« IUFM mon amour | Page d'accueil | La reine est nue »
04 novembre 2006
Cher Roger...
Roger Monjo, philosophe (de formation) dévoyé dans les sciences de l'éducation, enseigne entre autres à l'IUFM de Nîmes. De temps à autre, et en dehors de sliens d'amitié qui nous rapprochent, il m'adresse sur son site des reproches forcément infondés, auxquels je répond de mon mieux.
Sa dernière salve est à la fois une analyse de mon dernier ouvrage — un peu superficielle, à mon goût —, et une critique de l'ensemble de mes propositions. Le lecteur la trouvera sur http://recherche.univ-montp3.fr/cerfee/article.php3?id_article=400
J'ai répondu à cette charge semi-amicale. Comme je préfère que rien ne se perde, je donne ci-dessous cette réponse — à laquelle lui-même renverra sur son site : ainsi espérons-nous établir une circularité qui, paradoxalement, pourrait faire avancer la réflexion…
Bonne lecture à tous, et pardon pour ceux qui arrivent ici pressés : ces deux lettres ouvertes prennent presque autant de temps au lecteur qu'elles en ont pris aux rédacteurs…
JP Brighelli
Cher (mais si, mais si !) Roger,
Ta lettre m’a fait une impression bizarre : j’ai dans l’idée que, plus que moi, c’est toi-même que tu tentes de convaincre. Tu voudrais enfoncer le clou — mais c’est ta paume que tu crucifies.
Comme si tu n’étais pas bien sûr de la validité de tes objections, et, encore moins, de la qualité de tes suggestions : ce n’est pas pour rien que tu les noies sous les chiffres, auxquels on a toujours fait dire ce que l’on veut. En fait, que ce soit par lettre ou en public, il faut toujours être convaincu pour être tout à fait convaincant.
Et convaincant, tu ne l’es pas — cela soit dit en toute amitié. Nous sommes à quelques mois d’une échéance électorale qui, si elle n’est pas primordiale sur le plan économique (tu sais comme moi que les arbitrages, en ce moment, se font davantage à Wall Street ou à Shanghai qu’à l’Elysée), sera déterminante sur le plan intérieur — dans cette proximité que constituent l’Ecole, la Justice, la sécurité, etc. Au fond, aux deux sphères traditionnelles dont je tente la dissociation dans mon dernier opus (Une école sous influence, ou Tartuffe-roi), il faudrait rajouter une troisième, celle des intérêts internationaux — et articuler les effets croisés de ces trois domaines hétéroclites. Il y a un prix Nobel à la clé pour celui qui analysera ce fonctionnement — le moment où le laisser-faire pédagogique (second cercle), en se combinant avec l’obscurantisme jusqu’auboutiste (niveau religieux : première sphère), sert, sans même y avoir pensé, les intérêts du capitalisme en phase mondialiste — troisième cercle.
L’Enfer, comme aurait dit Dante, est au centre de cette combinaison létale.
Nous voici donc au cœur du problème. Ce que j’appellerais Démocratie vs République vs Capitalisme international.
Rappel des faits. À une sphère privée (famille, traditions, origines, cultes ou préférences sexuelles) s’oppose une sphère publique (celle de la Cité au sens grec du terme : un langage, une culture, des habitudes politiques, et l’ensemble des corps constitués — à commencer par l’école ou la Justice — ou la Santé). Quant à la troisième sphère que j’évoquais à l’instant, elle est celle des intérêts supra-nationaux, des stratégies de conquête, économique ou militaire — elle est celle de la mondialisation, que ce soit la mondialisation des échanges ou celle des menaces.
L’Ecole appartient donc à la seconde sphère. Elle n’a pas à laisser y entrer ce qui ressort du premier cercle (c’était déjà l’opinion de Jean Zay avant-guerre, comme tu le sais), sous peine de s’assujettir aux intérêts exogènes de la troisième sphère. Ou, si tu préfères, donner la parole aux élèves (loi Jospin, article 10) sur des sujets personnels, des croyances ou des superstitions familiales ou ethniques, c’est détruire les Savoirs que doit promouvoir la sphère scolaire, en leur jetant à la figure la concurrence de pseudo-savoirs. Et c’est, à terme, jeter les malheureux, parfaitement désarmés, entre les griffes d’un système économique qui se soucie peu de l’individu, et le préfère inculte que revendicatif.
C’est si vrai que dans un roman tout récent, que je ne peux que conseiller aux âmes sensibles et naïves (Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, Seuil, octobre 2006), Thierry Jonquet rappelle que dans la Social-démocratie allemande (1871), Marx et Engels évoquaient déjà cette « racaille » (Das Gesindel, pour les puristes — le mot n’a pas été inventé par Nicolas Sarkozy…), « cette lie d’individus déchus de toutes les classes » — la future base des Sections d’assaut hitlériennes. Les émeutes de novembre 2005, qu’il serait naïf d’imputer à des menées islamistes subversives (ils ont au contraire tout fait pour désamorcer la colère des banlieues) ne sont que le prurit de ces zones de non-droit, ces ghettos dans lesquels on a cru à tout jamais enfermer les problèmes — comme le dénonçait déjà Jean-Claude Michéa dans l’Enseignement de l’ignorance, en 1998.
Et au cœur des ghettos sociaux se sont développés ces ghettos scolairs qui coïncident trop souvent avec les Zones d’Exclusion Programmée (en français, ZEP
J’avais déjà dénoncé ce mécanisme dans la Fabrique du crétin, en montrant que nous avons, au fond, l’école que mérite un certain état de la France. Le plus farce, c’est que ce sont des enseignants globalement de gauche qui se sont rendus objectivement complices de cette reddition à l’ennemi de classe.
Comment ?
Il y a dans l’existence d’une nation des dates-phares. Le 14 juillet 1789, 1936 et les congés payés, 1945 et le vote des femmes — il était temps… Et des dates d’apocalypse — août 14, le 17 juillet 42 et le rafle du Vel d’Hiv’, et 1989 — loi Jospin.
J’exagère ? Pas même.
Je vais reprendre quelques-uns de tes arguments, en tentant de démonter le mécanisme pervers qui, sous l’apparence d’une parfaite Raison, a fait dériver le système scolaire vers ce que nous connaissons aujourd’hui — et sur l’état duquel nous sommes à peu près tous d’accord. Pour tous, l’école va mal. Certains affirmeront que c’est parce que les « nostalgiques » de ma génération ne sont pas encore tous à la retraite — mais ça ne saurait tarder1. D’autres parce que les plus opportunistes — ou les plus demeurés — des enfants du baby-boom ont trahi la cause même de l’école.
« 80% d’une classe d’âge au niveau du Bac », dit un jour Chevènement. Des pédadémagogues en firent « 80% d’une classe d’âge au Bac ». Pas plus tard que le mois dernier, à la FNAC de Lyon où j’étais en débat avec lui, Philippe Meirieu annonça qu’il rêvait de 100% au Bac — « pourquoi pas 110 ? » demanda un loustic dans la salle, pourtant peuplée des créatures de l’IUFM voisin, venues applaudir leur ex-patron.
Surenchère dans la médiocrité — un Bac accordé au plus grand nombre voit son niveau réel baisser automatiquement, qu’on entende par là niveau des bacheliers ou valeur de l’examen — et, plus grave, creusement des inégalités.
Et c’est bien le cœur de ce que je peux reprocher à tes amis2 : la sacro-sainte « égalité des chances », ce slogan creux ânonné par des crétins de droite et de gauche (mais surtout de gauche), a fabriqué en trente ans plus d’inégalités que jamais l’élitisme n’en engendra. Bien sûr, il y a des causes extérieures à l’école, trente ans de crise, une internationalisation du capitalisme que personne n’a, en France, clairement analysée, et une dérive de l’immigration. Mais l’Ecole aurait dû être, justement, le pilier d’une reconquête sociale. Elle a, au contraire, été au service des « casseurs » de la République.
« Au niveau du Bac », c’était valoriser, dans la pensée du « Che » de Belfort, toutes ces formations qui, des CFA aux Compagnons du Devoir, pouvaient être créatrices d’emploi — et que le slogan imbécile de « 80% au Bac » a détraquées par anticipation. C’était dire que le « niveau » ne signifiait pas l’examen, mais une dignité équivalente. « 80% au Bac », c’est créer cet engorgement si sensible en universités, c’est surtout dévaloriser le premier des diplômes du Supérieur, et, à terme, l’ensemble de ce qui suit. Tu notes toi-même que Marie Duru-Bellat et François Dubet, qui sont loin, très loin d’épouser mes thèses, jugent sévèrement un système universitaire qui produit des titres qui ne valent rien — ou pas grand-chose — sur le marché du travail. Parce qu’en définitive, et je suis un peu confus d’avoir à te le rappeler, ce n’est pas l’université, ni le gouvernement, qui décrètent la valeur d’un diplôme : c’est le marché — si bien que le Bac a aujourd’hui une pure valeur symbolique, et non marchande : à terme, on s’en passera fort bien. Mais qui s’en soucie vraiment parmi les Pédagogues, qui persistent à en faire le sésame d’entrée dans des universités qui crèvent de pléthore ?
L’extraordinaire pouvoir de nuisance de ces idéologues (dont, par parenthèse, les propres enfants disposent pleinement des meilleurs moyens de contourner la carte scolaire, d’avoir des aides à domicile et du para-scolaire en quantité) s’est déchaîné lorsqu’après l’invention des Bacs professionnels, ils ont arraché au ministère, qui n’en voulait pas à l’origine, la promesse que ce Bac très technique ouvrirait uniformément aux Facs.
Alors, puisque tu aimes les chiffres… Tu sais bien que 50% des étudiants inscrits en Première année ne passent pas en Seconde année. Mais surtout, tu dois savoir que ce chiffre, quand on le scrute en détail, révèle l’échec complet des bonnes intentions pédagogistes. Que si les étudiants issus de S n’échouent qu’à 30%, les L et ES à 50%, les STG et STI sont recalés à 70%, et les Bac-Pro à 95%.
95% ! Pas parce qu’ils sont stupides — aucun groupe n’est stupide dans une telle proportion. Mais parce que leur formation antérieure est notoirement insuffisante — tout simplement parce qu’on a voulu les préparer à des métiers, sans considération d’une formation générale moribonde depuis le CP. Sans se demander s’il était intelligent de former à des métiers qui n’existeraient plus, parfois, trois ans après — de la même manière que l’on n’a aujourd’hui aucune idée des jobs proposés dans la décennie à venir. Que seule une formation très généraliste prépare à l’impondérable — ce qui fait des Classes préparatoires, que tu voudrais supprimer, le modèle de ce qu’il faut faire — partout. Et que le patronat demande à qui veut l’entendre : « Donnez-nous des gens capables de s’exprimer, de dominer une culture, qui connaissent les mathématiques et les sciences et possèdent une ou deux langues étrangères. Pour ce qui est de la formation professionnelle, nous nous en chargerons… » C’était l’antienne de l’université d’été du MEDEF, fin août dernier : j’y étais, et pas un de tes amis, parce qu’ils méprisent complètement le monde de l’entreprise. À croire qu’ils n’ont à cœur que de former des fonctionnaires, à leur image. Ou qu’ils se savent déjà « héritiers », et géniteurs d’héritiers, au plus pur sens bourdieusien du terme — et entendent bien protéger leurs privilèges. Mais, plus globalement, c’est qu’ils ne sont pas dans le réel, mais, comme tu le dis toi-même, dans l’utopie : c’est joli sur le papier, mais ça ne donne pas à manger.
Des détails ?
Nous allons crever d’avoir négligé l’apprentissage systématique de la langue française : un tiers d’heures de français en moins, de la maternelle au Bac, grâce à des artifices comptables et à la fameuse « transversalité » inventée conjointement par un énarque soucieux de rogner le budget et des pédagogues qui haïssent l’idée même du savoir. Et plus aucun apprentissage systématique de la grammaire, à tel point que les professeurs de langue s’arrachent les cheveux devant ces enfants incapables d’identifier un verbe dans une phrase. Nous allons crever de ne plus vouloir enseigner les maths — ça s’apprend, ça ne se devine pas, sauf quand on est Pascal. Nous allons crever de laisser passer dans la classe supérieure des gosses désorientés par la classe inférieure : le redoublement est, paraît-il, une violence3. Mais qu’en est-il de ces malheureux qui se retrouvent cernés par des camarades qui comprennent, pendant qu’eux-mêmes tentent désespérément de s’accrocher ? Qu’en est-il de ces analphabètes qui se traînent jusqu’en Terminale en camouflant, toute leur vie, un handicap que leur a fabriqué une école laxiste ?
Ils brûlent des voitures, en novembre, 2005, et des autobus, avec passagers, en octobre 2006. Toute violence répond à une violence — action, réaction. Alors, bien sûr, violence des ghettos… Et ces ghettos éducatifs, fortifiés encore par une carte scolaire qui ne profite qu’aux riches, n’est-ce pas une forme de violence ?
