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27 juin 2006

Vous avez dit violence ?

CP, ton monde impitoyable : vers la mi-décembre, Alan commença à frapper ses camarades.

Pourquoi avait-il attendu l’hiver ? Quel climat particulier, en dehors de l’ambiance familiale, rarement au beau fixe, avait suscité cette rage ? Peut-être parce qu’au fond, il s’ennuyait. Qu’avait-il fait depuis septembre ? Si peu de choses qu’elles pouvaient se résumer à rien: la « professeure » avait doctement affirmé, conformément à la Vulgate officielle, que « l’apprentissage de la lecture n’est pas uniquement l’affaire du CP, mais de tout le « cycle II », de la grande section de maternelle au CE1 », — une façon commode de repasser le problème de la lecture à sa collègue de l’année suivante, jusqu’à ce que, de démission en démission, 17% des élèves se retrouvent en Sixième sans savoir lire…
Décembre est le mois fatidique où, chaque année, la librairie Belin commence à vendre quelques dizaines de milliers d’exemplaires de la Méthode Boscher, achetée en urgence par tant de parents et de grands-parents alarmés de ce que font en CP leurs enfants ou leurs petits-enfants — ou, plutôt, ce qu’ils n’y font pas.
La « professeure des écoles » avait donc mollement commencé par une méthode tellement globale que Foucambert ne l’aurait pas désavouée. Que son propre ministre ait commandé l’abandon de cette pratique, au moins au départ, ne l’avait guère interpellée : un coup de fil à sa « formatrice IUFM » l’avait rassurée, elle aurait toujours le soutien des jusquauboutistes du pédagogisme, qui affirment du haut de leur incompétence que la syllabique est élitiste (?) pendant que la globale est prolétarienne…
Alan avait, comme les autres, ingurgité les trente ou quarante mots dont le dessin se reconnaissait sous l’image Mais son énergie n’était guère sollicitée — pas de devoirs, pas de leçons, rien à apprendre et rien à faire. Il tourna en rond quelque temps…
Il commença à frapper Arthur, l’un de ses camarades, en pleine classe. « Voyons, Alan, regagne ta place », dit calmement la « professeure des écoles » qui avait parfaitement vu le garçon se lever, franchir deux rangs et cogner très fort, sur la tête, le petit garçon qu’il avait pris en grippe. Cela ne l’avait guère émue : Alan s’exprimait, probablement…
Puis les agressions gagnèrent la cour de récréation, la cantine, les toilettes. Nul recoin de la petite école de campagne n’était à l’abri de cette rage puérile. Arthur n’était pas le seul bénéficiaire de l’attention musclée d’Alan. Mais il y avait droit plus souvent que les autres : on connaît cette fixation des petits durs des préaux, peut-être Arthur réussissait-il mieux qu’Alan, et les enfants déconstruits par l’école des pédagogues prennent volontiers comme boucs émissaires ceux qui les dépassent.
Après tout, il ne pouvait cogner directement sur la maîtresse…

Les parents d’Arthur s’alarmèrent, quand ils virent leur fils revenir avec un œil au beurre noir. Ils demandèrent à discuter avec l’institutrice, qui affirma avec sa morgue habituelle que rien ne s’était passé sous sa juridiction. Les trois mères désœuvrées qui l’épaulaient en toute circonstance, parce qu’elles avaient reconnu en elle le reflet institutionnel de leur incapacité, accoururent aussitôt. « Mais madame, lancèrent-elles avec une belle unanimité à la maman alarmée, il est normal que les enfants se battent… Et le vôtre n’est pas le dernier à s’y risquer… Au fond, il n’a jamais que ce qu’il mérite… »
Les vexations recommencèrent. Alan, de l’hiver à la fin du printemps, se déchaîna… Tant et si bien que les parents d’Arthur finirent par se plaindre à l’administration de l’Education Nationale… Et à envisager sérieusement de l’inscrire dans le privé… Ainsi meurent les écoles rurales, ainsi meurent les ZEP, quand les parents excédés par la violence ambiante franchissent le pas et ôtent leur enfant d’un environnement délétère.
Scandale dans le Landernau. L’institutrice alarma les parents qu’elle manipulait, et leur suggéra les voies de la riposte : se répandre en calomnies, attaquer la mère du petit garçon à tout propos, inventer des épisodes, affirmer haut et fort qu’Alan n’était pas plus violent qu’un autre, et beaucoup moins qu’Arthur…
Rien que de très habituel. Les pleutres attaquent dans le dos, depuis l’âge des cavernes.
Cela marcha un certain temps. Dans une petite école, il suffit que deux ou trois délégués des parents se plient aux suggestions de tel ou telle, pour que tous les autres croient de bonne foi qu’une cinglée proteste à tort et à travers…
La haute administration, prévenue, décida qu’il était urgent d’attendre. Elle savait fort bien, ladite administration, qu’il ne s’agissait pas seulement d’un petit garçon portée à la castagne, mais du résultat connu d’une pédagogie défaillante… Mais d’ici à envoyer un inspecteur s’informer des méthodes pédagogiques d’une « professeure » si conforme aux Instructions Officielles…

L’origine de la violence est bien rarement le « caractère » de l’enfant — n’en déplaise à ceux qui prétendent repérer dès trois ans les futurs délinquants. La première violence, c’est la société qui l’exerce. Elle peut venir des conditions de vie ou d’emploi, dans les zones rurales comme dans les banlieues-ghettos. Mais elle est souvent générée par l’école elle-même.
Car n’est-ce pas une violence que de refuser, à un enfant qui a envie d’apprendre, l’aliment indispensable ? N’est-ce pas une violence que de mal lui apprendre ? N’est-ce pas une violence que de le pousser à l’ennui, comme on vous pousse à l’eau ?
« Pas de redoublements », clament les Pharisiens. Mais n’est-ce pas une pire violence que de laisser passer un enfant qui ne sait pas, dans une classe où il s’apercevra, fatalement, qu’il est le cancre de service ? Car les enfants se classent, spontanément — ils n’ont pas besoin de notes pour savoir qui est en tête de classe. La vraie violence, n’est-ce pas cette manie de propulser en avant des élèves qui n’en ont ni l’envie ni les moyens ? Chaque enfant progresse à son rythme, et je ne suis pas loin d’approuver certains procédés des écoles Montessori — faire passer par matière, et non pas de façon globale : on peut ainsi être en Sixième en maths, et en Quatrième en Français. L’essentiel, c’est que l’on exige, à un certain moment, un niveau d’ensemble cohérent par rapport à un projet scolaire, à un projet de vie.

Les statisticiens nous disent que la violence des jeunes a augmenté de près de 80% en dix ans — particulièrement chez les plus jeunes. Cela coïncide très exactement avec la montée en puissance des pédagogues, depuis que la loi Jospin de 1989 leur a ouvert en grand les portes de l’école, à commencer par celles de la formation des maîtres. Et vous voudriez que je ne trouve pas curieuse cette coïncidence ? Vous voudriez que je ne pense pas que les IUFM, qui formatent les enseignants d’aujourd’hui, ont une part de responsabilité dans la dégradation du climat scolaire — sans parler de celle du niveau ? Vous voudriez que je ne lie pas les événements furieux de novembre 2005 et les programmes imbéciles qui depuis dix ans affament les élèves ?

Dois-je me laisser aller à la nostalgie, comme on me le reproche trop souvent ? J’ai connu une époque où l’on ne se battait pas en classe, ni même à l’école. On s’attendait à la sortie — car les sanctions pleuvaient dès qu’on levait la main — dès que l’on descendait trop vite un escalier, en bousculant les autres.
Mais la notion même de sanction est sans doute anti-citoyenne. Le résultat de cette démission est la montée de l’anti-citoyenneté. On peut dispenser des milliers d’heures d’instruction civique : dans une école vouée au loisir et à la construction par l’élève de ses propres savoirs, quoi que veuille dire cette formule, cela ne sert à rien. Seul le travail, le travail acharné, l’ouvrage remis cent fois sur le métier, donne une morale.

Il n’est pas trop tard pour changer d’orientation — et pour donner au moins aux enfants les nourritures intellectuelles qui alimenteront leur fringale, au lieu de les considérer comme des petits princes et de les excuser lorsqu’ils rançonnent leurs petits camarades, qu’ils leur cassent la figure ou qu’ils les séquestrent dans des caves, à Bagneux ou ailleurs, pour les torturer à leur aise. Il n’est pas trop tard pour comprendre que restaurer les disciplines, c’est restaurer la discipline. La vraie tolérance commence à l’intolérance de la bêtise — à commencer par celle de l’institution.

Jean Paul Brighelli

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Commentaires

Monsieur,
Que pensez-vous de l'école à deux ans? Avez-vous une opinion sur ce point? Je cherche à me renseigner sur ce sujet car je suis mère d'un enfant que je vais scolariser en septembre sauf si on me convainc que cela lui sera préjudiciable; salutations .

Ecrit par : moumoune | 27 juin 2006

Je réitère ma question puisqu'on est presque en juillet et que ce blog est consacré aux enfants qui s'ennuient au CP et après. Avez-vous reçu l'essai "Et si l'erreur commençait bien avant six ans ?" que j'ai tenté de vous faire parvenir par l'intermédiaire de votre éditeur ? J'aimerais bien avoir votre avis sur les pistes que je propose. En vous remerciant de bien vouloir nous aider à remuer le cocotier en maternelle et en primaire.

Ecrit par : catmano | 27 juin 2006

Pour Moumoune... L'école à deux ans, pourquoi pas... si c'est réellement une école qui, d'une part, ne se cache pas derrière les excuses de la maîtresse d'Alan et d'Arthur et, d'autre part, connaît les besoins d'un enfant de 2 ans, ses capacités motrices, langagières, relationnelles et bâtit sa pédagogie en fonction de ces besoins.

Ecrit par : catmano | 27 juin 2006

C'est l'Outrau de l'Education Nationale, ce que vous nous apprenez-là ! Mais continuons ainsi : quand les écoles publiques auront découragé tous les élèves, l'Etat aura moins de soucis avec son budget.

Découvrez l'actualité en vers et contre tout sur http://poactu.canalblog.com/

Ecrit par : Philippe Gras | 27 juin 2006

Je suis entièrement d'accord avec vous. Moi-même, bien qu'étant prof dans le public et croyant profondément en cette école bien malmenée actuellement, je choisirai pourtant le privé pour mes enfants...

Ecrit par : Christine | 27 juin 2006

Toutes les réformes régressives ont contribué à mettre en échec des élèves qui n'auraient jamais dû l'être .
Or si la réussite scolaire cadre , structure, renforce un élève , l'échec scolaire le désoriente , le déstabilise , le fragilise .
La transmission des savoirs imposait une discipline : attention, concentration , rythme , contraintes et règles de travail .
Sa suppression a donc entraîné la disparition de l' éducation scolaire qui en découlait naturellement .
D'où les difficultés croissantes de discipline qui nuisent à l'instruction car tout apprentissage requiert :
- l'autorité du maître
- et l'effort de l'élève
dans une ambiance de travail .
M.H.

Ecrit par : M.H. | 27 juin 2006

MAIS... il manque la fin de l'histoire !

Arthur continue-t-il à être violenté par Alan?

A-t-on reconnu la souffrance d'Arthur? Qu'a-t-on fait pour ( ou contre ) le Alan en question?

A ce point de l'histoire, on ne peut pas trancher entre les affirmations de la mère et les allégations du camp adverse ( instit + parents ) .

Qu'est-il donc advenu pour Arthur et Alan?!

Ecrit par : Jérémy | 27 juin 2006

Eh OUI, merci à Jospin........

Ennui, ennui quand tu nous tiens!!!!!

Je n'ai aucune honte à dire que l'école détient le pouvoir en ce qui concerne nos enfants. Pression sur les enfants, sur les parents. Langage utilisé qui ne veut rien dire, hormis noyer le "poisson".
Ils ne sont pas beaux les dessous de l'E.N. Et un grand nombre d'enseignants en jouent.
C'est tellement facile de dire qu'un enfant est incontrôlable, plutôt que de chercher à comprendre pourquoi (c'est à dire, comme le dit JPB, le nourrir intellectuellement).

Les mots à la mode sont : immaturité, hyperactivité, aucune concentration, écrit mal, mal être.....
Il faut tout de même se rendre compte que les enseignants jouent aux apprentis doctors, en conseillant aux parents de consulter un psychologue scolaire (surtout pas extérieur à l'école), orthophoniste, etc, dès qu'il y a un petit soucis avec un enfant. Conseils utiles parfois, mais très souvent disproportionnés.

A QUI LA FAUTE ?????????

Arrêtons de parler constamment des parents.
Un enfant a besoin de limites. Et dans une classe, c'est l'enseignant qui doit les donner.
Sa mission première est d'enseigner, et non pas de faire de la garderie.

