« L'invasion des barbares | Page d'accueil | Ecole[s] en France »

24 mars 2006

Révoltes

Les manifestants défilent contre le CPE — et ils ont bien raison: j'ai rarement vu une loi aussi mal ficelée. Et l'emballage fait le cadeau. Villepin, à vouloir gagner dix jours en passant en force à l'Assemblée, a perdu deux mois, sa crédibilité, et peut-être les chances de son parti aux prochaines élections. Carton plein.
Sur le dernier point au moins, il est coutumier du fait. Faut-il rappeler qu'il est le gourou de la dissolution, en 1997 ? Ou comment une majorité absolue qui n'avait aucun besoin de s'auto-dissoudre s'est retrouvée minoritaire en quelques semaines…

Reste à comprendre contre quoi ils défilent, au fond, ces "jeunes"…
Une observation liminaire : la plupart de ceux qui participent à ces manifestations appartiennent à la petite bourgeoisie. D'ailleurs, ils se font racketter par les "casseurs" de fins de manifs…
N'y aurait-il pas là une indication précieuse ? N'est-ce pas là la classe la plus laminée et menacée par les restructurations économiques et culturelles des dernières décennies ?
La loi Villepin s'inscrivait paraît-il dans un ensemble prônant "l'égalité des chances" — la tarte à la crème de tous ceux qui refusent de réfléchir sérieusement. Elle prétendait s'adresser prioritairement aux jeunes non diplômés. Et ceux qui manifestent le plus sérieusement, le plus studieusement, ce sont ceux qui ont déjà, ou qui vont avoir des diplômes.
Il est vrai qu'aujourd'hui, après deux décennies de pédagogie active et de démagogie effrénée, le diplôme a souvent divorcé de la compétence.

"Les héritiers", disait Bourdieu. Mais de quoi diable vont-ils hériter, aujourd'hui ? Ni du job de leurs parents, qui n'est pas transmissible et qui souvent n'existera plus dans quelques années, ni de la culture "bourgeoise" que transmettait l'Ecole — parce que par la grâce de pédagogues peut-être bien intentionnés, ils n'y ont plus accès.
De quoi se plaignent-ils ? Ils ont l'intuition globale que l'éducation qu'on leur a donnée n'est pas adéquate aux défis présents et à venir. D'où, dans un premier temps — nous y sommes — un réflexe en quelque sorte corporatiste. Il y a quelque chose de désespérément réactionnaire dans l'opposition au CPE (qui est, répétons-le pour que les choses soient claires, une loi imbécile). C'est l'expression du souhait compréhensible et absurde d'en rester ou d'en revenir au statu quo ante. Un emploi à vie, un bon job, un salaire décent. Des souhaits copréhensibles. Encore faut-il se donner les moyens de les approcher.
Un sondage récent (la semaine dernière) indiquait que plus de 70% des "jeunes" rêvent d'une sinécure dans l'administration, alors même que l'administration dégraisse, que le "moins d'Etat" s'impose partout, et que par ailleurs je ne suis pas bien sûr qu'il existe, dans l'administration ou ailleurs, de réelles sinécures. Souhait de stabilité, désir de repères dans un monde assez peu rassurant.
La révolution informatique commencée dans les années 70 n'en est qu'à sa phase initiale, et nous vivons sur un volcan, exactement comme dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les gens ont vécu sur le volcan de la révolution industrielle. La guerre de Sécession, en 1860, n'exprimait-elle pas, au fond, le même désarroi ? Un Sud profond, agricole, s'insurgeait contre un Nord industreil — en vain ? Quelques centaines de milliers de morts pus tard, le Nord avait gagné…
Je n'ai pas de sympathie particulière pour le patronat français, qui me paraît avoir plusieurs trains de retard, en moyenne. Mais les belles âmes qui prétendent faire de l'enseignement a minima, en "respectant" les convictions des élèves, en évitant de mettre la barre trop haut, en évitant tout traumatisme, en ététant au nom de l'égalitarisme, en crachant sur "l'élitisme", devenu la bête à abattre, devraient de temps en temps se soucier de la réalité du marché.
Que dit ce marché ? Qu'il lui faut soit des exécutants (qu'il va chercher dans les pays en voie de développement — on appelle cela délocalisations), soit des têtes bien faites qui sachent s'adapter aux défis à venir, aux métiers à venir, dont personne n'a la moindre idée.
Comment s'adapter ? En ayant le pus grand nombre de cordes à son arc. En sachant lire, en sachant écrire, — en sachant quoi lire. En maîtrisant non seulement des langues, mais des cultures étrangères.
Une parenthèse à ce sujet. qu'est-ce que respecter la culture personnelle d'un enfant ? C'est lui montrer comment ce qui appartient au cercle familial peut devenir une arme supplémentaire. Les enfants issus de l'immigration nord-africaine, souvent, parlent mal l'arabe — ou, au mieux, un arabe dialectal. Pourquoi ne pas leur dire, plus souvent, qu'ils peuvent en faire une arme — en passant par l'arabe littéraire qui sert effectivement de lingua franca sur les marchés extérieurs, et dont la maîtrise intéressera telle ou telle entreprise travaillant dans l'export ? Bien sûr, ce n'est pas, au fond, "leur" culture : l'arabe (ou l'anglais, ou plutôt, "les" anglais, tant USA, Australie et Grande-bretagne sont aujourd'hui séparées par une langue commune), c'est aussi une culture millénaire — combien la connaissent ?

Retour au manifestations. Le CPE a vécu. Que décider ? Une protection sociale renforcée, ou un assouplissement général (et pas limité absurdement aux moins de 26 ans, comme s'ils constituaient une catégorie à part) ? Le modèle angais, le modèle danois, suggèrent les uns ou les autres. Sont-ils allé voir comment cela fonctionne ? La flexibilité à l'anglaise, quel syndicat français la voterait ?
Nous voulons encore une fois le beurre et l'argent du beurre. Il est plus que temps de réunir tous les acteurs sociaux autour d'une table, et de discuter sérieusement des perspectives — de l'emploi et de la formation, y compris de la formation tout au long de la vie, parce qu'il n'est plus question de se reposer sur ses lauriers académiques ou sur son bâton de maréchal. Et de poser les bonnes questions : voulons-nous devenir le pays vers lequel nous nous orientons — un espace de loisir pour l'Europe du Nord et l'Extrême-Orient ? Ou prétendons-nous avoir encore des cartes à jouer ?
L'avenir, c'est tout de suite.

Une génération entière, depuis 1989, a été à demi-détruite par des pratiques pédagogiques et des formations mortifères. Le vrai responsable du marasme actuel, c'est moins Villepin, déjà destiné aux poubelles de l'Histoire, que ceux qui ont si patiemment réformé les programmes dans le sens du renoncement. C'est moins la droite que la gauche.
D'ailleurs, dans les rangs de la Gauche, ils ne sont pas rares, ceux qui pensent comme moi. Mais pour le moment, ils se taisent. Ils ont tort. Le premier qui sonnera la fin de la récré, de droite ou de gauche, déplacera cinq millions de voix. Tiennent-ils vraiment à ce que ce soient leurs adversaires qui en profitent ?

