, on ne peut pas demander à tous la même chose, Machin, ses parents, ils ne sont pas français, ils ne peuvent pas lui faire faire ses devoirs, et puis, Untel, franchement, il aurait besoin d’un suivi spécialisé, l’école ne peut pas l’aider, quant à Trucmuche, on a eu sa sœur, on sait bien que les pauvres... » ou encore « De toute façon, les programmes sont trop lourds, personne ne les boucle. On sait très bien que les élèves le referont l’année d’après alors, franchement, s’ils n’ont pas compris, ce n’est vraiment pas grave, l’important, c’est de conserver l’envie d’apprendre. En plus, au collège, ils ne refont pas avant la 4°, alors, les pauvres, ça ne sert vraiment à rien de les emmerder avec ça ! »...
Pour ceux-là, il faut des programmes clairs et précis avec des objectifs bien définis, des échéances annuelles, une démolition point par point (et pas politique, j’en ai assez de me faire traiter de fasciste dès que je dis qu’on peut apprendre à un enfant à « tout déchiffrer » en une année de cours préparatoire) du « On apprend à lire toute sa vie » et du « chaque enfant a son rythme et on doit s’y adapter »...
Encore plein de choses à dire mais plus le temps pour aujourd’hui. Meilleurs vœux à tous et bon espoir.
Ecrit par : catmano | 01 janvier 2007
Je n'ai pas trouvé la page dont vous indiquez le lien à propos de Frackowiack. Apparemment il doit être incomplet.
Je ne savais pas que ce monsieur dirigait une commission éducation au parti socialiste. Il y a, hélas, de fortes chances qu'il monte en grade si Ségolène Royal est élue. J'ai espéré un temps que l'éviction des "éléphants" du PS par Ségolène marquerait un changement de génération dans ce parti, mais il semble que la clique "pédagogiste" arrivée au pouvoir dans les années 80 s'accroche encore aux fauteuils de la République...
Ecrit par : Archytas | 01 janvier 2007
Meilleurs voeux à JPB et aux participants de ce blog.
Que peut-on souhaiter sur un site dédié à l'Ecole ?
Que le prochain ministre écoute davantage JPB mais aussi Laurent Lafforgue ou Marc le Bris.
Que revive ainsi l'Ecole de la République !
Ecrit par : David | 01 janvier 2007
Au sujet des profs "spécialistes", et de tout autre spécialiste (je sais qu'un veto rode sur ce forum, mais j'ai oublié qui c'est) : " Un homme devrait savoir changer une couche-culotte, planifier une invasion, charcuter un cochon, manoeuvrer un navire, concevoir un bâtiment, écrire un sonnet, faire un bilan comptable, monter un mur, soigner une fracture, soutenir un mourant, prendre des ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre des équations, analyser un nouveau problème, répandre de l'engrais, programmer un ordinateur, cuisiner un bon repas, se battre efficacement, et mourir galamment.
La spécialisation est pour les insectes."
Robert A. Heinlein
Je sais, c'était un vieux facho, mais il n'a pas tort.
Bonne année à tous
Ecrit par : yann | 01 janvier 2007
Bijour fouroum,
bonne année
"jeanpaulbrighelli@wanadoo.fr"
C'est ton mèl ça ?
Ségo peut-elle virer FraKK du ps ?
Ecrit par : toto l'affreux | 01 janvier 2007
Toto, ça va pas la tête de balancer mon mail sur les ondes ?
Le texte de l'inénarrable Frackowiack est le suivant :
"La liberté pédagogique des enseignants,
alibi des conservateurs,
obstacle à la construction de l'Ecole du 21ème siècle.
par Pierre FRACKOWIAK, Inspecteur de l'Education Nationale
Dans un contexte de glorification d'un âge d'or de l'école qui n'a jamais existé, de propagande pour le retour aux "bonnes vieilles méthodes" qui ont tellement fait leurs preuves que tous les ministres successifs depuis la fin des années 60[1], de droite et de gauche, se sont employés à tenter de changer l'école[2] pour prendre en compte l'évolution de la société, des savoirs, des modes de vie, surgit naturellement cette vieille lune, la liberté pédagogique. Il fallait s'y attendre.
Même le rapport THELOT, dont certains prétendent qu'il présente des propositions innovantes que les progressistes pourraient soutenir, prône démagogiquement la reconnaissance de cette liberté en l'habillant de quelques oripeaux de l'ordre de la séduction, "le charisme et le rayonnement" qui tiendraient apparemment lieu de compétences professionnelles. On aurait pu espérer que ces notions soient au moins juxtaposées à des compétences professionnelles, à la nécessité d'un minimum de connaissances sur les apprentissages (comment un élève apprend?), sur les capacités intellectuelles nécessaires pour construire des savoirs et des compétences, sur les rapports entre la construction des concepts et le langage, sur la pédagogie… Foin de tout cela. Comme le disait Luc FERRY avant François FILLON, pour enseigner, il faut des savoirs, du talent pour les transmettre, et, bien évidemment, la liberté.
Cette notion de liberté pédagogique paraît pourtant bien dérisoire quand on observe la très grande homogénéité et la permanence des pratiques.
Il convient de s'interroger: la liberté pour quoi faire? Apparemment, on serait surtout libre de faire comme tout le monde, de faire comme on a toujours appris et subi, de reproduire les modèles ancestraux. Contrôle rapide des acquis, présentation de la nouvelle notion, explication magistrale sous forme parfois d'un faux questionnement[3], exercices d'application, contrôle… Puis grande quantité de devoirs[4], comme si l'Ecole n'avait d'autre choix que de faire faire le soir à la maison ce qu'elle n'aurait pas été capable de faire pendant le temps scolaire. Enseignement essentiellement frontal, en grand groupe, où c'est le maître qui est au centre du système, avec son programme à suivre et à boucler sans jamais y parvenir. Dans ces conditions, parler de liberté pédagogique est l'expression d'une certaine malhonnêteté intellectuelle et morale… Liberté dit diversité, évolution, analyse, régulation… Or, les professeurs font tous "à peu près pareil", ils appliquent à peu près le même modèle pédagogique[5] à quelques nuances près liées à l'expérience, au charisme, comme si le modèle de la transmission était le seul modèle pédagogique, universel et éternel. Il est vrai qu'ils ont beaucoup d'autres préoccupations, problèmes et états d'âme. Ils peuvent déjà s'estimer heureux quand ils réussissent encore à "maintenir un minimum d'autorité", car les élèves, eux, supportent de moins en moins ce modèle dans lequel ils ne peuvent ni évoquer leurs propres savoirs, ni s'exprimer et raisonner, ni proposer.
Pour les professeurs, il s'agit davantage aujourd'hui de survivre que de profiter d'une liberté pédagogique objet de discours. Ce constat est particulièrement vrai dans les collèges, même dans ceux de centre ville qui accueillent des publics de catégories socioprofessionnelles élevées: de plus en plus d'élèves vivent mal, contestent, chahutent, n'écoutent rien, refusent devoirs et punitions… Un professeur, fortement approuvé par ses collègues, disait au cours d'une réunion écoles/collège à propos des élèves de 6ème: "quand ils arrivent, ils sont sages. Trois mois après, on ne les reconnaît plus". Mais, à aucun moment, il n'a mis en cause ses pratiques. L'échec ou la difficulté est toujours attribuée à l'autre: l'élève, les parents, l'amont de la classe concernée, l'encadrement, les moyens toujours insuffisants, la société. Les sanctions individuelles, les punitions collectives, le renforcement affiché de l'autorité ne permettront en aucun cas de résoudre ces problèmes fondamentaux qui s'aggravent, que l'on dissimule autant que faire se peut, et que les pouvoirs politiques successifs ont fait le choix d'ignorer pour des raisons électoralistes qui ne leur ont pourtant pas toujours été profitables.
Malgré la gravité de la situation, sous couvert de cette liberté pédagogique qui permet de résister à toutes les évolutions, à toutes les réformes, à toutes les tentatives d'ouverture de l'école, à toutes les volontés de donner du sens aux activités scolaires, de transformer les pratiques pédagogiques, de mobiliser les élèves, on persiste. Il est toujours étonnant d'entendre un ministre, un média ou un homme politique revendiquer le retour aux bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves sur une élite, alors que ce sont ces méthodes qui perdurent et qui fabriquent ces résultats et ces problèmes que l'on dénonce. Il est vrai que, comme le disait Claude THELOT, "on ne sait pas ce qui se passe dans les classes".
La liberté pédagogique permet également de résister aux corps d'inspection quand ceux-ci tentent d'encourager l'innovation. Quand l'inspecteur est parti, quand la porte est fermée, "je reprends ma liberté et je continue comme avant" disent de très nombreux enseignants. Pourtant, les inspecteurs ne sont pas nécessairement des personnels qui encouragent le changement et l'innovation. Quand ils ne font que des contrôles de conformité émaillés de quelques conseils ponctuels, ils ne remettent pas en cause fondamentalement les pratiques pédagogiques et ne portent nullement atteinte à la liberté. Mais il est vrai qu'il est des inspecteurs qui, face à l'échec scolaire, face au désintérêt ou à l'ennui, dans une perspective d'avenir, proposent d'autres organisations du temps, d'autres méthodes, affirment qu'un professeur n'est pas qu'un transmetteur de savoirs disciplinaires, qu'il est aussi un éveilleur, un professeur d'intelligence, de citoyenneté et de maîtrise de la langue. Ceux-là dérangent et sont violemment critiqués au nom de la liberté pédagogique qui n'est alors qu'un un alibi pour ne rien changer
La liberté pédagogique s'oppose à la notion de professionnalisme, de compétence professionnelle. Elle s'oppose à la notion de responsabilité.
Aujourd'hui, chacun le sait, ce qui est important pour améliorer le fonctionnement du système éducatif et la réussite scolaire, c'est la transformation des pratiques pédagogiques pour intéresser les élèves, leur permettre de comprendre, prendre en compte leurs propres savoirs, leur donner le plaisir et l'envie d'apprendre, leur permettre de produire du savoir et de communiquer
la continuité pédagogique de la maternelle à la troisième, l'école fondamentale, plutôt que ce collège dont on n'a pas osé faire autre chose que le "petit lycée" fortement protégé par des groupes de pression corporatistes
la transversalité et la prise en charge par tous les éducateurs des questions de développement de l'intelligence, des questions de citoyenneté et des questions de maîtrise de la langue
la nécessité de donner du sens aux activités scolaires
la nécessité de prendre réellement en compte l'hétérogénéité des élèves plutôt que de regretter l'élève moyen type, formaté par son milieu pour répondre aux attentes des professeurs.
le travail d'équipe avec des projets d'établissement qui soient des réalités et non des écrits formels que personne ne prend en compte dans sa pratique quotidienne
l'inscription de l'Ecole dans une conception globale de l'éducation et dans la construction d'une société de la connaissance, articulée avec la notion d'éducation tout au long de la vie
Ces questions fondamentales exigent un professionnalisme qui dépasse singulièrement la seule mission de transmission de savoirs selon un modèle unique, qui bouscule les conceptions traditionnelles d'organisation de l'Ecole: une heure, une classe, un cours… Chacun dans ses 4 murs, avec sa discipline, avec son groupe figé à l'année, et avec ses problèmes dont on évite souvent de parler, que l'on dissimule.