EXIGEANCE : respect et apprentissage devraient être étroitement liés.

Catmano dit "et si l'erreur commencait bien avant 6 ans ?"
Evidemment qu'elle commence avant 6 ans.
Il serait grand temps de s'en rendre compte.
Les enfants évoluent dans un monde, où dès le plus jeune âge, les jouets les éveillent.
Quand ils arrivent à l'école, beaucoup d'entre eux, seraient prêts à découvrir les joies de l'apprentissage. Mais la petite section est une garderie, la moyenne section est une classe de sociabilisation avec quelques petits exercices et cette fameuse sieste, la grande section n'a pratiquement aucun lien de préparation avec le CP.

De plus, comme l'école tire vers le bas, les enfants qui ont plus de potentiels que d'autres sont en attentes, donc l'ennui, comme peut-être le petit Alan. Et dès la maternelle, dans son dossier scolaire sera inscrit : enfant à problemes. Devrait être vu par le psy scolaire et derrière va arriver la batterie du RASED.

Quand comprendra-t-on :
que l'école n'est plus en adéquation avec les enfants,
que l'école admet et met en place du soutien pour les plus faibles,
que l'école enseigne aux élèves moyens dans toute leur diversité,
et que l'école met aux oubliettes les meilleurs.
Le tout accomodé d'une sauce d'enseignement allégée.

L'école qui se voulait égale pour tous, a elle-même instauré l'inégalité. Une vraie fabrique d'ignares, qui ne tient rarement compte des particularités de chacun.

Mais heureusement, une minorité d'enseignants commencent à réagir, beaucoup de parents commencent aussi à se préoccuper de se délabrement intellectuel, les médias semblent s'approprier ce sujet qui leur fera vendre du papier.
Cela veut dire, qu'il faut garder espoir.

Ecrit par : Carole | 28 juin 2006

GENERALISATION!

Je vous livre mon expérience:

Dans le collège public ou j' enseigne depuis 23 ans, nous avons "sorti" les élèves violents du système habituel en les confiant à une autre équipe pédagogique volontaire composée de Profs, du CPE, de surveillants. Tout s' est bien passé et petit à petit ces élèves, très difficiles croyez moi, ont réintégré leurs classes sans poser le moindre problème jusqu'a aujourd' hui.

Pour autant, je ne dis pas, moi, que tout se passe ainsi partout! Pourquoi généralisez vous ainsi? A partir d' un fait très regrettable et grave, vous "descendez" toute l' Education Nationale! C' est un procès en sorcellerie digne du Moyen Age. Et c' est toujours la même "technique": vous partez d' un fait et vous en faites un "exemple" général. C' est de la manipulation.

Il existe dans toute l' Education Nationale des équipes pédagogiques formidables qui font un travail extraordinaire sortant des sentiers battus. Ici on n' en parle JAMAIS! Tous les profs sont des "démissionnaires", des profiteurs, des feignants. Mais on se moque de qui?

Plutôt que dénigrer sans cesse, plutôt que démolir l' existant, soyez un peu plus positifs et moins aigris. Arrêtez de vous focaliser sur les IUFM ou sur Meirieu! Construisez avec nous et venez observer les expériences pédagogiques qui fonctionnent. Ce la vous fera le plus grand bien! Vous savez, nous les "anciens" comme les jeunes profs, Meirieu ou les IUFM, mais quelque part ON S EN FOUT!!!!! Mettez vous ça dans la tête une bonne fois.

Votre combat est respectable; hélas il est fondé sur l' erreur.

Chris

Ecrit par : chris | 28 juin 2006

"Vous savez, nous les "anciens" comme les jeunes profs, Meirieu ou les IUFM, mais quelque part ON S EN FOUT!!!!!" Chris dixit.

Mais, vous faites comment pour mener vos "expériences" ? Au petit bonheur, la chance ?

Comme d'habitude, un très bon texte de JPB qui ressemble fort à ce que j'ai vu en maternelle et en primaire pendant mon "stage en immersion" organisé par l'IUFM.

Ecrit par : Le Rhéteur | 28 juin 2006

Mon pauvre Chris,
comme d'habitude vous cherchez les coups. Où avez vous lu que JPB critiquait les enseignants ? Il est , me semblet-il dans ses écrits, le premier a les soutenir, il est d'ailleurs le premier a trouver formidable le travail produit par tous ces profs dans les zones difficiles, et a demander sans cesse qu'on ne les laisse pas, comme trop souvent, sans le moindre soutien ni même une once de reconnaissance des Inspecteurs. J'imagine qu'il fait allusion a quelque histoire qu'on lui aura raconté, ou qu'il aura connu pendant sa carrière. Vous avez raison de dire qu'il y a des tas de moyen a mettre en oeuvre par l'équipe pédagogique (comme vous semblez le faire et avec succès), encore faut-il le vouloir!!! Et comme vous le précisez, la violence n'est pas une fatalité, la preuve !
Leopoldine

Ecrit par : Léopoldine | 28 juin 2006

"Où avez vous lu que JPB critiquait les enseignants ?"

Je persite et signe: Monsieur Brighelli ne supporte pas les professeurs qui appliquent des méthodes qui ne sant pas dans sa "ligne". Je n'ai pas le temps ce soir de vous faire la liste des citations, mais c' un un florilège!

Chris

Ecrit par : chris | 28 juin 2006

Mais c' est un florilège...J' ai écrit un peu vite...

Chris

Ecrit par : chris | 28 juin 2006

Quand comprendra-t-on :

que l'école n'est plus en adéquation avec les enfants,

que l'école admet et met en place du soutien pour les plus faibles, IL NE FAUT PAS?????????

que l'école enseigne aux élèves moyens dans toute leur diversité, OUI ET ALORS????????

et que l'école met aux oubliettes les meilleurs. TOTALEMENT FAUX!!!!!!! Les meilleurs élèves restent et resteront excellents. Mes meilleurs élèves de 3ème ont, à de très rares exceptions, fait de brillantes études. Et c' est tant mieux bien entendu!

Si je vous suis bien, l' Ecole DOIT enseigner aux meilleurs et écarter les plus en difficultés??? Mais je ne trouve de satisfaction dans ce métier qu' à aider les plus faibles! Faire passer un élève de 4 de moyenne en septembre à 11 en fin d' année me fait plus plaisir (et est plus difficile) que de constater qu' un autre est resté à 18 de septembre à juin (ce dont je ne manque jamais de le féliciter!)

Chris

Ecrit par : chris | 28 juin 2006

" Faire passer un élève de 4 de moyenne en septembre à 11 en fin d' année me fait plus plaisir (et est plus difficile) que de constater qu' un autre est resté à 18 de septembre à juin "

C'est lamentable de lire ça. On croirait lire le père Oraison rappelant les paroles de Jésus sur la brebis égarée, la drachme perdue ou le fils prodigue. Il ne s'agirait pas de confondre l'enseignement du français et des maths avec les paraboles de la miséricorde (si vous ne les connaissez pas, reportez vous à Luc, 15, elles vous plairont à coup sûr).

Chris, remettez-vous en question ou assumez vos choix et dites tout de go : un mauvais élève mérite qu'on s'occupe plus de lui qu'un bon, qui peut se débrouiller tout seul ( et qui n'a donc qu'à le faire ) .

Ecrit par : Jérémy | 28 juin 2006

@ Chris. Pour aller dans le sens de Jérémy : Vous assumez comment notre rôle de sélection par la note ? (On v ala faire sous forme de QCM, ce sera plus proche des méthodes de l'IUFM)
a. Vous n'en mettez pas.
b. Vous favorisez les plus mauvais en truquant les résultats.
c. Vous jouez le jeu avec une mauvaise conscience atroce, mais faites votre ciel en faisant le procès de JPB sur son blog.

La forme de discrimination par le niveau que vous faites est atroce. On retournerait votre phrase en inversant ses deux membres que vous hurleriez à l'élitisme ("moi, mon plaisir, c'est faire progresser les bons" à peu de choses près).

A jouer ce petit jeu du nivellement, on a dégouté de la méritocratie toutes les élites (ou presque) qui auraient pu sortir des milieux populaires en ruinant leur confiance en l'école...

Ecrit par : Le Rhéteur | 28 juin 2006

" La forme de discrimination par le niveau que vous faites est atroce. On retournerait votre phrase en inversant ses deux membres que vous hurleriez à l'élitisme. "

Eaxctement. Tout est dit.

Fermez le rideau, la farce est jouée.

Bien, et qu'est-il donc advenu à Alan et Arthur? Le premier continue-t-il de nuire au second?

Ecrit par : Jérémy | 28 juin 2006

Chris,

Vous rendez vous compte de ce que vous écrivez.

Vous aidez les plus faibles (et c'est votre satisfaction personnelle).
MAIS, reconnaissez que ceux, comme vous dites ont 18 de septembre à juin, c'est tellement normal, qu' ils attendent patiemment que les autres tout au long de l'année remontent leur niveau. Donc, oui ils sont aux oubliettes.

Et vous prouvez que je n'ai pas tort, car vous dites :

"Mais je ne trouve satisfaction dans ce métier qu'à aider les plus faibles". Il me semble que vous êtes rémunéré pour faire avancer une classe entière, donc chacun avec ses + et ses - doit être pris en considération.

Alors, qu'il soit mis en place du soutien pour les plus faibles OK.
Mais qu'à l'autre extrémité, de bons élèves se trouvent pénalisés, dû au niveau moyen d'enseignement, je m'insurge.
Attendre provoque l'ennui, alimente la paresse, et le goût de l'effort peut disparaître.
Donc, OUI, l'école nivelle par le bas.
L'injustice est autant au niveau des programmes, qu'elle l'est aussi, au niveau des comportements sélectifs, des professeurs vers les élèves. Les bons élèves sont "bridés".

Et après, on se demande pourquoi les parents sensés changent leurs enfants d'école, pourquoi on ne veut plus de la carte scolaire, avec comme cliché, ces parents ont choisi des écoles d'élites.

Donc, comme le dit Jérémy on pourrait dire discrimination (sémantique très à la mode en ce moment), et j'ajouterais discrimination intellectuelle.

Mais, il est vrai qu'en France, l'argent, l'intelligence et la réussite sont des sujets totalement tabous.

Ecrit par : Carole | 29 juin 2006

Chris, il est tout à votre honneur de passer du temps avec les élèves les plus faibles pour essayer de les remettre à niveau... Mais je rejoins les autres sur le fait que, dans la présentation de vos actions, il semble que les bons soit laissés à leur propre sort, ce qui est dommage pour eux!

Encore une fois, vous semblez déplacer le débat vers une opposition de personnes alors que l'objet de ce blog est une opposition de méthodes de travail, de système éducatif, si vous préférez.

Il y a en effet une généralisation qui est faite et qui est compréhensible:
on parle de la jeunesse de notre pays, c'est à dire la futur force vive de la France, qui s'avère être également nos enfants ou petits-enfants, et le constat général est que de plus en plus d'enfants ne savent toujours pas lire en arrivant au collège et celà ne l'handicape en rien (ou si peu) dans sa progression vers le Bac.

Alors, oui! Il y a bien des enseignants qui font se qu'ils peuvent pour intervenir à leur niveau pour combler certaines carences (à l'image de votre témoignage, le problème est que toutes ses actions sont noyées dans la masse, brassées dans la dégradation générale, et risquent fort de n'avoir qu'une portée temporaire, car les élèves changent d'établissement au cours de leur scolarité, et les équipes pédagogiques et les enseignants aussi. Du coup l'élève qui a des difficulté et qui va être épaulé durant une année, ne le sera plus forcément l'année suivante, et il risque d'êrte de nouveau dépassé.

Il n'est pas l'heure de faire des procès de personnes, nous avons besoin de tous les enseignants, et de leur avis, pour progresser dans l'élaboration d'un système qui puisse permettre de tirer le meilleur de chacun des élèves, sans laisser personne à l'abandon. Et pour l'instant, il nous semble que ce système doit se baser, dès le plus jeune age, sur un retour à des règles imposées et à un apprentissage des fondamentaux viable et sérieux, dont seule l'acquisition sans faille doit permettre la progression scolaire. (et non ce qui se fait aujourd'hui, en baissant les niveaux et en harmonisant les notes pour faire coire que tout va très bien!)

Ecrit par : Yvon GOUGIS | 29 juin 2006

"de plus en plus d'enfants ne savent toujours pas lire en arrivant au collège et celà ne l'handicape en rien (ou si peu) dans sa progression vers le Bac."
Corrections: ne les handicape... ...dans leur progression
"font se qu'ils peuvent" => ce
"(à l'image de votre témoignage" => ...)
"des difficulté" => difficultés

Ecrit par : Yvon GOUGIS | 29 juin 2006

"Chris, il est tout à votre honneur de passer du temps avec les élèves les plus faibles pour essayer de les remettre à niveau... Mais je rejoins les autres sur le fait que, dans la présentation de vos actions, il semble que les bons soit laissés à leur propre sort, ce qui est dommage pour eux!"