Un exemple entre mille. On procède chaque année à des évaluations de Sixième. Mais on se garde bien de la faire fin CM2, ça ressemblerait à un examen de passage… Et, quelle horreur, on serait bien obligé de constater qu’on laisse passer 17% de gosses analphabètes : ce sont les chiffres officiels, et crois-moi, j’ai examiné ces « évaluations » à la loupe sur les cinq dernières années ; eh bien, on a modifié, toujours dans le même sens débilitant, les exercices et leur notation, pour tenter de contenir à 17% ce chiffre terrifiant des analphabètes que l’on ne rattrapera jamais. À l’arrivée, 160 000 enfants sortent de ce merveilleux système sans rien — sinon la rage d’avoir été méprisés par ces pédagogues pleins de jolis projets et de belles paroles.
D’ailleurs, ils ne se contentent pas de brûler des voitures : ils brûlent aussi l’école qui ne leur a rien appris. Accessoirement, ils agressent leurs profs à coups de couteaux.
Et ce ne serait rien, si en fait des méthodes mortifères (« construire soi-même ses propres savoirs » ! Du néo-platonisme combiné à du néo-rousseauisme ! Qu’en dis-tu, philosophe de formation que tu es ?) n’avaient plébiscité l’expression immédiate, quitte à en faire un droit (article 10 de la loi Jospin de 19894).
Et comment veux-tu qu’ils expriment quelque chose pour laquelle ils n’ont pas les mots ? Comment veux-tu qu’ils construisent une phrase claire, quand on refuse désormais de leur enseigner la syntaxe ? Comment veux-tu qu’ils ne se fassent pas lourder avant même le premier entretien d’embauche, quand leurs dossiers sont cloutés de fautes d’orthographe ?
Et surtout, comment veux-tu qu’ils n’aient pas la tentation de meubler leur tête creuse avec le premier prêt-à-penser qui passe ? Ne pas leur apprendre — quitte à leur apprendre par cœur —, c’est laisser le champ libre à tous les extrémistes.
Et c’est, en définitive, l’accusation la plus grave que je pourrais porter contre la Nouvelle Pédagogie — qui n’a rien de nouveau, au fond, parce qu’elle n’est qu’une réactivation de la vieille tendance à la collaboration. À grands coups de débats, de « discours » réputés tous équivalents, de refus de la hiérarchie dans la pensée, de démissions et de dénis, on a ouvert la porte de ces jeunes cervelles à des idéologies monstrueuses. Le rapport Obin, qui ne remonte qu’à 2004 (et qui vient opportunément de paraître, sous le titre L’Ecole face à l’obscurantisme religieux — avec quelques contributions intéressantes, toutes signées de femmes et d’hommes de la gauche républicaine, quand ce n’est pas d’extrême-gauche) dénonçait déjà la main-mise des extrémistes religieux de toutes farines sur des secteurs entiers de l’éducation. On n’a pas légiféré en 2004 contre « quelques voiles », comme tu le dis : on a essayé de sauver la République. Mais ce que l’on a fait sortir par la porte — les signes religieux identitaires — est rentré par la fenêtre, parce que personne n’a le courage de s’opposer à des petits ignorants qui croient que le Jihad est un devoir sacré, ou que le 11 septembre est un jour de fête. Ou que la guerre d’Algérie fut menée par les bons (le FLN — voir ce qu’il est devenu, au pouvoir) contre les méchants (les Céfrancs). Et les 200 000 harkis massacrés dans des conditions ignobles par les « résistants » algériens de la onzième heure, ils étaient quoi ? L’Histoire est un produit dangereux à manipuler, et ce n’est pas sans raison que les Britanniques n’incluent pas dans leurs programmes scolaires celle des trente dernières années. Ni toi ni moi n’avons étudié la décolonisation — l’actualité de nos années-lycées —, ni la guerre froide. Cela ne nous a pas empêchés d’avoir sur ces événements des avis parfois fort lucides. Et sais-tu pourquoi ? Parce que nous étudiions alors l’Histoire antique bien plus que l’histoire moderne, et que le vrai apprentissage à la citoyenneté, il se trouve dans les écrits de Démosthène, de Xénophon ou de Cicéron bien plus que dans les articles dans le Monde de Tariq Ramadan5, ce faux modéré qui prêche une suspension de la lapidation — et se fait applaudir par une gauche transie de culpabilité, alors qu’elle devrait voter son expulsion du territoire.
Si je pense qu’il est aujourd’hui urgent d’aborder ces problèmes, c’est justement pour ne pas les laisser aux mains de ceux qui, à l’extrême-droite, en tireront des thèmes passionnels — c’est-à-dire racistes. Ceux qui, à gauche, ne comprennent pas cette urgence sont objectivement complices d’un retour à la barbarie. On a commencé par ne plus apprendre le français (et il n’y en a qu’un, je te signale — il n’y a pas « diversité de langues » à l’intérieur d’une même culture) à des jeunes déboussolés, on a exalté la langue des cités au lieu d’apprendre celle de la Cité, on a caressé les abominations dans le sens du poil — pour quoi faire ? Pour qu’un jeune Juif se fasse enlever, séquestrer, torturer et finalement assassiner à Bagneux ? Pour qu’une jeune fille se fasse brûler vive ? Pour qu’un mari agresse l’obstétricien qui voulait examiner sa femme sur le point d’accoucher ?
Ce ne sont que des comportements minoritaires ? J’espère bien. Ils ont été produits en une quinzaine d’années de laxisme pédagogique et de démocratie loukoum. Leur nombre augmente chaque année de façon exponentielle. Alors, entendons-nous bien. Je n’en suis pas (pas encore ?) à retenir la leçon d’Oriana Fallaci dans la Rage et l’orgueil ou la Force de la raison. Mais qui ne voit que le manque d’autorité à l’école engendre des renoncements bien plus graves que nos querelles sur la « baisse de niveau » ?
Là est le vrai débat. Il ne s’agit plus de pédagogie, ni de nostalgie — je n’ai jamais pensé être nostalgique des coups de règle sur les doigts, et si j’ai appelé mon blog « bonnet d’âne », c’est par dérision — et auto-dérision (une qualité qui manque cruellement à certains de mes adversaires). Il s’agit de sauver ce qui peut encore l’être.
Et de même qu’Aragon chantait, à propos des exécutions d’Estienne d’Orves et de Gabriel Péri, « celui qui croyait au Ciel et celui qui n’y croyait pas », je rêve de rassembler, en ce combat urgent, celui qui croit en la pédagogie et celui qui croit au Savoir — toi et moi, et, j’espère, quelques autres.
Bien à toi, comme toujours — quoi que tu croies…
Jean-Paul Brighelli
Notes.
1. Tu sais que dans les cinq ans à venir, près de 350 000 enseignants feront valoir leur droit à la retraite. Tu sais aussi que nous n’avons pas les étudiants pour les remplacer — même si nous embauchions tout le monde, ce que j’espère que tu ne souhaites pas. Les CAPES bi-polaires (Robien vient de réinventer l’eau chaude et les PEGC) ne sont pas une réponse. La dilution des savoirs dans la pédagogie, avec des horaires peau de chagrin pour toutes les matières fondamentales (celles-là mêmes qui souffriront les premières grandes saignées, parce qu’elles existaient lors des recrutements massifs des années 60-70) est une option qu’u n prochain gouvernement examinera avec sérénité. Tu sais que « on ne se bat pas dans l’espoir du succès », comme dit Cyrano : à ma fin, c’est la Nouvelle pédagogie qui va triompher — parce qu’il ne restera rien de l’Ecole, ni, d’ailleurs, de la France. Certains des amis de tes amis (voir le « Journal d’école » de Lubin, http://journaldecole.canalblog.com/) s’en féliciteront, qui vouent une commune haine à l’idée de culture et à l’idée de discipline. Je me bats le dos au mur, comme ils se sont battus à Alamo (je n’y suis pour rien si, comme tu le sais, mes références sont héroïques au lieu d’être pédagogiques).
2. Au passage, je me souviens, dans l’un de ces débats, avoir dit à Meirieu que, tout adversaire qu’il fût, je le respectais dans ses convictions, et dans son talent d’orateur — c’est un manipulateur plus habile que moi, tu le sais bien. « Mais, ajouitai-je, n’avez-vous pas un peu honte d’avoir couvert de votre bienveillance, et de l’ample manteau des « sciences de l’éducation », tant de minables sous-diplômés, de Sylvain Grandserre à Pierre Frackowiack en passant par Roland Goigoux ou [ici, liste non limitative, que chaccun complètera au gré de ses expériences, de tous ceux qui ont trouvé en IUFM ou en Fac un refuge contre la dure condition de l’enseignant chahuté en collège ou en lycée]. Eh bien, il a souri, cet homme — tant il les connaît bien. Tant, au terme de son ambition, il est sur le point de passer de l’autre côté du miroir, là où l’on peut s’offrir le luxe d’être objectif — et légèrement méprisant.
3. Tu aimes les chiffres : tu sais bien que si l’on a supprimé pour l’essentiel les redoublements (et encore, la France est le pays d’Europe où l’on redouble le plus — c’est de ma faute, sans doute), c’est moins pour des raisons pédagogiques que pour des raisons comptables : un redoublant, cela coûte cher — deux fois le prix d’un élève ordinaire pour un an. Je pourrais affirmer sans trop me forcer que les pédagogues qui justifient désormais les passages systématiques dans la classe supérieure sont objectivement complices de calculs économiques qui arrangent des gouvernements que, souvent, ils récusent. Bel exemple de cohérence. Et d’ailleurs, ces mêmes Diafoirus de l’éducation réclament, sans cesse, plus de crédits — une antienne reprise en chœur par certains syndicats, accord a minima pour éviter de poser de vraies questions. Les budgets du Secondaire sont importants, et le retour sur investissement est, si je puis dire, inconséquent. C’est bien une preuve, parmi d’autres, que ce n’est pas prioritairement au niveau économique que doivent se prendre les futures décisions, mais au niveau des programmes, de la volonté de rétablissement d’un système aujourd’hui moribond.
4. Juillet 89, pour être précis. On fêtait le bicentenaire de la Révolution, et en même temps, on sortait une loi dont les résultats évidents sont la résurrection du servage et l’arrêt définitif de l’ascenseur social — une métaphore creuse peut-être, tout empreinte d’idéologie scolaire, mais qui signifie quelque chose pour ceux qui, comme moi, sont venus de rien. Sans parler des effets plus pervers encore, l’islamisation des collèges et des lycées, bientôt des écoles primaires : des millions de Musulmans qui ne demandaient qu’à vivre tranquilles ont été livrés en otages à quelques poignées de fondamentalistes qui, au nom du droit à l’expression, se sont empressés de bâillonner les autres — les filles, en particulier. Comme quoi une faute (cesser d’enseigner des savoirs sérieux) peut engendrer un crime.
5. Voir sur ce Frère Musulman camouflé l’excellent livre de Caroline Fourest, journaliste à Charlie-hebdo, Frère Tariq (Grasset, 2004). Et la Grande-Bretagne qui lui a si volontiers servi la soupe commence à se poser, par la bouche de Jack Straw ou de Tony Blair, de sérieuses questions sur l’incompatibilité du voile et du plum-pudding. Elle en arrive même à regarder l’exemple français — au moment où ici, des idéologues retardés persistent à lorgner vers l’Angleterre.
17:47 Lien permanent | Commentaires (170) | Envoyer cette note
Trackbacks
Les heurs et malheurs de la pédagogie
Vous aussi, vous vous êtes demandé si l'Education Nationale en France ne devenait pas un peu synonyme de foutage de gueule, propre surtout à développer les compléments privés à l'institution publique, donnant aux plus riches l'occasion...
Trackback par : Blog Parti | 07 novembre 2006
Commentaires
Ce texte est une référence que je vais me mettre sous le coude pour le proposer à ceux qui voudraient avoir un résumé clair, impartial, de la situation, sans avoir le temps de lire les livres que j’ai lu, sans avoir le temps d’écouter mes tentatives d’explications embrouillées et/ou trop passionnées, désabusées…
Esprit de synthèse, conscience politique et sociale, de la politique internationale au fait divers…
Je savais que l’enseignement était une clé pour la compréhension de beaucoup d’autres choses, mais jamais je ne l’avais lu dans un texte aussi dense, qui saisit toutes les subtilités d’une mécanique très complexe, et qui sait, malgré l’écœurement que peut inspirer le constat, conserver un regard très humain.
Impressionnant.
Merci !
Ecrit par : Georges | 04 novembre 2006
Convaincant.