JPB

07:35 Lien permanent | Commentaires (162) | Envoyer cette note

Commentaires

Très sage et intelligent post.

Ecrit par : Marie | 24 mars 2006

j'ai beaucoup apprecié votre analyse du problème

Ecrit par : evelyne | 24 mars 2006

Effectivement tout le monde se retourne actuellement contre l'etat pour le moindre probleme.
Alors que le probleme est bien plus profond et inquietant que cela, il a ete largement prepare par des personnes qui ont profite et profitent encore d'un systeme qui ne pouvait helas que fonctionner sur les bons sentiments des gens et sur la citoyennete. Ca veut dire quoi deja ??????? Il faudrait le rayer du dictionnaire.

Ne revons pas, si l'education en est la, si la France en est la, c'est qu'il y a eu bien des derives "couvertes" et que peu de personnes sont disposees a regler le probleme, chacun participe a la "petite soupe" destinee a noyer les etudiants.

Chacun se bat pour soi, je n'ai rencontre cette semaine que peu de personnes capables (une seule) d'ecouter son prochain. J'ai vu des personnes qui defendent soi disant la democratie, la bafouer en huant ceux qui voulaient exprimer un avis contraire. Encore un mot a rayer du dictionnaire.

Dites une seule verite, et vous verrez combien les gens restent silencieux devant vous et sont peu disposes a bouger contre un systeme qui leur profite.

Appelons un chat: un chat.

Arretons de faire croire a notre jeunesse que le monde du travail est rose !!!!!!!

Pour ce qui est de vouloir devenir fonctionnaire:
Fonctionnaire ou pas, les problemes sont les memes, ne croyez pas qu'un fonctionnaire qui desire travailler a la vie rose !!! DETROMPEZ VOUS !!!!!Combien de fonctionnaires sont aigris !

Pour ce qui est du CPE, honnetement, c'est surement une tres mauvaise mesure, mais bon est ce bien le fond du probleme.
Et pour sortir la France car il ne s'agit pas que de l'education et du travail, ne va t'il pas bientot n'y avoir que des solutions de ce genre ??? ou faire appel a la repression.

Mais bon il ya des gens beaucoup plus intelligents que moi pour regler le probleme... je ne dors pas bien qaund meme....

Signe: une personne helas au milieu du systeme.

Bien amicalement.

Ecrit par : stephane | 24 mars 2006

Qu'appelez vous la petite bourgeoisie ? Je ne m'explique pas votre remarque sur la seule représentativité de la petite bourgeoisie dans la lutte anti CPE.

Petite remarque, cette histoire de rupture de contrat de travail sans motif légitime me semble aller contre le droit lui même. Elle établit un rapport de force à la seule faveur de l'employeur. Si l'on transpose la même logique à tout le droit des contrats, alors rien n'empêche que l'on donne à une partie la possibilité de se désengager sans pour autant donner au co-contractant
le moyen d'être légitimement défendu. J'allais jusqu'à m'imaginer qu'en cas de contrat d'achat d'un appartement, ou lors de rapports commerciaux entre les entreprises , on donne le droit aux vendeurs ou clients de rompre le contrat sans motif légitime...Il faudrait peut être le proposer...
Même logique imbécile selon moi. Des centaines d'années de réflexions juridiques et de luttes sociales mises à la poubelle simultanément .
Ca c'est pour répondre à la remarque " de réflexe réactionnaire" contre le CPE? A moi , cela ne suffit pas.

Ecrit par : dg | 24 mars 2006

La manière dont vous aborder les choses ainsi que leurs contenus et leurs formes sont à mon sens une belle facon qui permet d'interpeler et de faire reflechir dans un contexte,avec des comparaisons,un raisonnement logique et de bonnes questions.
Personellement je ne vous connaissais pas avant; je vous est entendu pour la première fois lors du debat télévisé contre le CPE; et je tiens a dire que j'ai eprouvé un réel bonheur a entendre parler(et maintenant lire) quelqu'un qui enfin possède a mon sens un regard critique franc et intelligent.
voous etes arriver a formuler et a exposer des choses qui mon toujour toucher et revolter,notament au sujet de l'education national...dont personne ne parle; vous denoncer une certaine manipulation de l'etat dès la base qui est scandaleuse a mes yeux alors en tant que jeune édudiante je vous dit MERCI pour tout ce que vous pensez et surtout pour comment vous le pensez! MERCI pour essayer de faire passer les bon message notament votre livre ou rien que le nom est parfait! MERCI d'apporter un regard clair sur les vices du système al'heure ou la plupart parle pour parler avec de suberbes belles phrases stériles! MERCI de m'avoir fait savoir qu'il y a des gens du système conscient des vrais realité du sys! MERCI parceque si des gens comme vous ne donné pas leur avis il n'yaurai plus grand espoir! alors meme si vous etes l'un des seul a parler simplement,clairement,dans une demarche explicative avec comme seule arrière pensez arréter de maintenir le monde dans le flou et le à peu prés, CONTINUEZ A FAIRE PASSER VOS MESS RARES et ESSENTIELS

Ecrit par : CChristine | 25 mars 2006

J'aurais dû dire "classes moyennes" plutôt que "petite bourgeoisie". Mais l'idée est la même.
Quant au fait que les employeurs paraissent bénéficier seuls du CPE… Je rappelle que le patronat n'a jamais demandé cette loi — Villepin l'a sortie de son chapeau pour exister, et il s'est tiré une balle dans le pied — et dans le pied de sa majorité. par ailleurs, sans vouloir faire du marxisme de base, il faut en revenir aux rapports de force entre travailleurs et patrons : en ce moment, depuis que la classe ouvrière ne se pense plus en tant que telle, le rapport est totalement favorable au patrons, qui ont su créer les conditions économiques (cette crise rampante qui n'empêche pas de faire des affaires) pour laminer les syndicats, et écraser les employés.
D'où mon ire contre ceux qui, sous des prétextes divers, ont méprisé l'enseignement traditionnel des couches populaires. Les "écoles du Parti", comme on appelait les instances de formation permanente du PC dans les années 30 à 70, ne négligeaient pas la culture bourgeoise — parce qu'il n'y en a pas d'autre, voir Lénine. Détruire l'enseignement traditionnel sous prétexte de "respecter" (?) les droits des minorités plus ou moins visibles et l'aculture de la rue est un crime contre le mouvement ouvrier, dont nous payons les traites aujourd'hui — et demain !
JPB

Ecrit par : brighelli | 25 mars 2006

Que les patrons ne soient pas pour ce genre de contrat, je n'en suis pas totalement certaine. 40 % selon ipsos se voient bien embaucher avec ce type contrat et le mefef quant à lui dit clairement que

"Nous considérons que le Premier ministre Dominique de Villepin a, depuis sa nomination à la tête du gouvernement, contribué à faire mieux comprendre aux Français le lien qui existe entre la législation sociale du travail et le taux de chômage élevé de notre pays et en particulier le taux de chômage des jeunes. "

Voilà qui ne saurait être dit plus clairement non. ?Supprimons doucement les règles d'équilibre de la législation du travail, il n'y aura plus de chômage...