Mais ABSOLUMENT PAS! C' est de la paranoïa pure et simple! Mes élèves les plus brillants, et il y en a beaucoup plus qu' on ne veut bien le dire, ne sont pas mis de coté, bien au contraire. Je m' appuie très souvent sur eux pour les pousser dans leurs retranchements; en effet, avec ceux là, on peut, on DOIT, être plus exigeants encore qu' avec "les autres". Ils onr simplement des capacités d' autonomie et très souvent des moyens à la maison beaucoup plus importants que leurs camarades en difficultés. Vous savez tous très bien que 80% des élèves brillants sont issus de milieu socio-culturel "avantagé" (ce n' est pas une critique; c' est un fait).

Mais pour autant, et pour la dernière fois, nous ne les laissons pas de coté! Cette idée est véhiculée depuis quelques années et elle est devenue une contre vérité.

Arretons les généralisations s' appuyant sur un cas par ci par là. Les élèves brillants restent brillants et réussissent leurs études, ce qui est parfaitement normal évidemment!

Chris

Ecrit par : chris | 29 juin 2006

"Et pour l'instant, il nous semble que ce système doit se baser, dès le plus jeune age, sur un retour à des règles imposées et à un apprentissage des fondamentaux viable et sérieux, dont seule l'acquisition sans faille doit permettre la progression scolaire. (et non ce qui se fait aujourd'hui, en baissant les niveaux et en harmonisant les notes pour faire coire que tout va très bien!)"

Là encore c' est une légende qui court dans les salles de profs et dans les jurys d' examens dominés par la très puissante et très influente Société des Agrégés. Cette histoire d' harmonisation des notes est un leurre qui a été lancé par cette Société, véritable Etat dans l' Etat, à des fins partisanes et politiques. Il arrive qu' un jury rétablisse un certain équilibre mais absolument pas au profit d' un mot d' ordre de "tripatouillage" permettant de faire croire que tout va bien!

"Et pour l'instant, il nous semble que ce système doit se baser, dès le plus jeune age, sur un retour à des règles imposées et à un apprentissage des fondamentaux viable et sérieux"

Là dessus, TOUT LE MONDE est d' accord! C' est une porte ouverte! On dirait du Ségolène Royal dans le texte! Ce qui me ravit d 'ailleurs puisque je la soutiens à 100%.

Je sens que je vais encore me faire des amis moi... Rires!

Chris

Ecrit par : chris | 29 juin 2006

" Faire passer un élève de 4 de moyenne en septembre à 11 en fin d' année me fait plus plaisir (et est plus difficile) que de constater qu' un autre est resté à 18 de septembre à juin "

C'est lamentable de lire ça"

Ce type d' attaque ne m' atteint pas, sachez le. D' autant qu' elle est fondée sur l' omission; pourquoi ne pas m' avoir cité entièrement? Je félicite et fais travailler bien plus les bons élèves que les moyens ou faibles, en tout cas autrement.

Je constate qu' ici, travailler autrement et favoriser L' ENSEMBLE de sa classe est très mal vu.

Il faudrait retourner à l' Ecole et apprendre à lire. venez dans ma classe, je vous ferai travailler...dur!

Chris

Ecrit par : chris | 29 juin 2006

Une source serait la bienvenue, ou est-ce une situation théorique inventée ? Le lien entre méthode globale et violence à l'école me paraît quand même peu évident. Là encore une source (étude) serait la bienvenue. Et puis généraliser à partir d'un cas n'est pas d'une grande honnêteté intellectuelle.

Quant à la corrélation violence / émeutes de 2005 / montée en puissance des pédagogues, c'est carrément n'importe quoi.

Ecrit par : Un prof | 29 juin 2006

entendu ce matin de la bouche du ministre dans "les 4 vérités" sur France2:
à partir de la rentrée sera ajouté en classe de 3ème, 3h par semaine de cours d'orientation professionnelle....
quels cours vont devoir être supprimés pour dégager un peu de place dans les emplois du temps?
pas plus de commentaire.............

Ecrit par : Patricia Mesnigé | 29 juin 2006

On ne peut que constater à travers les différents commentaires, que chaque enseignant fait sa petite cuisine dans sa classe sans aucun fil conducteur.

A Prof,

Montée en puissance des pédagogues et déclin des fondamentaux sont totalement associés.

La violence scolaire aurait pu être évitée si exigeance, respect et application du réglement intérieur des écoles étaient appliquées. Un enfant qui travaille scolairement a la tête bien occupée, et cela n'a jamais tué personne.

Emeutes de 2005 : si la justice était moins laxiste et plus rapide (sous couvert de l'âge des délinquants), nous n'en serions pas arrivés à ces débordements.
Impunité 0 n'existant pas, ces délinquants sachant qu'ils seront relâchés au terme d'une heure de comparution, la vie est belle.

Alors il est inutile de se rejeter constamment les fautes.
Nous vivons dans un système hypocrite, et qui fait le jeu des politiques. Pendant ce temps tout explose.

Ecrit par : Carole | 29 juin 2006

Si je ne suis pas pour des cours d'orientation à 3 heures par semaine et surtout si cela est encore pris sur les matières d'enseignement, il faut reconnaître à force d'expérience, que la mauvaise information sur l'orientation est une des raisons mineures sans doute mais non négligeables de la panne de l'ascenseur social.
Certains conseillers ( ères) d'orientation font dans les collèges
un travail grand-guignolesque qui n'aide pas franchement les élèves à s'y retrouver. Quant à leur passage dans les classes entières, la dernière fois cela s'est passé pour mes 3èmes sous forme ludique, avec un résultat totalement inefficace. Je vous passe les modalités du jeu... mais j'ai dû refaire une heure d'explications après pour répondre aux questions que se posaient les élèves... Bref, peut-être, n'ai-je pas eu de chance.
Mais il faut constater qu'un des moyens de sélection sauvage actuellement au collège est aussi dû au fait que l'information circule mal, à coup de brochures brillantes en papier glacé émises par le conseil général ou régional mais auxquelles les familles défavorisées ne comprennent pas grand-chose. Et quand elles trouvent qqu'un pour leur expliquer le contenu de la brochure, la personne ne raconte pas forcément que telle option en seconde dans le lycée machin permettra d'être dans une bonne classe, que telle option au contraire vous enverra dans le lycée truc nettement moins coté....Tout ce qui relève du non-dit, que l'on sait quand on est au courant, avec des parents qui peuvent s'informer, osent téléphoner dans les lycées, lire entre les lignes....
Du coup les familles peu informées ont tendance à reproduire des schémas de société obsolètes; le grand frère a fait un BEP, donc la fille qui arrive fera la même chose même si elle peut faire autre chose...
Je pense vraiment qu'il faut s'attaquer à ce problème de l'orientation qui n'est pas correctement faite actuellement, même si , je n'en doute pas, quelques conseillers doivent quand même réussir à faire du bon travail.

Ecrit par : elisabeth. | 29 juin 2006

"Là encore c' est une légende qui court dans les salles de profs et dans les jurys d' examens dominés par la très puissante et très influente Société des Agrégés. Cette histoire d' harmonisation des notes est un leurre qui a été lancé par cette Société, véritable Etat dans l' Etat, à des fins partisanes et politiques"

Pur délire sur la société des agrégés dont je ne fais pas partie. Monsieur Brighelli à ma connaissance n'en fait pas partie.Cette société est si puissante que le statut d'agégé coincé entre l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur se dégrade d'année en année!

Je vous renvoie à ce que j'avais écrit le 2 février dernier en réponse au fatras du proviseur Daniel Rousseau sur :

http://reseaudesbahuts.lautre.net/article.php3?id_article=155

Je ne me se sens pas diffamé,comme ancien et futur membre de jury du bac, par Mr J-P.B. Dans un autre Blog où notre cher proviseur a laissé un message à peu près semblable il dit ne pas aimer certaines expressions françaises telle que "Nivellement par le bas". Il ne doit pas aussi aimer l’expression "juge et parti". IL faut avant tout savoir que la règle est d’arrondir la note au point supérieur : ainsi un petit 9.25 se transforme en 10. Il faut savoir aussi qu’ après l’harmonisation avant correction où on met déjà le maximum de points aux questions les plus faciles il y a une harmonisation après correction pour corriger le tir. Et ce n’est hélas pas fini ! Ce n’est pas pour nous faire gagner du temps qu’on nous demande ensuite de rentrer les notes en machine.(J’en veux pour preuve les rentrées vexatoires,mises en place par Allègre, au 1er septembre même lorsqu’il tombe un vendredi comme cette année). Non c’est tout simplement pour permettre au rectorat de faire ,avant la première délibération du premier jury, une projection des résultats.Il peut alors au besoin faire pression sur les présidents des jurys pour qu’on "remonte"(après consultation du livret scolaire) un candidat avec 9.5 de moyenne pour le déclarer admis et qu’un candidat avec 7.5 de moyenne se retrouve comme par enchantement à 8 pour qu’il soit admissible. Pour m’informer j’ai suivi la formation mis en place pour préparer le concours accessible aux enseignants se destinant à la profession de notre cher proviseur. J’y ai appris des expressions qu’il ne doit peut être pas aimer mais qu’il est obligé d’appliquer telle que "gestion des flux". Il s’agit en effet de se conformer aux directives sur les pourcentages tolérés de redoublement quelles que soient les notes des élèves ! Pour finir je dirai que ce que j’ai le plus apprécié au cours de cette formation c’est la franchise d’un formateur,collègue de notre cher proviseur qui nous conseillé en apparté d’être aux épreuves orales d’aussi mauvaise foi qu’eux. Ainsi cher proviseur je ne dirai pas que vous mentez mais que vous êtes de mauvaise foi. La vérité n’est ni relative ,ni réactionnaire, ni de gauche, ni de droite, ni d’extrême gauche elle se contente d’ETRE. Un prof résistant

Ecrit par : JO | 29 juin 2006

Depuis quelques jours, les milieux pédagogistes tel le Café pédagogiste relaient une information que l'on peut lire dans dernier numéro du Point.

Il s'agit de la plainte déposée par les maisons d'édition Nathan et Bordas contre l'association S.O.S Education. Loin de moi l'idée de défendre cette dernière. Association obscure aux pratiques "commerciales" agressives, elle se contente de reprendre à son compte les critiques récentes émanant d'enseignants voulant encore sauver le système. Malgré l'absence d'enseignant dans l'équipe de salariés, elle a obtenu quelques succès médiatiques que les deux maisons d'éditions tentent aujourd'hui de faire payer.

Non, ce qui est cocasse, c'est de voir avec quelle célérité les pédagos se portent au secours de Bordas et de Nathan.
Eux qui par ailleurs dénoncent démagogiquement l'emprise de l'ultra-libéralisme sur l'éducation nationale (un Nico Hirtt est plus crédible dans ce domaine) semblent oublier quelque peu l'identité du propriétaire de Nathan et Bordas.

Ces deux maisons font partie du groupe Editis, lui-même propriété du groupe Wendel Investissement dont je vous laisse découvrir le portrait du président pour ceux qui ignorent encore tout de la saga des maîtres des forges.
http://www.wendel-investissement.com/edito%20EAS.php

Il est donc cocasse de voir les pédagos soutenir les libéraux mais rappelons nous que l'alliance est déjà ancienne ("Il faut multiplier les Gaby Cohn-Bendit et les Marie-Danièle Pierrelée, et créer 1000 collèges et lycées expérimentaux."
Alain Madelin, Libération du 24-11-2000).

Le grand patronat a déjà pris depuis longtemps la saine habitude de placer sa progéniture dans des établissments privés et protégés des errements pédagogistes de l'extérieur.
Instruire correctement le peuple n'entre pas dans ses considérations du moment qu'il arrive à fourguer sa camelote.

Mais gageons que devant les succès commerciaux de Belin (encore indépendante soi-dit en passant) éditrice des méthodes Boscher et Léo-Léa, Nathan et Bordas se rattraperont bien vite encouragées d'ailleurs par la dernière brochure envoyée aux instituteurs. Les affaires sont quand même les affaires.

Donc le slogan de l'été pour les pédagos sera :

Contre le retour de la tradition !
Le baron avec nous !

Ecrit par : Guillaume | 29 juin 2006

Bonjour M. Brighelli,

Je voulais apporter quelques observations « en vrac » sur mes quatre premières années en tant que professeur des écoles. Après une année de formation à l’IUFM, je suis en train de terminer ma troisième année d’enseignement face à une classe.