Ecrit par : nestor | 04 novembre 2006
Jean Paul / Roger
J'ai lu la réponse de JPB : limpide, réaliste, concise . Un vrai plaisir ... L'instit de base reste les pieds sur terre et s'y retouve
Puis je suis allé du côté de chez Roger... Là , j'en ai encore le tournis ! A force de réfléchir sur l'éducation et l'enseignement nos têtes chercheuses en oublie l'essentiel , le parler vrai . A moins que je ne sois trop con pour comprendre !
Cordialement
Ecrit par : Patrick (instit) | 04 novembre 2006
Ma "connerie" m'en a fait oublier l'accord du sujet verbe . Autant pour moi !
Ecrit par : Patrick (instit) | 04 novembre 2006
On n'a pas mené 60% d'une classe d'âge au niveau du bac ; on a mené le bac au niveau de 60% d'une classe d'âge.
Qu'est-ce qu'il ne comprend pas là-dedans ?
Ecrit par : Pierre-Henri | 04 novembre 2006
jean-paul, tu pourrais être écrivain!
Ecrit par : pierrot le zygo | 04 novembre 2006
Désolé d'insister, mais est-ce qu'avec un Appel pour la refondation de l'école signé par un million de personnes on ne pourrait pas espérer endiguer la vague pédago qui est en passe de nous submerger?
Les recommandations du HEC pour la formation des maîtres consacrent en effet le pouvoir absolu des sciences de l'éducation. Un document à lire de toute urgence sur le site de Reconstruire l'école.
Ecrit par : Jean | 05 novembre 2006
Bjr JPB, bonjour à toutes et tous,
Désolé si ce post ne concerne pas directement votre note.
Nous vous invitons à prendre connaissance de notre post suivant :
Carte scolaire : quelles propositions ? Brighelli, Mérieu ou un peu des deux ?
Jean-Paul Brighelli est Professeur agrégé de lettres et normalien et n’a de cesse de dénoncer la situation actuelle dans l’Education nationale.
Question expresse des lolo's 34 à Jean-Paul Brighelli.
Les lolo's 34 : "A propos de la carte scolaire que certain(e)s souhaitent supprimer, Laurent Fabius reprend une idée de Mérieu qui consisterait à attribuer des moyens "supplémentaires" aux établissements scolaires en difficulté en fonction des CSP (catégories socio-professionnelles) qui fréquentent ces établissements. Qu'en pensez-vous ?"
LIRE LA SUITE
http://lrassemblezagauche.midiblogs.com/archive/2006/11/05/carte-scolaire-quelles-propositions-brighelli-merieu-ou-un-p.html
Bien cordialement.
RAG 34. Les lolo's 34.
Ecrit par : RAG 34 et les lolo's 34 | 05 novembre 2006
Beau texte, Jean-Paul, mais le "croisement" par une publication de la lettre de votre collègue sur votre blog et de votre réponse sur le sien aurait vraisemblablement été plus efficace pour faire avancer le débat...
Ecrit par : christophe sibille | 05 novembre 2006
Merci J.-P. Brighelli!
Optime!
Le constat détaillé de votre contribution du 04/11 est parfaitement juste et je défie quiconque de prétendre qu'il s'agit d'une charge caricaturale.
Il faut accepter la réalité, il faut ce courage qui en agace plus d'un parce que sa petite idéologie confortable en prend un coup - ça fait du bien une baffe, ça réveille, ça éveille - et ce n'est qu'en ayant la lucidité chevillée solidement que l'on peut entreprendre la reconstruction évidemment nécessaire. Mais là encore, essoufflé, sonné, il ne faut pas jetter l'éponge; c'est dur, le chantier est devant et à coordonner. Combien d'enseignants -pas la masse des gnangnans qui se lamentent et pleurnichent, ces "culs cassés" qui se font rembourser leur mollesse à la MGEN! - ont la volonté, oui, la volonté de résister d'une part et d'agir d'autre part?
Sur ce point précis je suis pessimiste. L'individualisme - je suis individualiste, je ne veux pas de l'embrigadement avec des standards - est un habitus dont la face sombre exerce une pesanteur considérable. La plupart des syndicats en sont les responsables. Il faut le soutenir, ça aussi!
Ma sensibilité syndicale me porte vers le SNALC. Il parraît qu'il est de droite.... Quelques crétins ont décrété cela pour n'avoir plus besoin de lire la Quinzaine Universitaire et toutes les cervelles plates - dents longues, cuir épais, crocos de la gauche pépère - se dispensent de la lire et de réfléchir.
Les revendications sont devenues un radotage déprimant, convenu, et il y a ,malheureusement, plein d'énergies perdues avec des collègues dévoués pour des cacahouettes ou des bananes, des peaux de bananes.
Et puis toutes ces décharges! La décharge (syndicale, pédagogique, culturelle...): un remugle, la poubelle n'est pas loin, et tant pis si ça pue: c'est plus confortable que d'avoir des élèves en face. On s'investi camarade! Moi, je donne , j'enseigne, j'éduque, je dresse, je cadre, je formate, je ne recule pas et si je dis "je", il m'importe tout de même de savoir qu'il y a beaucoup de "je" qui ne se planquent pas derrière "on". J'aime à penser que nous sommes assez nombreux pour affirmer notre fierté malgré les IDIOTS qui nous étouffent et rendent la tâche iimpossible.
Ecrit par : Baltazar | 05 novembre 2006
Merci JPB pour cette excellente synthèse qui a en plus le mérite de toucher comme elle s'adresse à l'une de vos relations amicales.
Ce serait bien si ce texte pouvait être divulgué un peu partout. Cela aurait été bien si vous aviez accepté de cristalliser toutes les bonnes volontés qui vous soutiennent. Mais vous avez déjà beaucoup fait, soyez-en remercié.
Ecrit par : elisabeth | 05 novembre 2006
JPB
Je rejoins les quelques posts vous félicitant d'une telle clarté avec autant de conscision!
Par ailleurs, il me semble que le réel problème soulevé par la transversalité imaginée par les têtes bien-pensantes dénote (comme déjà soulevé précédemment sur ce blog...) du manque de lucidité de ces dits penseurs, car l'idée, même si elle parait évidente et séduisante sur le papier, n'est possible que par des individus qui maîtrisent déjà "l'objet" de cette transversalité (un minimum, au moins! Et c'est valable autant pour le Français, que pour les Maths et les autres matières...) et non à des "apprenants" qui se contentent, dès lors, d'absorber sans avoir la compréhension complète du contenu et essayent de le restituer dans la même situation!!!
Patrick,
Je pense que vous êtes loin d'être trop con:
Une des particularités de la plupart des pédagogues purs et durs est de vous noyer dans un grand discours, fait de tournures complèxes et de vocabulaire soutenu, pour vous faire oublier le sujet du débat initial et vous conduire (en vous "endormant") là où cela les arrangent... Et forcément, pour ceux qu'ils n'arrivent pas à perdre en route, leur discours devient difficilement compréhensible... (je ne suis même pas sûr qu'ils arrivent eux-même à se suivre et se comprendre entre eux!!!) ;)))))
Pierre-Henri,
Je me délecte, décidément, toujours autant de votre répartie très à propos, et de votre lucidité...
Et je vous rejoins sur le fait qu'il est toujours plus facile et démagogue de baisser un niveau controlé et maléable que d'augmenter le niveau d'un groupe "d'électrons libres" dont on a aucune idée du niveau de compétences, dans l'unique but derépondre positivement à des statistiques
Ecrit par : Yvon GOUGIS | 05 novembre 2006
Amis brighelliens
Et si l'on revenait à ça?
Il est de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler. L’homme est le seul animal qui doit travailler. Il lui faut d’abord beaucoup de préparation pour en venir à jouir de ce qui est supposé par sa conservation. La question de savoir si le ciel n’aurait pas pris soin de nous avec plus de bienveillance, en nous offrant toutes les choses déjà préparées, de telle sorte que nous ne serions pas obligés de travailler, doit assurément recevoir une réponse négative : l’homme, en effet, a besoin d’occupations et même de celles qui impliquent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s’imaginer que si Adam et Eve étaient demeurés au paradis, ils n’auraient rien fait d’autre que d’être assis ensemble, chanter des chants pastoraux et contempler la beauté de la nature. L’ennui les eût torturés tout aussi bien que d’autres hommes dans une situation semblable.
L’homme doit être occupé de telle manière qu’il soit rempli par le but qu’il a devant les yeux, si bien qu’il ne se sente plus lui-même et que le meilleur repos soit pour lui celui qui suit le travail. Ainsi l’enfant doit être habitué à travailler. Et où donc le penchant au travail doit être cultivé, si ce n’est à l’école ? L’école est une culture par contrainte. Il est extrêmement mauvais d’habituer l’enfant à tout regarder comme un jeu. Il doit avoir du temps pour ses récréations mais il doit aussi avoir pour lui un temps où il travaille. Et si l’enfant ne voit pas d’abord à quoi sert cette contrainte, il s’avisera plus tard de sa grande utilité.
KANT, Réflexions sur l’éducation (1776-1786), p 110-111, Editions Vrin.
Donc JPB, je te rassure,dans le cursus des grands textes de la philosophie, on n'a pas dit beaucoup de bétises sur l'enseignement et l'éducation, même chez les néo-platoniciens...
Petite info pour ceux que cela intéresse: réponse de DSK sur mon site http://dialegein.over-blog.com/ à ma question sur la défense de l'enseignement de la philosophie en lycée.
Ah Brighelli, quand je pense que tu m'as déjà répondu que tu ne fédérerais pas le mouvement qui naît sous tes yeux....
BRUNO GUITTON
Professeur de Philosophie
Ecrit par : Guitton | 06 novembre 2006
Mais où diable avez-vous lu qu'il ne fallait pas travailler? Trouver un angle d'attaque ludique au départ, pour donner le goût d'une activité quelle qu'elle soit, n'empêche pas d'arriver assez vite par l'enfant à la prise de conscience des contraintes qu'implique son approfondissement! C'est même tout le contraire! Sans que le goût en soit donné, ces contraintes sont même insurmontables! N'est-ce pas Jean-Jacques Rousseau qui l'affirme lui-même? (Dans: "Emile", à propos de l'apprentissage de la lecture justement, si j'ai bonne mémoire). L'erreur serait effectivement de rester dans le ludique, ce que propose notre société de consommation (de média, entre autres). Pas la plupart des enseignants, qui sont en lutte contre ça. A armes inégales, hélas.
Ecrit par : christophe sibille | 06 novembre 2006
Bijour Fousd'rhum
"je rêve de rassembler, en ce combat urgent, celui qui croit en la pédagogie et celui qui croit au Savoir — toi et moi, et, j’espère, quelques autres.
Bien à toi, comme toujours — quoi que tu croies…"
Merci JPB, vont-ils comprendre ?
Si ils n'ont pas compris le titre de ton bloug, ça va pas être cotoncoton....
Juste pour te dire que j'ai commencé ton bouquin (comme un bon fada je commence par le troisième :) )
Ecrit par : toto | 06 novembre 2006
Cette vision de Rousseau, Christophe, vous la partagez avec tous les "supporters du principe" pédagogiste.
Bien que vous n'en soyez pas, admettrez-vous que la rigueur nécessaire à une "instruction" n'est plus là, et que l'on peut constater chez certains "moins de 17 ans" un tissu lacunaire plus ou moins rattrapable ?
Je serais au "pédagogistes" ce qu'est la CIA aux régimes sud-américains, si j'avais les moyens financiers et humains.
Je serais alors bien sûr un misérable. Et un malfaisant.
Ecrit par : D'Enguell | 06 novembre 2006
Je le constate. L'école n'en est pas, loin s'en faut, la seule responsable! Lisez plutôt l'ensemble de mon message, au lieu de n'en retenir qu'une phrase... Merci!
Par ailleurs, je ne partage pas la vision générale de Rousseau. Cette idée, simplement, me semble intéressante... Mais est-il possible, ici, de reprendre des idées chez les uns ou chez les autres sans adhérer à une doctrine dans son ensemble? Je vais finir par en douter! Enormément de qualités et d'intelligence sont montrées sur ce blog, mais la mesure et la nuance n'en sont pas la principale qualité!
Ecrit par : christophe sibille | 06 novembre 2006
"L'école n'en est pas, loin s'en faut, la seule responsable!"
Lisez mon message vous-même !
La rigueur nécessaire, où doit elle donc se trouver, si ce n'est à l'école, et dans les programmes ?
Vous savez très bien que l'Emile de Rousseau fait figure de doctrine, comme pour d'autres Cioran ou Tocqueville.
Désolé de ne pas ronronner comme une Bentley (merci Pendariès), mais de temps en temps, la Viper se laisse aller.
Ecrit par : D'Enguell | 06 novembre 2006
Bonjour à tous,
A JPB :
Je relis avec attention votre message et décidement je me dis que vos motivations, vos observations et finalement vos intentions sont clairement de nature politique.
C'est une évolution nette depuis le début de votre blog et marquée surtout depuis la rentrée 2006.
votre dernier livre est également significatif à ce point de vue.