La sacralisation de la liberté pédagogique, l'abandon du projet d'établissement, des cycles, du travail d'équipe, le renforcement de l'autorité au niveau des discours, le mépris pour la pédagogie, le rejet des travaux croisés ne résoudront aucun des problèmes de l'Ecole. Cela ne fera que retarder le moment de l'explosion. "L'école ou la guerre civile"[6] déclarait Philippe MEIRIEU en titre d'un de ses ouvrages majeurs. L'alternative est dramatique. Inutile de préciser que pour éviter la guerre civile, la solution n'est pas l'école, mais une autre école, celle que les pédagogues, les enseignants responsables réellement attachés à des valeurs humanistes, les chercheurs, les responsables politiques conscients des réalités et de l'impossibilité de construire du neuf avec du vieux, s'efforcent, face aux nostalgiques du passé, aux conservateurs de tous bords, de construire depuis plusieurs dizaines d'années.
Une nouvelle école, une autre école, pas celle d'hier et d'avant-hier. "
Voilà. Maintenant, vous connaissez le point de vue des ennemis de la liberté.
JPB
Ecrit par : brighelli | 01 janvier 2007
Bonne année à tous!
Ecrit par : Nath | 01 janvier 2007
:))))))
Bon, c'était pour être sûr .
Ecrit par : toto | 01 janvier 2007
Et surtout une année LEGERE (on peut rêver, non ?)...
Ecrit par : FGuichard | 01 janvier 2007
Vous citez Frackowiak, mais vous oubliez un autre grand penseur, à savoir le secrétaire général du SIEN, syndicat majoritaire (dans des proportions quasi-soviétiques) parmi les inspecteurs.
par exemple :
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"Que penser en effet des capacités à piloter le système de soins d’Afrique du Sud d’un ministre de la santé vantant les mérites de l’ail et du citron pour lutter contre la propagation du SIDA ? Faut-il vraiment suivre le ministre de l’Education polonais dans sa remise en cause de la théorie darwinienne de l’évolution ? Est-il enfin conséquent, de la part de notre ministre de l’Education nationale, de défendre bec et ongles la « méthode syllabique » ?"
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ou encore, dans un autre texte :
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" A cet égard, les dignes représentants du GRIP méritent une mention particulière : entre Boutonnet, la chèvre savante, Brighelli, l’idéologue expert en crétinerie, et Le Bris, le Breton ânonnant, on ne sait que choisir ! Un petit regret pourtant : le SLECC n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de ses convictions. Pourquoi, en effet, se replier sur les programmes de 1880 quand le modèle idéal serait plutôt celui de 1630 : « préserver de la lecture ceux que la Providence a fait naître d’une condition à labourer la terre » ? "
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On pourrait croire à un numéro de cirque, ou alors aux ratiocinations de quelques bloggeurs anonymes déversant leur bêtise sans que personne ne les écoute. Mais non : ces gens sont d'influents syndicalistes et d'importants fonctionnaires, qui sont chargés d'évaluer les compétences des enseignants et qui ont leurs carrières entre les mains.
Et aussi une preuve pour les hypocrites, comme Christophe Sibille, qui persistent à nous faire croire (ou à se convaincre eux-mêmes) qu'il n'y a pas d'oppression idéologique à l'Education Nationale.
Quis custodiet ipsos custodes ?
Ecrit par : Pierre-Henri | 01 janvier 2007
Bonne année à tous! Bises à Anne-Marie...
Je lève mon verre à la liberté!
Merci à JPB pour ce texte de Frackoviak . Voudrait-il nous faire croire que nous ne sommes pas capables d'évoluer? Que nous sommes trop ignares pour ne pas nous poser de question sur nos méthodes sans en passer par le phénomène constructiviste? Il y aurait les conservateurs reproduisant à l'infini ce qu'ils ont subi et les novateurs bourrés de riches idées? Mais si l'on excepte les "fainéants" comme le dit Catmano, comment de pas voir les fréquentes remises en cause de la grande majorité des profs? Sous quel argument valable, l'innovation pour le plaisir de changer prise comme une valeur sûre de la nouveauté est-elle une vérité? Comment les pédagogistes ne peuvent-ils voir l'absence d'efficacité de leurs dogmes? Je leur souhaite , pour l'année 2007 d'être touchés par la lucidité et surtout par l'honnêteté intellectuelle.
Ecrit par : Alice | 01 janvier 2007
Meilleurs voeux !
En ce début d'année, je me prends à rêver d'un procès "Meirieu" (pour crime de haute trahison).
Ecrit par : Olivier | 01 janvier 2007
Cher Jean-Paul,
êtes-vous encore épicurien quand vous dîtes "déboîtez-vous les sens" ou "seul le trop est assez" ?
Épicure semble récuser cette interprétation de sa doctrine quand il dit :
"Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente — comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d’une fausse interprétation — mais d’en arriver au stade où l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme." (Lettre à Ménécée)
D'accord avec vous par ailleurs sur vos voeux pour l'Éducation, et en particulier pour la bivalence des enseignants ? Cette idée peut-elle germer ailleurs que dans l'esprit d'un énarque polyvalent, aujourd'hui au cabinet du ministre de l'éducation nationale, mais auparavant à celui de l'agriculture, et bientôt peut-être à celui des affaires étrangères, si tout se passe comme prévu ? Et cet homme-là accepterait-il d'être soigné pour ses soucis cardiaques par un médecin bivalent majeure gynécologie mineure cardiologie ?
Enfin, Jean-Paul, doit-on comprendre la dernière phrase de votre note comme la décision de voter pour Nicolas Sarkozy, qui a eu quelques mots pour la liberté pédagogique ?
Meilleurs voeux à tous.
Ecrit par : Pat | 01 janvier 2007
Tombé par hasard sur ce vieux texte :
Meilleurs voeux à tous.
Thélot par J.F Revel
Extrait de « La grande parade » Chapitre La haine du progrès p.335
Nous saisissons là sur le vif une autre propriété de la pensée idéologique, outre son ignorance délibérée des faits et son culte des incohérences : sa capacité à engendrer, sous des mots d’ordre progressistes, le contraire de ses buts affichés.
Elle prétend et croit travailler à la construction d’un monde égalitaire et elle fabrique de l’inégalité. Une autre de ces inversions de sens entre les intentions et les résultats a été accomplie par la politique française de l’Education depuis trente ans. Elle aussi est un bon exemple d’une idéologie totalitaire s’appropriant un secteur de la vie nationale au sein d’une société par ailleurs libre.
Le 20 septembre 1997, je publie dans Le Point un modeste éditorial intitulé « Le naufrage de l’Ecole ». Modeste parce que je n’y développais, je l’avoue, rien de bien original, tant fusaient depuis des années de toutes parts les lamentations sur la baisse constante, du niveau des élèves, sur les progrès de l’illettrisme, de la violence et de ce qu’on appelle par pudeur l’« échec scolaire », apparemment une sorte de catastrophe naturelle ne dépendant en aucune façon des méthodes suivies ou imposées par les responsables de notre enseignement public.
Dès le lendemain, je reçois une lettre à en-tête du ministère de l’Education nationale, signée d’un nommé Claude Thélot, « directeur de l’évaluation et de la prospective ». tout en me servant ironiquement du « Monsieur l’Académicien » et du « Cher Maître », cet important personnage daignait me notifier que mon éditorial était d’une rare indigence intellectuelle et, pour tout dire, « navrant ». Obligeant, le magnanime directeur se tenait à ma disposition pour me fournir sur l’école les lumières élémentaires dont j’étais visiblement dépourvu.
Or voilà que, dès la semaine suivante, la presse rend public un rapport de cette même Direction de l’évaluation et de la prospective. Il en ressort entre autres atrocités, que 35 % des élèves entrant en sixième ne comprennent pas réellement ce qu’ils lisent et que 9 % ne savent même pas déchiffrer.
[Voir dans Le Point du 27 septembre 1997 l’article où Luc Ferry lui-même président du Conseil national des programmes , expose, analyse et commente longuement ce rapport. Voir aussi, dans le même numéro, l’éditorial de Claude Imbert sur le sujet]
Au vu de cet accablant constat, largement diffusé, je me posai aussitôt la question de savoir si par hasard il était tombé sous les yeux de M.Claude Thélot. Celui-ci ne serait-il pas ce qu’on appelle en anglais un self confessed idiot, un sot qui se proclame lui-même être tel, puisque la Direction de l’évaluation, au sommet de laquelle il trône, corroborait mon article ? Ou alors un paresseux qui n’avait même pas pris la peine de lire les études réalisées par ses propres services ? J’écartai ces deux hypothèses pour me rallier en fin de compte à l’explication que l’arrogant aveuglement de M.Thélot était dû à la toute-puissance de l’idéologie, qui s’était emparée de son cerveau et de toute sa pensée. De même qu’un apparatchik était jadis incapable fût-ce d’envisager que l’improductivité de l’agriculture soviétique pût provenir du système même de la collectivisation, ainsi les bureaucrates de l’Education nationale ne peuvent pas concevoir que l’écroulement de l’école puisse être dû au traitement idéologique qu’ils lui infligent depuis trente ans. Pour un idéologue, obtenir durant des décennies le résultat contraire à celui qu’il recherchait au départ ne prouve jamais que ses principes soient faux ou sa méthode mauvaise.
Nous saisissons là sur le vif ce phénomène fréquent d’un « segment totalitaire » au sein d’une société par ailleurs démocratique.
[Voir Liliane Lurçat, La destruction de l’enseignement élémentaire. Editions F.-X de Guibert. A l’occasion du Salon de l’Education, organisé par le ministère pour la première fois en novembre 1999 (il est plus facile d’organiser un Salon de l’Education que l’éducation), Mme Ségolène Royal, ministre chargée de l’Enseignement scolaire, « déclare la guerre à l’illettrisme » (Journal du dimanche, 28 novembre 1999). Si elle lui déclare la guerre, c’est donc qu’il existe, n’en déplaise à M.Thélot. Pis : grâce à une enquête de l’Inspection générale de l’Education nationale, rendue publique fin novembre 1999, nous apprenions qu’une proportion croissante des élèves admis en sixième non seulement ne savent pas lire mais ne sont même plus capables de parler !]