- Tout d’abord, à l’IUFM, on m’a longuement expliqué qu’un enfant doit se sentir bien à l’école. Naturellement, personne ne peut être contre cette idée. Toutefois, sous prétexte que l’enfant doit se sentir bien à l’école, un laxisme gangrène beaucoup d’entre elles, dont celles dites en « zones d’éducation prioritaire ». Dans mon école par exemple, on a souvent l’impression que les élèves en franchissent le seuil, comme s’ils entraient dans leur chambre. L’école semble simplement être une pièce supplémentaire de la maison. Une pièce d’ailleurs très « sympa » car il y les copains mais pas les parents… Pour supprimer ce laxisme, il faudrait sans doute que TOUS les enseignants soient prêts à reprendre les élèves et à leur rappeler certaines limites quand ils pénètrent dans l’enceinte scolaire quitte à froisser la susceptibilité de quelques parents. Car devant la porte de l’école ou la grille de la cour, il y la maman qui a laissé entrer son enfant, son enfant qui parle fort et familièrement avec un chewing-gum dans la bouche, une casquette de travers (façon rap) et qui ne répond pas au bonjour de l’enseignant qui surveille l’entrée. Or froisser ces quelques parents, c’est s’assurer à coup sûr des ennuis et des conflits supplémentaires en classe (car ces parents peuvent tenir alors un discours qui dénigre l’enseignant). Quel enseignant est alors prêt à risquer des conflits supplémentaires dans sa classe pour un manque de politesse, un chewing-gum et deux trois grossièretés dites devant lui, et voir ainsi ses conditions de travail se dégrader ? Aujourd’hui très peu. On préfère tolérer l’incorrection et le manque de politesse, en utilisant le prétexte de l’enfant qui doit se sentir bien à l’école plutôt que de se frotter à des problèmes d’éducation qui seraient susceptibles d’engendrer des conflits « enseignant/élève » et « enseignant/parent ».
Ce laxisme touche également les enseignants dans ce qu’ils enseignent. Ainsi, un « grand-gourou » de la formation à l’IUFM que j’ai dû observer durant ma formation a même déclaré les paroles suivantes en parlant d’un de ses élèves de CE1 : « C’est pas grave s’il ne sait pas lire, du moment qu’il se sent bien à l’école ». A quoi sert l’école alors ??? Cet enseignant-formateur est aujourd’hui inspecteur avec les éloges de ces supérieurs.

- Toujours, à l’IUFM, on m’a bien expliqué que je ne devais pas compter sur les parents pour quoi que ce soit. Mes collègues et moi-même le constatons chaque jour. Les trousses sont incomplètes, pour plus de la moitié des élèves. Il manque toujours deux trois stylos bleus, noirs et verts, autant de tubes de colle, de paires de ciseaux, de règles, de gommes, de crayon de papier chaque jour. Il arrive même une fois de temps en temps qu’un élève vienne sans son cartable… Par conséquent, il faut organiser à chaque instant un système de prêt pour que chacun puisse travailler. Un système qui perturbe les cours et qui conduit à la déconcentration permanente de la classe. Beaucoup d’enseignants préviennent les parents par écrit dès que la trousse de leur enfant n’est plus complète, mais le plus souvent hélas (dans mon école en tout cas), des parents ne réagissent pas avant plusieurs semaines, voire jamais. Que faire alors ? Comment faire pression sur ces parents pour qu’ils permettent à leur enfant de travailler dans de bonnes conditions ? Ce n’est quand même pas à l’enseignant d’acheter le matériel de ses élèves quand il fait ses courses ! Certains parents n’hésitent pas à dire au maître qu’ils ont déjà fourni plusieurs stylos bleus et qu’ils n’en fourniront plus ! Plutôt que de sensibiliser leur enfant à la valeur des choses, ils s’en prennent à l’enseignant. Comme c’est l’école qui « s’occupe » des enfants, certains s’imaginent que c’est à elle de gérer l’achat ou le prêt du matériel solaire de base. Il me semble qu’il est encore de la responsabilité des parents usagers d’un service publique gratuit que de faire en sorte que leur enfant soit en capacité de travailler chaque jour. C’est du bon sens ! Avec l’allocation de rentrée scolaire, le minimum serait que le maître n’ait pas à se plaindre de ce type de problème qui empoisonne le quotidien de sa classe. Si j’écrivais un mot dans chaque cahier de liaison à chaque fois qu’il manque un pot de colle, un stylo, une paire de ciseaux, une feuille de classeur, à raison de 10 « oublis » par jours (c’est une moyenne), c’est 1800 pages de cahier que je devrais noircir en une année…. Il est, je crois aussi, de leur responsabilité de s’impliquer un minimum dans le suivi à la maison. On m a souvent dit que beaucoup de familles n’ont pas les compétences pour s’investir dans l’instruction de leur enfant. Possible, mais qu’entend-t-on par « beaucoup » ? S’impliquer, c’est ouvrir les cahiers et consulter le travail de son enfant au moins une fois par semaine. Est-ce que cela demande des compétences particulières que seule une élite de la population française maîtriserait ? La réponse est évidente : c’est NON !! Cela demande juste un peu de temps. En fait, rares sont les parents qui ne sont pas en mesure de signer les cahiers de leur enfant et de le gronder si le travail est mauvais. Pourtant, je dois constater que pour plus d’un tiers de ma classe, les cahiers ne sont pas consultés… De même la plupart d’entre eux devrait être capable de les aider à apprendre leurs leçons. Pourtant, régulièrement « on » me dit le contraire… et « on » voudrait me faire croire que les parents n’auraient pas les compétences nécessaires pour faire réciter une leçon de français (de quelques lignes) à leur enfant ! En réalité, ils en sont capables, mais certains d’entre eux ne veulent pas là encore prendre le temps de le faire. Ils s’en lavent les mains, c’est l’école qui doit s’en occuper (ce que Mérieu et les IUFM rabâchent). Par ailleurs, pour ne pas favoriser les familles qui pourraient s’investir, les programmes interdisent le travail écrit. Ainsi, les familles qui voudraient faire plus pour leur enfant, ne peuvent pas le faire facilement. Et les parents qui n’ont pas l’intention se s’investir outre mesure savent qu’on ne doit pas en donner. Par conséquent, si on en donne, c’est s’assurer là encore un conflit. J’ai déjà eu des parents qui m’ont dit que je n’avais pas à donner du travail écrit (ne serait-ce qu’un verbe à conjuguer ou une opération à effectuer…) à leur enfant… et ils avaient raison légalement, mais était-ce le bon choix pour leur enfant ? Autre argument qu’on me rétorque : celui de dire que les journées d’écoles sont déjà longues et que les enfants sont fatigués. Cet argument me laisse pantois. Si tel est le cas, alors pourquoi le législateur n’a-t-il jamais songé à les diminuer ? A mon avis, si la « fatigue de l’enfant » n’est sans doute pas infondée, elle est surtout un prétexte utilisé par les familles qui ne veulent pas passer du temps à la maison sur le travail scolaire. Un élève attentif ne passe que quelques minutes le soir à réviser. Un élève non attentif peut facilement passer une heure à apprendre sa leçon qu’il n’a pas comprise. Un parent qui se rend compte que son enfant ne comprend rien à ce qu’il doit apprendre, devrait se poser des questions sur la vigilance de celui-ci en classe plutôt que de chercher des excuses pour qu’il n’ait rien à faire le soir et dire que c’est trop long. La loi fait beaucoup pour déresponsabiliser les parents dans la scolarité et la réussite de leur enfant.
En tout cas dans les familles les plus favorisées, on sait donner des devoirs car on en connaît l’utilité.

- Dans le même genre d’idée : grand nombre d’enseignants voient leur moral miné par les incivilités quotidiennes que des p’tits durs de 9-11 ans leur font subir. Dès cet âge, on rencontre des élèves à l’attitude volontairement provocatrice, qui ne supportent pas l’autorité. Certains, même à cet âge, veulent montrer qu’ils peuvent tenir tête à leur maître, même si celui-ci les punit, même si celui-ci rencontre ses parents. Il faut répéter constamment de mettre le chewing-gum à la poubelle. S’ils ne protestent pas pour y aller, deux minutes plus tard, ils en ont un nouveau dans la bouche. Ces mêmes élèves refusent parfois de travailler, surtout si ce travail demande un effort. Dans la cour, ils terrorisent les autres, en les violentant et en affirmant qu’ils ont été provoqués… Mentir est leur arme principale ! Rencontrer les familles ne change rien. Certains parents ont d’ailleurs du mal à nous croire. D’autres croient les mensonges de leur enfant et jugent normal que leur enfant se venge… Ainsi, il ne faut pas s’étonner si l’attitude reste n’évolue pas. Que deviendront ces futurs citoyens ? Chaque jour, on assiste aux mêmes scènes : que se soit en classe, ou en récréation, ils jouent aux petits caïds et terrorisent les plus « faibles ». Ils n’hésitent pas à exprimer leur haine envers la police, ou envers les hommes politiques, quand dans le cadre de la semaine de la citoyenneté, la visite du commissariat de la ville est préparée…. Ils ont 9-11 ans, et semblent hélas être de futurs voyous en puissance. Les enseignants ne parviennent pas à changer leur comportement. Explications et punitions n’y font rien. De leur côté, les familles, ou font la sourde oreille, ou minimisent. Quant à celles qui sont conscientes du problème, elles ne savent plus comment gérer leur fils (c’est plus rarement une fille)…. Mais de toute manière, que leur enfant soit odieux ou non, il doit être accueilli dans l’école tous les jours, il va dans sa classe tous les jours, et gêne au passage ceux qui veulent travailler tous les jours… Et quand les parents en ont assez qu’on leur dise que leur enfant est violent, dangereux ou insolent, ils finissent par s’en prendre à l’école. Petite anecdote qui m’est arrivée récemment. En guise de punition, j’avais privé un élève insupportable de la sortie scolaire qui devait avoir lieu quelques jours plus tard. L’élève en question était prévenu depuis plus d’un mois du risque de voir la sortie supprimée et il n’avait rien fait pour arranger son attitude. Trois jours avant la sortie, à 16H30, la maman était à la porte de l’école et a contesté ma décision. Elle s’est emportée et m’a insulté devant les autres élèves, des parents et mes collègues…

- Autre idée qui contribue aussi à la dégradation de l’image de l’école, celle-ci est inscrite dans les programmes : l’enfant au centre des apprentissages. « L’enfant » doit construire ses savoirs par lui-même grâce au « maître-animateur »… Il ne doit pas être un élève à élever (dans le sens prendre de la hauteur) par le maître, non c’est « un enfant » qui ne demande qu’à s’exprimer et à développer ses capacités par lui-même. Il est le créateur et l’acteur de ses compétences et de ses savoirs… Là aussi, il faut éviter à tout prix que l’école ne soit une violence pour lui (on n’a pas cessé de me le répéter pendant 3 ans, jusqu’à l’overdose !). Par conséquent, il est hors de question de lui inculquer un savoir, qui ne lui plairait pas, ou jugé ennuyeux…car cela EST une violence pour lui. Alors, vous pensez, un cours de grammaire qui nécessite de la réflexion, un effort d’écoute, un effort de compréhension et enfin un effort pour apprendre ne peut être qu’un acte de torture pour « l’enfant »…du moins c’est ce qu’on ressasse à longueur de journée dans les IUFM. Après ce même discours est relayé via les conseillers de l’inspecteur régulièrement dans l’année…

- Autre impression qui nuit elle aussi à l’image de l’école : aujourd’hui l’école doit éviter d’apporter une culture classique ; tout se vaut (la chanson rap = la chanson traditionnelle = musique classique). Ainsi, il est aujourd’hui particulièrement mal vu de faire lire à des élèves de CM2 la Comtesse de Ségur, Dickens, Johana Spyri, Selma Lagerlöf ou Mark Twain : c’est bien évidemment trop vieillot. Non, aujourd’hui il y a nettement plus plaisant : ce sont les livres de jeunesse contemporains de la liste de référence des programmes. Ceux-ci stipulent que les élèves doivent lire 2 classiques pour 8 contemporains. Bien sûr, une fois les 8 contemporains lus, il est hors de question de lire quelques classiques supplémentaires. Le ratio doit être respecté. Une conseillère a su me le rappeler ! De plus, il faut zapper d’un livre à un autre. Pas plus de quinze jours sur une même œuvre ; là encore soi-disant pour éviter l’ennui. Pourtant, mes élèves qui ont lu ces ouvrages d’un autre âge, sur une durée un peu plus longue ont toujours été déçus d’arriver à la fin …

- Petite remarque sur le sport : je n’ai rien contre le sport, mais aujourd’hui, on sacralise cette matière. Les programmes stipulent que les élèves doivent faire 3 heures d’EPS par semaine et 2H00 à 2H30 d’Observation Réfléchie sur la Langue (orthographe, grammaire, conjugaison, vocabulaire). A l’IUFM, mais aussi à l’inspection on m’a clairement expliqué qu’il ne faut en aucun cas priver les enfants ne serait-ce que de 5 minutes d’EPS. Ainsi si un élève a des difficultés en mathématiques, il ne faut surtout pas qu’il fasse plus de mathématiques sur les heures de sport. Non, il doit faire des mathématiques, hors de la classe, dans une classe du RASED, pendant que les autres élèves de sa classe font aussi des mathématiques. Par conséquent celui qui a des difficultés dans cette matière ne fait pas plus de mathématiques. Il fait juste des mathématiques autrement m’a-t-on expliqué. Toutefois, dans la réalité, pendant que l’enseignant du RASED essaie de débloquer la situation, les autres progressent et celui qui a des difficultés est condamné à être en retard sur les autres.