Sincèrement, JPB, ce que je sais de vous me laisse présager que vous ne vous ne arrêterez pas là : trois livres, un blog et Adieu vat !
Si tel était le cas, j'en serai d'ailleurs fort marri.
A bientôt.
Ecrit par : utile baron | 06 novembre 2006
"Vous savez très bien que l'Emile de Rousseau fait figure de doctrine, comme pour d'autres Cioran ou Tocqueville."
Ecrit par : D'Enguell | 06 novembre 2006
Grand mal fasse à ceux qui considèrent l'Emile, (ou quoi que ce soit d'ailleurs) comme une doctrine. Je ne ronronnerai pas (non plus) avec eux. Et j'ai parfaitement lu votre message!
Ecrit par : christophe sibille | 06 novembre 2006
Une absence révélatrice dans votre argumentation, un chainon manquant : l'idéologie. Vous vous situez toujours dans le cadre du libéralisme actuel : d'après votre expression, " les ultra-libéraux et les néo-libertaires " ont besoin de travailleurs décérébrés, interchangeables, sans culture et sans racines : fournis aimablement et en abondance par" la fabrique du crétin ".
Et vous ajoutez : le comble c'est que ce soient des enseignants en majorité " de gauche " qui alimentent le "Monstre"!
Or vous notez vous-même que le MEDEF demande à l'éducation nationale de former des gens capables, d'un bon niveau et surtout pas des "crétins".
L'idéologie libérale a certainement beaucoup de défauts, mais elle a compris depuis longtemps que les gens bien formés rapportaient plus...
De 1945 à aujourd'hui, quelle idéologie a dominé chez les enseignants ? : c'est l'idéologie marxiste assumée et proclamée de tous ceux qui ont " refusé de former les cadres du capitalisme".
Leur domination sur le "mammouth" a déconnecté l'enseignement du réel et du monde des entreprises, phénomène accentué par la présence massive d'enseignants sur les bancs de l'assemblée nationale, surtout à partir de 1981 et la fameuse "rupture avec le capitalisme" du programme socialiste ( en partie abandonnée en 1983 ).
Pourquoi collaborer au capitalisme puisqu'on voulait l'abattre ?
Depuis 1989 et la chute des illusions l'idéologie marxiste se fait plus discrète, mais les vieilles lunes sont toujours là, recyclées mais toujours bien visibles ("du passé faisont table rase", "la religion opium du peuple", anti-élitisme forcené, nivellement par le bas, etc...)
D' ailleurs chaque fois que vous évoquez les cerveaux vides, les décérébrés, les "crétins", vos images évoquent irrésistiblement les "lavages de cerveaux", "cliniques psychiatriques", "camps de rééducation" des pays où le marxisme a été mis en pratique...
Mondialisation libérale et communisme peuvent s'entendre comme larrons en foire mondialiste : regardez les communistes chinois: leur internationalisme est soeur jumelle de la mondialisation libérale : ils accueillent les entreprises délocalisées à bras ouverts, celles-ci n'ont ni grèves ni syndicats à redouter puisqu'il suffit de s'entendre avec les camarades du parti...
On voit même les capitaux du communisme chinois s'investir dans le monde entier en profitant à fond de l'enfer capitaliste.
Vos pédagogistes et autres Meirieu nagent dans le libéralisme comme des poissons dans l'eau, parce qu'ils ont éclos dans une couveuse marxiste qui est en train de se récycler, comme eux...
Vous êtes certainement, JPB, un des rares, à essayer de trouver une autre trajectoire, même si la route est glissante...
Ecrit par : deblog | 06 novembre 2006
"Vous êtes certainement, JPB, un des rares, à essayer de trouver une autre trajectoire, même si la route est glissante..."
La trajectoire du despote éclairé?... éclairé par qui?
Ne faites pas attention, je ne fais que passer... J'ai malgré tout un faible pour la "doctrine" brighellienne mais son culte pour Catherine II me laisse pantoise au XXI° siècle?
Tout ça juste pour vous dire que je vous lis et vous soutient sur le chapitre de l'enseignement du primaire au supérieur mais que bon, des fois, quand même, je vous sens un tout petit peu totalitaire. Un jour, je vous raconterai comment mon instit de CP (1965/66) traitait la dyslexique de la classe et nous tous. Bilan globalement positif? Certes mais quel trauma à gérer à long terme... Y'a toujours du yin dans le yang. Nous avons tous lutté contre ces abus qui faisaient des classes de 40 élèves le doigt sur la couture du pantalon.
Ecrit par : dobolino | 06 novembre 2006
Deblog, je suis d' accord avec votre réaction et vos arguments. Si je soutiens J P B., je ne le suis pas intégralement. Nous sommes nombreux, je pense, à lui savoir gré de secouer le microcosme de l'EN et de ne pas hésiter à se mettre en avant sans le masque de l'anonymat. Ce serait bien de pouvoir - d'oser- le faire aussi mais les poissons se méfient du chat qui les regarde. Non, vous l'avez compris, le chat n'est pas JPB, même si il a des moustaches!
Il n'est pas juste de crier "libéralisme" comme on dirait "fascisme" ou n'importe quoi. Le libéralisme est sans doute ce qui dans l'histoire du XX°s. s'avère le moins mortifère. Tout ensuite est une question de modération, de morale et de vision sensible à la dignité de la personne. Ce qu'aucun totalitarisme n'a intégré, trop obsédé par la pureté, la régénération, l'homme nouveau etc. Le libéralisme dévoyé, d'indéniables perversions, ne peuvent être mis à égalité de traitement avec le communisme! Qu'il y ait aujourd'hui, en France, un Parti fier de s'appeler Communiste me dégoute. Il est pénible de devoir constater à quel point les manuels d'Histoire -les programmes officiels sont plus habilement écrits pour ne pas trop révéler leur complaisance - sont encore rédigés avec une plus grande sévérité à l'égard des horreurs commises par les totalitarismes de droite qu'avec ceux de gauche. Méchant Staline mais grand Lénine, et après Staline? Va bene!
Combien de pages sur le nazisme et les camps d'extermination contre combien sur le communisme en URSS et ailleurs? Le Goulag: juste avec staline. Après? Ailleurs? Pfft!
Mao et ses crimes de masse? Bof!
Le Tibet martyr aujourd'hui encore? Ah bon? C'est où?
On veut que la France regarde son passé? Ok! mais ce sont ceux qui discriminent entre ce qu'il faut regarder en face et ce qu'il convient d'oublier qui, justement oublient les horreurs révolutionnaires françaises! Si on veut relire l'histoire on peut tout reprendre depuis , tenez, au moins Clovis!
La collaboration du PCF avec le Grand Frère, ça fait braire? Horreur! il n'y a de "collabo" que ceux qui ont barboté dans et avec Vichy. Bien sûr! Et quand on entend de futurs éducateurs, oui, des gens supposés éduquer! chanter qu'ils se mettent le "projet de Nicolas sur le devoir de signalement" où l'on pense et qui refusent d'être des "collabos", on se demande ce que les professeurs d'histoire ont enseigné sur le sujet! Avec en plus ceux qui mélangent la mémoire et l'Histoire on est bien parti.
Tolérant nous voulons être mais avec des inepties pareilles on se retient. Non, je ne suis pas prosterné devant Sarko! L'esprit critique je l'enseigne mais pas la connerie trop heureuse de claironner sans vergogne devant des caméras.
Le marxisme fait encore de beaux dégats, c'est triste à pleurer. Avec le regretté Michel Henry, auteur d'un livre sur la "Barbarie"..., Marx est un auteur fréquentable, mais toute la clique politicomoraliste qui se tartine le palais avec du Marx et du Trotsky, BOUARK!!
Pour changer de sujet, je lis que "Cioran fait figure de doctrine". Pas mal! Si quelqu'un trouve de quoi fonder quelque dogme avec Cioran, alors là, je lui tire mon chapeau.
Ecrit par : Baltazar | 06 novembre 2006
Explication de texte hirsute : d'aucuns brandissent Rousseau comme ménestrel de l"homme bon sauvage", quand d'autres voient dans Cioran un antisémite précurseur de fascismes.
En outre, blog = weblog, journal donc, vous retrouverez aisément la passe d'armes à propos de Cioran.
Et quoique j'aie payé une fois pour voir son jeu, Ch. Sibille, vieil ennemi de tranchée, ne bluffe pas quand il dit :
"Grand mal fasse à ceux qui considèrent l'Emile, (ou quoi que ce soit d'ailleurs) comme une doctrine".
Ecrit par : D'Enguell | 06 novembre 2006
Je suis loin d'être convaincu par la phrase: "l'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt", par exemple, d'Enguell... Et je montre mon jeu sans problème, pas besoin de me payer. (Où avez-vous payé?)
Certains ont simplement du mal à comprendre qu'on puisse n'appartenir à aucune chapelle, aimer la musique classique et le jazz-rock, apprécier l'intelligence de Jean-Paul et celle de Meirieu, et enseigner en IUFM sans défendre à tous crins les sciences de l'éducation.
J'ai, certes, des adversaires ici. Mais des ennemis? Si vous le dites! Ce n'est en tous cas pas mon souhait! On peut construire avec des adversaires, pas avec des ennemis. Mais est-ce que construire est ce qui intéresse le plus certains intervenants de ce blog?
Ecrit par : christophe sibille | 07 novembre 2006
(Au Déjazet...)
Pour construire l'Europe, il fallait tout de même plus que d'anciens adversaires ?
Et puis "ennemi de tranchée" ne m'empêchera pas de vous souhaiter un Joyeux Noël, quand le temps de la bise sera venu.
Sans chapelle !
Ecrit par : D'Enguell | 07 novembre 2006
Si sur le fond, je lis là une vérité criante dans le modèle éducatif actuel de notre société, je mettrais un bémol lorsque vous expliquez certaines violences récentes.
Par ailleurs, je n'ai pas le sentiment que votre propos est une argumentation pro ou anti libéral, mais peut être je me trompe.
A propos des savoirs (et donc leurs apprentissages), ils sont peut être aujourd'hui la seule possibilité d'"égalité des chances", si cela à encore un sens, pour la grande majorité des membres de la Cité.
Ecrit par : Pem | 07 novembre 2006
Vous aviez payé par anticipation, alors? Mais il y a prescription.
Cordialement.
Ecrit par : christophe sibille | 07 novembre 2006
"L'intelligence" de Meirieu!
Bigre! Comme vous y allez! Vous n'avez pas peur de pousser un peu?
Ecrit par : Jean | 07 novembre 2006
Un autre "opposant" :
http://www.ihes.fr/~lafforgue/textes/ContreBrighelli.pdf
Yves
A signaler, sur le site :
http://motstocsin.autonomie.org/
dans les "Reflets des débats" un "Echange avec Laurent Lafforgue" de Novembre 2005 .
Ecrit par : Yves | 07 novembre 2006
Pas le temps de lire pour l'instant,la dite prose, Yves, mais je le ferai sans faute plus tard et je vous remercie pour le lien.
La rétention d'information quand le débat est public me parait grave et je vous sais gré de nous permettre d'y voir clair. Par ailleurs, je vais enfin peut-être trouver un petit moment pour lire le livre de JPB que je n'ai aps encore eu le temps de commencer. Tellement de trucs à lire. Comment font les gens pour regarder la télé? Je me le demande chaque jour en fermant mes stores et en voyant la lumière bleue uniforme aux fenêtres des maisons d'en face.
Ecrit par : elisabeth | 07 novembre 2006
Remerciements à Yves pour le renvoi au site de Laurent Lafforgue. J'ai pris connaissance de la polémique en biais. J'y reviendrai. Mais en première analyse, les combattants n'en sortent pas grandis. Lafforgue est un gamin qui s'excite pour un rien à coups de passé simple et JPB ne me semble pas briller par la hauteur de ses attitudes et menaces. Mais il faut relire. Ce que je ferai.
Ecrit par : Sejan | 07 novembre 2006
"JPB ne me semble pas briller par la hauteur de ses attitudes et menaces", écrit Séjan.
Qui était attaqué ? Qui était menacé ? Qui est, dans ce fatras de superstitions, l'obscurantiste à libido malsaine qui se régale à raconter des histoires de cartouches enfoncées dans des vagins ?
Allez vous faire voir. Je me bats contre tous les extrémismes, qu'ils soient islamistes ou catholiques. Les grands malades qui veulent rétablir la messe en latin — ou qui y vont encore —, et ceux qui font interdire une expo de robes d emariées dans une chapelle de Versailles — il y a dix jours — ne valent pas mieux que les Frères Musulmans ou le Hamas.
Que voulez-vous ? Que je me taise ?
Je me tais.
Salut à toutes et à tous. Vous avez eu ma peau et ma patience.