Ecrit par : Guillaume | 01 janvier 2007
À l'occasion des fêtes et du nouvel an, avec une intention eminemment distractive, j'ai mêlé (habilement ?) l'Art Pompier et le non Art pédagogiste.
Vous pouvez les consulter :
soit sur mon blog. C'est toute la série des "pompiers" :
http://rogerfelts.blog.lemonde.fr/2006/12/24/vive-lart-pompier/
soit présentés sous forme d'album dans :
http://reacsdegauche.typepad.fr/photos/pompiers_spichopdagogues/index.html
Ecrit par : Roger FELTS | 01 janvier 2007
Bonne année à vous tous, M. Brighelli comme les autres intervenants. En effet, la qualité de ce blog est proportionnelle à la qualité de vos interventions, et depuis que je viens vous visiter, de ce côté-là je me régale !
Le seul inconvénient, c'est que je n'arrive malheureusement pas à tout suivre (il me faut bien une demi-heure à une heure pour lire et "digérer" toutes les interventions sur un sujet).
En tout cas, mes meilleurs voeux de bonheur, de santé et de réussite à vous tous.
Ecrit par : Shane Fenton | 01 janvier 2007
Mes voeux pour 2007 :
- L’amendement ou la suppression de
la Loi d’orientation de juillet 1989
- La disparition de la phrase “L’élève est au centre du système éducatif”
- La disparition des “collèges ghettos”
- L’assouplissement de la carte scolaire
- la liberté pédagogique (possibilité de ne plus enseigner en séquences, de ne plus utiliser la méthode globale ou semi-globale) Des formateurs formés à la méthode syllabique, des manuels, etc.
- Fin de la mainmise de la secte pédagogiste sur les IUFM.
- Un ministre de l’éducation nationale qui combinerait les qualités de trois de ses prédécesseurs : Le retour aux fondamentaux” (Jean-Pierre Chevènement), l’humanisation des établissements scolaires (François Bayrou) et le courage de s’attaquer à des questions concrètes comme la nocivité de la méthode globale, le retour à un enseignement systématique de la grammaire et de l’orthographe (Gilles de Robien).
-revalorisation de nos salaires !
Et bien sûr que l’Appel pour la refondation de l’école dépasse un million de de signatures.
- …et La victoire de nos amis de “Sauver les Lettres”.
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Expliquez-moi, s'il vous plaît, JPB, comment vous pouvez appeler à "voter pour ceux qui laisseront la plus grande marge de manœuvre — pour les moins idéologues"
et vous contredire:
1) en votant blanc.
2) en ne votant pas pour Sarko dont vous dites qu'il n'a rien d'un idéologue. Ce qui est exact, c'est un pragmatique
"la liberté est aussi au bout du bulletin de vote"
Ça veut dire quoi au juste, quand on vote blanc?
autant aller à la pêche
À propos de liberté et de marge de manoeuvre:
Entre celle que vous donnera la Sirène du PS, poisson-pilotée par Hollande et les dinosaures du Jurassic Park Socialiste, et la liberté qu'octroie par essence la doctrine libérale, il n'y a pas d'hésitation possible. Quiconque a la témérité de ne pas hurler avec les loups en conchiant le libéralisme, mérite l'admiration pour son courage politique.
Si les Français étaient moins aveuglés par leur arrogance ils sauraient à quel point leur anti-libéralisme épidermique et viscéral fait d'eux la risée du monde prospère, et se précipiteraient pour tordre le cou à leur ignorance.Cordonniers mal chaussés, puisque cette doctrine est née en France (Turgot, Condorcet, Constant, Say, etc.......
On n'est jamais aussi bien trahi que par les siens.
Ecrit par : Danièle | 02 janvier 2007
Un procès "Meirieu" pour crime de haute trahison, Olivier, est une évidence. Il faut bien se souvenir que l'individu a constamment déchargé son fiel contre les professeurs, qu'il accuse de favoriser leurs enfants en leur choisissant les filières d'excellence, d'avoir pour objectif de "faire trébucher" (sic!) leur élèves, etc. etc. Il faut bien se souvenir aussi qu'il n'a réussi ni CAPES ni agrégation et qu'il n'a dû sa carrière qu'aux fausses sciences de l'éducation, domaine dans lequel il est possible de dire impunément n'importe quoi. Ses quinze mille pages de méditation autoglorifiante sur le vide reposent sur un pédocentrisme angélique, démagogique, et stérile. Il faut se souvenir encore que ses comparses sont tous regroupés autour de Madame Royal, attendant impatiemment le Grand Soir où ils pourront enfin nous contraindre à "enseigner autrement" (leit-motiv du SNES) et à "changer l'école" (objectif du SGEN). S'en souvenir au moment de voter!
Ecrit par : Jean | 02 janvier 2007
Bonjour, Danièle…
Je sais qu'en un sens, vous avez parfaitement raison — du moins en ce qui concerne le fait que la France est la risée du monde développé, Chine comprise. Je ne lis régulièrement qu'un seul quotidien, le Herald Tribune, auquel je suis abonné et que ma factrice me porte consciencieusement tous les matins — mon seul luxe, à part deux ou trois autres… Je le lis pour avoir un autre point de vue que franco-français, et pour entretenir mon bilinguisme, que je risque de perdre dans les solitudes où j'erre aujourd'hui — ni les pieds de vigne, ni les oliviers ne parlent anglais. Et le Herald, qui est un journal remarquablement objectif — un journal amériacain conçu en Europe, qui réalise la quadrature du cercle, au fond — se fait largement l'écho des crises d'hilarité que nous déclenchons chez la concurrence — parce qu'il faut penser le monde en termes darwiniens et pas crypto-chrétiens, ça, c'est un fait.
Voter Sarkozy, c'est voter Sarkozy au premier tour, afin d'éliminer l'hypothèse Le Pen (à laquelle je crois toujours : j'ai parié avec un copain un repas chez Lapérouse, quai des Grands Augustiins, et même si financièrement parlant c'est onéreux, je préfèrerais perdre — et voir un second tour classique gauche / droite).
Je crois que Sarkozy est très mal entouré, et très mal conseillé — et pas seulement dans les questions d'éducation. Le pragmatisme ne consiste pas à promettre tout et son contraire : être pragmatique, c'est se décider en faveur de ce qui est le plus utile. Reste à savoir à qui — au pays ou à quelques copains.
En l'état (mais la campagne sera longue et féroce), mon analyse est la suivante. La Sainte Vierge au pouvoir nous enfoncera dans la régression économique et intellectuelle que nous vivons depuis quelques années. Mais d'un autre côté, la Droite, qui a quand même eu toutes les cartes en mains depuis cinq ans, n'a rien fait pour changer quoi que ce soit — et projette même, dans le secteur éducatif au moins, de les empirer. Alors, je n'ai rien contre la politique du pire — au moins, une présidence et une majorité sarkozystes seraient claires —, mais on ne peut pas me demander de me tirer une balle dans le pied en même temps. Ou dans la tête.
Restent les arguments du type "entre deux maux…" Mais avant d'agir en désespoir de cause, je voudrais donner une chance aux uns et aux autres de dire enfin des choses intelligentes. Prétendre vouloir sauver l'école laïque et républicaine, et en même temps envisager sereinement un toilettage de la loi de 1905 ou s'en remettre au privé pour résoudre la question scolaire, en supprimant en même temps la carte scolaire, c'est un peu court, comme programme. Et de vous à moi, c'est très con.
Par ailleurs, aucune relance de l'Education ne sera totalement indolore, fiancièrement parlant (regardez par exemple l'Université et la Recherche, dont je peux affirmer qu'elles font l'une et l'autre ricaner le monde entier). Il faudrait multiplier par trois ou quatre les sommes allouées à l'enseignement supérieur — et on ne peut pas le faire en se contentant de transvaser ici l'argent pris là. Un pragmatique doit partir à la fois des réalités de terrain (la France est au bord de la faillite financière, mais elle n'est pas la seule dans ce cas — voyez les Etats-Unis, qui s'en soucient fort peu), et des perspectives à court, moyen et long terme (l'Etat fédéral US investit des sommes énormes dans la recherche fndamentale, et laisse le privé en tirer des applications pratiques — et ça marche : mais il est possible que notre secteur privé soit, sauf exceptions remarquables qu'il m'est arrivé de rencontrer, trop étriqué pour raisonner ainsi).
En attendant que les candidats exposent un peu mieux leurs recettes, je reste sur l'expectative — et c'est en ce sens que j'ai écrit que, pour le moment, je votais blanc.
Et puis rien n'empêche quiconque de me lire entre les lignes…
JPB
Ecrit par : brighelli | 02 janvier 2007
De là à voter pour un homme éminemment dangereux pour toutes les libertés, comme peut l'être Sarko, il y a quand même un pas qu'il vaut mieux hésiter à franchir... N'oubliez pas, ou ne faites pas semblant d'oublier, que celui-là promet tout et son contraire selon le public auquel il s'adresse... Tour à tour altermondialiste, cégétiste, ultralibéral, crypto fasciste... Mais, si on adhère à la théorie qui veut que les ennemis de nos ennemis soient nos amis, aucun problème! C'est ce qui a amené frère Tarik au forum social européen, il n'y a pas si longtemps.
Pour revenir sur un message de Sandra, (je crois?) concernant Bizet, et spécialement: "les pêcheurs de perles"; Bizet a traversé l'histoire de la musique comme un météore génial et paradoxalement très méconnu, malgré le fait que tout le monde ou presque connaisse Carmen par coeur. Il est, à mon sens, très supérieur, (puisque ici on aime bien comparer) à Berlioz en presque tous points. Par contre, je vous recommande, pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, Berlioz l'écrivain. Une plume extrêmement fine, d'un humour féroce, dont les critiques de ce qu'il considérait comme les tares de son époque concernant la musique se lisent avec délectation. Je suis sûr que Jean-Paul a lu ses mémoires, sa correspondance, et les conversations d'orchestre, et s'en est peut être inspiré. Mais il n'arrivera, je pense, jamais à être aussi méchant que lui.
"Et aussi une preuve pour les hypocrites, comme Christophe Sibille, "
Ecrit par : Pierre-Henri | 01 janvier 2007
Tiens, vous revoilà? Bonjour, et bonne année.
Ecrit par : christophe sibille | 02 janvier 2007
Bizet a traversé l'histoire de la musique comme un météore génial et paradoxalement très méconnu, malgré le fait que tout le monde ou presque connaisse Carmen par coeur. Il est, à mon sens, très supérieur, (puisque ici on aime bien comparer) à Berlioz en presque tous points.