- Que dire de la formation des maîtres ??? Elle est calamiteuse !!! Si M.Tout-le-monde savait comment un professeur des écoles est formé, il serait scandalisé ! Aucun savoir n’y est enseigné (pourtant une remise à niveau dans certaines matières ne serait pas du luxe pour la plupart des jeunes enseignants – j’en aurais bien eu besoin pour ma part). Pratiquement aucun cours n’est fourni, ni progression. On nous dit qu’on ne veut pas nous enfermer dans un cadre, que c’est à nous de construire tout cela. Ainsi, chaque année, des dizaines de milliers de professeurs des écoles font des progressions en organisant les notions les unes par rapport aux autres afin de les enseigner. Dans une entreprise privée, il ne viendrait jamais à l’idée d’un patron de demander à chacun de ses employés de reconstruire les outils de travail de l’entreprise et cela chaque année ! Et bien dans les écoles, c’est ce qu’il faut faire.

- Par ailleurs, dans les entreprises privées, on valorise ceux qui travaillent plus. Or dans les écoles, il n’en est rien. Qu’on ait un simple, un double ou un niveau triple, le salaire est le même. Pourtant le temps de préparation et celui passé à organiser la classe est loin d’être le même…. J’y reviendrai.

- Dans les écoles, j’ai souvent observé du gaspillage d’argent public. Des manuels souvent renouvelés coûtent chers. Des salles informatiques sont flambant neuves (car on fait écrire les élèves sur des ordinateurs en prenant les créneaux de français – c’est coûteux en argent, en créneaux de français et cela n’améliore pas plus l’orthographe des élèves). On fait venir des intervenants pour des spectacles musicaux contemporains, on organise des sorties sportives ; là encore il faut payer l’intervenant, louer un car. Les élèves aiment beaucoup ces activités mais cela ne leur fait pas faire moins de fautes (d’orthographe ou de calcul). Il y aussi les assistantes d’éducation. Elles sont très gentilles, mais si on veut un travail efficace avec elles, il faut avoir préparé leur travail de près. Elles n’ont pas le droit de gérer un groupe d’élèves sans la présence du maître. Autant dire que leur champ d’action est souvent très limité. Elles surveillent, aident aux activités informatiques, aux activités manuelles, mais ont très peu d’utilité pour lutter contre les fautes d’orthographe…

- Ensuite, les conditions de travail de l’enseignant sont franchement mauvaises. Aux yeux des parents, et de M.Tout-le-monde, nous sommes des fonctionnaires nantis qui travaillent 26 heures par semaine avec deux mois de vacances l’été. Or des semaines dépassant les 60 heures sont monnaie courante. En dehors de ces 26 heures de cours, il y des heures de préparation, qui nécessitent pour un débutant : 1) décrypter les programmes (l’IUFM ne le fait pas), 2) se mettre à jour sur le contenu (l’IUFM ne le fait pas), 3) Préparer chaque cours (l’IUFM ne le fait pas) 4) les organiser dans une progression (l’IUFM ne le fait pas). Si on a un double-niveau, ce travail est à multiplier par 2. Et il faut en plus réfléchir à ce que la moitié de la classe peut faire seule, sans qu’elle ne perde son temps pendant que l’autre moitié est avec le maître. Un coloriage est une solution de facilité, mais qui n’apporte pas grand-chose à l’élève. Il y a aussi les temps de correction sans oublier les livrets d’évaluation aux 130 compétences à remplir chaque trimestre (au moins 20 heures de travail, pour chaque fin de trimestre). Au passage L’extrême détail de ces livrets présente certes l’avantage de mettre en avant les réussites de chaque élève, mais met à un même niveau des compétences de difficulté et d’importance différentes (par exemple la compétence de CE2-CM1-CM2 : « l’élève comprend et sait reformuler un texte lu par le maître » est au même niveau que la compétence « l’élève comprend un texte long lu silencieusement » et pourtant la difficulté n’est pas la même et est encore bien différente s’il s’agit d’un texte « facile » ou « difficile »…). Il y a les temps de concertation. Il faut aussi souvent faire le point pour les élèves suivis par le RASED. Cela se fait le plus souvent en dehors du temps de classe. Pour faire appel au RASED il faut aussi remplir de la paperasse. Il faut organiser une ou deux réunions par an pour les parents, accepter des rendez-vous individuels, ceux des parents, médecins scolaires, psychologues scolaires… Il faut préparer le travail des assistantes d’éducation…

- Enfin, quelle image le professeur renvoie-t-il aux élèves et aux parents? Avec 1500€ par mois (avec déjà quelques années d’ancienneté), s’il habite en région parisienne, il se loge dans un petit appartement. Il a une petite voiture. Il achète des habits peu chers et parfois de mauvais goûts qu’il revêt en classe… Il est loin d’incarner la réussite sociale et pourtant paradoxalement, il a réussi scolairement… Alors ce donneur de leçons qu’est le professeur des écoles est plutôt mal placé pour faire la morale aux enfants et expliquer aux parents ce qu’ils devraient faire s’ils veulent que leur progéniture réussisse socialement. Pour un concours de catégorie A de la fonction publique, on est sûrement les moins bien payés, d’autant plus qu’il s’agit d’un salaire de 10 mois répartis sur 12. Un enseignant du primaire n’a aucune prime.


Pour « arranger » la situation voici quelques idées qui méritent, je le pense réflexion :

1- Inciter l’enseignant à venir à l’école dans une tenue correcte, comme le font les cadres d’une entreprise privée qui sont au contact des clients.
2- Inciter l’enseignant à reprendre un élève qui « se laisse aller » dans son comportement. Pour cela il faudrait aussi lui offrir un spectre de punitions un peu plus large (à part le gronder, lui faire copier des lignes, lui faire écrire une lettre, le priver de 5 minutes de récréation, l’enseignant n’a guère d’autres moyens et ces sanctions ne font pas peur aux p’tits durs). Il faudrait aussi éviter d’avoir des parents qui lui mettent des bâtons dans les roues (certains prennent ouvertement ou non la défense de leur enfant en cherchant à l’excuser d’une manière ou d’une autre). Je me souviens d’un élève qui régulièrement faisait des bêtises et qui en plus travaillait peu en classe. Il m’est arrivé de le faire travailler sur un créneau d’arts plastiques, de sport ou de récréation. Sa maman m’a clairement expliqué que cela ne motivait pas son enfant que de le priver de dessin ou de sport ou de récréation et que comme les autres élèves, il avait le droit de faire ces activités inscrites dans les programmes. Légalement, elle avait raison. Mais si son fils fait des bêtises au lieu de travailler en français, quand fera-t-il du français ?
Les recettes miracles n’existent sans doute pas, mais un spectre de punitions plus larges serait autant d’outils supplémentaires pour un enseignant pour se faire respecter (pourquoi ne pas avoir la possibilité de coller un élève qui s’est mal comporté, le soir, ou un mercredi matin, par exemple ?)
3- Inciter les parents à suivre correctement le travail de leur enfant à l’école (l’enseignant ne devrait pas courir après la signature des cahiers, ni courir après un tube de colle). N’est-il pas possible de sanctionner les parents fautifs ? Il existe un carnet de santé pour vérifier que les vaccins de l’enfant sont à jour. Peut-être devrait-on réfléchir à un carnet éducatif qui permettrait de répertorier les manquements parentaux de base. On pourrait peut-être permettre aux enseignants de fournir « le tube de colle » et « la gomme » à cet élève tout en les facturant aux parents… Trop souvent l’enseignant prête grand nombre d’outils d’écolier qui ne lui sont jamais rendus.
4- Payer l’enseignant plus cher pour lui permettre d’incarner une certaine idée de la réussite grâce au travail scolaire. Il se sentira mieux considéré. Quand je pense que le PS souhaite un SMIC à 1500€ brut et qu’il y a 4 ans c’était mon salaire, je suis scandalisé !! Rémunérer un cadre A de la fonction publique au SMIC (ou presque), c’est franchement humiliant (mais cela est le cadet des soucis de nos horribles syndicats). Les efforts doivent être pris en compte et récompensés par des écarts de salaire plus importants.
5- Refonder totalement les missions des IUFM. Ils doivent remettre correctement à niveau les enseignants dans les matières qu’ils vont enseigner. Ils doivent leur fournir des progressions claires pour chaque niveau (du CP au CM2) en terme de notions. Un débutant ne peut s’y retrouver autrement. Ma première année dans mon double-niveau, j’ai dû TOUT faire moi-même, en me débrouillant avec Encarta, Internet, des vieux manuels (achetés à Emmaüs) et tout ce qui me passait sous la main. Le plus souvent j’arrivais à 7H30 à l’école pour ne la quitter que vers 20H30, ne m’accordant que 20 minutes le midi pour manger. Bien sûr je passais mon week-end à bosser (merci les pédagos de l’IUFM et de l’inspection de m’avoir offert la possibilité de construire par moi-même mes outils de travail !!) Ces progressions seraient une bonne base pour commencer dans son métier. Un enseignant, même débutant, qui maîtrise les notions à enseigner et qui sait où il va, est beaucoup plus crédible face aux enfants et aux parents.
6- Valoriser financièrement les postes qui demandent plus de travail.
• Il est évident qu’un double niveau demande plus de travail qu’un simple et cela quel que soit le nombre d’élèves dans la classe.
• Il est tout aussi évident qu’une classe à 15 est plus confortable qu’une classe à 27, pour un même niveau.
• Il est encore évident qu’un enseignant travaille plus en CM2 (plus de préparations, plus de corrections) qu’en petite section (où les enfants dorment tous les après-midi).

Dans ces trois cas, les enseignants gagnent le même salaire… sauf s’ils ont des enfants : dans l’Education Nationale on paie mieux ceux qui font des enfants, peu importe la difficulté du travail. Et pourtant la quantité de travail est bien différente (les formateurs d’IUFM ou les conseillers pédagogiques prétendent parfois que non, mais cela est de la mauvaise foi). Ce n’est donc pas un hasard si les équipes enseignantes changent plus fréquemment chaque année dans les écoles élémentaires où il y a des doubles niveaux (car les ancien(ne)s choisissent en premier et donc systématiquement, le dernier arrivé dans l’école se prend le double-niveau que personne ne veut). Les structures à 6,7,8 ou 9 classes favorisent d’ailleurs la présence de doubles niveaux (une structure à 5 ou 10 classes permet en théorie de mieux les éviter). Il n’y a rien non plus d’étonnant si les enseignants dès qu’ils ont un peu d’ancienneté cherchent à rejoindre une école maternelle…
Une valorisation financière inciterait les enseignants qui ont de l’expérience, à prendre les classes qui demandent le plus de travail et éviterait au « débutant » inexpérimenté sortant de l’IUFM d’en hériter.