JPB
Ecrit par : brighelli | 07 novembre 2006
Attention JP , il n'est pas juste de qualifier de malades, "grands" de surcroît! ceux qui vont à la messe y compris ceux qui la préfèrent en latin! L'abandon du latin comme langue liturgique va de paire avec la mièvrerie des airs chevrotés dans les églises catholiques vides ou presque et devenues des monuments historiques lugubres. Il en est de même de l'école....républicaine et sainement laïque. Ne reprochez pas aux "tradi" de l'Eglise ce que vous mêmes êtes par rapport à l'Ecole! Votre athéisme est respectable mais ne mettez pas tous les croyants dans les hopitaux psychiatriques.... De quel point de vue vous placez vous pour ne pas vous compter parmi les malades? Considérez la philosophie comme une "thérapie de l'âme" ,à défaut de foi, mais ni Marx ni Freud ne sont les médecins libérateurs de l'humanité.
Je ne veux ni votre peau ni éprouver votre patience, il y en a d'assez crétin pour ça; non, je participe à un dialogue -débat avec passion et parfois excès mais sans arrière pensées.
Ecrit par : Baltazar | 07 novembre 2006
Vous vous battez contre tous les extrémismes, fort bien. Il serait bon que vous n'en oubliez pas un dans le calcul : l'extrémisme athée.
Ecrit par : Pierre-Henri | 07 novembre 2006
J'avoue ne pas bien comprendre ce que vous appelez "extrémisme athée", P.-Henri : on est athée ou on ne l'est pas. Idem pour cette notion "d'intégrisme laïque" avec laquelle on vient culpabiliser les militants de la "Libre Pensée" par exemple. On est laïque ou on ne l'est pas. Le reste, c'est de la pensée molle, et je ne suis pas sûre que, face aux intégristes quels qu'ils soient, la solution soit de faire dans la nuance et les circonlocutions. Ce qui semble clair, c'est qu'en 2006 dans un état laïque, il n'est pas encore admis qu'on puisse, comme JPB, se proclamer athée énergique et convaincu, et/ou revendiquer une laïcité de combat -- alors que tout un chacun peut venir dégoiser de sa foi dans n'importe quel média sous l'oeil de journalistes attendris. Voilà ce qui m'inquiète, vraiment.
Ecrit par : FGuichard | 07 novembre 2006
"Comment font les gens pour regarder la télé? Je me le demande chaque jour en fermant mes stores et en voyant la lumière bleue uniforme aux fenêtres des maisons d'en face.
Ecrit par : elisabeth | 07 novembre 2006 "
Ils ont tout simplement oublié ce que vivre veut dire...Ils absorbent.
"Salut à toutes et à tous. Vous avez eu ma peau et ma patience.
JPB
Ecrit par : brighelli | 07 novembre 2006 "
Il me rappelle quelqu'un... Allez, courage, aujourd'hui, j'ai apporté "La fabrique du crétin" et "A bonne école" à la bibliothèque de mon village et la bibliothécaire m'a bien remerciée: elle avait lu le premier et va s'empresser de lire le deuxième puis les mettre tous deux en offrande aux lecteurs assoiffés. Rome se serait-elle faite en un jour? Vous avez mesuré d'où nous remontons avant de déclarer forfait?
Pierre-Henri: " Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde..." Georges Brassens.
La messe en LATIN et l'Ecole aux petits Français!
Ecrit par : dobolino | 07 novembre 2006
Que voulez-vous ? Que je me taise ?
Je me tais.
Salut à toutes et à tous. Vous avez eu ma peau et ma patience.
JPB
Ecrit par : brighelli | 07 novembre 2006
Message crépusculaire.
Il y a les chevaux, le marché de Pézenas, les vignes, la table, votre femme et vos enfants, l'enseignement, les vacances avec les orteils qu'on regarde avec un certain détachement se salir et les ongles qui poussent, le vélo pour arriver au lycée, vos futurs livres d'écrivain, etc. Et le silence.
Ecrit par : Pendariès | 07 novembre 2006
Et le silence, surtout celui qu'on s'impose à soi-même, c'est difficile et cela ne convient pas à tout le monde...
Ecrit par : catmano | 07 novembre 2006
La Messe en Latin, grandes orgues, tiares, robes, le rituel, etc. ça a quand même de la gueule, - et c'est un fils prodigue du Calvinisme qui le dit! ;-)
Dans le quatier où j'habite, j'ai en bas de chez moi, des Méthodistes évangéliques (ce sont les Américains du coin qui y viennent le dimanche), et à deux pas de là, une église de Catho ultra-orthodoxes (avec un prêtre qui traîne avec lui les femmes gitanes qui logent alentours...): c'est sympa, les clochent sonnent le jour du Seigneur pendant ma grasse matinée - mais je vois dans leurs yeux la rigueur et assez peu d'amour et de tendresse. Mais c'est cela qui compte: l'amour et la tendresse; le reste, hein...
J'ai acheté le CD "René Girard, la violence et le sacré", aux Editions Montparnasse. Ce qu'il dit, en tant qu'anthropologue, sur les religions et ce qu'en (dé)font les hommes est à entendre et méditer.
Allez m'sieur Brighelli, une citation: "Je maintiendrai", Luther. Portez-vous aussi bien que je vous ai vu en classe il y aura bientôt un mois.
Ecrit par : Pendariès | 07 novembre 2006
Non interventionniste, Catmano! Je ne polémique plus, je soutiens. Hop, comme Achille Talon! . Bon, d'accord, des fois, je dépasse un peu...
Eh, Pendariès, trop bien, Max Rouquette: je le prêterai à Catmano même si elle me cause sur ce blog où je viens incognito. Qu'est-ce que ça me coûterait de changer de nom et de semer des messages à la Cioran?
Ecrit par : dobolino | 07 novembre 2006
V'la qu'on se repasse JPB comme le mistigri.
Je ne peux m'empêcher de trouver cela comique pour quelqu'un qui joue du sabre...
Forcer le trait, agacer les sacrements, raccourcir la traîne et récupérer les casseroles fait partie du package, et l'on a l'impression, à lire certains, que JPB n'aurait attendu que le désordre et les frasques des islamo-bien pensants pour pouvoir se débarrasser plus facilement des "cathos" (dont une partie de la frange de gauche a bien rejoint dans les faits et dès le début les pédagogos et les pré-cités.)
C'est bien pourtant la raison, qu'invoque aussi L.Lafforgue, qui dicte la non-interpénétration des sphères.
Ou peut-être est-ce la vigueur insufflée par lui, dans certains corps -et âmes-, qui donne aux mêmes à penser que refondation signifie reconquista ?
Enfin, rien de ce que JPB nous raconte ne m'interdit d'apprécier le vieux renard de Benoît XVI, d'analyser les collusions entre terroristes et religieux, de souhaiter pour mes enfants un enseignement de qualité, fait par des gens de qualité, sélectionnés par un appareil d'Etat de qualité, lui-même chapeauté par un gouvernement mis au pouvoir par des gens de qua...
Serpent biblique qui se mord la queue ? Le diable perd alors !
Ecrit par : D'Enguell | 07 novembre 2006
Ah mais non, ce n'est pas à toi que je causais, c'était à JPB, je ne sais pas si le silence lui conviendra... Les cocottes minute ont besoin d'une soupape de sécurité.
Ecrit par : catmano | 07 novembre 2006
Dobolino : ce n'est pas moi qui parlais de la messe en latin. Veuillez ne pas mélanger les citations. Je ne suis pas croyant et je ne reconnais pas l'autorité du pape. Que les croyants fassent la messe en latin, en grec, en javanais, en verlan ou en espéranto ne me concerne pas. Se sentir concerné, ce serait déjà reconnaître une certaine forme de légitimité publique à l'église, ce qu'elle ne saurait avoir dans un état laïc.
Fguichard : l'extrémisme athée me semble assez facile à définir, et les exemples ne manquent pas. Robespierre, Staline, Mao, Pol Pot... Défendre la séparation de l'église et de l'état (absolue nécessité démocratique) est une chose. Raser les cathédrales, détruire l'art sacré et passer les croyants par le fil de l'épée en est une autre. Quand il s'agit d'exterminer son prochain, les athées ont souvent eu la main aussi lourde que les croyants.
Comme dit, je suis athée moi-même. Mais cette vision du monde : "l'athéisme c'est le Bien, la religion c'est le Mal" est une aberration historique. D'ailleurs, cela ressemble fort à de la bigoterie. De la bigoterie athée.
Ecrit par : Pierre-Henri | 07 novembre 2006
C'est incroyable cette excitation sur le thème de la religion! N'est-ce pas la tolérance lucide qui doit nous unir?
Evitons le ton passionnel - j'ai du mal, moi aussi -qui ne sert pas nos objectifs.
Si des visiteurs non enseignants du blog veulent bien lire quelques pages, ils constaterons que l'on ne pleure pas sur nos salaires mais que nous avons encore une haute idée de notre mission! Cependant depuis 2 jours, quand je retrouve mes classes, je suis vraiment désolé: les élèves ont laissé leur cerveau au vestiaire ou bien ils ont passé leurs vacances dans un bac de chez Picard.
Je serais intéressé par l'impression de mes chers collègues qui enseignent à des 6°: cette année , nous avons affaire à un phénomène effrayant, une génération déboule complètement abrutie avec un aplomb d'élèves de 4°. Je ne donne pas de détails. Je redoute de voir les enfants de parents qui ont une culture de plus en plus plate, sans parler du temps passé à blablater sur le net ou à jouer des heures entières au détriment de la lecture et du travail.
A suivre...
Ecrit par : Baltazar | 07 novembre 2006
Bien vu Pierre-Henri!
Parole de chrétien ou plus exactement de quelqu'un qui essaie de l'être et qui, de surcroît, n'est ni catho ni protestant mais orthodoxe. Non, pas tendance Vladimir Poutine!
Ecrit par : Théophile | 07 novembre 2006
Je viens d'écouter un long débat sur France-Cul entre "spécialistes de l'éducation": sociologues, chercheurs en sciences de l'éducation et autres lumières de la pensée française. Philippe Meirieu, François Dubet et Bertrand Geay.
Il n'y avait aucun praticien, naturellement: pas de petits profs du primaire ou du secondaire, pas de parents d'élèves, pas d'élèves. Que des penseurs. L'esprit allait donc fuser, l'intelligence briller.
Eh bien j'ai été stupéfait par deux choses:
1) L'aplomb avec lequel ces gens-là assénaient des affirmations parfaitement contestables -- et contestées -- sur le ton de l'absolue certitude; et, surtout, sans la moindre tentative de justification, d'argumentation, d'explication. Comme si c'étaient des évidences, des axiomes de départ non soumis à discussion, expédiés en deux mots au détour d'une phrase.
C'est ainsi qu'on a "appris", par exemple -- et encore, en tendant l'oreille -- que le niveau ne baisse pas (bien sûr); que la querelle entre pédagogistes et traditionalistes n'a aucun sens (ben tiens); que la carte scolaire ne doit pas être supprimée (pourquoi?); etc.
2) Une fois évacués en deux secondes ces tout petits problèmes qui ont le tort de précocuper tout le monde, la capacité de ces prétendus scientifiques à parler, parler, parler pendant des heures, tout en ne disant, littéralement, rien. C'est absolument fascinant.
Il faut parfois se donner des claques pour ne pas piquer du nez, et se forcer à suivre l'articulation du discours: non, mais qu'est-ce qu'il est exactement en train de dire, là? Et vous découvrez que le type est en train de parler depuis dix minutes pour dire simplement ceci: je n'ai absolument aucune idée comment améliorer l'éducation en France, mais ça serait bien que les profs en discutent entre eux. Je vous jure que je n'invente rien.
Le tout laisse une impression absolument effrayante. Ces sommités, vers qui tout le monde se tourne, n'ont absolument rien à dire sur les questions concrètes, urgentes, qui intéressent la nation entière. Ils sont parfaitement conscients, et ils l'avouent, que le système éducatif est dans un état très préoccupant.
En revanche, ils n'ont aucune information concrète, nouvelle, précise, pertinente, à verser au dossier du constat, du diagnostic. Ils n'ont aucune analyse spécifique, originale, personnelle, novatrice à faire valoir. (Aucun d'entre eux, par exemple, n'a relevé la similitude frappante des problèmes, et leur synchronicité, dans des pays très différents du monde occidental; ce qui me paraît tout de même fondamental pour qui veut esquisser une explication des causes, et donc proposer des remèdes.)
Ils ont encore moins des solutions à proposer, sinon: faut qu'on en parle, faut qu'on en discute (dit de façon beaucoup plus prétentieuse, naturellement; on n'est pas au café du Commerce, ici, monsieur!).
Le tout, psalmodié sur un rythme et avec un choix de mots qui semble spécialement étudié pour hypnotiser l'auditeur, lui faire croire qu'il entend des gens instruits parler de choses intelligentes, alors qu'ils pourraient aussi bien être en train de lire l'annuaire.
A croire qu'ils sont payés par un chef d'orchestre clandestin pour endormir le monde. Ce qui est peut-être le cas, finalement.