Nietzsche considérait Bizet (le ciel clair de la méditerrannée...)comme très supérieur à Wagner (les brumes de l'esprit germanique).
Et c'est vrai qu'un dieu germanique a l'air d'un manche à côté d'une "femme fatale" !
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Je suis entièrement d’accord avec Danièle ! Allons même plus loin : si l’on souhaite voir triompher les grandes idées humanistes, si l’on attend un soutien sans faille au service public en général et aux enseignants en particulier, si l’on désire que soit enfin proclamée l’importance de la langue et de la littérature (et tout particulièrement de la Princesse de Clèves*…), il n’y a qu’une seule solution : Sarko.
*http://www.sauv.net/ctrc.php?id=796
Ecrit par : Candide | 02 janvier 2007
Guerre aux bémols.
Une dame passionnée pour la musique entre un jour chez notre célèbre éditeur Brandus et demande à voir les morceaux de chant les plus nouveaux et les plus beaux, en ajoutant qu’elle tient surtout à ce qu’ils ne soient pas trop chargés de bémols. Le garçon du magasin lui présente alors une romance.
— Ce morceau est délicieux, lui dit-il, malheureusement, il a quatre bémols à la clef.
— Oh! cela ne fait rien, répond la jeune dame, quand il y en a plus de deux, je les gratte.
Histoire racontée par Hector Berlioz
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Berlioz ne dit pas le nom de la dame...Cette histoire me fait penser à l'interview de Madame Charmeux sur l'ORL
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
" Le préjugé, chez nous, dit beaucoup plus qu’ailleurs d’énormes sottises, et voudrait du haut de son insolence régenter toutes les parties de l’art musical. Sans relever ce qu’il dit de l’harmonie, de la mélodie, du rhythme, à en croire l’une de ses assertions outrecuidantes, il n’y aurait qu’une seule forme à donner aux textes destinés au chant; il serait impossible de chanter de la prose; les vers alexandrins seraient les pires de tous pour le compositeur. Enfin certaines gens soutiennent que tous les vers destinés au chant doivent être, sans exception, ce qu’on appelle des vers rhythmiques, c’est-à-dire scandés d’une façon uniforme du commencement à la fin d’un morceau, ayant chacun un nombre égal de syllabes longues et brèves placées aux mêmes endroits."
H. Berlioz, Les Grotesques
Nihil novi sub sole !
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Chère Danièle,
votre lettre lucide et documentée sur l'antilibéralisme des Français suscite mon admiration: merci de l' avoir écrite.
Vous avez parfaitement raison:cette doctrine est une invention en grande partie française.
Vous me pardonnerez d'ajouter, à l'attention de lecteurs moins érudits que vous, les noms de Molinari, Destutt de Tracy et bien sûr Frédéric Bastiat.
Il n'échappe pas à mon attention que l'éloge du libéralisme n' est pas le discours dominant dans l'Education Nationale et vous n'en êtes que plus courageuse de tenir vos propos sulfureux.
"On n'est jamais aussi bien trahi que par les siens" , dites-vous. En effet; j'y vois aussi cette Trahison des Clercs annoncée par Julien Benda il y a déjà quatre-vingts ans.
Avec ma plus vive sympathie,
Hieronymus Bosch.
Ecrit par : Hieronymus Bosch | 02 janvier 2007
Bonjour et bonne année à tous.
Merci d'accepter sur ce blog les incursions d'une grand-mère qui a quitté la scène. Comme j'adore mes petits enfants et que je songe à leur avenir, la consultation du blog m'aide à rester dans le coup, à m'informer et à me documenter sur des sujets qui me tiennent à coeur. Comme je suis plongée dans une étude de Colette Cosnier sur Marie Pape-Carpantier (Fayard) je découvre son combat pour l'éducation du peuple à une époque où l'Egise et l'Etat marchent main dans la main. Il lui faut" composer "avec les carcans de son époque. L'éducation du peuple me fait songer à Condorcet que JPB ne manque pas d'évoquer dans ses voeux. Un peu plus loin, on parle de Berlioz et de musique. L'année commence bien. A suivre et à la prochaine occasion.
Ecrit par : CHARPENTIER Hélène | 02 janvier 2007
Or donc, Gœthe était venu passer quelques semaines à Vienne. Il aimait la société de Beethoven, qui venait d’illustrer réellement sa tragédie d’Egmont. Errant un jour au Prater avec le Titan mélancolique, les passants s’inclinaient avec respect devant les deux promeneurs, et Gœthe seul répondait à leurs salutations. Impatienté à la fin d’être obligé de porter si souvent la main à son chapeau : « Que ces braves gens, dit Gœthe, sont fatigants avec leurs courbettes! — Ne vous fâchez pas, Excellence, répliqua doucement Beethoven, c’est peut-être moi qu’ils saluent. »
Anecdote raportée par Hector Berlioz
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
J'ai effectivement pas mal fréquenté Berlioz — au point de lui consacrer deux pages dans une anthologie des littératures du XIXe siècle (chez Magnard, collection Textes et Contextes — c'est bien loin tout ça) en 1982. Une langue de vipère, ce Totor-là.
Mais c'est l'un des effets "mémoires" — un aspect trop souvent négligé du "pacte autobiographique" : on se lâche sur les méchancetés. Regardez Retz, mon favori : "Monsieur le Prince de Conti était un zéro qui ne multipliait que parce qu'il était prince du sang". Hein, ça a de la gueule ! Et Saint-Simon racontant comment le futur cardinal Alberoni s'est introduit, si je puis dire, auprès — très près — du duc de Vendôme — et Pierre Herbart reprenant l'anecdote dans son extraordinaire roman La Ligne de force (en 55-56, si je me rappelle bien…) — ou l'archéologie du lèchecultisme, au sens propre — si nécessaire dans l'Education, et ailleurs…
Mais on ne va pas commencer l'année avec le petit jeu des citations. Soyons originaux, queue diable !
JPB
Ecrit par : brighelli | 02 janvier 2007
"Il n'échappe pas à mon attention que l'éloge du libéralisme n' est pas le discours dominant dans l'Education Nationale et vous n'en êtes que plus courageuse de tenir vos propos sulfureux".
L'éloge du libéralisme n'est peut être pas le discours dominant (un concept marxiste) dans l'EN mais la pratique en constitue désormais le fondement.
Il n'est plus un gestionnaire, plus un pédagogue, plus un ministre de l'EN qui ne jure que par la théologie managériale!
Ce nouveau fondamentalisme chargé dans nos sociétés prospères de substituer aux pères les experts gestionnaires sachant par avance la vérité et le destin de chacun. Relisons la prose d'un Frackowiak, qui annonce les temps nouveaux où les enseignants enfin professionnalisés gèront scientifiquement et rationnellement, toutes les barrières et obstacles ayant été levés, la production industrielle de l'homme nouveau libéral, libertaire et libéré des affres de la guerre civile, une histoire des anciens temps révolus!
Ecrit par : buntovchik | 02 janvier 2007
Lu sur le site consacré à Hector Berlioz, ce texte extrait des Grotesques de la musique :
Les sottises des nations.
(Castigat ridendo mores.)
Je déteste la tartuferie, et rien ne m’exaspère comme les proverbes qui affichent, et sur une toile de théâtre encore, des prétentions morales. Une sentence latine prétend que le théâtre de l’Opéra-Comique épure les mœurs. Car son castigat n’a pas d’autre signification réelle. N’est-ce pas là une tartuferie stupide en style lapidaire ? Et quand ce serait une vérité, qui demande aux théâtres cette fonction dépurative ? Nigauds! Épurez votre répertoire, épurez la voix de vos chanteurs, épurez le style de vos auteurs et de vos compositeurs, épurez le goût de votre public, épurez la population de vos premières loges et n’y laissez entrer que de jeunes et jolies femmes, votre mission sera remplie, c’est tout ce que nous voulons. D’ailleurs, voyez à quel point est sage la sagesse des proverbes!
Qui trop embrasse mal étreint!
Il ne faudrait donc jamais s’occuper que d’un seul travail, que d’une seule entreprise, il ne faudrait pas avoir plus d’un vaisseau sur le chantier, plus d’un canon à la fonte, plus d’un régiment à l’exercice. César, qui dictait trois lettres à la fois en trois langues différentes, était un sot; Napoléon qui, à Moscou, trouvait le temps de réglementer le Théâtre-Français, un esprit léger. Et les maris affligés d’une grosse femme ont donc tort de l’embrasser, car en l’embrassant ils embrassent beaucoup et étreignent mal.
Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
Ce proverbe-ci tend à déconsidérer et à détruire le commerce, ni plus ni moins. Il tend à détruire même l’agriculture, car si le laboureur en tenait compte, il garderait son grain au lieu d’ensemencer sa terre; et nous mourrions de faim.
L’ennui porte conseil.
Néo-proverbe mensonger; j’assiste journellement à des opéras, à des cantates, à des soirées, à des sonates d’un ennui mortel, et loin d’être bien conseillé par l’ennui, je sens, en sortant du lieu de l’épreuve, que j’étranglerais avec transport des gens que j’eusse volontiers salués courtoisement en y entrant.
On n’est jamais trahi que par les chiens.
Celui-ci est d’une naïveté qui le met au-dessous de la critique; on est trahi par tout le monde.
Il faut hurler avec les loups.
Quant à cet aphorisme, une foule de chanteurs de notre temps en ont reconnu la justesse; ils en blâment seulement la forme; ils le trouvent trop long de moitié.
Ces exemples me paraissent suffisants pour démontrer que les proverbes latins et français sont les sottises des nations.
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Meilleurs vœux à toutes et tous !
Quant à moi, je dis qu’il n'y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis et je l’ai toujours pensé !
Ecrit par : Lariba | 02 janvier 2007
Une petite histoire à laquelle je repense très souvent et qui me paraît très significative de la situation de l'enseignement des Lettres à l'heure actuelle et d'un certain dégoût justifié que l'on peut éprouver à l'égard de cet enseignement. Il y a quelques années, à l'occasion d'un cours de didactique d'agrégation interne, nous étions en train d'étudier un texte assez connu d'Henri Michaux dans lequel il est question d'une bataille à mort entre deux géants dont l'un ne parvient jamais à vaincre l'autre. Nous suivions pas à pas les figures de style, les hyperboles, les néologismes verbaux, les champs lexicaux et autres isotopies lorsque je m'avisais du "paratexte" où était précisée la date de composition du texte : 1942. Je fis alors timidement remarquer que cette date pouvait réceler un renseignement important sur la dimension symbolique du combat en question (opération Barbarossa, entrée en guerre de l'Allemagne nazie contre la Russie soviétique). Tandis que plusieurs paires d'yeux réprobateurs se tournaient vers moi l'enseignant me répondit textuellement : "Là n'est pas la question !".