7- Comment financer ces hausses de salaire ? En gérant différemment le personnel.
• D’abord en arrêtant de recruter des formateurs d’IUFM incompétents (pour former les professeurs des écoles). Dans mes études, ce fut sans doute la première fois que je rencontrai des professeurs fumistes et peu efficaces. Les stagiaires doivent se mettre autour d’une table pour réinventer la pédagogie, sans supports. Ces formateurs laissent les professeurs des écoles stagiaires construire leurs savoirs, sans jamais rien leur apporter…. Certains d’entre eux sont des professeurs de collèges qui n’ont jamais enseigné à l’école primaire ou qui étaient chahutés.
- J’en ai eu un qui passait une grande partie « des cours » au téléphone portable pour gérer la publication de son futur manuel
- J’en ai eu un autre qui nous envoyait en bibliothèque chercher des livres (albums, BD, romans…) sur un « thème » des programmes, pour ensuite nous faire écrire une affiche autour de notre recherche. Tout ce qu’on faisait était « génial »…mais inopérable dans une situation réelle !
- Un autre nous emmenait en forêt et nous faisait observer son élevage de sauterelles, d’escargots….
- Pour la formation en français, le formateur a réservé la quasi-totalité de ses interventions sur la lecture de jeunesse contemporaine de la petite section au CM2. Il a passé des dizaines d’heures de cours à nous présenter ces livres, ainsi qu’à nous expliquer la méthode de lecture « à albums par hypothèses » (une méthode globale très coûteuse et donc fort lucrative pour les maisons d’éditions qui peuvent refourguer en plus du manuel de lecture une bonne centaine d’albums pour une seule classe de CP, sans compter les multiples cahiers d’exercices qui vont avec). Seule une intervention de sa part fut réservée à l’enseignement de la grammaire, de l’orthographe, de la conjugaison ou de vocabulaire.
Si moi-même j’avais osé passer des heures et des heures au téléphone, au lieu de faire classe, je me serais sûrement fait rappeler à l’ordre immédiatement par mon inspecteur.
Je suis forcé de constater que leur utilité est minime. Ils ne servent pour ainsi dire à rien. De vrais professeurs, qui apportent un vrai savoir peuvent le faire dans un amphithéâtre de 250 professeurs- stagiaires, comme dans les facultés. Il n’y a pas besoin de mettre les stagiaires par 20 et de leur faire écrire des affiches. C’est une belle perte de temps et d’argent. Les formateurs à l’IUFM qui sont inutiles (mais qui nous sont présentés comme des spécialistes et des « pros » de la pédagogie) seraient sûrement plus utiles devant une classe du primaire, à l’année. D’ailleurs puisqu’ils sont si doués que cela pourquoi ne prendraient-ils pas que des élèves en difficulté dans les classes ?
• Ensuite en fermant les RASED et en remettant ces « spécialistes de la difficulté » dans les classes. Leur utilité, telle qu’ils sont utilisés aujourd’hui est contestable. Dans mon école, les élèves qui en fin de CP ne savent pas lire (pas déchiffrer) passent en CE1. En CE1, « les spécialistes de la difficulté » prennent dès septembre ces 7 à 8 élèves dans leur classe, 2 à 3 heures par semaine. Objectif : leur apprendre à lire. Finalement, 5 à 6 de ces élèves ne savent toujours pas correctement déchiffrer et redoublent leur CE1. N’aurait-il pas mieux valu les faire redoubler dès le CP ? Si on ne les ferme pas, il faut que leur suivi permette un passage et non un redoublement et donc s’interroger sur les créneaux que le RASED doit utiliser pour remédier aux difficultés.
• En remettant également dans les classes les conseillèr(e)s pédagogiques des inspections. Si leur travail consiste à aller dans les classes prêcher la bonne parole, à organiser des grand-messes où ils (elles) prêcheront là encore la bonne parole, et à réunir les enseignants pour les faire travailler en groupe sur un livre pendant trois heures sans apporter le moindre élément, ou pour leur expliquer que tous les manuels de mathématiques sont mauvais, c’est un travail coûteux en temps et qui n’apporte pas grand-chose. Par ailleurs, grand nombre de ces conseillers (du moins ceux que j’ai pu rencontrer) « visitent les classes » des professeurs débutants. Généralement, ce travail se limite à critiquer le professeur qui débute sans jamais lui montrer comment il devrait s’y prendre. En quelques « visites » ils parviennent à saper le moral d’un jeune enseignant plein d’énergie. Puisque certains se disent des « pros de la pédagogie », mais pourtant incapables de nous former, on pourrait leur confier les classes les plus délicates à gérer.
• En supprimant une grande partie des postes d’assistant(e)s d’éducation. Leur champ d’action est très limité concernant les savoirs fondamentaux lire-écrire-compter. Dans certaines écoles, elles passent même leur temps assises au fond de la classe (l’enseignante ne sachant pas quoi faire d’elle).
• En utilisant mieux les stagiaires d’IUFM. Ceux-ci pourraient exercer à quart ou à mi-temps dans une ou deux classes à la place de l’enseignant qui effectue la décharge d’un directeur. Cela serait tout aussi formateur pour eux. Les enseignants qui effectuent les décharges des directeurs pourraient être remis dans des classes.


J’ai rarement eu l’occasion de m’exprimer ainsi sur le sujet, mais je commence à en avoir par-dessus la tête d’une l’Education Nationale qui ne sait rien faire de mieux que de formater ses enseignants de façon dogmatique, et qui n’hésite pas à tyranniser ses nouvelles recrues si elles n’emploient pas la « bonne méthode » ou « les évangiles selon Mérieu and co». Je me souviendrai toujours des paroles d’une conseillère qui venait préparer mon inspection : « Tu sais, ces méthodes, tu dois les employer ! Ce n’est pas une mode. Les enfants apprennent ainsi et pas autrement. » Pourtant cette même conseillère qui me faisait « travailler en petits groupes » à l’inspection quelques mois plus tôt, aurait dû constater que je n’apprenais RIEN… pourquoi en serait-il autrement avec des enfants ?

Florent
Un enseignant dégoûté par le système actuel

Ecrit par : Florent | 29 juin 2006

Témoignage d'une ancienne élève et "victime" de JPB.

JPB, il y a environ 15ans j’étais une de vos élèves en première au lycée de Corbeil Essonnes en zone d’éducation prioritaire.
J’ai donc eu l’honneur avec mes collègues de classe de « subir » votre « enseignement » (enseignement par l’humiliation).
Oui c’est vrai, je m’en souviens, et je me souviens même du premier sujet de dissertation en début d’année : « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie, commentez…. ». Le jour où vous avez rendu les copies, vous les aviez classées par ordre de note (de la plus mauvaise à la plus bonne) en commentant oralement devant toute la classe les prouesses de chacun…. Et oui ça existait encore des profs comme cela, vous n’aviez pas amené de bonnet d’âne mais presque…
L’humiliation était votre fil conducteur. Nous n’étions que des nuls, des ignorants, nous n’avions pas de « références », nous ne savions pas écrire, lire etc... Bien sûr, face à un agrégé, écrivain, nous n’étions que des sous-m…des.
J’étais plutôt bonne élève (je crois) mais je trouvais vos méthodes injustes et déloyales. Surtout je n'en voyait pas l'intérêt.
Je ne sais pas ce que sont devenus mes collègues de classe, mais en tout cas nous avons tous eu une mauvaise note au bac de Français. Merci Brighelli, le plus beau, le plus fort, le meilleur avec son ego exacerbé… grâce à vous on s’en sortira…, même avec une épine dans le pied et le moral à zéro (ou à moins 10).
Je suis issue d’un milieu modeste, j’ai fait tout mon cursus scolaire à l’école publique, je suis allée à la faculté et je suis maintenant médecin (Brighelli m’avait pourtant dit : « fais pas médecine, c’est nul, les médecins sont des crèves misères », j’ai bien fait de ne pas l’écouter….)
Pour moi l’école publique Française a peut-être des défauts, mais elle a aussi des qualités. Et sa principale qualité, c’est de permettre à des élèves de toutes les catégories sociales de tenter leur chance.
Comme vous le dites vous-même, je suis contente de vous avoir eu comme prof car ainsi, j’ai connu le pire (encore que…, peut-être aurais-je pu m’en passer).
Heureusement, j’ai eu beaucoup d’autres professeurs bien plus brillants que vous, qui n’étaient pas agrégés, et qui avaient la passion de l’enseignement.
J’espère que les professeurs à qui vous enseignez ne pratiquent pas vos méthodes arriérées.
J’espère que vous n’avez pas cassé et découragé trop d’élèves.
Je ne vous admire pas bien au contraire. 15 ans plus tard je dis ce que je pense (il est temps..)
Merci pour votre enseignement crétin. On s'est bien marré....

Ecrit par : Lesigne E | 17 mars 2006

Ecrit par : Frédérique | 29 juin 2006

Jean-Paul Brighelli, A bonne école, Paris, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2006, 336 p. 19,50 €.

Paraissant à peine six mois après La Fabrique du crétin, best-seller de la rentrée (Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2005), le dernier pamphlet de Jean-Paul Brighelli suscite au premier abord attirance et répulsion.
Répulsion parce que, comme le revendique le bandeau rouge imprimé sur la couverture et comme l’a dit Laurent Ruquier lui-même lors d’un des innombrables passages médias de l’auteur (invité notamment à titre d’expert pour parler des problèmes de la formation des jeunes dans une émission de débat lors de la crise du CPE), ce livre se veut « la suite de La Fabrique du crétin ». Pour ceux qui seraient passés à côté de ce succès de librairie, rappelons brièvement : un libelle de plus dénonçant le naufrage de l’école française (baisse du niveau, perte de repères, recul de l’autorité...) du fait de la mise en œuvre d’un « projet » ourdi par quelque complot de « pédagogues modernes ». Au gré des outrances et des anathèmes distillés dans ces pages, le lecteur ayant fréquenté un tant soit peu les textes des « pédagogistes » mis en accusation est pris de l’envie de raturer, d’annoter, de corriger sans cesse, tant l’ouvrage assène de contre-vérités, tant il recèle d’incompréhensions et de profonde méconnaissance de ce qu’il prétend pourtant traiter.
Tentation parce que, comme le rappelle la quatrième de couverture, « A bonne école est un livre de propositions ». Or la chose est rare dans ce type de littérature qui dénonce continuellement mais ne propose pour ainsi dire jamais, même depuis que les médias et le ministère ont clairement signifié leur soutien à cette mouvance, ce qui met leurs auteurs en position de responsabilité. Cela mérite donc qu’on prenne la peine d’ouvrir le livre.
Mais l’espoir est bien vite déçu : ceux qui voulaient trouver (enfin !) un vrai projet d’école alternatif à celui des « pédagogistes » doivent constater avec dépit que les propositions constructives n’ont guère de place dans les 335 pages de l’ouvrage. Bien plus que des propositions, c’est la position et le développement d’une thèse accusatoire qui occupe l’essentiel de l’essai : l’école est en crise parce qu’il est désormais interdit d’enseigner quoi que ce soit aux élèves, en vertu des « diktats des IUFM », imposés par les « pédagogistes », traités comme d’habitude de « fascistes » et autres « khmers rouges ». A l’appui de ce réquisitoire, comme d’habitude, il n’y a à peu près aucune donnée fiable, l’essentiel de la documentation de l’auteur se résumant à quelques témoignages douteux ou à des extraits de La Ferme aux professeurs, de François Vermorel (Editions de Paris, 2005).
Mais, quelques lignes par chapitre, on trouve tout de même des propositions et des idées positives. Bien sûr, les grands classiques : la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, la « grammaire de phrase », le « rétablissement » du redoublement, la promotion du « par-cœur » ou encore l’usage systématique de la dictée... Bien qu’il s’en défende, ses propositions-phare sont justifiées par des références systématiques au passé, marque d’une nostalgie dont il est décidément bien difficile de se défaire. Mais le plus intéressant concerne ses propositions pour le secondaire. Promotion et officialisation du travail d’équipe, autonomie des établissements pour la mise en œuvre des programmes et l’organisation des classes, pédagogie différenciée : sans qu’il s’en rende toujours compte, l’auteur se fait l’allié des « pédagos » qu’il prétend combattre. A la place du « collège unique » (fort peu défini), il suggère encore une organisation souple des groupes d’élèves qui rappelle fortement les groupes de « niveau-matière », l’idée de Louis Legrand qui avait tant scandalisé en 1983. L’organisation de cours de philosophie en lycée professionnel (p. 282) était pour sa part avancée par le projet Meirieu de 1998...
Brighelli et les pédagogistes, même combat ? Il faut dire qu’il n’en est pas à sa seule contradiction : entre la dénonciation de profs nuls (p. 35) et l’assurance que « les enseignants ont de la valeur (p. 155) ; entre la mise en avant du principe d’éducabilité, qu’il reprend à son compte, et sa volonté de régler les problèmes en excluant les fauteurs de trouble (p. 77) ; entre l’invocation de la responsabilité première des réformes puis sa minimisation pour accuser la télévision (p. 191), il apparaît que le développement de son discours a du mal à préserver sa cohérence dès lors qu’il s’oblige à un minimum d’approfondissement.
C’est sans doute pour cela que l’auteur ne s’expose pas trop et ne prend pas le risque de faire des propositions suffisamment tranchées et motivées. Ses conceptions peuvent s’appuyer sur des convictions qui prennent le contre-pied de principes solidement ancrés, sans qu’il juge utile de s’en justifier outre mesure : c’est le cas de la réduction de la durée de scolarisation en maternelle à une année, ou encore de l’absence de toute référence à l’école obligatoire, remplacée par la promotion d’une distinction entre primaire (chargé d’apprendre des certitudes) et secondaire (chargé d’apprendre des doutes). Le flou des propositions, d’ailleurs, contraste avec la netteté des accusations : après une charge contre les IUFM qui constitue une bonne part du livre, il ne suggère pour ainsi dire rien pour les remplacer, sinon des sortes de classes préparatoires pour instituteurs, où il veut bien, d’ailleurs, qu’on dispense une formation pédagogique pourtant si décriée quelques pages plus tôt. Brighelli n’est « pas hostile à », ne « s’opposerait pas à », prétend occuper le juste milieu en excluant deux termes d’une alternatives sans en proposer une troisième... Bien entendu, lorsqu’il fait malgré tout des propositions précises, il ne s’interroge pas sur leurs limites : l’école d’autrefois, qui lui sert de modèle, essuyait aussi des échecs et ses méthodes (la sacro-sainte méthode syllabique ou l’usage du redoublement, pour ne parler que celles-là) ont pu s’avérer inadaptées à certains publics ou à certaines ambitions... Mais comme preuve du bien-fondé de ses idées, l’agrégé de lettres classiques invoque son vécu personnel et sa propre scolarité : la mauvaise note ou le redoublement, par exemple, n’auraient ainsi jamais traumatisé personne (pp. 60 et 178). Inutile d’ajouter que dans ces conditions, bien des questions sur la crise actuelle de l’école restent sans réponse.
L’ouvrage ne peut en fait conserver son crédit de « livre de propositions » que s’il applique un schéma simple mais efficace : asséner avec aplomb des énormités sur les pédagogistes exacerbe le contraste avec les banalités proposées en réponse, et donne à ces dernières une grande valeur, quand bien même elles enfonceraient des portes ouvertes. Ainsi, si « les pédagogistes sont favorables partout, toujours, à l’expression des communautarismes » (p. 188), on a l’air original et ambitieux lorsqu’on se livre en réponse à une vibrante défense des valeurs de la République. Si les formateurs en IUFM justifient leurs fautes d’orthographe en qualifiant cette dernière de valeur bourgeoise qu’il faut savoir renverser, on passe pour un héros en disant combien la maîtrise du français est importante. Suppression du redoublement, concours de recrutement remplacés par des QCM, interdiction de faire lire des romans en classe de première, rejet des grandes œuvres du patrimoine littéraire et bien sûr, haine du savoir... un portrait aussi apocalyptique des pédagos, que bien peu de lecteurs de Brighelli ont lu, et de l’institution scolaire, dont ils auraient pris la direction, donne à l’auteur, qui croit peut-être lui-même à ces contre-vérités, l’impression que son attachement à la littérature ou à l’autorité est, en soi, un acte de résistance. Dès lors, réclamer qu’on recense les absences des élèves (p. 158) ou qu’on institutionnalise la formation permanente des enseignants (p. 159) aura les faveurs du public mal informé, qui croit que cela ne se fait pas. « Face au laxisme qui règne dans les classes, il faut sonner la fin de la récré » (p. 22). Le « laxisme », la « récré » en question sont postulés, sans autre forme d’étayage argumentaire qu’un discours catastrophiste, qui, visiblement, suffit à convaincre.
En définitive, cet ouvrage du nouveau héraut de l’antipédagogisme, en bornant les propositions censées en constituer la substance à quelques banalités, a surtout une utilité : prouver que les thèses antipédagogistes ne sont que des coquilles vides. Le véritable enjeu de la polémique qu’il relaie n’est pas la défense d’un modèle d’école. Il s’agit, comme le rappelle d’ailleurs le mathématicien Laurent Lafforgue dans la préface, d’une part d’exonérer les enseignants de toute responsabilité dans la crise de l’école en désignant des boucs émissaires (p. 11), et d’autre part d’obtenir le pouvoir pour la minorité d’enseignants et d’intellectuels défendant ces thèses (p. 15). Non pas le pouvoir dans les institutions, qui obligerait à composer avec la complexité du réel et à se remettre en question, mais le pouvoir sur les mentalités, en imposant un sens commun sur l’école, sens commun qui est celui qui fonde la position de ces intellectuels à une heure où ils ont du mal à trouver leur place dans la société en général, et jusque dans leurs classes.