Si vous manquez de Valium:
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/suite_idees/
Ecrit par : Robert Marchenoir | 07 novembre 2006
Baltazar, je vois qu'il n'y a pas que dans notre école que la "cuvée 1995" a de la peine à se faire apprécier... Il y a même apparemment des zones où les dommages sont encore pires que chez nous. L'année dernière, quand ils étaient en CM2, les nôtres avaient aussi l'aplomb d'élèves de 4°(nous, nous disions "voyous des barrières" depuis leur année de Moyenne Section), au moins n'étaient-ils pas tous complètement abrutis... J'en parlerai à ma collègue de CM1/CM2 qui sera sans doute soulagée à l'idée qu'elle aurait pu avoir encore plus de difficultés que celles qu'elle a vécues avec ces sacrés 95 pendant 2 ans. Et bon courage, dans trois ans et 7 mois, ils quittent le collège !
PS : Rassurez-vous, si l'on peut tirer des généralités à partir d'une seule école, les "96" et les "97" sont beaucoup, beaucoup mieux...
Ecrit par : catmano | 07 novembre 2006
Cher Robert Marchenoir, après votre compte-rendu du débat entre pédagogistes sur France Culture, pour trouver que des bavards aussi creux et aussi bouffis d'eux-mêmes que Meirieu , Dubet et Geay sont intelligents, il faut avoir une curieuse idée de l'intelligence, n'est-ce pas Christophe?
Molière pensait à des personnages de ce type lorsqu'il faisait dire à Clitandre s'adressant à Trissotin dans les Femmes savantes:
"Mais j'aimerais mieux être au rang des ignorants
Que de me voir savant comme certaines gens.",
à Armande:
"Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis."
ou à Béralde dans le Malade imaginaire:
"Avec une robe et un bonnet [de médecin , ici, de pédagogiste!], tout galimatias devient savant, toute sottise devient raison."
Les adeptes des sciences de l'éducation remplissent du vide avec du creux.
Ecrit par : Jean | 08 novembre 2006
Robert, j'ai écouté l'émission sur France- culture, entièrement d'accord avec votre analyse. J'en ai particulièrement marre que ceux qui travaillent sur le terrain ne soient JAMAIS invités à participer au débat. Et il en est ainsi dans tous les domaines. Ce n'est mème plus des problèmes d'ègo(il en faut), ce sont des enflures méprisantes!
Ecrit par : nestor | 08 novembre 2006
L'"intelligence" de Meirieu!
Ah oui?
Ecrit par : Jean | 08 novembre 2006
Qui n'est jamais invité? On a quand même pas mal vu Boutonnet, Le Bris, et... Jean-Paul sur les media ces derniers temps, non? Et c'est moi qui suis parano!
Ecrit par : christophe sibille | 08 novembre 2006
À Brighelli :
Je n'ai que sympathie pour votre combat en faveur de l'école, sympathie et soutien. A ma place de professeur de lycée, j'y participe.
Mais quel besoin aviez-vous de parler de la religion comme " l'opium du peuple et des méthématiciens" ?
Vous ne pouvez pas dire que vous ne pensiez qu'à Pascal, et non pas à Lafforgue ! Quant à la suite ... !!!
Le fait religieux est dans la nature humaine et sociale : s'interrogeant sur son être et sa destinée, quel homme n'envisage pas l'existence d'un être supérieur, fût-ce pour se révolter contre lui ? quelles sociétés, quelles civilisations n'ont pas leur réponse et leurs attitudes religieuses face aux questions existentielles ? Et quand le "religieux" est officiellement proscrit, ou consciemment fui, il revient sous des apparences non religieuses - Chassez le naturel ...
Ici, Brighelli, votre anthropologie est vraiment courte.
Reste la question des violences, intolérances relgieuses, etc.
Pour le Christianisme, du moins, elles sont imputables aux hommes, et non à l'Evangile du Christ. L'homme est un être malade, déséquilibré ... Et ses comportements d'homme religieux sont parfois marqués par des pathologies individuelles ou collectives. À ce sujet, Benoît XVI recourt au concept de "pathologies religieuses".
Mais l'Evangile du Christ, lui, est tout entier d'amour, de paix, d'espérance, et de vigueur psychologique.
D'autre part, considérez la multitude d'oeuvres de miséricorde, d'éducation, d'enseignement, les fondations hospitalières, les universités ( création de la chrétienté médiévale), les oeuvres sociales pour les indigents, les prisonniers ou captifs, etc. qui accompagnent et ont toujours accompagné le christianisme ... Privé de tout cela dont la source est évangélique, notre monde serait encore plus dangereux et inhumain.
Pourquoi oubliez-vous saint Vincent de Paul et Mère Térésa, et leurs innombrables émules qui ne font aucun vacarme historico-médiatique ?
L'arbre vous cache-t-il la forêt ?
Ecrit par : rufus | 08 novembre 2006
Ce que les professeurs de terrain reprochent à Meirieu, à Dubet et à leurs comparses, ce n'est pas d'apparaître sur les médias, c'est d'y tenir un discours démagogique. Et comme la démagogie, par nature, ça marche, les médias leur déroulent le tapis rouge. C'est ainsi que Meirieu est fermement convaincu qu'il est un grand pédagogue et qu'il s'inscrit dans la lignée des illustres devanciers dont les portraits ponctuent son site. Il s'en donne la posture, mais il n'en a que l'apparence, comme le Geai paré des plumes du Paon!
Les professeurs qui ont charge réelle d'enseignement savent bien, eux, que le discours pédagogiste n'est qu'un tissu de contre-vérités assorti de prescriptions mortelles et enragent de voir ainsi la malhonnêteté intellectuelle se pavaner.
Ecrit par : Jean | 08 novembre 2006
En réponse à "Jean Sans Nom" suite à mon texte sur Maupassant (forum ouvert du site de Philippe Meirieu).
Ce qui vous dérange dans ce texte c'est qu'il apporte une contradiction totale et évidente à tout ce qui se dit par ignorance ou simple bêtise sur les classes "innovantes", "coopératives " ou "Freinet".
En effet, la culture y est présente quand on reproche à ces pédagogies de fonctionner à huis clos dans un enfermement infantilisant d'autosatisfaction.
Le maître y joue son rôle quand on dénonce son absence, son retrait pour ne pas dire sa démission.
Les élèves y travaillent : écoute, compréhension, lecture, production écrite, orthographe, conjugaison, apports culturels... quand vous prétendez qu'on ne vient plus en classe que pour s'y divertir entre deux récréations.
Bizarrement, je vous trouve bien silencieux sur certains points... Qu'avez-vous à dire sur la correspondance qui fait si facilement écrire des élèves parfois bien rétifs à toute autre forme d'écriture ? Que pensez-vous de la manière dont est abordée le passé simple ? Comment expliquez-vous le soudain attrait pour Maupassant de la part d'enfants qui ignoraient jusqu'à son existence ? Comment jugez-vous la liste individuelle de mots d'orthographe à apprendre ? Que proposez-vous d'autre comme travail adapté pour éviter que certains décrochent ? Avez-vous d'autres idées de valorisation du travail comme celle de présenter son texte à la classe ? Pourriez-vous me donner encore quelques conseils pour mettre au travail vingt-neuf élèves de 8 à 11 ans sans avoir besoin de crier des "choses terribles", de les "secouer" ou de leur mettre des "fessées" comme le préconise la madone des "babistes" ? (tiens, tiens, qui osera condamner cette autre "technique" pédagogique ?).
Bref, je crains qu'à l'approche d'une classe de primaire, vos compétences s'éloignent. Pour ma part, j'apprends chaque jour, progresse, évite des erreurs, corrige mon travail. Je ne suis enfermé dans un aucun dogme et ai recours à toute la palette pédagogique dont j'ai connaissance. Si je tiens compte de mes élèves, c'est par souci d'efficacité, pour augmenter les chances d'apprentissage. Vous appelez "laxisme" ma souplesse. Pour ma part, je crois que la rigidité dont vous vous réclamez est l'exact opposé de la rigueur. Elle désintéresse puis sanctionne avant d'exclure les élèves non préparés sociologiquement à recevoir votre docte parole.
Voilà ce que j'ai tenté d'expliquer dans cette contribution, car jamais Maupassant n'a écrit ses contes pour qu'ils soient disséqués dans la chambre froide que devraient devenir nos classes. Au risque de vous surprendre, je comprends votre incompréhension. Elle est logique, tout comme l'est la croyance - après observation - que le soleil tourne autour de la Terre...
N'étant qu'un "minable sous diplômé" comme dirait J-P B. je cède la place aux aboiement et autres morsures qui ne manqueront pas. Je me permets juste de rappeler que du fond d'un puits, le ciel paraît toujours petit. Le vôtre étant presque à sec, l'étroitesse vous guette. Intéressez-vous à ce qui peut se faire réellement en classe, cela vous éloignera de vos fantasmes d'apocalyptiques.
Sylvain Grandserre
Ecrit par : S.G. | 08 novembre 2006
Bonjour à tous et surtout à Jean-Paul Brighelli,
Je suis sur le point d'achever la lecture de La Fabrique du Crétin. Meme (et je ne mets pas l'accent circonflexe, car je n'ai pas encore apprivoisé le clavier du mac) si je trouve le ton trop incisif, je suis néanmoins d'accord sur le fond.
J'ai 24 ans, je viens de finir mes études, et je me rends compte à quel point j'ai été chanceuse d'avoir des parents éclairés qui m'ont toujours encouragés à lire et à apprendre (plus que le programme scolaire), et parfois de bons profs - de bons instituteurs surtout, qui enseignaient "à l'ancienne".
Mon commentaire a pour objet la question du mépris que Sciences Po aurait manifesté à l'encontre des étudiants reçus à l'école par les conventions ZEP. Pour que chacun comprenne mon propos, je dois d'abord vous parler un peu de moi.
Je suis arrivée en France avec mes prents, en 1990, suite à la chute du communisme en Roumanie. Ayant toujours aimé l'école, j'ai toujours attaché beaucoup d'importance à etre la meilleure de ma classe, ou au pire "dans les premiers". Mes parents, ayant pris conscience du faible niveau de l'école publique, se sont saignés pour que j'aille dans une école privée du CM2 à la 3è...le lycée privé était trop cher, je suis donc repartie dans le public, en ZEP.
En ZEP j'ai souvent perdu mon temps, mon niveau de 3è (d'un établissement privé catholique) était supérieur au niveau de la première littéraire de ZEP que j'ai fréquentée. Mais c'est là que la chance m'a souri : en 2001 j'étais en terminale, et cette année-là Sciences Po a lancé ses premières "conventions ZEP". J'ai eu mon bac L avec mention bien, et j'ai été reçue à Sciences Po sans passer le fameux concours.
Je n'ai pas l'impression qu'on m'ait méprisée en me permettant d'accéder au cursus de Sciences Po. La question du concours traditionnel? Je suis assez intelligente pour me rendre compte que je n'aurais pas pu le passer avec succès : ce n'étais pas une question d'intelligence mais un manque de connaissances que j'attribue au fait qu'il fallait toujours attendre que tout le monde comprenne dans la classe avant d'avancer. Certains pourront me retorquer que pour les élèves qui doutent d'eux, il y a les prépas d'été. En effet, ça existe, encore faut-il pouvoir se les payer, et mes parents avec leur salaire de techniciens ne le pouvaient pas.
Meme si ce systeme de conventions ZEP mis en place par Sciences Po n'est pas parfait (et je l'ai à maintes reprises critiqué tant sur le fond que sur la forme), il est ce qui m'a permis de faire des études où j'ai appris quelque chose, sans me sentir humiliée et traitée avec condescendance (ce qui a été le cas pendant les deux semaines que j'ai passées en hypokhagne au lycée Fénelon).
On peut critiquer les conventions ZEP lorsqu'on croit ce que racontent les médias (notamment la presse écrite) qui mettent l'accent sur l'origine des élèves plutot que sur leurs notes.
Mais en ce qui me concerne, je sens que j'ai MERITE d'entrer à Sciences Po : mes résultats scolaires sont la preuve de mon travail pendant de longues années. Et loin de me mépriser (comme l'ont fait certains profs parce que j'avais plus de connaissances qu'eux, et comme l'a fait l'Education nationale avec ses programmes ultra-light) Sciences Po m'a donné ma chance, celle d'apprendre plus, dans un contexte où etre un bon élève, avoir de bonnes notes, ce n'est pas une honte. A Sciences Po je n'ai jamais été mise de coté parce que j'ai réussi...alors que du primaire à la terminale j'ai été taxée "d'intello" (et c'est presque une insulte dans les cours d'école) et de "lèche-cul" parce que j'apprenais mes leçons et que je ne m'en cachais pas.
Je voudrais donc demander à Jean-Paul Brighelli de préciser son propos quant au système mis en place par Sciences Po. Peut-etre ai-je mal compris ce qu'il voulait dire...