Quelqu'un sur ce blog a-t-il fait une expérience de ce genre ?Que faut-il penser d'un enseignement qui tend à ne s'attacher qu'au jeu entre signifiants et signifiés sans jamais s'interroger sur le référent ?
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
il s'agit du combat entre le géant Barabo et son frère Poumapi...Je n'ai pas le texte. Quelqu'un l'a-t-il ? J'ai trouvé cette intéressante exégèse qui va dans le sens d'un "référent" au texte d'Henri Michaux qui ne se réduit donc pas à un pur jeu verbal.
Guerre du grégaire
Ne laisse personne choisir tes boucs émissaires. C’est ton affaire. S’il coïncide avec le bouc émissaire d’un autre, ou de dizaine d’autres ou davantage, change de bouc. Il ne peut être le tien. (Poteaux d’angle)
Au commencement (à la fois du texte, de la fable et de l’Histoire) est le nom donné, le nom reçu malgré soi, l’origine épelée, qui enferme dans le déterminisme étouffant du local et du groupe. L’histoire est aussi ancienne qu’un corps à corps dans la nuit des temps. Depuis, la scène ne cesse, de génération en génération, de fils en fils de fils, de se répéter : «Le Géant Barabo, en jouant, arracha l’oreille de son frère Poumapi.» Tu t’appelles Barabo ? Je m’appelle Poumapi ? C’est parti pour le catch quotidien. Nous sommes frères ennemis, frères et barbares, à la vie, à la mort. La violence est originaire, comme la désignation, qui ne va pas sans une certaine supercherie : «Même la France, au bout d’un certain nombre d’années, devrait changer de nom, par honnêteté, pour se dégager du mythe ‹France›.»
C'est plus intéressant que la pure et simple recherche des champs lexicaux et autres isotopies, non ?
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Ca y est ! J'ai trouvé le texte !
"Le Géant Barabo, en jouant, arracha l'oreille de son frère Poumapi. Poumapi ne dit rien, mais comme par distraction il serra le nez de Barabo et le nez fut emporté.
Barabo en réponse se baissa, rompit les orteils de Poumapi et après avoir d'abord feint de vouloir jongler avec, les fit disparaître prestement derrière son dos.
Poumapi fut surpris. Mais il était trop fin joueur pour en rien rien marquer. Il fit au contraire celui que quelques orteils de moins ne privent pas.
Cependant par esprit de riposte, il faucha une fesse de Barabo. Barabo, on peut le croire, tenait à ses fesses, à l'une comme à l'autre. Cependant, il dissimula son sentiment et reprenant tout de suite la lutte, arracha avec une grande cruauté unie à une grande force la mâchoire inférieure de Poumapi.
Poumapi fut agréablement surpris. Mais il n'y avait avait rien à dire. Le coup était franc, il avait été exécuté en face, sans tricherie aucune.
Poumapi essaya même de sourire, ce fut dur, Oh! ce fut dur.
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Robin demande : "Que faut-il penser d'un enseignement qui tend à ne s'attacher qu'au jeu entre signifiants et signifiés sans jamais s'interroger sur le référent ?"
Tentative de réponse : ce n'est que le revers d'une médaille dont on a aussi bien trop souffert, -- grosso modo le Lag'-Mich', qui avait des qualités mais aussi bien des défauts, à commencer par le travers qui consiste à chercher partout des références historiques ou autobiographiques, voire des "clés", surtout quand il n'y en a pas. Résultat, sous la paresseuse plume des estudiants, tout poème triste de Hugo fait référence à l'infortunée Léopoldine, tout texte de Verlaine est un chant d'amour à Rimbaud, les "Rhénanes " d'Apollinaire, parues en 1913, évoquent la guerre de 14-18, tout texte de Char se réfère à la Résistance, et toute obscurité de Baudelaire s'explique par l'abus du chichon et autres substances stupéfiantes. Et de gloser, bien sûr, ce qui est moins difficile que de "déplier" (ex-plicare) le poème.
La position de salubrité consiste d'abord à presser le texte comme un citron, d'un point de vue strictement littéraire autant que faire se peut, et, après seulement, d'aller au réel référent, historique ou biographique. Je donne un exemple : essayez d'expliquer l'archiconnu "Demain dès l'aube" en faisant semblant d'ignorer que le texte s'adresse à la défunte Léopoldine. Si vous jouez le jeu, il vous faut attendre l'avant-dernier vers pour comprendre que le "je" s'adresse à une morte... tout le reste sonne comme le lamento d'un amant. Vous découvrirez que cet amour paternel s'exprime d'une façon si fusionnelle qu'elle donne à réfléchir (je ne dis pas que VH était incestueux, certes, mais que le père endeuillé retrouve les accents du lyrisme amoureux pour chanter sa fille décédée, ce qui pose la question de "je lyrique" par rapport au je (auto)biographique, de la reconstruction du chagrin privé en parole poétique, etc., etc.). Bref, on obtient ainsi des ouvertures intéressantes, bien plus que si on pose a priori et avant même d'avoir expliqué le texte qu'il est dédié à la fille plus que chérie du pauvre Totor.
Bref : tout est question de mesure. Personnellement, je me refuse à en revenir à l'explication littéraire purement historicisante et psychologisante. Ce n'est pas parce que les pédagos ont récupéré la "nouvelle critique", pour aller vite, que je vais m'interdire d'utiliser les démarches de Barthes Genette ou Butor pour lire et travailler les textes.
Quoi de neuf ? Barthes.
Ecrit par : FGuichard | 02 janvier 2007
FGuichard
Ce que vous dites est tout à fait convaincant, mais il me semble que les deux démarches sont complémentaires. Je suis d'accord sur le rejet de la paresse intellectuelle qui consiste à expliquer un texte à partir des données autobiographiques. Ce qui m'avait étonné dans le cas du texte de Michaux, c'est le tabou qui pesait (à cette époque-là) sur la dimension "référentielle".
Vous montrez très bien, à travers l'exemple du poème de V.Hugo que l'intérêt du texte ne réside ni tout à fait dans l'analyse stylistique proprement dit, ni tout à fait dans les sources autobiographiques, mais dans "l'écart" entre l'interprétation attendue dégagée par l'analyse stylistique et les données autobiographiques, la confrontation entre les deux nécessitant une réinterprétation du texte a posteriori.
Ce qui m'avait étonné avec l'étude du texte de Michaux, c'est que les éléments historiques n'avaient pas été évoqués du tout, comme si le texte "flottait" dans une dimension purement imaginaire.
Il est évident également que Michaux ne parle pas seulement de l'invasion de l'URSS, mais que son texte a une dimension mythique et symbolique universelle.
Mais cette dimension n'est accessible qu'en passant par le détour de l'événementiel. Idem pour le poème de Hugo.
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
FGuichard
J'avais écrit un commentaire, mais il ne s'affiche pas.
Tout à fait d'accord avec vous sur la paresse intellectuelle qui consiste à expliquer le texte par les données autobiographiques.
Ce qui m'avait étonné et un peu choqué pour le texte de Michaux, c'est le fait que le "référent" du texte n'était pas évoqué du tout, comme s'il "flottait" dans une dimension purement imaginaire.
Vous montrez bien à travers l'exemple du poème de Hugo que l'intérêt du texte ne réside ni dans une première lecture, qu'elle soit ignorante ou savante, ni dans l'analyse stylistique proprement dite, ni dans l'étude des sources, mais dans "l'écart" entre les données autobiographiques et l'explication attendue.
Le texte de Hugo, comme celui de Michaux ont une dimension mythique et symbolique, une portée universelle, mais cette dimension n'est pas accessible ni on réduit le texte aux éléments autobiographiques ou historiques. Mais elle n'est pas plus accessible si on fait l'impasse sur ces éléments.
La richesse du texte ne se révèle que si l'on déploie toutes les possibilités d'interprétation.
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
FGuichard dit :
.... tout texte de Char se réfère à la Résistance .....
Oui, pour certains . Aurait-il écrit les feuillets d'Hypnos, dans la plaine de Carpentras à siroter tranquillement une anisette à une terrasse ensoleillée, en compagnie de l'occupant ?
Non, pour moi, cette poésie est à l'image de sa vie clandestine dans le maquis, dans ce granit de Forcalquier. Elle trouve sa force, sa vigueur dans ce quotidien incertain .
L'auteur de Feuillets d'Hypnos affectionnait les mots de Nietzsche :
" J'ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. J'ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels"
Je me permets de vous livrer cet écrit des Feuillets :
"Toute l'autorité, la tactique et l'ingéniosité ne remplacent pas une parcelle de conviction au service de la vérité. "
C'est, je crois, ce qui vous anime .
Ecrit par : Patrick(instit) | 02 janvier 2007
"Toute l'autorité, la tactique et l'ingéniosité ne remplacent pas une parcelle de conviction au service de la vérité. "
Oui, c'est vrai, bien sûr... mais la conviction et la tactique sont inséparables...C'est quand la tactique a échoué que la conviction se révèle dans toute sa pureté (les Saint-Cyriens chargeant les chars allemands sabre au clair, Manouchian, Jean Moulin...)...Mais quand les convictions fléchissent, il ne reste plus rien.
Ce que je voulais dire à travers l'exemple du poème de Michaux, c'est exactement cela, le fait que l'enseignement des Lettres tend trop souvent à devenir un enseignement purement formel.
Mais FGuichard a raison de maintenir l'exigence formelle. C'est notre "devoir d'état". Comment relier l'exigence formelle, les interrogations existentielles et les exigences de l'éthique ?
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Il me semble que l'étude du texte de Michaux pourrait "avancer" de la façon suivante :
1°) Une lecture "spontanée" et une premièe interprétation
2°) le relevé des figures (gradations, hyperboles, oxymores),des isotopies (le jeu, la guerre), des épithètes renvoie à une interpétation contradictoire du texte, à une double lecture.
3°) Ce relevé permet cependant de dégager une trope dominante : l'ironie (en quoi consiste-t-elle ?). Faire le parallèle avec la scène de la guerre fraîche et joyeuse dans Le Candide de Voltaire.
4°) Repérage du "paratexte" : la date de composition (1942)
5°) Réinterprétation du texte : deux Etats totalitaires
6°) Elargissement : L'évocation symbolique d'un phénomène universel : les combats fratricides, le thème des rivaux, l'escalade, la violence originaire.
7°) Les "intentions cachées". Pourquoi n'y a -t-il ni vainqueur, ni vaincu ?