Il serait intéressant que les travaileurs parlent plus souvent avec les enseignants, même de haut niveau , de leurs expériences et conditions de travail et des objectifs attendus d'eux.

De nos jours, on découvre rapidement que l'on est rien , et j'insiste sur ce rien symbolique, aux yeux de la société une fois licencié économique ou licencié tout court comme dans le CPE , à partir du moment ou l'institution des hommes et les lois sont constitutives de votre situation de licenciement, écrit noir sur le blanc d'un bout de papier, et ce n'est pas une mince affaire à gérer que de le vivre . Je crois qu'il faut le connaître une fois pour savoir quoi penser des manques de perspectives de notre société.
Alors imaginez ce que c'est pour ceux qui n'ont pas de recul à prendre, de mots pour l'expliquer, ni une intériorité constituée de savoirs humanistes pour reconstruire une place tant intérieure qu'au sein de la société. On crée indirectement une classe de personnes dévalorisées symboliquement qu'on envoie cheminer passablement dans les couloirs des stages ANPE. Et cela ne touche pas que les petites gens. A de hauts niveaux professionnels, les cinquantenaires se voient invités à leur tour, à reconnaître qu'ils ne sont plus grand chose au regard de leur âge.


Donc oui , de la culture et des références pour les enfants de salariés et d'ouvriers. Qu'ils lisent Smith et Rousseau, qu'ils lisent de tout, de Platon à karl Marx . Car rien n'est plus important que d'avoir autre chose dans le crâne que la soupe crasse qui se déverse chaque jour sous nos yeux, dans nos oreilles et dans nos têtes. Cela permettrait peut être d'avoir d'autres mots à la bouche que la croissance, la flexibilité, la compétitivité, l'employabilité, la rentabilité,la consommation et sûrement d'autres perspectives. Il faut rétablir des Sujets qui pensent, de toute urgence .

Ecrit par : dg | 25 mars 2006

Bien sûr que c'est une lutte permanente !
Je suis d'autant moins d'accord avec le CPE, qui instaure (instaurait ?) une discrimination inacceptable entre "jeunes" et moins jeunes. Un "vieux" de cinquante ans est peut-être plus prioritaire encore qu'un jeune qui n'a pas encore de charges familiales sur le dos.
Franchement, le patronat dit en aparté qu'il a déjà tout ce qu'il lui faut pour débaucher. Le problème, c'est qu'en dehors des grandes entreprises, qui ont les reins assez solides pour embaucher, les autres, celles de moins de 20 salariés, sont écrasées de charges.
Taxer le produit du capital fera simplement fuir les plus avisés (et croyez-moi, ils le sont !) vers l'étranger — ne serait-ce que par des délocalisations bancaires.
Je ne vois aucune proposition constructive de la part des syndicats. Les formules "y'a qu'à" me laissent froid, franchement. Qu'elles viennent des uns ou des autres — ou de moi.
Nous sommes dans une phase de révolution industrielle qui laissera les plus faibles sur le carreau — non pas des gens, mais des pays entiers. Le bon raisonnement, ce n'est même plus "que pouvons-nous faire face à l'Angleterre ou aux USA", mais "que pouvons-nous faire face à la Chine". Parce que les Chinois, eux, ne feront pas de sentiments — et c'est pour demain, pas après-demain.
Nous sommes en train de devenir un pays pauvre - alors que de l'avis international, nous avons encore la classe ouvrière la mieux formée, quoi que je pense de l'éducation. C'est pour cela que malgré les syndicats, les charges, etc., Toyota s'était installé à Valenciennes. Quinze ans plus tard, sommes-nous toujours aussi attractifs ?
Le personnel d'une entreprise est un capital précieux - mais il n'y a pas que les patrons qui le négligent, en ce moment. Les syndicats manquent un peu d'économistes de premier plan qui conçoivent des solutions inédites…
JPB

Ecrit par : brighelli | 25 mars 2006

J'ai entendu tellement de chose intelligente sur ce forum que je ne sais par ou commencer (excusez moi de reprendre votre introduction lors du débat télévisé de france 2, mais copier un auteur n'est il pas une forme de respect ?). Oui M. Villepin a eu tord d'utiliser le 49.3 pour faire passer le CPE, cependant cette procédure n'était elle pas nécéssaire vu la crise politique et démocratique que traverse le pays actuellement ? Vous affirmez que le CPE est une mauvaise loi mais peut on envisager quelque chose d'autre ? Les garanties accordées aux jeunes (droit au chômage en cas de démission, accompagement..) ne sont elles pas uniques en europe ? certes il s'agit d'un pis aller mais quand on a une idée de l'importance du chômage des jeunes tous les moyens ne sont ils pas bon pour tenter d'y rémédier ?.. Inutile de tenter d'évaluer le nombre de personnes de moins de 26 ans au chômage, il existe des milliers de façon de truquer les chiffres, et ce d'autant plus facilement que le taux d'inactifs chez les moins de 26 ans est en France le plus élevé d'Europe, combien d'"étudiants" en fac n'ont en fait jamais mis les pieds dans un amphithéatre et passent leur journée au café ? (Une sélection a l'entrée en université semble indispensable, et évidente pour la plupart des contribuables Français soit dit en passant, pour éviter ce genre d'abus).


Mettons nous un instant à la place de D. de Villepin, avec qui aurait il pu négocier ? AUCUN syndicat en France n'est représentatif, que ce soit en milieu universitaire ou dans le monde du travail, aucun syndicat ne peut se prétendre légitime. La vrai raison de la crise sociale en france est a chercher entre autre dans la faible représentativité des syndicats. Aucune négociation n'est possible dans cette situation et la plupart des conflits ne se résoudront que dans l'agitation.
D'autre part le Cpe est il une mauvaise chose ? Etant actuellement un jeune professeur d'économie de 28 ans, j'ai passé environ 8 mois de ma vie au chômage, je me sens donc bien placé pour parler du sujet, et ce d'autant plus car je cherche actuellement un autre métier.

J'imagine quel aurait été mon avenir si le CPE avait existé. Tout d'abord il y a fort à parier que les employeurs auraient embauché de préférence des jeunes de moins de 26 ans à la place de jeunes plus expérimentés de plus de 30 ans (actuellement cible favorite des entreprises), j'imagine donc qu'il m'aurait été bien plus facile de trouver un emploi (un vrai, valorisant et autrement plus rémunérateur que mon poste d'enseignant dans une lycée perdu de picardie à 700 km de ma région natale...). Ce CPE, meme si tout le monde est d'accord sur le fait qu'il mérite certains amménagements, me semble donc être une excellente mesure, les jeunes actuellement salariés ne le sont de toute façon la plupart du temps qu'en CDD, et, parmi les jeunes de moins de 26 ans titulaires d'un CDI combien d'entre eux restent plus de deux ou trois ans dans leur entreprise ( le droit du travail regorge de motifs de licenciement, un nombre important de jeunes démissionnent au bout de quelques années, le CPE leur donnerait d'ailleurs de meilleures conditions pour partir car leurs droits au chômage augmenteraient énormément)?