Ce que j'ai compris, c'est qu'il dénonçait un système (celui des conventions ZEP) qui selon lui serait une insulte pour les élèves, car signifiant qu'ils sont trop betes pour passer le concours.
Je pense ( et Jean-Paul Brighelli pourra me dire s'il est d'accord ou pas) que ce système ne résoud pas de manière définitive le problème de la reproduction des élites. La solution est selon moi dans l'amélioration du niveau général d'enseignement...de manière à ce que dans un avenir plus ou moins proche tout les élèves aient les connaissances nécessaires leur permettant de se présenter au concours d'entrée de Sciences Po, et ce peut importe où ils ont fait leurs études. Voilà pour la solution idéale.
Mais il faut prendre en compte la réalité : il ne m'a pas semblé que l'Education nationale ait fait quoi que ce soit dans ce sens. Sciences Po a-t-il eu tort d'ouvrir ses portes à quelques uns seulement? Je ne le pense pas. Certes, on peut se dire que c'est injuste pour les autres (les élèves des lycées non "conventionnés" par Sciences Po) et que ça ne résoud pas le problème.
Mais Sciences Po n'est pas tenu de rattraper toutes les erreurs de l'Education nationale, et l'école a fait ce qu'elle a pu : mieux vaut donner leur chance à quelques uns que fermer les yeux et s'accrocher au concours traditionnel.
Dénigrer les étudiants reçus à Sciences Po sans passer le concours (mais en passant des épreuves quand meme, constitution de dossier de presse et soutenances, ce qui est trop souvent oublié) en insinuant qu'ils ne sont pas méritants...ça ne me parait pas digne de vous Jean-Paul Brighelli. Je parle en mon nom, mais je suis loin d'etre la seule dans ma situation puisque nous sommes 15 étudiants de la première "promotion ZEP" à avoir décroché notre diplome cette année. Et nous l'avons décroché à la sueur de notre front et aux picotements de nos yeux pour avoir passé bien des nuits blanches à apprendre nos cours et préparer nos travaux.
J'espère avoir une réponse de votre part monsieur, car outre le problème (mal-entendu?) que je viens de soulever, j'adhère à ce que vous écrivez, et je suis admirative que vous osiez parler de ce tabou qu'est le naufrage du système éducatif.
Astehna
Ecrit par : Astehna | 08 novembre 2006
Grandserre, lorsque vous parlez d'aboiements et de morsures, n'oubliez pas le complément du nom ou génitif que vous n'omîtes pas dans votre envolée "les hussards bleus" : de pitbull !
Ecrit par : D'Enguell | 08 novembre 2006
Que de grands mots, Sylvain Grandserre! Modérez-vous! Ce n'est pas très pédagogique de vouloir m'expliquer mon erreur de cette façon!
Vous faites allusion, précisez-le, à mon post du 6 novembre sur IUFM, mon amour.
Deux choses seulement, et je dis bien "seulement", m'ont gêné dans votre compte-rendu d'une lecture de Maupassant en classe élémentaire. Ce n'est pas du tout que les méthodes que vous avez employées, adaptées à l'âge de vos élèves, aient marché. Cela, c'est un sujet de satisfaction légitime.
C'est d'abord que vous étaliez de la sorte vos réussites pédagogiques.
Car nous pourrions tous faire des comptes-rendus du même genre, Cher Grandserre. Nous sommes tous passionnés, comme vous , par notre métier et il nous arrive souvent (si,si!), à nous aussi, de voir nos élèves "actifs" sur ce que nous proposons à leurs jeunes esprits. Leur émerveillement devant la découverte du monde et du savoir qui vous a ravi, nous le connaissons tous. Vous ne nous avez rien appris. Vous avez, en fait, enfoncé des portes ouvertes, avec l'ardeur et le langage un peu exalté, j'ai trouvé, du néophyte, bien que vous ne soyez pas en début de carrière, je suppose.
Le second reproche que je vous ai fait, c'est que vous vous soyez cru obligé de condamner, dans la conclusion de votre compte-rendu, ceux qui, sur les mêmes textes de Maupassant, auraient préféré procéder d'une autre manière que vous. Car pourquoi donc voulez-vous absolument que toute autre approche que la vôtre ne consiste qu'à "disséquer" le texte? Pourquoi donc vous arrogez-vous ainsi une sorte de monopole de l'invention pédagogique?
Pourquoi donc voulez-vous que la démarche que vous nous avez exposée soit la seule qui puisse intéresser les élèves?
Du reste croyez-vous vraiment qu'il existe un seul instituteur qui, voulant faire découvrir Maupassant à des écoliers, aurait procédé différemment de vous et leur aurait fait une "explication de texte" qui, toute vivante qu'elle fût, n'aurait pas sans doute pas été adaptée à leur âge? Encore que cela dépende de la classe...
Ce qui, donc, m'a gêné, c'est que vous balayiez d'un revers de manche, en bloc, toute façon de faire qui aurait consisté à dire aux élèves: "Prenez votre livre et votre cahier. Aujourd'hui, nous allons expliquer un texte de Maupassant.", façon de faire qui aurait peut-être parfaitement convenu, au contraire, dans un collège ou dans un lycée.
Mais je croyais m'en être expliqué sur mon post.
Ne vous imaginez pas avoir découvert le fil à couper le beurre. Laissez les autres exister. Ils ne font pas forcément plus mal que vous!
Ecrit par : Jean | 08 novembre 2006
Tiens, je remarque que Jean, dans son dernier message (à Sylvain Grandserre), emploie un ton nettement plus civilisé que dans les précédents. On ne peut que s'en, (et l'en) féliciter. Il traite mieux les présents que certains absents qui, on le sait, ont toujours tort!
Ecrit par : christophe sibille | 08 novembre 2006
Asthena, j'ai eu beaucoup de plaisir à lire votre témoignage. Non seulement il est plein de bon sens mais de surcroît, il montre qu'il est temps de supprimer les ZEP telles qu'elles sont définies aujourd'hui. Heureusement, vous faîtes partie de cette minorité de jeunes gens auxquels la convention zep de Sciences Po a donné avec succès(àvous lire) une chance. Comme vous le soulignez très bien, il est temps de "briser ce tabou qu'est le naufrage du système éducatif". Cette convention zep de Sciences Po n'aurait jamais du voir le jour car si le système éducatif était encore à la hauteur il y aurait davantage de chances offertes . On peut se réjouir pour vous à titre particulier d'en avoir bénéficié mais je crois qu'il faut déplorer et continuer de dénoncer que vous soyez si peu nombreux, issus des zep, à avoir une chance d'accéder à une "grande école" car vous le dîtes très bien, on ne vous a pas donné l'instruction consistante nécessaire pour prétendre en passer les concours d'entrée!
Aussi, quand vous écrivez:"mieux vaut donner leur chance à quelques uns que fermer les yeux et s'accrocher au concours traditionnel" je vous approuve avec une certaine retenue car j'ai tendance à en demander toujours plus et je crois qu'il est grand temps d'offrir (et je devrais écrire ré-offrir),à tout élève, la même instruction de qualité, en les tirant vers le haut .
Pensez à tous ceux qui n'ont peut-être pas eu la chance,comme vous, d'avoir des parents aussi conscients des enjeux que l'étaient les votres.
Mais en l'état actuel, à vous lire, je pense qu'il est important de maintenir cette convention zep(et souhaitons que ce ne soit que provisoire). Parallèlement, à nous de continuer de dénoncer ce délabrement de l'enseignement et la discrimination quant à l'accès aux connaissances dont nos enfants sont les victimes. On nous bassine au nom de la mixité sociale mais c'est une des plus abjectes tartufferies qui soit dans une société où l'ascenseur social à été mis hors service et dans laquelle il n'y a plus que le sous sol qui demeure accessible pour la majorité.
Bon chemin à vous Astehna, maintenant vous avez de multiples routes devant vous.
Bonjour à JPB, Dobolino et Catmano et tous les autres...
Sieur Sibille comme vous semblez avoir retrouvé la forme dans votre rôle de correcteur d'orthographe des habitués du blog , je ne prends pas la peine de relire vous me corrigerez!
bonne fin de journée à tous
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 08 novembre 2006
Jean,
N'inversez pas les rôles. Dois-je vous rappeler qui actuellement menace, sanctionne, interdit ou falsifie les propos ? Sauf erreur de ma part, c'est bien R. Goigoux qui a été interdit puis insulté ("chauffard" à qui on confierait une auto-école), P. Frackowiak qui a été menacé quand d'autres ont une liberté de critique de l'institution totale, J-E. Gombert dont les propos ont été amputés sur le DVD relatif à la lecture, les chercheurs qui ont vu leurs travaux détournés pour faire croire, avant le récent démenti, qu'ils soutenaient l'action ministérielle.
Donc, sur le terrain de l'intolérance, il y a bien plus suspect que moi qui suis habitué à faire chaque jour avec tout le monde, dans la classe (écarts d'âge, de compétences, différences sociales) ou en dehors (élus, parents, collègues, partenaires, intervenants...).
Maintenant, ce n'est tout de même pas de ma faute si tout le monde se plaint du manque d'attention et d'intérêt des élèves pour ce qu'on leur enseigne. Feriez-vous un constat inverse ?
Je n'ai donc jamais eu la prétention d'imposer une méthode mais juste l'intention de rappeler dans une vision positive que vous prennez à tort pour une exaltation de néophyte, qu'il ne fallait pas renoncer et qu'à certaines conditions -qu'il nous faut savoir créer - un enfant peut aimer lire, écrire, chercher et même s'intéresser à ce qui de prime abord semblait éloigné de son univers.
Si vous aussi vous avez quelque chose d'encourageant à nous raconter sur ce qui peut se passer en classe, n'hésitez pas, ça changerait des incessantes jérémiades qui encombrent les blogs et forums sur l'éducation.
PS pour D'Enguell : je sais qu'il est risqué de jouer avec une muselière. Mais ça me paraît tout de même moins dangereux que de caresser les loups dans le sens du poil !
SG
Ecrit par : S.G. | 08 novembre 2006
JP même moi je me fais avoir ( de temps en temps) et pourtant je le sais ;)
IL NE FAUT PAS LES LIRE ....
Surtout quand le nain il te dis qu'il a lu en 'biais' :))))))))
Bon j'ai vu que vous avez récupéré SG , donc voici un petit lien 'rigolo' pour savoir à qui vous avez à faire (affaire ;) )
http://www.lire-ecrire.org/index.php?action=forum&subaction=message&id_chambre=1641&id_sujet=14761&PHPSESSID=9af7eeb6a8e3feb04ada6e446b1c7897
Il y a trois pages à lire, soyez pô trop vache avec lui, il a de gros soucis de compréhension ;)
Ecrit par : toto | 08 novembre 2006
dit
trop bonne ma weed :o)
Ecrit par : toto | 08 novembre 2006
"Elle (la rigidité) désintéresse puis sanctionne avant d'exclure les élèves non préparés SOCIOLOGIQUEMENT à recevoir votre docte parole".
Voyez-vous, SG, même en édulcorant vos propos, les grossièretés restent apparentes.
Et la muselière qu'il est risqué pour vous de manier, Mowgli n'en avait cure, il savait où était la place que les loups lui attribuèrent, pour ne pas se faire dévorer tout cru par le VRAI méchant.
Pas vous apparemment.
Ecrit par : D'Enguell | 08 novembre 2006
"Sieur Sibille comme vous semblez avoir retrouvé la forme dans votre rôle de correcteur d'orthographe des habitués du blog , je ne prends pas la peine de relire vous me corrigerez!
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 08 novembre 2006
J'ai corrigé, ou plutôt demandé la rectification d'une faute altérant le sens d'un message qui m'était destiné, oui.
Ecrit par : christophe sibille | 08 novembre 2006
"dit
trop bonne ma weed :o)"
Ecrit par : toto | 08 novembre 2006
Oui, ça m'en a tout l'air!
Ecrit par : christophe sibille | 08 novembre 2006
D'Enguell, puisque vous vous référez à Kipling en me parlant de Mowgly, je préfère ce passage de son célèbre texte "If" :
"Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot"
Je trouve que ce passage à toute sa place sur ce blog. Un dernier mot pour Jean qui s'inquiète de trouver peut-être une marque de mépris des pratiques de classe différentes des miennes : attention, vous êtes tout de même sur le blog de quelqu'un qui estime que les enseignants ne fichent plus rien (surtout au primaire) et qu'ils n'apprennent plus la moindre chose à leurs élèves !
Toto merci pour le lien de la vidéo, je l'avais perdu. Manqueriez-vous d'humour ? Je suis sûr qu'il fera sourire JPB.
Ecrit par : S.G. | 08 novembre 2006
"Comment leur crasse ignorance, cachée sous une virulence abrutie, peut-elle séduire des parents déboussolés, des enseignants dépassés ou des animateurs en mal d'audimat"
Affirmerez-vous encore être un travesti par gueux ?