8°) Retour comparatif à l'interprétation spontanée. Pourquoi l'auteur a-t-il choisi cette forme (la parabole) et pas une autre ?
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Un trope et non une trope dominante
Ecrit par : Robin | 02 janvier 2007
Je signale aux visiteurs de ce blog un article insane d'un dénommé Nestor Romero, paru dans Libération et accessible par les "nouveautés" du site de "Sauver les lettres" (www.sauv.net): "Plus longtemps ensemble à l'école". Ce pauvre type, qui se dit "ancien enseignant" ( Tiens donc, pourquoi n'est-il pas resté au fournil et pourquoi se mêle-t-il alors de nous donner des conseils?), prétend cette chose hallucinante pour tout esprit normalement constitué que le travail des enseignants ne serait efficace que s'il est collectif. On est en plein délire idéologique et on voit bien la théorie qui se profile derrière: "Sus à la liberté pédagogique!" (c'est la même obsession que le super-intelligent Frackowiak). Car tout professeur qui a quelque peu enseigné et qui ne porte pas les lunettes en bois de l'idéologie sait au contraire qu'il n'y d'efficacité "que" dans la transmission des connaissances faite par "un" professeur devant "une" classe pendant le temps limité d'"un" cours. Le reste n'est que rêveries irresponsables. Bonne lecture, et armez-vous d'une bonne dose de dérision, ou de pitié, car ce monsieur Romero est plutôt à plaindre d'avoir l'esprit aussi faux - comme Meirieu, Goigoux, Frackowiak et leurs comparses.
Ecrit par : Jean | 02 janvier 2007
"La proposition vaut aujourd'hui plus que jamais. Il est urgent que le caractère collectif de la fonction enseignante soit affirmé par la loi, car ce mode d'intervention est la condition, non pas suffisante, mais absolument nécessaire, d'une véritable démocratisation de l'école. Démocratisation dont ne veulent pas certains «instructeurs» qui se disent républicains, sauveurs des belles lettres et du b.a.-ba, mais dont je sais bien que d'autres sont prêts à y travailler... collectivement", écrit Nestor Roméro.
On déduit donc de cette puissante réflexion :
- que le travail individuel du professeur est antidémocratique,
- que ceux qui veulent travailler collectivement ne pourront le faire que si une loi les oblige (très démocratiquement) à travailler collectivement.
Ecrit par : Candide | 02 janvier 2007
""De là à voter pour un homme éminemment dangereux pour toutes les libertés, comme peut l'être Sarko"'
J'en déduis qu'entre Sarko et Frackowiak, cher JPB, entre le Hongrois et le Polonais, vous vous trouvez placé entre la peste et le choléra, ou comme on dit chez nous "between a rock and a hard place".
Position intenable dont vous pouvez cependant sortir, par le haut, et la tête haute, sans pour autant vous renier, puisque comme le disait le cardinal de Retz, il faut parfois changer de parti pour ne pas avoir à changer de conviction.
Ou encore, comme l'affirmait plus près de nous le Jurassien de choc de la IVeme : ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent.
À propos des divagations de Meireu, Denis Kambouchner en a fait une étude rigoureuse dans "Une école contre l'autre"(PUF, 2000,) et souligne sa logique binaire, ancrée dans le paradigme du soupçon.( p. 232)
M. diabolise l'enseignement traditionnel pour justifier son remplacement par ses "innovations" tordues" mais il a réinventé la machine à courber les bananes car Hannah Arendt les qualifiait déjà de "failed theories" en 1953, et Alain sitigmatisait lui aussi 20 ans plus tôt celles de Jean ZAY qui reprenait celles de John Dewey revues et corrigées par son âme damnée Kirkpatrick.. Nihil novi... Meirieu réinvente Émile en se prennant pour Jean-Jacques, dans un substrat doucereux de fausse empathie..Il se prend aussi pour le preu chevalier qui va redorer le blason des enseignants mais comme toutes ces élucubrations ( et celles de la secte bourdivine) les ont rendus de moins en moins savants, il va leur forger les outils pédagogiques qui masqueront l'ignorance de la discipline enseignée, car ils ne nécessitent aucun savoir particulier. L'égalitarisme qui est on le sait le pire créateur d'inégalités est le moteur de sa démarche...Au secours! Condorcet! reviens!
Pour la petite histoire, j'avais gardé l'enregistrement de votre passage chez Françoise Laborde et l'ai fait regarder ce matin à ma dernière fille ( qui est en Terminale). Sachez que vous avez désormais rejoint Coluche dans son panthéon personnel, vous le moustachu qui traitez d' "enfoirés" ceux qui pensent que Redeker n'a que ce qu'il mérite. Je vois la liberté bien plus en danger avec ceux-là qu'avec Sarko.
Ecrit par : Danièle | 02 janvier 2007
Vous avez dit "Demain, dès l'aube…"
Je serais parti de la date indiquée au bas du poème (3 septembre 1847 — veille de la date anniversaire de la noyade de Léopoldine avec son mari). Comme partout dans les Contemplations, Hugo indique la date de l'événement, et non celle de la composition (en fait, le 3 octobre). Si bien que le "demain" renvoie, chronologiquement, au mois précédent. Si vous ajoutez ce fait au simple repérage pronominal (un "tu" dans la première strophe, qui ressemble effectivement au "tu" d'une femme aimée, un "ta" dans la dernière, pour qualifier "tombe" et renverser la fausse / vraie situation initiale) qui met démesurément l'accent sur le Je — ce "Je énorme de Hugo, seul en scène dans toute le seconde strophe —, vous finissez par conclure, en première analyse, qu'il se construit un monument personnel — bref, qu'il prend la pose définitive, celle après laquelle il courait depuis longtemps : ça préfigure — de peu — son passage au républicanisme en 48. Reliez ça à l'obsession de célébrité bourgeoise dénoncée en son temps par Lafargue dans un pamphlet célèbre, additionnez la phrase célèbre de la Préface (postérieure) des Contemplations ("Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d'un mort"), et vous pouvez émettre l'hypothèse que cette "tombe" du dernier vers est celle du Hugo royaliste (et même ultra) des années 20, ou du Hugo orléaniste des années 30-40 — bref, que le "ta" de l'avant-dernier vers renvoie au Je — ce Je qui phagocyte si volontiers tous les "tu" de la terre, à commencer par celles qu'il a aimées (et elles furent nombreuses…).
Je ne suis pas fanatique des explications effectivement lagardemichesques qui passent par le "tout historique". Char n'a pas écrit pendant la guerre parce qu'il faisait la guerre — parce que c'est une activité incompatible avec la poésie qui, fiurez-vous, a un peu tendance à parler de poésie : voir le Déshonneur des poètes, paru au Mexique en 45, où Benjamin Péret s'oppose — assez violemment : ceux qui aiment le style pamphlet peuvent s'y retrouver… — aux "poètes engagés" de service, Aragon et Eluard en tête, et en profite pour finir de régler les comptes en suspens du surréalisme. Bref, j'ai une petite tendance personnelle (ma tendance égotiste, sans doute) à faire de la plupart des textes des monuments de l'Ego. "Grâce à l'exorbitance de mes années, mon monument est achevé", dit Châteaubriand pour célébrer la fin des Mémoires d'outre-tombe. Il faudrait ensevelir les poètes sous des tombes de papier imprimé, et non sous quelque "calme bloc chu d'un désastre obscur", comme le malheureux Edgar (Poe).
Danièle, j'ai eu le privilège d'interviewer Edgar (Faure…) sur France-Culture lors de la sortie du premier tome de ses Mémoires auxquelles vous faites fort justement allusion. Et, par contrecoup, de lui prendre un peu d'argent au tarot, chez lui… Bien sûr que le vent tourne — mais je ne suis pas mûr pour "m'en aller au vent mauvais pareil à la feuille morte"…
Pour le moment je sais pour qui il ne faut pas voter. Si tous les Fançais, ou même tous les visiteurs de ce blog en étaient là, je serais moins inquiet.
Je signalais l'article du sieur Romero dans "la loi de Murphy", ici même, il y a trois semaines… Je renvoie Candide à mon commentaire.
Bonne journée à toutes et à tous…
JPB
Ecrit par : brighelli | 03 janvier 2007
A quelle date exacte signaliez-vous le texte de Romero? Je ne le retrouve pas. Merci à vous et meilleurs Voeux pour la Nouvelle Année.
Ecrit par : Jean | 03 janvier 2007
Je signalais l'article de Romero dans le corps même de la ote intitulée "Loi de Murphy"…
Autre chose, de plus urgent.
En date du 30 décembre "Frédérique" nous rapportait l'anecdote suivante :
"A propos d'IUFM et de grammaire, un professeur stagiaire IUFM d'O..............(je ne cite pas la ville pour ne pas lui porter plus préjudice), s'est vu gratifié d'un "avertissement disciplinaire" (dont beaucoup d'autres stagiaires ont découvert avec surprise l'existence!!!) pour avoir osé dire à haute voix que l'enseignement de la grammaire était très important et ne devait pas être négligé comme il était actuellement. Le malheureux n'a pas pu se retenir plus de trois mois!
Gageons qu'il va certainement bénéficier d'une année supplémentaire de rééducation et de "bourrage de crâne"pour lui apprendre "le bien penser et le bien enseigner"de l'IUFM comme au "bon vieux temps" de l'ère Mao."
Si elle est encore parmi nous, est-ce que Frédérique pourrait me donne rles coordonnée sprécises du malheureux, et l'identification de l'IUFM — bref, tout ce qui pourrait permettre de rectifier éventuellement le tir ?
M'adresser tout courrier à
jcg.editeur@wanadoo.fr
qui transmettra…
Merci d'avance, pour eux et pour nous…
JPB
Ecrit par : brighelli | 03 janvier 2007
Merci, Jean-Paul, pour votre indication. Je l'avais lu, mais, "on lit tant de choses intéressantes sur ce blog" - pour pasticher notre excellent Sibille...
A propos du stagiaire trop honnête dont il est question ci-dessus, est-ce qu'un recours direct auprès de Gilles de Robien, en "courrier personnel", ne serait pas une solution possible, compte-tenu de la prise de position du ministre lui-même en faveur de la grammaire? Ou auprès du président du HCE, lequel Haut Conseil a recommandé l'étude systématique de ladite? Ou en passant par le député dudit stagiaire (pas s'il est socialiste, évidemment) ?
Ecrit par : Jean | 03 janvier 2007
Toutes les options sont possibles et ouvertes, mais il me faut davantage de renseignements de la part de "Frédérique". Vous savez, ce blog est lu par toutes sortes de gens…
JPB
Ecrit par : brighelli | 03 janvier 2007
P.S. (c'est drôle, je n'aime pas beaucoup ces initiales!)