Le chômage des jeunes est un problème trop important pour ne pas TOUT tenter. Certes le rapport de force est en faveur des employeurs, mais le message de ce jeune de 26 ans pro-CPE, lors de l'émission "A vous de juger", titulaire d'un DESS de marketing (Bac + 5 je me permets de le rappeler) standardiste depuis de nombreuses années et à qui aucune entreprise n'a voulu donner sa chance dans un poste qualifé n'a t il pas ému la France entière ? Je veut bien admettre une certaine déqualification des diplômes mais je ne peux considérer que le niveau d'un DESS en 2006 équivaut à celui d'un baccalauréat d'il y a quelques années..

Les mesures pour augmenter le taux d'activité des jeunes seront de toutes façons prises par le futur gouvernement de 2007, que ce soit par De Villepin ou par Sarkozy, ou par S. Royale (voire JM Lepen qui est en tête des sondages actuellement chez les jeunes ce dont je ne doute pas quand je vois dans une copie sur 10 environ que des "lycéens" de terminale STT m'expliquent après leurs cours sur le travail que le chômage de la France est du aux immigrés...), car la France a le plus faible taux d'activité des jeunes d'europe et car cette inactivité a un cout (il faut bien chauffer les amphitheatres d'université et les salles des lycées ainsi que payer des gentils organisateurs, pardon des professeurs, pour animer, pardon éduquer ces jeunes).

Bref, au delà du débat sur le CPE, il est évident qu'une amélioration de la situation de l'emploi des jeunes (en délestant les université et lycées de certains élèves à qui ont fait croire qu'ils apprennent des choses) amélioreraient beaucoup de chose dans le monde éducatif , et réciproquement ?

Ecrit par : doitrand | 25 mars 2006

Nous arrivons au cœur du problème. Mettons-nous en effet à la place de Dominique de Villepin — qui va bientôt la laisser, à en croire les rumeurs intéressées des uns et des autres. Quelles solutions globales pour l'emploi proposez-vous ? Le modèle anglais, par exemple, permet une embauche facile, et un dégraissage tout aussi simple. Reste à apprécier le poids de la vraie pauvreté anglaise…
Par ailleurs, je crois fermement qu'en Angleterre comme ailleurs, on embauche les gens en fonction de leur savoir-faire. En France, en revanche, on reste accroché aux sacro-saints diplômes — avec cette circonstance aggravante que l'on sait, de plus en plus, l'écart qui se creuse entre le diplôme et la compétence. D'où mon insistance — c'est le sujet central de mon prochain livre — sur la nécessaire réduction de cet écart, afin que les entreprises regagnent la confiance perdue dans le diplôme.
Ce blog est ouvert à toutes les propositions — y compris les moins constructives. Le dialogue social qui ne s'instaure pas à Matignon, ni Rue de Grenelle, autant le développer ici — parce que le Net est le dernier espace démocratique.
JPB

Ecrit par : brighelli | 25 mars 2006

Felicitations (qui n'engagent que moi) pour l'analyse de Mr Doitrand !!!!

Elle n'est peut etre pas loin l'epoque Mr Lepen president, effectivement. Lorsque l'on a rien a perdre....
Apres les dernieres elections presidentielles, il n'a fallu que deux jours a nos hommes politiques pour reprendre leurs travers. Or, le seul a ne pas pratiquer la langue de bois actuellement...et depuis toujours...
La seule reponse apportee pour ce "probleme" est "attention ce n'est pas bien le racisme, faites attention ce n'est pas bon pour le pays, c'est immoral......" tutututtuuut meme si j'ai l'air d'un blaireau je n'en suis pas un !!!!
Le probleme n'est pas que dans le racisme, vivons nous sur la meme planete ????

Un jeune, meme s'il peut paraitre anarchique et desorganisee possede par contre une tres tres bonne analyse innee de ce qui est juste et equitable. Ne nous etonnons pas que la franchise paye pour cette jeunesse.

Pour ce qui est des syndicats, vous avez tout dit, ce qui explique peut etre le faible nombre de personnes qui y adherent.

Pour les diplomes, je suis persuade effectivement qu'une selection a l'entree de l'universite et une meilleure adaptation du parcours scolaire avant l'universite rendrait grandement service a tout le monde. Il parait que le niveau des etudiants baisse chaque annee.

Pourquoi ne pas imaginer:
- Chaque annee ou chaque trois ou quatre ans, comme cela va etre un peu le cas pour la recherche une evaluation de chaque formation et une notation.
- Centraliser la decision de: quelle universite fait quelle formation !!
- Centraliser la decision de promotion des personnels participant a l'education.
- Definir un VRAI minimum vital d'education.
- Renforcer la credibilite des enseignants en creant un concours national des instituteurs ou de professeurs des ecoles, sans liste complementaire.
- Renforcer les liens entre universites et entreprises "locales" de maniere a ne plus creer des formations creatrices de chomeurs en puissance et a avoir une carte des universites fiable !!
- Etre a l'ecoute des enseignants (de tous les niveaux) et ne pas ressortir la vieille rengaine, vous savez c'est normal des nos jours. Beaucoup de personnes en ont assez de cette "normalite" .
- Arretons le carnage, la fuite des cerveaux ne s'explique pas par la seule faiblesse des salaires !!!! Il y a bien un probleme en France (enfin qu'un ??) qui va nous eclater en pleine figure. Si j'etais un cerveau (ce que je ne suis pas helas) je ne serais deja plus de ce pays avec toute ma petite famille.

Enfin: supprimons les syndicats, vous trouvez ca normal vous de devoir payer pour pouvoir participer a l'evolution de notre societe ??? Ce n'est pas une proposition gratuite, j'ai une solution deja prete qui defendrait tres bien les travailleurs. il est evidemment hors de question de faire sauter cette "protection". Ce n'est pas le sujet de ce blog et mon intervention commence a etre longue....

Ecrit par : stephane | 25 mars 2006

Petit bémol sur les syndicats, pour éviter certaines facilités accusatoires. Même si tout est loin d'être parfait.
On pourrait faire la même sur les partis politiques.
Je crois que le défaut dans les discours de ce type est toujours à peu près le même. On désigne toujours une entité responsable en dehors de soi même, parfois sans même mouiller sa chemise d'être syndiqué ou politisé. Parce que prendre sa carte quelque part n'a jamais fait avancer le "chlimblik" tout seul. Individuellement, personne n'est jamais pour rien dans ce qui ne va pas. De faire alors la démarche de s'engager, on se rend compte de plusieurs choses . Vouloir changer les situations demande des efforts individuels, . Déjà, des savoirs. Savoir de quoi on parle. Tant en droit à minima si on veut faire des syndicats des partenaires légitimes, qu'en culture générale, ou savoirs singuliers que l'on veut voir traités . On ne va pas regarder les syndicalistes et les politiques faire le boulot seuls et les laisser parler à notre place si on n'est pas d'accord ? Et pour prendre la parole, il faut avoir des choses à dire, qui soient fondées, étayées . Il faut donc se mouiller un peu. Parce que rester sans rien faire et simplement critiquer ce que les autres font de contraire à nos souhaits, ce n'est pas se comporter comme des sujets. Cela ne fait avancer personne. C'est vrai , qui mieux que soi peut fournir l'effort de sortir de son ignorance pour régler des problèmes du quotidien ? Alors sa parole, il faut la faire entendre. Et si on a un peu de jugeotte, on cherche les connaissances qui nous manquent. Car on ne peut pas tout connaître. Restons humbles.
Justement, le problème est bien là. D'avoir la tête avec suffisement de connaissances dedans pour être en mesure de poser en actes ce qui construit le quotidien. Et bien si on conçoit pouvoir reconnaître qu'il y a des choses à changer, et qu'on ne sait pas tout, pourquoi ne pas commencer par soi même ?