Ecrit par : jules | 29 juin 2006

Eh bien, on n'apprend pas la concision à l'Ecole de la République...

Par contre, on apprend l'humour : " Je félicite et fais travailler bien plus les bons élèves que les moyens ou faibles, en tout cas autrement. " Parce qu'on lui a reproché de dire qu'il préférait aider les mauvais élèves, Chris tombe dans l'excès inverse - c'est ridicule.

Et Chris finit par une petite vilenie fort sympahique " Il faudrait retourner à l' Ecole et apprendre à lire. " De qui se moque-t-on? Enfin, on se paye bien la tête des élèves en leur faisant croire qu'ils passent un bac équitable, qu'ils savent des choses et qu'ils ont un avenir, on peut bien se payer la tête AUSSI des autres gens.

Bravo Frédérique, vous maniez très bien le c/c ! L'étape suivante consiste à appuyer sur les touches du clavier pour faire vos propres mots puis tenter de constituer des phrases personnelles, qui ont un sens.

Pour jules, vous vous entrainez à la rédaction de discours politiques? Donnez donc des conseils à Frédérique pour la rédaction de textes verbeux et délayés, elle a plutôt le défaut inverse.

Ecrit par : Jérémy | 30 juin 2006

"Et Chris finit par une petite vilenie fort sympahique " Il faudrait retourner à l' Ecole et apprendre à lire. " De qui se moque-t-on? Enfin, on se paye bien la tête des élèves en leur faisant croire qu'ils passent un bac équitable, qu'ils savent des choses et qu'ils ont un avenir, on peut bien se payer la tête AUSSI des autres gens.

Bravo Frédérique, vous maniez très bien le c/c ! L'étape suivante consiste à appuyer sur les touches du clavier pour faire vos propres mots puis tenter de constituer des phrases personnelles, qui ont un sens.

Pour jules, vous vous entrainez à la rédaction de discours politiques? Donnez donc des conseils à Frédérique pour la rédaction de textes verbeux et délayés, elle a plutôt le défaut inverse.

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Ce qu 'il y a d' extraordinaire ici c' est l' absence d' argumentaire de fond. Et quand on n' a pas d' arguments, on s' en prend directement aux personnes. C' est dommage...

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"Par contre, on apprend l'humour : " Je félicite et fais travailler bien plus les bons élèves que les moyens ou faibles, en tout cas autrement. " Parce qu'on lui a reproché de dire qu'il préférait aider les mauvais élèves, Chris tombe dans l'excès inverse - c'est ridicule."

Ne transformez pas mes propos. D' abord je ne parle pas, moi, de MAUVAIS élèves, mais d' èlèves MOYENS ou FAIBLES. Nuance! Un élève est une personne; et cette personne n' est pas "mauvaise"...

Quant aux élèves excellents, je suis très heureux de travailler avec eux, ils ne sont jamais délaissés et je fais en sorte, par une pédagogie(ah l' affreux mot ici!!!) différenciée, de les faire progresser AUSSI. Néanmoins, je ne suis rien de plus qu' un prof, avec ses réussites et ses échecs et je ne suis EN AUCUN CAS, un exemple ou un idéologue de la pensée unique. L' apport de JPB est utile au débat. Même dans ses outrances.

C' est tout.

PS: si l' on répondait sur le fond plutôt que sur les personnes, cela serait plus interessant.

JE N' AI RIEN CONTRE LA PERSONNE DE JPB, QUE JE NE CONNAIS PAS. JE ME BATS CONTRE DES IDEES, IDEES QU IL DEFEND AVEC LA MEME PASSION QUE JE METS A LES COMBATTRE ET JE RESPECTE SON COMBAT. D' AILLEURS SI UN JOUR IL ETAIT EMPECHE DE LE MENER, JE SERAIS LE PREMIER A ME LEVER POUR LE DEFENDRE.

Vive la Liberté!

Chris

Ecrit par : chris | 30 juin 2006

Bonjour à toutes et à tous...
Bonjour aussi à Frédérique qui a posté le même message haineux sur ce blog il y a trois ou quatre mois. C'est merveilleux, cette capacité à copier inlassablement les mêmes diatribes (hein, Chris...).
C'est comme Jules qui voudrait faire passer pour sien un commentaire de mon livre paru dans les Cahiers Pédagogiques. Quelle originalité !
Cela dit, s'il m'est arrivé de traumatiser un élève, j'en suis fort marri... Je me rappelle effectivement ce "beau comme la rencontre fortuite sur ne table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie". Une manière d'initier les élèves au surréalisme. J'ai oublié le reste.
Et je ne suis pas exempt de turpitudes. Vous voudriez de surcroît que les profs soient tous des saints ?

Sinon, je suis heureux de constater qu'il y a aussi des gens sérieux qui viennent sur ce blog. Merci à Florent pour sa longue analyse et ses propositions.
Par ailleurs, je ne suis pas membre de la Société des agrégés. Même si je défends l'agrèg bec et ongles, parce que cette volonté d'uniformisdation des enseignants ("tous recrutés et formés à Bac + 4) me paraît dans la droite ligne de cet égalitarisme forcené qui produit en ce moment tant d'inégalités.

Quant à la fin de l'histoire...
Alan a été jugulé - on s'approche de la fin de l'année. Arthur va passer dans le privé - pas tellement pour fuir les coups, mais parce que les conditions de travail de son école tournent au déplorable. D'ailleurs, il n'est pas le seul : aux dernières nouvelles, c'est une vraie hémorragie d'élèves que connaît cette école. Personne ne se demandera pourquoi.
L'inspecteur d'Académie a toutefois répondu aux parents d'Arthur une missive très administrative leur rappelant l'"obligation d'assister aux cours. Le "droit de retrait" ne s'applique qu'aux salariés. On peut donc tout faire aux élèves. Parents, réagissez !
Il eest bien rare que j'en arrive à proférer de telles énormités. Mais la situation générale est si tendue que l'on m'y force : il ne s'agit pas de stigmatiser tel ou tel enseignant - nous faisons ou avons tous fait des erreurs -, mais de faire pression pour que le niveau monte, et que les fondamentaux soient enseignés.
Les fondamentaux, et le reste. Savoir lire, édcrire, compter, ce sont des bases. L'école doit aussi enseigner à partir de ces bases. encore faut-il qu'elles soient acquises.
JPB

Ecrit par : brighelli | 30 juin 2006

Bonjour forum,

Moi je veux juste dire, que cette histoire est un peu mon histoire:
Au début du cp mon enfant (qui ne savait pas lire) a été pris en 'protection' par le redoublant de la classe, tout ce passait presque bien (dans la cour), a noël je prend les "commandes" et recommence tout à zéro Lecture/écriture/math, aujourd'hui tout va presque bien (dans la classe), mais il n'est plus pote avec le 'redoublant' (qui lui ne sait toujours pas lire 'correctement') il y a même des histoires de bastons.
Dans mon école aussi l'année prochaine il manquera une dizaine d'élèves, qui partent pour le privé...

+témoignage lu sur Lire et écrire en réponse à Florent (son commentaire avait été collé là-bas):


Bon témoignage...
mais:
Sur la question trousse : les parents peuvent dire exactement la même chose. Les enfants partent le matin avec une trousse bien remplie et le soir…plus rien. Idem pour le bonnet , le , pull etc. Que se passe-t-il à l'école ? Pourquoi tout ce matériel disparaît ?
Au bout de quelques semaines les parents se lassent de cette situation et renoncent à sortir le soir après le boulot pour acheter l' énième gomme.
Pour ce qui concerne le tube de colle, un enfant qui suit une instruction normale devrait en utiliser 1. Or, nos enfants passent l'année scolaire à coller, à découper, et à recoller…Ils n'écrivent presque jamais. Personnellement au bout du troisième tube j'ai fait la grève de la colle… Tant pis si je passe pour une mère démissionnaire. "


+ C'est pas parce que tu engueles un élève que tu es un mauvais prof:
ex:
http://www.lire-ecrire.org/index.php?action=forum&subaction=message&id_chambre=1643&id_sujet=16474

regardez comment Andrée écrit bien, lisez pourquoi elle s'est fait "engueler" ;)
a+

Ecrit par : toto | 30 juin 2006

Bonjour à tous,

JPB nous donne à méditer sur l'exemple d'un enfant (Alan) devenant violent en cours d'année dans une classe ou la "professeure" enseigne avec une méthode à départ global.

Ensuite cette maîtresse ne gère le problème ni en interne ni avec la famille et des violences quotiiennent s'installent en classe...
S'en suit des réactions des autres familles qui semblent elles aussi mal gérées...

Un oeil externe aurait tendance à mettre en cause, chez cette maitresse, sa capacité à gèrer une classe, les éventuels conflits internes ainsi que l'aptitude à établir un dialogue constructif avec les familles.

Bien sûr, ici nous croyons lire que la maitresse est aussi fautive. Mais sa faute c'est d'avoir provoqué l'ennui puis la violence de l'élève concerné. De plus cet ennui serait la conséquence (inéluctable probablement) de la méthode d'enseignement.