J'ai connu le cas, dans mon collège, l'an dernier, d'un stagiaire de Lettres, fils d'enseignant, passionné par son métier, d'une sensibilité et d'une culture exquises, musicien aussi, qui s'est vu signifier son admission au redoublement ( par grâce royale...!) pour avoir eu des paroles et des attitudes qui avaient fait froncer les sourcils aux caciques de l'IUFM local. Seul un événement familial grave survenu en fin d'année l'avait empêché de déployer tous les recours possibles et impossibles. Si le professeur stagiaire en question est agrégé, qu'il s'adresse séance tenante au président de la Société des agrégés, Jean-Michel Léost, agrégé des Lettres - 01 46 33 00 79 ) ( et même s'il ne l'est pas...).
Ecrit par : Jean | 03 janvier 2007
Bonjour
J'arrive en nouvelle sur ce blog et j'ai vu qu'on y trouvait des Mousquetaires. J'ajoute donc un personnage à la galerie. Certes, Milady n'est pas le personnage féminin le plus appréciable. Mais Clémence était trop douce et Anne trop lointaine. Alors, allons à Milady. Elle est fourbe, certes, mais je le suis aussi -
Preuve, je trahis ici le sein qui me nourrit - et je vous renvoie tous au site de Madame Charmeux, qui donne candidement sa biographie à lire.
L'extrait qui m'amuse le plus est celui-ci: "J'ai donc toujours été formateur d'enseignants : professeur d'école normale, d'abord à Amiens où je suis restée quinze ans, puis à Toulouse où je réside depuis maintenant 35 ans. Avec la disparition des Ecoles Normales et l'installation des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (les IUFM), je suis devenue formateur d'IUFM, puis, l'âge étant là, je suis maintenant, comme on dit,
" professeur honoraire "; et je me consacre toujours au militantisme pédagogique et à l'écriture. "
J'avoue trouver amusant qu'une dame n'ayant jamais enseigné à des enfants ( du moins à ce qu'il paraît dans sa bio ) s'emploie une vie durant à expliquer comment il faut le faire.
Curieuse science que celle qui n'admet que la théorie et bannit l'expérience...
Elle parle de retour en arrière de plus de cent ans si on abandonne sa doxa.
De fait, elle et les siens sont revenus prestement en arrière de plus de 400 ans, et sont repartis vers les délices des âges pré-scientifiques.
Finalement, un retour en arrière de 100 ans nous ferait tout de même avancer vers la modernité, d'un joyeux bond de plus de 300 années!
On lit itou sur son site qu'enseigner est un acte politique - ce qui est exact.
Mais cela autorise du coup ses féaux à plaider pour des actes politisés dans l'école, tels que la réforme de facto de l'orthographe et de la langue.
C'est la thèse de ceux qui plaident pour une réforme de l'orthographe, et qui, sans rire, vous affirment que le futur n'est plus employé.
( ici, quelques uns que je rencontre ailleurs m'auront reconnue je pense! Bonjour V26, Simplinstit, D'Enguell .. qui d'autre ? )
Les pédagogistes ont donc, de façon assumée, une vision politique de l'enseignement - et se passent fort bien de l'assentiment du reste de la société pour mettre cette politique en oeuvre.
C'est là qu'ils sont, à mon sens, le plus critiquables.
---------- j'ai lu sur ce site quelques "sorties" auxquelles je me permets d'ajouter mon grain de sel.
En vrac:
Un monsieur affirme qu'il connaît des enseignants-type-Royal, ceux qui refusent les cours de soutien dans le public et se jettent, les sournois, dans les bras d'Acadomia.
Ce ne peuvent être des professeurs de mathématiques. Sachant qu'en donnant une heure de cours niveau collège chez Acadomia rapporte au prof 10 euros et la même donnée dans le public lui en octroie 36, il serait bien sot ( ou très politisé ? ! ) d'aller chez Acadomia.
La vérité est plus simple : 1 - il y a des cours de soutien donnés à tous les élèves de 6° , en français et en maths.
2 - il est presque impossible d'obtenir d'autres heures de soutien dans le public. Les demandes sont refusées par l'administration
3 - malheureusement pour les grincheux, un professeur n'est par contrat lié que 10 mois à l'EN, et dispose donc du temps de travail de deux mois pleins pour gagner de l'argent à sa convenance ( restant dans les limites de la sphère éducative )
Les Iufm sont pleins de 'vieilles biques rétrogrades' - l'amusant c'est que les vieilles biques rétrogrades sont les élèves ( futurs professeurs donc ) et que ceux qui le disent sont leurs professeurs.
Il y a donc une résistance de facto aux pédagogies nouvelles.
Des élèves s'étonnent de l'orthographe de leurs professeurs: il est à croire que plus on est jeune, plus on est rétrograde!
( ce qui explique l'insuccès frappant de tous les cours façon nouvelle pédagogie - je n'ai jamais vu un élève aimer les travaux de groupe, ni 'apprendre de ses camarades'... Par contre, trois ans après, ils viennent encore vous dire qu'ils aimaient bien le côté 'carré' de vos cours... )
Et le reste à l'avenant!
Bonne journée à tous et meilleurs voeux!
Ecrit par : Milady | 03 janvier 2007
C'est la thèse de ceux qui plaident pour une réforme de l'orthographe, et qui, sans rire, vous affirment que le futur n'est plus employé.
NO FUTUR !
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
C'est la thèse de ceux qui plaident pour une réforme de l'orthographe, et qui, sans rire, vous affirment que le futur n'est plus employé.
C'est ce que dit aussi Jack Lang du passé simple. S'il n'y a plus ni passé (le passé composé n'est pas vraiment un temps du passé et l'imparfait ne fait pas avancer les choses)...Et s'il n'y a pas non plus de futur, il ne reste plus que le présent...Et ça n'est pas un cadeau !
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
Bonjour Milady!
Oh oui comme c'est vrai ce que tu dis... les élèves s'amusent beaucoup si on les fait travailler en groupe, s'amusent...mais ne travaillent pas! et oui, ils aiment les cours carrés, qui les rassurent, où ils savent ce qu'il faut faire et revoir.....
Ecrit par : Nath | 03 janvier 2007
C'est la thèse de ceux qui plaident pour une réforme de l'orthographe, et qui, sans rire, vous affirment que le futur n'est plus employé.
Cé promi...
"Je n'regarde ni l'or du soir ki tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et, kan j'arrive, j'mets sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur."
...A d'tal'heur!
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
Monsieur Brighelli,
Dans votre livre " la fabrique du crétin " , vous citez Arthur Rimbaud, plusieurs fois ..
je vous recommande ce site :
http://www.mag4.net/Rimbaud/
bien cordialement
philippe magdelenat
Ecrit par : Magdelenat | 03 janvier 2007
" Oh oui comme c'est vrai ce que tu dis... les élèves s'amusent beaucoup si on les fait travailler en groupe, s'amusent...mais ne travaillent pas! Ecrit par : Nath"
Si encore, ils s'amusent, c'est un moindre mal... En maternelle, ou en primaire, ils se chamailleraient plutôt ou même ils se battraient, pour tout, pour rien, pour celui qui tient la feuille, celui qui distribue les feutres, celui qui écrit, celui qui a gribouillé ou bousculé. Les "individus incomparables" ont horreur de se retrouver dans une situation où l'on est obligé de se confronter à l'autre.
" C'est la thèse de ceux qui plaident pour une réforme de l'orthographe, et qui, sans rire, vous affirment que le futur n'est plus employé. Ecrit par : Milady "
Ce qui est d'autant plus incompréhensible que le futur proche, très à l'honneur dans les manuels des années 80/90 a totalement disparu depuis... D'autre part, l'étude du futur simple commence(rait) au CE2 (début du cycle des approfondissements) mais est repoussé au troisième trimestre ainsi que les autres temps étudiés en élémentaire (imparfait, passé composé, passé simple et présent de l'impératif), les deux premiers trimestres étant "consacrés à l'étude" du présent de l'indicatif et "toutes" (ou presque) ses irrégularités (à raison d'une séance de conjugaison toutes les deux à trois semaines !!!).
Quand je vous dis qu'il faudrait quand même remettre un peu d'ordre dans les programmes officiels et ne pas attendre que "La liberté pédagogique, ce doit être la possibilité d’aller plus vite ou plus lentement que les programmes — ou différemment", c'est dangereux pour l' "égalité des chances", je sais de quoi je parle...
(Milady, je vous avais reconnue avant l'épisode du futur...)
Ecrit par : catmano | 03 janvier 2007
"Les deux garçons (Jean-Nicolas Arthur et son frère) fréquentent d'abord l'Insitut Rossat, puis, à partir de 1865, le collège de Charleville où Arthur va rencontrer Ernest Delahaye, celui qui restera son plus fidèle ami. Elève brillant, il accumule les prix, notamment en rhétorique. A 13 ans, il envoie en cachette un hommage au prince impérial qui vient de faire sa première communion. C'est en latin qu'il fait ses premiers vers : il remporte d'ailleurs en 1869 , le premier prix du concours académique pour Ver erat, l'Ange et l'Enfant et Jugurtha."
Magnifique, vraiment, le site consacré à Arthur Rimbaud. Il a "nié l'héritage", c'est vrai, mais il n'a pu le faire que parce qu'il l'avait reçu. Vous le voyez vous, l'auteur du Bateau ivre, apprendre à lire avec la méthode globale, faire de l'ORL et travailler en groupe ?
Signalons à l'attention de Madame Charmeux que les livres de grammaire (grammaire française et latine) en vigueur dans les collèges de l'époque était "les vieux manuels" de Lhomond, hérités de la Logique de Port-Royal, et pas encore le sien que Condorcet et l'abbé Grégoire n'auraient évidemment pas manqué de choisir, comme elle le suggère, si elle avait vécu à cette époque-là.
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
Je réponds peit à petit à ce que je trouve ici.
"à l'argument de la préparation des cours je crois que les enseignants devraient plutôt y substituer qu'1h de cours à une classe de trentre gamins est aussi stressante et demande une aussi grande attention qu'1h de pilotage car pour notre sécurité on ne conteste pas le fait que les pilotes où les conducteurs de Tgv ne fassent pas 35h mais ce qu'ils font les vaut et les enseignants qui ont 17h de cours les font rien quand présence , car même si je ne suis pas enseignante pour mais l'avoir été très sporadiquement je sais combien une heure de cours peut être épuisante devant certaines classes...
bonne journée
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 21 novembre 2006
Une heure de cours égale une heure de stress, ... d'investissement complet, oui.