Une proposition entre concitoyens . Pourquoi ne pas utiliser une partie de temps dégagé par les 35h pour s'enrichir de savoirs plutôt que de partir de 12h à 18 h le vendredi après midi faire du lèche vitrine ?
C'est bien vrai, s'enrichir nécessite des efforts autrement plus contraignants que ceux que l'on se demande habituellement.
Alors pour que nous puissions reprendre notre avenir collectif en main, il faut déjà prendre le sien . Comme il y a carence d'investissement politique -on peut mesurer nos défaillances dans ce domaine - et non de critiques, il faut commencer par le début. Combler notre ignorance pour agir et ne laisser personne penser à notre place. Lorsqu'on devient un travailleur, on doit se penser homme de savoir ou de savoirs faire. Avec une parole à prendre et à tenir.

Ecrit par : dg | 25 mars 2006

Au sujet des syndicats:

Effectivement, pour en parler, il faut savoir helas de quoi l'on parle:

Apres de multiples discussions et participation a des reunions. Apres etre monte au creneau pour defendre l'avenir des etudiants et le mien.
Apres avoir vu des personnes changer de syndicat parce que leur carriere n'avancait pas.
Apres avoir vu des personnes tres engagees se retirer une fois leur but atteint.
Apres avoir vu les gens se chipoter pour etre en tete des listes
Et enfin apres avoir vu d'autres derives...

Je maintiens bien mon opinion et c'est bien un savoir dont je me serais passe.

Et effectivement il ne faut plus faire confiance aux autres pour se defendre ..... il faut se mouiller sans faire semblant de se mouiller, si c'est pour sortir de l'eau des que l'on vous propose une place plus au chaud !

La critique passe d'abord par le savoir, mais aussi par l'experience. entierement d'accord.

Ecrit par : stephane | 25 mars 2006

Pour temperer mon propos, et une fois de plus, c'est non le systeme qui est en cause mais bien l'homme avide qui le gangrene.
La critique reste quand meme ce qui fait avancer le systeme et met la pression sur l'homme, s'il sait reconnaitre ses erreurs. Et aucun de nous n'est a l'abri...

Ecrit par : stephane | 25 mars 2006

JPB écrit : "En France, en revanche, on reste accroché aux sacro-saints diplômes — avec cette circonstance aggravante que l'on sait, de plus en plus, l'écart qui se creuse entre le diplôme et la compétence."

C'est évidemment un problème majeur, et j'irais même plus loin que vous… Pour être quotidiennement au contact de chefs d'entreprises de toutes tailles, je m'aperçois qu'à profil comparable, ils embauchent aujourd'hui plutôt celui qui a le moins de diplômes. Qu'on ne dise pas que c'est pour une raison de coût ; une entreprise ne paie pas en fonction des diplômes, et la notion de coût n'a pas de sens pour un vrai entrepreneur ; seule vaut celle d'investissement (ce qui compte, c'est la différence entre ce que rapporte l'employé et la charge qu'il constitue). En réalité, on en est arrivé à un système complètement pervers où, pour beaucoup, le diplôme est une sorte de chèque qui va justifier ad vitam aeternam un certain niveau de salaire ; le moins diplômé présente une probabilité de progression souvent bien supérieure… en même temps qu'il est souvent moins imbu de sa personne. Chose révélatrice : qui crée des entreprises aujourd'hui ? Ce ne sont pas les diplômés, ou peu, parce qu'ils ont la sensation d'être "rangés des voitures"…

Faisons un peu de provocation : est-ce que la première réforme ne pourrait pas se faire dans le cadre de l'école ? Un enseignant titulaire, a fortiori muni de diplômes prestigieux, peut parfaitement être nul, tout le monde le sait ; il sera payé le même prix que son collègue compétent, et plus que son autre collègue hyper-compétent et apprécié qui n'a pas ses titres… Il ne s'agit pas de s'adonner à un poujadisme qui établirait une corrélation inverse. Mais j'ai une proposition : que chaque chef d'établissement (désigné pour sa compétence, et non pour sa souplesse dorsale) dispose d'un budget au pro-rata du nombre d'inscrits, et que chaque année il puisse, comme tout chef d'entreprise, recruter des profs qui ont prouvé quelque chose ou qui ont quelque chose à prouver…Evidemment, un tel projet rencontrerait un véritable tollé ; mais à y réfléchir, il serait parfaitement moral : chaque établissement pourrait monter des projets originaux, pourrait avoir un certain profil éducatif ; les élèves, libres de s'inscrire où ils le veulent, "voteraient avec leurs pieds", et, ne nous y trompons pas : les ados ne sont pas tous des idiots, loin de là –certains arrivent à échapper à la crétinisation ; la démagogie, la formation à la gomme crèveraient bien vite, et les "grands lycées" pourraient aussi bien être à Trifouilly-les-Oies que dans le XVIème…Avantage supplémentaire, soyons démocrates : les Meirieu ou Meiriophiles pourraient alimenter des établissements qui auraient fait le choix de la méthode globale, de Ronsard en rap, etc… Je ne suis pas sûr que ces derniers établissements prospéreraient.

Remarque : à ceux qui se demandent comment sera évaluée la compétence du chef d'établissement, la réponse est simple : au nombre d'élèves qui viendront chez lui…

Chiche ?

Ecrit par : Bernard JOUËT | 26 mars 2006

1) "pour beaucoup, le diplôme est une sorte de chèque qui va justifier ad vitam aeternam un certain niveau de salaire"

Effectivement, doctorat en poche, je me résous mal à bosser pour 600€ par mois en tant que "stagiaire". Probablement parce que je suis un salaud de privilégié, rendu ivre d'arrogance par mon diplôme, qui me vautre dans le luxe bourgeois procuré par mon RMI à la sueur du front des honnêtes travailleurs.

2) On peut évaluer les compétences disciplinaires d'un enseignant, mais pas ses qualités pédagogiques. Ca, on l'a ou on l'a pas, et ce n'est pas mesurable quoi qu'il arrive. Payer les gens d'après un facteur aussi subjectif me paraît dangereux. On alors, on met en place un système de type américain, où les profs sont notés par leurs élèves.... mais les élèves ne savent pas forcément ce qui est le mieux pour eux. Et bonjour la démagogie.

3) Et l'élève pauvre qui habite à côté d'une école merdique, qui voudrait bien s'inscrire dans la prestigieuse école de Trifouillis-les-oies, malencontreusement située à 800 km de son domicile ? Vous lui payez la pension complète ? Avec quel argent ? La facture sera salée.