Vous citez You'll be a man, alors que vous jouez Yul Brynner en pharaon, qui ne voit que son petit empire lui échapper...
Jérémiades, vous dîtes !
http://perso.orange.fr/bla-bla.cycle3/pdf/divers/les%20hussards%20bleus.pdf
Ecrit par : D'Enguell | 08 novembre 2006
A lire ce truc sur le lien que vs venez de donner, D'Enguell, et je ne suis pas une habituée de ce type de textes car je "navigue" assez peu sur le net, je me dis que l'on s'y est mal pris, sûrement. Bien sûr, je sais que ces gens-là sont prompts à déformer les propos pour défendre leur boutique, mais avons-nous pris toutes les formes nécessaires pour éviter qu'ils puissent s'adonner aussi aisément à un travestissement des mots dont nous usons? Par ailleurs, le coup des "tapes sur les fesses", a-t-il vraiment été présenté ainsi ou est-ce de la diffamation pure et simple?Je crois que toute intervention quand elle est télévisée ou radio-diffusée devrait être extrêmement préparée, comme une leçon d'agreg, tiens, où l'on sait que chaque mot peut vs sauver ou vs exclure. Le "nous" étant un "nous " de solidarité car je n'y suis point pour grand-chose.
Ecrit par : elisabeth | 08 novembre 2006
C'est Toto, grâce lui soit rendue, qui nous avait communiqué ce lien début octobre.
Je l'avais appris par cœur... ;)
Ecrit par : D'Enguell | 08 novembre 2006
C'est fou ce que les opposants à la réaction nécessaire et justifiée contre les dérives de la pédagogie et les circulaires officielles stupides ont le mot "collabo" à la bouche! M. Grandserre critique les "zélés "collaborateurs" de la politique la plus rétrograde..." Sait-il ce qu'est la collaboration, voire le collaborationisme? Aussi C... que certains futurs éducateurs! Non, il ne fait pas partie des "rétrogrades"; bien mieux, il est un parangon du progrès dont chacun peut estimer les résultats. Il est content le Monsieur?
C'est la vilaine droite, c'est le capitalisme, c'est les réacs cathos qui sont la cause de la débandade générale? Pas la faute du SNES? du SGEN?du SE? Tiens et si c'était la faute du SNALC? Pas mal hein?
Il y a des clercs sans frocs qui incarnent le PROGRES et dont l'Eglise est envahie par des démons... Brighelli le grand Satan peut-il nous aider à affaiblir ces grenouilles de bénitiers qui coassent dans les IUFM? On le suit !
Au diable les batraciens!
Ecrit par : Baltazar | 08 novembre 2006
"attention, vous êtes tout de même sur le blog de quelqu'un qui estime que les enseignants ne fichent plus rien (surtout au primaire) et qu'ils n'apprennent plus la moindre chose à leurs élèves !" S.G.
La dernière fois que j'ai entendu dire que les enseignants ne fichaient rien, c'était à la réunion de la Section locale du PS de la bouche d'une instit jeune retraitée qui cherchait à me prouver ainsi l'utilité de Meirieu (à qui elle voue un culte) et des inspecteurs dans des classes menées par des fainéants...Excusez moi mais je n'y comprends plus rien, d'autant plus que je n'ai jamais lu ici que les enseignants étaient des fainéants mais plutot des manipulés?
Patricia, vous avez écrit à Asthena très exactement ce que je voulais lui dire et vous en remercie.
Ecrit par : dobolino | 08 novembre 2006
Et puis, les pédagogistes n'ont jamais témoigné le moindre mépris pour les enseignants, cela va de soi. Jamais la moindre trace de mépris à l'encontre de la société des agrégés, par exemple.
Ecrit par : Pierre-Henri | 08 novembre 2006
Soit dit en passant, Pierre-Henri, on peut être agrégé et n'avoir que de bien piètres échantillons de pédagogie dans ses bagages! C'est aussi vrai , bien sûr, pour les certifiés et les professeurs des écoles.
Ne serait -il pas intéressant de définir le pédagogue en regard du pédagogiste? Un pédagogiste: pédagogue en puissance mais incapable d' être en acte par superstition, il croit à une science de l'éducation, il se rassure et se donne une posture au moyen d'un discours abscons qui prétend à la scientificité.
Il ya 20 ans, mon meilleur professeur d'Histoire-Géo du Lycée me parlait des "pédagogues de laboratoires". Il avait un charisme, une énergie, une passion exceptionnels pour nous faire entendre et comprendre. Il n'avait pas été chez les Meirieu-boys pour mériter les éloges d'inspecteurs de passage. Qu'en serait-il aujourd'hui? Il serait taxé de "rétrograde"? Il n'aurait pas une bonne note de l'inspection pédagogiste ou pédagogique?
Ecrit par : Baltazar | 08 novembre 2006
Un petit "Billet d' humeur" sur Les Mots-Tocsin :
Laurent Lafforgue et Jean-Paul Brighelli
ou
Le complexe d'Astérix
http://motstocsin.autonomie.org/html/billets/page1.htm
Avec une référence à un texte de Bricmont qui remet bien les chose en place...
Ecrit par : Yves | 09 novembre 2006
Tiens, je remarque que Jean, dans son dernier message (à Sylvain Grandserre), emploie un ton nettement plus civilisé que dans les précédents. On ne peut que s'en, (et l'en) féliciter. Il traite mieux les présents que certains absents qui, on le sait, ont toujours tort!
Ecrit par : christophe sibille | 08 novembre 2006
Vous en savez quelque chose, n'est-ce pas Christophe Sibille ?
Ecrit par : Guillaume | 09 novembre 2006
Tiens, revoilà Guillaume! Bonjour à vous.
Merci, Sylvain... Ce blog va enfin s'enrichir avec un peu de discussions contradictoires, grâce à vous.
Ecrit par : christophe sibille | 09 novembre 2006
A propos des "Recommandations du HCE pour la formation des maîtres" déjà évoquées sur ce blog, ce communiqué de la Société des agrégés.
M.Jean-Michel LEOST, Président de la Société des agrégés, a fait à la Presse la déclaration suivante:
"La Société des agrégés dénonce vivement les Recommandations du Haut Conseil de l'Education sur la formation des maîtres.
En effet, si chacun peut y trouver telle ou telle proposition qui puisse le satisfaire, l'esprit général du texte est inspiré par les idéologies pédagogiques qui se prétendent "progressistes" mais sont responsables, depuis des années, de la décadence de l'instuction publique.
En affirmant, dès les premières lignes de son rapport, que "de bonnes connaissances disciplinaires ne suffisent pas à faire un bon enseignant", - sans préciser qu'elles sont le fondement indispensable d'une pédagogie efficace - ou, plus loin, qu'"il ne suffit pas d'être un bon enseignant [...] pour être un formateur compétent", le haut Conseil de l'Education ouvre la voie à toutes sortes de dérives et donne aux idéologues la mainmise sur l'enseignement.
Le référentiel des dix compétences qu'il propose pour la titularisation ne comprend que deux compétences disciplinaires ("compétence disciplinaire et culturelle", "compétence en langue française"), ce qui, quelles que soient les intentions du HCE, rend ces compétences secondaires.
La compétence n°8 ("compétence à travailler en équipe et à coopérer avec tous les partenaires de l'Ecole") donne au métier d'enseignant une orientation contraire à la liberté pédagogique en imposant comme une condition de la titularisation une pratique dont la pertinence de la généralisation na jamais été démontrée.
Tout laisse à penser que ces "recommandations", si elles étaient appliquées dans leur ensemble, aggraveraient les défauts patents des IUFM et donneraient un privilège irréversible aux préjugés arrogants des prétendues sciences de l'éducation.
La Société des agrégés ne saurait accepter que la formation des professeurs, qui ont le devoir de transmettre des connaissances à leurs élèves pour en faire des esprits libres de penser par eux-mêmes, soit soumise à un carcan idéologique."
Ecrit par : Jean | 09 novembre 2006
En affirmant, dès les premières lignes de son rapport, que "de bonnes connaissances disciplinaires ne suffisent pas à faire un bon enseignant", - sans préciser qu'elles sont le fondement indispensable d'une pédagogie efficace "
Ecrit par : Jean | 09 novembre 2006
Le fait que l'on précise qu'elles ne suffisent pas signifie en lui-même qu'elles sont le fondement indispensable d'une pédagogie efficace. Comment dit-on, en math? Nécessaire, mais non suffisant? Pour vous tous qui semblez aimer les sciences exactes, et qui pensez que l'apprentissage de la lecture puisse en faire partie... ...
Ecrit par : christophe sibille | 09 novembre 2006
Peut-être mal placé, mais je ne sais comment faire pour vous communiquer l'existence toute nouvelle d'une histoire pour enfant qui vous plairait, forcément.
en voici la présentation:
--------------------
Tariq, le chameau
Tariq le chameau est un petit être qualifié de "différent". Il n’est pas adapté à une école qui formate, il ne rentre pas dans le moule. A travers cette histoire pour enfants, Jean-François Planchet (les mots) et Loïc Lémonon (les
dessins) illustrent par la poésie les difficultés auxquelles sont confrontés les enfants "hors-cadre", ceux qui ne peuvent, ne veulent, par leur héritage culturel ou social, suivre les rails sur lesquels l’institution veut les poser.
Qu’ils soient de la troisième génération, qu’ils soient manouches, qu’ils soient en grande difficulté scolaire, les Tariq souffrent par milliers, anonymement, sur les bancs trop lisses de l’institution scolaire. Par cette histoire, Jean-François Planchet et Loïc Lémonon en décrivent en filigrane les violents rouages.
Une interview de Jean-François Planchet a été réalisée par le collectif "Les mots sont importants" sur leur site à l’adresse :
http://lmsi.net/article.php3?id_article=587
« Tariq, le chameau »
Editions à même le monde
www.amemelemonde.fr
-------------------------------
Merci
Ecrit par : E. | 09 novembre 2006
Jean, une question:
Pourquoi faut-il que la Société des agrégés énonce seule ce genre de critique? Et les certifiés, sont ils, sans Société, des moutons incapables -parce que non agrégés?...- d'exprimer de telles réserves ou critiques?
Est ce que la fierté d'un agrégé lui donne davantage de force pour résister aux idioties officielles? Les certifiés et professeurs des écoles formeraient-ils une masse plus maléable par manque d'estime de soi?
Depuis quand et pourquoi cherche-t-on à faire perdre l'estime de soi dans cette profession?
Humiliation nouvelle: l'intégration dans la moyenne générale , sanction du tavail, de la note de Vie scolaire (comportement, discipline, etc..). Poudre aux yeux destinée à faire croire au retour de la morale: foutaise et perversité! La réalité sera l'amélioration de la moyenne générale avec des notes élevées. Il peut être fier le Ministre!
Les critères objectifs de son attribution? Oui, il y en a un peu mais la subjectivité est reine. Quant aux moyens à mettre en oeuvre pour attribuer la note, je vous laisse y penser. Les Yaka sont attendus de pied ferme.
Ecrit par : Baltazar | 09 novembre 2006
Bonjour à tous,
Zil de mon état et en SEGPA pour la semaine avec des 6è,5è,4è,3è. Je suis d'accord (encore) avec JPB. Leur vide culturel fait qu'ils s'occupent comme ils peuvent.
En une après-midi aujourd'hui, un élève de 13 ans m'a traité de tapette, a dit à une autre prof "t'es quand même bonne pour ton âge" et a rajouté "continue de crier tu m'excites" puis a terminé avec un "grosse pute" destiné à une camarade.
La semaine avant les vacances, je m'occupais d'un CP/CE1 dans un quartier pavillonnaire. Un élève me répond avec un peu trop de toupet. Je lui donne une tape (non douloureuse) sur les fesses et lui dis de regagner sa place, ce qu'il fit sans moufter. Eh bien lisez ça....
La directrice de l'école a appelé l'inspecteur qui s'est déplacé pour me sommer de ne pas toucher aux élèves, que j'aurais des soucis. (en ces temps où chaque homme est un pédophile en puissance)
Le problème c'est que les élèves qui mettent le désordre sont 3 voire 4 dans une classe. Et le gamin de treize ans a dit devant la directrice de la SEGPA "même mon père n'a pas le droit de me toucher." Pourquoi? lui dis-je... "Parce qu'un jour il a été convoqué et il m'a mis une baffe. Le collège a porté plainte contre lui."!!!!! Puis "les rapports ça fait rien, machin il en a 15 et il a rien."
L'autorité a disparu avec le savoir. Même Freud et tous les psy responsables de la planète vous diront qu'elle structure. Bien-sûr point trop n'en faut mais aujourd'hui devant de tels actes, il faudra m'expliquer comment faire avec des élèves invincibles d'un mètre quatre-vingt qui le savent.
Le pire de tout