Mais surtout, je trouve étonnant que personne ne remarque qu'une heure de cours dans les classes que nous avons ( hétérogènes à souhait ) demande une préparation infernale!
Plus les classes sont faibles, plus le travail préparatoire est important. Au cas où on s'aviserait de ne pas assez préparer les heures, les élèves se chargeraient, effectivement, de faire passer un moment plus que stressant!
S'il s'agit d'une simple question d'argumentation ( où il faut savoir être vil et surtout savoir parler la langue de son ennemi ) je ne crois pas que la fatigue et l'attention soient des arguments assez pertinents.
Avant d'entrer dans une classe, personne n'a idée de ce que cela peut être - pour le vulgus pecus, il ne s'agit que de parler à des enfants tétanisés ( par quoi? ) et leur lire des photocopies...
-Catmano, comment m'avez-vous repérée????
J'avoue avoir été fatiguée du régime de censure qui règne sur l'autre forum. Forum tenus pour l'essentiel par des pédagogues modernes, dont l'autisme est intéressant.
Ecrit par : Milady | 03 janvier 2007
J'ai des questions sottes concernant ce blog:
comment fait-on pour corriger après relecture?
comment fait-on pour commenter un propos directement?
Catmano, sous quel autre nom vous ai-je rencontré(e) ????
Ecrit par : Milady | 03 janvier 2007
Milady
Il faut corriger directement dans le rectangle où vous écrivez; on ne peut rien faire dans la partie "aperçu". Pour commenter un propos dircetement, il faut sélectionner ce qu'a écrit le ou la camarade et faire un copier/coller
Avec tous mes respectueux hommages.
Athos
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
"-Catmano, comment m'avez-vous repérée???? ", le style sans doute (et le site de Mme Charmeux)...
"Catmano, sous quel autre nom vous ai-je rencontré(e) ????" Les paris sont ouverts, par message privé SVP, je tiens à mon anonymat... Les trompettes de la renommée sont vraiment trop mal embouchées.
Ecrit par : catmano | 03 janvier 2007
Bonjour,
C'est via le Monde que j'arrive ici. Et j'avoue que l'air m'y semble sain. J'ai, par une sorte d'exaltation candide, tenté de participer à quelques discussions à propos d'éducation avec les "désireux d'avenir". Les bonnes intentions y étant trop souvent confondues avec les argumentations, les vessies y étant prises pour des lanternes... je me suis fatigué.
Fatigants, aussi les prêches des commissaires politiques ; stupéfiantes, les remontrances de ceux qui trouvent que le niveau des débats n'est pas à leur hauteur ; pénibles encore ceux qui pensent que leur foi et leur amour pour leur idole suffiront à éclairer l'avenir.
Curieuse cette ambiance.
Je vous découvre, un peu tard, j'avoue, mais on respire ici, un air vif, un air des cimes. Cela fait du bien.
Bonne année, continuez, merci.
Ecrit par : Protagoras | 03 janvier 2007
Il est vrai que, comme le disait Claude THELOT, "on ne sait pas ce qui se passe dans les classes".
"The wrong man in the wrong place !"
Ce Monsieur Thélot est un polytechnicien qui a fait carrière à l'Education nationale en trafiquant les statistiques pour prouver que le niveau montait. Dommage qu'ils ne l'aient pas employé à la météo en Asie du Sud-Est. Ca n'aurait pas empêché le tsunami, mais on aurait pu évacuer les gens à temps...Non, je rêve, des gens comme lui s'obstinent toujours à nier la réalité. Il aurait prouvé, statistiques à l'appui qu'il n'y avait aucun risque et que "le niveau baissait".
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
Il est vrai que, comme le disait Claude THELOT, "on ne sait pas ce qui se passe dans les classes".
Ca pour sûr, mais ça ne l'a pas empêché de faire des statistiques.
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
A propos de statistiques, il n'aura échappé à personne qu'au moment du scandale suscité par l'enquête du journal Le Point sur la violence dans les établissements scolaires qu'un certain nombre d'établissements ne faisaient pas remonter les leurs, raison pour laquelle les "chefs d'établissements scrupuleux" ont protesté à juste titre. Je sais pourquoi les autres ne l'ont pas fait, mais je ne peux pas l'écrire noir sur blanc sur ce blog tant que je ne suis pas à la retraite (JPB dit qu'on est surveillés !)...Ah ! Si les gens savaient tout, ils noieraient les statisticiens sous leurs statistiques...Mais alors, gare au tsunami !
Ecrit par : Robin | 03 janvier 2007
en vadrouille sur le net sur les conseils d'une amie suisse:
http://www.languefrancaise.net/news/index.php?id_news=263
très intéressant n'est-ce pas?
Ecrit par : alex | 03 janvier 2007
http://laprofdelettresencolere.hautetfort.com/
La notation (superficiel car je suis une mauvaise prof : matt)
Je crois que je ne peux plus être prof ! Il me reste encore 6 mois à tenir et non, je ne peux plus corriger les copies ! Elles sont trop mauvaises. Je répète : je n'en veux pas aux élèves ! Non, non et non ! Ceux qui viennent ici et qui pensent : si les élèves sont nuls c'est à cause d'elle, vous devriez réfléchir un peu ! Ceux qui viennent ici qui pensent : qu'est-ce qu'elle parle mal cette prof de français, vous devriez réfléchir un peu ! Ceux qui viennent ici et qui se reconnaissent : exprimez-vous pour qu'enfin je réalise que je ne suis pas une créature hors du commun, une créature débile, insensée, cinglée qui pète les plombs !
En salle des profs, j'en ai assez d'afficher un sourire bright pour faire croire que tout va bien. J'en ai assez de préparer le café pour mes collègues. Le prof d'allemand pue de la gueule ; la prof d'anglais m'emmerde avec ses histoires d'enfants ; les autres profs de lettres me fatiguent à croire que tout va bien. Je finis par croire que tous sont aveugles. Il y a encore des profs qui mettent des 18 à des copies qui ne valent objectivement même pas un point ! J'ai des souvenirs d'élèves, bien sûr et je sais qu'une mauvaise note me gâchait la semaine, l'année, me mettait en rogne contre le prof, etc. Mais je ne peux décidément pas me résoudre à mentir aux élèves en gonflant leurs notes !
Le problème c'est que quand on a une moyenne de classe extrêmement basse, on se fait taper sur les doigts par l'inspecteur... L'inspecteur, le prof en mal de reconnaissance, veut absolument que les enseignants adoptent la pédagogie par la motivation donc il veut qu'on augmente les notes au maximum : c'est plus un point pour le soin maintenant, c'est presque la moitié de la note (!!!), pis tiens, l'élève sort une copie-double allez, c'est bien, tu fais l'effort de sortir une copie, hop, 15 points ! Il ne lui reste plus qu'à écrire deux phrases et c'est bon, il décroche le sésame ! C'est du n'importe quoi !
Je continue à mettre de mauvaises notes jusqu'à ma prochaine inspection... eh oui, je ne vais quand même pas m'amuser à tout mettre en oeuvre pour être sanctionnée. J'ai donc 4 ans devant moi, tranquille à faire à peu près ce que je veux. Par contre, je ne peux pas faire ce que je veux vraiment niveau contenu des cours : je donnerais bien des cours de grammaire à mes élèves mais on a tellement peu d'heures que si je le fais, je les handicape pour les épreuves du bac qui ne consistent aucunement à maîtriser la grammaire ! Alors, je n'ai pas le choix : je fais lire des "extraits" (si on peut appeler ça des extraits... s'il y a 15 phrases, c'est magnifique...) et on recherche champs lexicaux qui ne sont souvent pas représentatifs, figures de style (les élèves ne sont toujours pas capables de faire la différence entre métaphore et comparaison pour la simple et bonne raison qu'ils s'en fichent et que personne ne les oblige à apprendre et que moi, je n'ai aucune autorité, car je suis seule contre eux... ils sont défendus par leurs parents [qui ne comprennent rien à l'intérêt de l'école], la vie scolaire [les surveillants sont leurs copains] et l'administration [dans la mesure où son personnel n'est jamais dispo !]).
Je vous ferai part des résultats des devoirs que je corrige actuellement dans la prochaine note...
Ecrit par : Guillaume | 03 janvier 2007
Plus que les pédagogos, que vous attaquez de manière quelque peu manichéenne parfois, et qui ne seront jamais que des valets, c'est la mainmise de Bercy sur l'école qui me semble être l’une des causes principales de la situation actuelle : il suffit, pour s’en convaincre, de lire l’audit sur la grille horaire des collèges.
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000774/0000.pdf
Il est significatif que ledit audit soit l’œuvre de deux inspecteurs des FINANCES, d’un inspecteur de l’administration de l’Education Nationale, et d’un seul pauvre inspecteur de l’Education Nationale.
Si l’on peut supposer qu’un inspecteur des finances sait compter des sous, est-il pour autant compétent en matière d’éducation et d’enseignement ? Qui est-il, pour donner son avis sur la grille horaire des enseignements au collège ? Il est vrai que l’on parle moins, désormais, de l’intérêt des élèves que de la « performance budgétaire des établissements »…
Un petit extrait pour apprécier la poésie de ce document :
« Proposition n°4 : Retenir des indicateurs de progrès sur lesquels l’effort des collèges devrait porter en
priorité :
- Indicateur de valeur ajoutée (existe dans certaines académies comme Toulouse pour le
collège, et pour l’ensemble des lycées), calculé comme la différence entre les taux attendus
et observés de réussite scolaire.
- Indicateur de fluidité des parcours : 2% de redoublement par niveau au maximum.
- Indicateurs de qualité : taux de sortie sans acquisition des compétences de base en français et
en mathématiques.
- Taux de passage au niveau supérieur un an après la sortie du collège.
- A l’échelle académique, on pourrait suivre le taux d’évitement de la carte scolaire, mais
aussi l’absentéisme des élèves, etc.
Proposition n°5 : Libérer 20% des moyens horaires pour les affecter à la réalisation des objectifs de
progrès des collèges.
Proposition n°6 : Utiliser la possibilité offerte par l’article 34 de la loi d’orientation de réaliser des
expérimentations pour permettre aux établissements de réaliser les objectifs de leur plan annuel de
performance. »
Ecrit par : Candide | 03 janvier 2007
Candide, la Société des agrégés a publié un communiqué de presse musclé contre ces deux rapports d'audit dès le lendemain de leur parution.
En réalité, derrière ces audits, il y a l'Europe, et l'exigence européenne de réduire le coût des dépenses d'éducation. On pourrait imaginer bien sûr que le gouvernement français ne courbe pas l'échine et exige la faculté de préserver la spécificité de notre système éducatif, mais ça...
Cela dit, bien avant l'Europe, et parallèlement