4) Si les frais de déplacement et d'herbergement sont pris en compte dans votre système, ça veut dire que les élèves (qui, comme vous dites, ne sont pas idiots) voudront tous s'inscrire dans les établissements les plus prestigieux. Alors là :

-soit on sélectionne pour clairsemer les rangs et on a le système "prépa" dès le départ. Les émeutes ne sont pas prêtes de finir.

- soit on ouvre les portes et on se prépare à avoir certains établissements avec 65 000 inscrits, et d'autres avec 200.

Vous faites comment, pour gérer les mouvements de foule ?

Ecrit par : Pierre-Henri | 26 mars 2006

Faisons un peu de provocation : un chef d'établissement recruté pour sa compétence et non pour sa souplesse dorsale ? Hum…
Je fais dans "À bonne école" (à paraître incessamment) une proposition moins utopique, mais qui rejoint un peu celle-là. Plutôt que de nommer dans des ZEP farouches des enseignants tout juste sortis du giron universitaire et des bras de leur mère, pourquoi ne pas instaurer un système qui inciterait des enseignants chevronnés à y aller volontairement ? Par exemple en les faisant progresser "au mérite" (un système ordinairement réservé aux chouchous de l'Inspection, qui par ailleurs se rend peu dans les ZEP… : en douze ans, je n'y ai jamais été inspecté).
Par ailleurs, c'est aussi en réformant en profondeur les modalités de l'Inspection que l'on arrivera à une appréciation plus fine de la qualité des enseignants : non en une vision flash (un numéro à peaufiner pour une heure ou deux), mais en évaluant exactement les élèves en début d'année (Inspection 1), puis en fin d'année (Inspection 2) ? Ainsi, peu importe le niveau de départ des enfants : ce qui compterait, ce serait la marge de progression. Un prof nommé dans un "bon" bahut peut effectivement se reposer sur ses lauriers — mais ses élèves progressent-ils, en valeur absolue, autant que ceux d'un enseignant qui va au charbon dans un établissement du ghetto ?
La réussite aux examens même n'est pas un critère. Qu'un lycée qui sélectionne à mort (par l'argent, par le prix du mètre carré environnant, par les sections / options "rares" parvienne à 100% de réussite au Bac ne me paraît pas un exploit considérable. Mais qu'un établissement voué à récolter les laissés-pour-compte du système parvienne à 70%, ça, c'est un exploit.
De toute manière, je suis très favorable à une formatin permanente des enseignants — comme de tous les travailleurs. Certains — la plupart, je crois — le font spontanément, d'autres se reposent sur leur bâton de maréchal. Les élèves, comme vous dites, font bien la différence…
À noter qu'ils ne la font pas tout de suite. La plupart des élèves ont besoin de trois ou quatre mois pour évaluer exactembnt le travail de leurs profs.

Ecrit par : brighelli | 26 mars 2006

Pour Pierre-Henri, cordialement :

"On peut évaluer les compétences disciplinaires d'un enseignant, mais pas ses qualités pédagogiques." Je ne crois pas du tout à la démagogie. En trente et quelques années d'enseignement, je n'ai jamais vu un démagogue qui, au-delà de quelques semaines, ait eu un quelconque succès. Je crois même que le démagogue est le plus méprisé de tous les profs. Les qualités pédagogiques, c'est simple : combien y a-t-il d'élèves dans la salle au bout de 10 H de cours ?
" Et l'élève pauvre qui habite à côté d'une école merdique, qui voudrait bien s'inscrire dans la prestigieuse école de Trifouillis-les-oies, malencontreusement située à 800 km de son domicile ? " : Une "école merdique" va couler toute seule, parce qu'il n'y aura pas de clients, et parce que seuls les profs nuls iront y bosser. Aujourd'hui, il y a peut-être mille à quinze cents lycées en France (merci à celui qui me donnera l'info) ; ca veut dire que la probabilité pour qu'il n'y ait pas un lycée potable à moins de 800 Km est faible…De toute façon, aujourd'hui, le problème est plus simple, étant donné qu'il y a surtout des écoles merdiques…
4) "Si les frais de déplacement et d'herbergement sont pris en compte dans votre système, ça veut dire que les élèves (qui, comme vous dites, ne sont pas idiots) voudront tous s'inscrire dans les établissements les plus prestigieux."Non, cela justifiera la création d'autres établissements de qualité : quand il y a la demande, l'offre naît.

Ecrit par : Bernard JOUËT | 26 mars 2006

Ce que vous proposez, en somme c'est le système Américain. Je ne suis pas du tout anti-américain, et je crois que le système éducatif est ce qu'ils font de mieux .... mais pour les riches seulement, c'est à dire dans les établissements de prestige. Tout en haut, le système d'offre et de demande, concurrentiel, fonctionne, mais à un prix absolument prohibitif.

Voulez-vous mettre des Amherst, des Wesleyan, des Carleton, des Vassar partout en France ? Des campus comme ça, de telles conditions de travail, de tels salaires aussi, personnellement, je suis preneur. Mais où allez-vous trouver l'argent, sinon dans la poche des parents ? Et les gosses de pauvres, vous en faites quoi ?

Si vous arrivez à transformer tous les lycées de France en petits Vassar, à budget constant, je suis prêt à écrire au Vatican pour appuyer votre béatification. Même de votre vivant.

Ecrit par : Pierre-Henri | 26 mars 2006

Le clientélisme à l'école, quelle idée !
Ca y est , on dit aux jeunes que les adultes un peu mûrs ont déjà laché l'affaire et fini l'école de la République? Comme par hasard, c'est souvent ceux qui sont sortis d'affaire qui ont les idées les plus proches du porte monnaie. Un chef d'établissement comme un entrepreneur ? Ces idées là elles sortent tout droit du chapeau des Madelinistes . SOS éducation, vous connaissez ?
De Guenin & co... C'est la même que Philippe Némo votre idée.
C'est lui qui vous inspire ?

Ecrit par : dg | 26 mars 2006

Eh bien, au moins, le débat est lancé — parce qu'il était là, mais informulé.
Comme on le sait, la critique est aisée, mais l'art…

Partons d'un constat commun — même les pédagogistes les plus forcenés le partagent : l'école va mal, la formation va mal, l'emploi va mal. Et il doit y avoir une connexion quelque part…
Nous avons un système étroitement étatisé qui ne répond plus aux besoins : tenter une ouverture vers l'autonomie des établissements ne représente pas un risque inconcevable. Ne serait-ce qu'en étendant la Dotation Globale de façon à ce que les établissements l'adaptent aux nécessités locales (priorités, soutien, approfondissement…).

Le système "américain" fonctionne — jusqu'à un certain point, d'ailleurs — aux Etats-Unis. Tout comme le système anglais en Angleterre. Il nous faut (re)penser un modèle national français. Nos entreprises, par exemple, sont extrêmement frileuses dès qu'on leur suggère de s'insérer — financièrement — dans le tissu éducatif. Elles vivent, plus que les fonctionnaires peut-être, dans un système d'Etat-providence — tout en se plaignant, non sans raison, que les produits finis de l'Ecole ne soient pas adaptés aux réalités du marché. Et tout en disant, ce qui n'est pas faux, que tout le monde ignore ce que seront les réalités dudit marché à cinq ou dix ans d'échéance.