J'avoue, JPB, que j'ai du mal à vous suivre sur ce terrain. Avec une méthode 100% syllabique : plus d'élève violent ? Vous ne pousseriez pas le bouchon un peu loin ?

Vous développez d'intéressants arguments contre le laxisme, je les partage. Vous pourriez aussi développer d'autres arguments sur la nécessité d'intéresser les enfants à ce qu'on leur enseigne.
Mais, mon Dieu, sortez SVP de la sacro-sainte nostalgie qui semble polluer chacune de vos notes.

Ecrit par : PeutMieuxFaire | 30 juin 2006

Bonjour,
intéresser l’élève n’est pas vraiment le but de l’école. Lorsque l’on a six, dix, voir quinze ans (ça fait tard mais n’est-ce pas la situation actuelle ?), pensez-vous réellement que l’on est capable de comprendre par soit même en quoi le fait d’être cultivé et qualifié est important ? Ce n’est d’ailleurs souvent pas le cas pour la majorité des adultes.

Ce n’est pas à l’école d’intéresser l’élève a ce qu’il y fait, mais à ses parents de bien l’éduquer et de lui faire comprendre toute l’importance qu’elle a dans sa vie future et pour la société.
L’école n’a qu’un seul et unique but : transmettre des connaissances qui sont tout d’abord fondamentales, pour ensuite former des personnes qualifiées – si ce n’est « intelligente » et disposant d’un esprit-critique conséquent – et même ce que l’on appelle des élites.
Il faudrait donc peu être une bonne fois pour toute arrêter de s’intéresser au but de l’école, qui est tout de même évident, et de réfléchir à la façon pour la rendre la plus efficace possible.

Vous en conviendrez, il faudrait avant tout commencer par former des professeurs compétents et maîtrisant la matière qu’ils enseignent, chose qui est loin d’être acquise. Ensuite, il est évident que certaines des méthodes proposées sur ce blog sont essentielles, tel que le par cœur, les dictées, etc.

Quelques banalités qu’il faut tout même rappeler.

Ecrit par : Etile | 30 juin 2006

Bonjour, Toto...
Content de vous revoir parmi nous...
JPB

Ecrit par : brighelli | 30 juin 2006

bravo Frédérique
"(de la plus mauvaise à la plus bonne)" je crois que vous n'avez pas assisté ou que vous n'étiez pas attentive aux cours sur les superlatifs, je n'irai pas vous consulté.

Ecrit par : mabiche | 30 juin 2006

Pour information : Laurent Lafforgue vient de publier sur son site internet une nouvelle analyse, excellente : "Il faut sauver l'école".

Ecrit par : gilbert beaune | 30 juin 2006

"je n'irai pas vous consulté."

ConsultER, pas consulté!

Mais bon...

Chris

Ecrit par : chris | 30 juin 2006

"C'est comme Jules qui voudrait faire passer pour sien un commentaire de mon livre paru dans les Cahiers Pédagogiques. Quelle originalité !"

Le problème n' est pas là! Répondez y en argumentant

Chris

Ecrit par : chris | 30 juin 2006

ok chris pour "consulter" la prochaine fois je relirai mes envois

Ecrit par : mabiche | 30 juin 2006

Tiens ! on dirait que Chris a abandonné le copier-coller ! Puisque vous commencez à dire des choses intéressantes, pourriez-vous préciser concrètement sur quelles méthodes et pratiques vous vous opposez à M. Brighelli ? Pourriez-vous, par exemple, vous mettre d'accord pour comparer précisément votre travail et vos résultats avec les siens, sur une séance, ou une séquence, pour montrer qui a été le plus efficace ? Ce n'est pas plus facile que de comparer des résultats de baccalauréat, mais ainsi, vous pourriez fournir éléments concrets plutôt que des extrapolations théoriques.

Frédérique, comment avez-vous pu mettre la main sur cette élève ? Expliquez-nous, je veux rire !



Sur le rapprochement entre la violence de certains élèves et l'application de la méthode globale, j'avoue que je n'arrive pas bien à suivre le raisonnement de M. Brighelli. Pourtant, il y a forcément un rapport !

Mon opinion est qu'on ne peut pas attendre des élèves qu'ils "construisent", ni les procédures de la vie en société, ni celles de la lecture/de la grammaire/de l'organisation d'un récit ou d'une argumentation, uniquement à partir de l'observation raisonnée de leur classe, de mots/phrases/textes. En effet, il s'agirait dans les deux cas de comprendre un système complexe sans connaître aucun de ses éléments de base.

Si nous demandons à des enfants de "champollioniser" devant des corpus bizarroïdes, nous favorisons, soit le plus chanceux, soit le plus malin (qui ne sera pas forcément prêt à partager sa découverte), soit le plus tricheur. (Ce dernier soupçon vient d'ailleurs spontanément à l'esprit de beaucoup de pédagogues modernes !)

Si nous leurs demandons de "citoyenniser" dans une classe, d'inventer de bonnes règles de conduite pour pouvoir travailler, nous ne favorisons pas ceux qui respectent les autres et désirent débattre, mais ceux qui braillent le plus fort, ou profitent de la cohue pour régler des comptes ; à la rigueur, ceux qui arrivent à travailler pour eux seuls dans cette pagaïe, et qui en tireront un mépris profond pour le genre humain.

Nous en aurions un exemple rêvé sur nos routes : un ministre a décidé de substituer à un contrôle humain des machines qui sanctionnent automatiquement les excès de vitesse dans les lignes droites. Les automobilistes ont-ils construit de meilleures "règles de conduite" ? Que nenni ; ils pilent devant le radar et accélèrent un peu plus loin.

J'ajoute que, du point de vue "philosophique", la liberté absolue d'un groupe ne produit que la loi du plus fort. Dans ce domaine, 25 enfants dispersés dans une salle de 100 m² ne "construiront" aucun autre savoir social... de même que 10 000 personnes sans travail légal dans une cité de 5 km², avec un commissariat de quartier... ou que le même nombre d'hommes d'affaires sur le marché mondial. Ainsi, Marx a souligné que le libéralisme et l'anarchisme de Proudhon représentaient, tant que la propriété privée existe, les deux aspects de la même idéologie.

Je ne fais pas cette analogie pour le plaisir de l'érudition... L'humanité a eu besoin d'"inventer" le pouvoir pour établir des conventions qui facilitent son existence. Il n'y a jamais eu de progrès par "plus" ou "moins" de pouvoir, mais par l'évolution des formes de ce pouvoir. Or, dans l'éducation, il est tentant de croire améliorer les pratiques seulement en réduisant (ou augmentant) l'autorité du maître. De même, en politique, augmenter ou réduire l'autorité de l'Etat face à la "spontanéité" économique, semble à beaucoup le seul moyen de faire évoluer la société. Dans les deux cas, on suppose que le maître, ou l'Etat, n'ont pour but que de conduire leur troupeau d'élèves, ou de partenaires sociaux, pour les mener où ils veulent aller. Seulement, l'Etat ou le maître peuvent seuls formuler des buts à atteindre dans l'intérêt de tous, et de conventions en accord avec ce but, sans quoi l'économie ou la classe ne font que stagner : cf 1789, par opposition à notre époque.

Or, en politique (tant qu'il existe une "caste" dominante), l'Etat n'est pas capable d'indépendance vis-à-vis des acteurs économiques. Les débats sur le "plus" ou le "moins" d'Etat sont donc plutôt creux, tant qu'il n'y a pas de révolution. Mais dans une classe, le maître est non seulement indépendant de ses élèves, mais il est capable de prévoir leurs besoins d'adultes, contrairement à eux, et supposé vouloir le bien de chacun. En cela, l'école est en avance sur les nations industrialisées, et il est déplorable que le "moins de maître" soit associé à l'idée d'un progrès.

Ecrit par : prof de nouveau chômeur | 30 juin 2006

Je travaille en ZEP à Evry dans une écoles de crétins!
J'ai été dénoncé à l'inspection pour avoir instruit mes élèves de CE2 et notamment pour avoir enseigné la technique opératoire des additions, multiplications et soustractions à virgule...J'ai subi les outrages de mes collègues parce que je refusais systématiquement les projets à rallonge. Alors que ces élèves ont besoin de bases solides qui ne s'acquièrent surtout que par un travail systématique de répétition. La violence dans mon école est une constante. C'est simple, si chaque élève était justement sanctionné, nous passerions notre temps à le faire, ce qu'il faudrait.
Ce soir quelques élèves qui quittent l'école m'ont remercié pour les "avoir fait travailler dur".
Le navire coule à pic!

Ecrit par : Combemale | 30 juin 2006

Bonjour JP,
Moi je suis comme mabiche , j'irai pas consult"é" :)

j'en connais plein des médecins médiocres (si c'est vrai, là aussi il y en a plein), il y en a des excellents aussi, mais il ne sont pas nombreux, hélas.

Cela dit moi aussi certains de mes profs, n'ayant pas VU mon défaut de lecture, mon "traité" de naze. Ce n'est pas pour autant de leur faute, même si j'aurais bien aimé qu'ils décelent mon soucis plutôt que de m'engueler, mais plutôt au mauvais départ "petit poucet". Maintenant JE/on sais/sait d'où proviennent 80% des soucis des gamins...

à vous de jou"é" .

Ecrit par : toto | 30 juin 2006

Je voudrais vous poser une question Monsieur Brighelli,
J'ai écouté mercredi 28 juin l'assemblée nationale sur F3. Un député UMP dit à son interlocuteur de "l'oppposition" que les moyens consacrés à l'Education sont les plus importants jamais investis.
Lorsque vous parlez dans -La fabrique du crétin- qu'il n'y a pas de complot, ne croyez-vous pas néanmoins que ces budgets colossaux et inutiles (Informatique avec l'entretien de la ligne, photocopieuses avec là-aussi un contrat d'entretien etc...) existent pour que les hommes politiques puissent dire un jour (dans pas longtemps) qu'il faut privatiser tout ou partie de l'Education, faute de réussite?
Pire, le complot ne serait-il pas de faire en sorte (puisque la privatisation brutale serait trop chère, dixit l'OCDE pas franchement progressiste...) que la population, de plus en plus dégoûtée par l'école publique, se détourne lentement vers le privé, subventionné comme un moine par l'Etat, afin de réduire les coûts?

Ecrit par : Combemale | 30 juin 2006

"ok chris pour "consulter" la prochaine fois je relirai mes envois"

Avec JPB, vous auriez 0
Avec moi, vous aurez mon indulgence

Mais n' y revenez pas...lol!

Chris

Ecrit par : chris | 30 juin 2006

"Tiens ! on dirait que Chris a abandonné le copier-coller !"

Mais il y a des copier-coller très interessants! Il faut s' informer...et informer

Chris

Ecrit par : chris | 30 juin 2006

"Puisque vous commencez à dire des choses intéressantes, pourriez-vous préciser concrètement sur quelles méthodes et pratiques vous vous opposez à M. Brighelli ? Pourriez-vous, par exemple, vous mettre d'accord pour comparer précisément votre travail et vos résultats avec les siens, sur une séance, ou une séquence, pour montrer qui a été le plus efficace ?"

1- J' attends les résultats au bac français des classes de 1ere de Mr Brighelli sur 4 ans

2- Mes séquences sont très traditionnelles. Je suis prof en Collège (le fameux maillon faible):

- Je fais une dictée par semaine
- Je fais apprendre des règles de grammaire
- Je fais lire mes élèves
- Je fais faire une Rédaction tous les 15 jours

Etc...

MAIS:

- Je travaille sur l' image
- J' utilise les moyens informatiques
- Je punis peu (en 23 ans de carrière: 4 élèves collés!)
- Je fais travailler énormément en classe et en CDI ainsi qu' en salle informatique
- J' organise des sorties PEDAGOGIQUES!
- Peu de devoirs-maisons (Je n'ai pas dit "pas du tout!")
- Je m' interesse à TOUTES les méthodes pédagogiques sans en rejeter à priori aucune
- Je lis Meirieu ET Brighelli, et bien d'autres (Je préfère le 1er mais bon...)

Mes résultats?

Classe de 3ème l' an dernier considérée comme "perdue" en septembre:

1er brevet blanc: 9 réussites sur 25 élèves/Pas terrible!
2ème Brevet blanc: 18 réussites sur 25 élèves/Ah c' est mieux

Brevet: 21 réussites/25. Pour des élèves perdus... (Et ceci grace à mes collègues de Maths et d' histoire géo aussi évidemment)

Ce que je ne supporte pas, c' est le rejet systématique de tout ce qui ne va pas dans le sens de JPB.

Je supporte encore moins le procès fait à la méthode globale puisque celle ci n' a JAMAIS été appliquée! (A 5% d' enseignants près!). Ma compagne est Directrice d' Ecole: elle n' a JAMAIS vu aucune de ses collègues appliquer la méthode globale (Méthode que je réprouve aussi; vous voyez qu' on s