Il faudrait peut-être mettre à plat l'ensemble des propositions / récriminations des uns et des autres. On a bien fait des "Grenelle" économiques, en 1968-69. On pourrait en faire un pour l'Education — la rue s'y prête…

On m'a reproché, après "la Fabrique du crétin", d'être resté discret sur les solutions. Je me risque, en cette fin du mois de mars, à faire quelques suggestions dans "À bonne école". Bien entendu, je vais me faire flinguer par tous les donneurs de leçons, mais j'attends de pied ferme leurs suggestions : mon éditeur et moi nous sommes engagés à faire, dans un an, une seconde édition du livre, intégrant les plus suggestives des propositions et contre-propositions qui me seront faites. Il faut absolument réinventer l'inter-activité, parce qu'il y a urgence, à un an des présidentielles. Si celui / ceux qui gagnent sont partisans de l'immobilisme, nous sommes un pays mort, à court terme. S'ils sont partisans de l'agitations désordonnée, même résultat. Le système éducatif n'appartient pas à la droite ni à la gauche. Les initiatives doivent venir de tous.
Et dans cet esprit, inutile de lancer des anathèmes précoces. Laissons chacun développer ses idées, les plus mauvaises tomberont d'elles-mêmes, comme des fruits blets.

JPB

Ecrit par : brighelli | 27 mars 2006

Paroles de grande sagesse, M. JPB !
C'est amusant de voir comme, dans notre métier, la plupart des gens couinent que rien ne va, mais personne ne s'y colle... Nous sommes d'ores et déjà un pays mort : face à toute proposition, on a en gros deux blocs qui se forment : ceux qui cherchent immédiatement à quelle famille politique/à quel gourou vous rattacher, puis vous flinguent en raison de leur refus de ces idées (gens qui ont des pb avec le raisonnement inductif/déductif), et ceux qui résolvent chaque matin l'ensemble des pb sociaux -évidemment sans que jamais cela mette en cause leur statut et leur confort personnels... Les salles des profs, que je fréquente depuis bien longtemps, sont fertiles en ces deux discours !
Pour répondre à DG : même si cela ne fait pas "noble" et est fort mal reçu des enseignants, volontiers angéliques, il n'existe pas de différence fondamentale entre la marchandise "éducation" et les autres. Aujourd'hui, la totalité des biens de consommation sont distribués selon ces principes, et, honnêtement, ça ne marche pas si mal. Nous en sommes toujours, dans l'éducation, au système sovkhozien... Alors ?
Quant aux pauvres : je ne vois pas le rapport avec ce que j'ai proposé ???? Cette école peut parfaitement être gratuite (ou du moins, comme aujourd'hui, à financement collectif).

Ecrit par : Bernard JOUËT | 27 mars 2006

Pour la reforme du systeme educatif: vos reflexions et vos avis opposes amenent une question:

Nous voulons une ecole de gauche pour une economie qui sera forcement de droite (face a la chine, le japon aux etats unis qui n'ont que faire de certaines idees....). Corrigez moi si je me trompe s'il vous plait.
N'y a t'il pas la un probleme ?

Ou, si la question n'est pas politique, que vient faire la politique dans la gestion du pays ou de l'education.

Je n'ai pas de reponse, pourriez vous m'en apporter une ?

Ecrit par : stephane | 27 mars 2006

Cela est finalement assez décevant cette considération de l'instruction ou de l'éducation comme une marchandise quelconque peu différente des autres . Ce cynisme ronge pas mal de penseurs de l'OCDE et de l'OMC, qu'ils donnent si rarement à l'homme la place de sujet , pour le résulttat que l'on a aujourd'hui, sur bien des pans du globe. Une gestion économique individualisée de tous les aspects de la vie . Peu de valeurs autres que celles qui se commercialisent. De plus en plus de gamins qui partent en dérive faute d'adultes un tant soi peu humanistes et instruits. Finalement le prosaïsme gestionnaire habite le plus profond des imaginaires.

Je propose que l'on forme des enseignants qui bossent pour que pas un élève ne sorte du système scolaire sans lire et écrire . Je propose que leurs points de valorisation augmentent pour partie en fonction de l'atteinte de cet objectif primordial. Je propose que le corps des inspecteurs ne soit composé que d'enseignants ayant au moins 20 ans d'enseignement derrière eux, parmi les meilleurs.
Je propose qu'on prélève une taxe d'instruction aux entreprises en remplacement de la taxe de formation qui bien souvent n'est que trés peu utilisée et perdue au bout de 5 ans. Je propose que l'on demande aux entreprises lors de l' embauche de jeunes sans qualification ou d'étrangers à salaire bas un temps d'instruction obligatoire, pour compenser les carences des salariés les plus faibles. Je propose qu'on obtienne un allègement de charges sociales pour toutes les entreprises qui
permettent à leurs salariés de suivre des formations diplômantes. Je propose que l'on ouvre les écoles en dehors des horaires obligatoires et que l'on rétablisse les temps d'études. Je propose que l'on mette en place une taxe pour le budget de l'éducation nationale sur les actions bénéficiaires des entreprises côtées en bourse.
Ca c'est une mesure de solidarité importante.

Ecrit par : dg | 27 mars 2006

Assistant d'éducation dans un collège et espérant devenir professeur des école, je suis indigné par le comportement de certains professeurs sur le sujet et des attentes de grêve (jour de vacance ?) non dissimulées.

La préparation d'un avenir radieux pour les élèves ne commence-t-il pas par une présence assidue de leurs profs et la dispense de cours de haute qualité ?

Ce n'est pas ce que j'observe au quotidien.

Ecrit par : alyopa | 27 mars 2006

L'Education est-elle (seulement) une marchandise ? Posé ainsi, le problème n'en est plus un : l'Inde, qui a mis l'accent quasi exclusivement sur les maths et l'informatique s'aperçoit en ce moment qu'il y a plus d'études du sanskrit aux Etats-Unis que sur son sol. Or, raisonne-t-elle, ce sont souvent les littéraires, les poètes, qui sont les visionnaires des découvertes de demain.
Je rappelle que presque toute l'informatique est sortie de crânes de littéraires. Steve Jobs (Apple) a raconté maintes fois que ses cours de calligraphie chinoise lui avait permis de mieux appréhender les carctères du premier Mac… Et pour avoir travaillé en lexicologie dans les années 70, je sais que les littéraires produisaient alors 80% des programmes novateurs.
Clémenceau disait que la guerre est une affaire bien trop sérieuse pour la laisser aux militaires. L'Education ne peut aps être abandonnée aux économistes — même s'il y a une économie de l'Education.
À la limite, l'économie elle-même gagnerait à s'adjoindre les conseils, ou les illuminations, de non-spécialistes — ne serait-ce que pour rêver à ce qu'elle sera dans cinq ans, dix ans, ou davantage.

JPB

Ecrit par : brighelli | 27 mars 2006

-Et de vraies formations en internes? Pas des simulacres de programmes aux titres ronflants...Je dis cela à la suite d'un cours insipide où le formateur est ...parti. Excédé par nos questions.
-Quand aux cours avec des mots jargonneux, les gamins ne sont pas dupes, ils comprennent vite qu'ils n'aprennent rien. Je fais actuellement de la "traduction français-français" avec l'irruption totalitaire de la linguistique.
J'ai l'impression de manipuler le dictionnaire de "novlangue" (1984, Orwell). Et si on jetait des concepts fallacieux qui éloignent du texte? Alors que les élèves savent répondre comprennent le sens profond du texte.
- Etant plus jeune, c'est aussi comme cela que mes instits étaient évlués: sur leur résultats. J'ai le souvenir que l'inspecteur nous interrogeait à l'écrit pour savoir si nous connaissions les notions abordés en cours.
- Arrêter de croire, qu'au primaire, il faille deux ans pour apprendre à lire (CP-CE1) tant que l'enfant ne sait pas lire, il redouble le CP. Je fais du découpage de syllabes en 6°!
- Pour le CPE, on ne peut TOUT apprendre à l'école et un travail c'est aussi de l'expérience. Et pour réfléchir à cette expérience, il faut s'extraire du monde....L'école est un lieu "hors du monde" et, dans l'absolu, initiatique.

Je traîne sur ce blog de temps en temps et suis contente de vous lire. Tous.
Après de nombreux remplacements, je peux vous dire qu'il est urgent de faire quelque chose et le CPE n'est peut-être pas encore la solution. En tout cas, sorti du chapeau de monsieur le ministre ainsi. Non.

Ecrit par : Ordrade | 27 mars 2006

Pour la novlangue, parfaitement d'accord.
Mais la novlangue dans le roman d'Orwell n'est-elle pas le fait d'un monde totalitaire ?
Hmm… Les IUFM seraient-ils fascistoïdes ?

JPB

Ecrit par : brighelli | 27 mars 2006

Je ne tiens pas pour l'instant à savoir réellement si les IUFM sont "fascistoïdes", je combats ma schizophrénie soigneusement entretenue par les manuels et mes cours...Je suis cernée...Et j'aime trop le littérature pour la jeter en pâture à des Bouvard et Pécuchet (non mais!)

Ecrit par : Ordrade | 27 mars 2006

Bouvard et Pécuchet ne sont pas les pires… Ils ont une forme d'innocence… Les IUFM, c'est monsieur Homais au pouvoir — pour rester chez Flaubert.
Et partageons l'amour de la littérature…
JPB

Ecrit par : brighelli | 27 mars 2006

Ordrade écrit: "- Arrêter de croire, qu'au primaire, il faille deux ans pour apprendre à lire (CP-CE1) tant que l'enfant ne sait pas lire, il redouble le CP. "
Je ne suis pas du tout d'accord: il faut bien plus de deux ans pour apprendre à lire. "Lire Stendhal, cela s'apprend! disait Monsieur Brighelli. ( Je suis d'ailleurs en train de relire "la généalogie de la morale" car je crois que je l'avais mal lue.) Ce n'est pas du tout le propos? Alors, de quoi s'agit-il? Savoir lire au CP =savoir décoder toutes les graphies? Ou avoir compris comment fonctionne la combinatoire? Ou...?
Une année de CP ne se résume pas à apprendre à lire, on apprend aussi les bases de la numération et beaucoup d'autres choses. Si certains enfants ne connaissent pas toutes les correspondances graphies/phonies à la fin du CP, doivent-ils pour autant tout recommencer? Certains enfants sont en difficulté dans les apprentissages en lecture parce qu'ils ont d'autres difficultés.
Il faudrait donc un examen de passage basé sur la lecture? Nous parlons d'enfants de 6 ans! Pas de lycéens au bac!

Ecrit par : marielle | 27 mars 2006

Pour répondre à Bernard,

L'éducation n'est pas une marchandise du tout . Les savoirs non plus.
"L’éducation, qui saisit "l'infans" à sa naissance, "l'infans" c'est à dire le petit enfant qui ne parle pas encore, même si son inscription symbolique, s'effectue dès la conception. Elle a pour vocation de l'insérer dans le groupe des humains, c'est à dire de l'instituer, ce que les romains traduisaient par la formule que souligne Pierre Legendre à juste titre, " vitam instituere" "instituer la vie. C'est à dire que ce petit être qui vient de naître, il faut qu'il soit institué, pour qu'il devienne un humain." D. Lecoq « Savoirs et formation » Université de tous les savoirs.

Tant qu'on ne rappellera pas suffisement la part inaliénable de la symbolique humaine , qui penserait on pouvoir instituer dignement ?


"...Pressés par le stress, impatients de gagner et de dépenser, de jouir et de mourir , les hommes et les femmes
d'aujourd'hui font l'économie de cette représentation de leur expérience qu'on appelle une vie psychique(...)" Kristeva

Ecrit par : DG | 27 mars 2006

C'est curieux, cette réaction épidermique de tous les enseignants dès que l'on parle de "marchandise" ou de "commerce"...
J'ai la prétention d'avoir une "vie psychique" qui en vaut d'autres, je ne me contente pas de "jouir et de mourir", mais j'aime bien appeler les choses par leur nom.
Un professeur, c'est quelqu'un (et dieu sait que j'aime mon métier) qui, moyennant un salaire, vend sa force de travail. A moins que mes collègues qui interviennent sur ce blog travaillent gratuitement, ou qu'ils ne vendent rien (heures de surveillance !), ils manipulent une "marchandise". C'est comme ça, et je ne vois pas ce qu'il y a de honteux là-dedans. Personne n'a honte d'acheter à manger, ou de vendre du pain. Serions-nous des êtres éthérés ?
Ce que j'ai dit simplement, c'est que le cadre de cette "vente" était aujourd'hui ce que nous connaissons, et que la distribution de cette marchandise pouvait emprunter des formes très différentes - et que la mise en concurrence des transmissions ne peut être que bénéfique.
Pensez-vous que lorsque Platon "vendait" son épistémè aux jeunes athéniens, il n'était pas en concurrence ?
Etes-vous scandalisés parce que que votre coiffeur est en concurrence avec le coiffeur de la rue d'à côté ? Ou serions-nous d'une autre essence que ces gens-là ? Quelle suffisance ! Nous nous ridiculisons au yeux des gens qui connaissent les réalités économiques. Tous les boulangers, tous les cordonniers, tous les coiffeurs ne sont pas forcément démunis de cette "vie psychique". Quel mépris !

Ecrit par : Bernard JOUËT | 27 mars 2006

Pour Bernard,

Vous me faites sourire, car je ne suis point enseignante, et je le prends comme un compliment...Voyez vous, mon métier, c'est la production de biens de consommation , dans le secteur du luxe qui plus est, car je travaille dans le domaine de la parfumerie . Et bien justement à cause de cette concurrence que vous semblez tant apprécier et légitimer, que je vis chaque jour, et non vous qui êtes fonctionnaire et titularisé à l'éducation nationale , je vois les savoirs faire décliner à un point que vous n'imaginez pas , tant la recherche rentable, en raison de cette concurrence, favorise les procédés, les gestes et les réflexions les plus pauvres, quand ils ne sont pas dangeureux . Situation que j'observe depuis 13 ans que j'exerce mon métier, à l'opposé de l'esprit de ma formation initiale des métiers d'Art. (par ailleurs j'ai déjà connu un licenciement économique)
Mais bon j'imagine que si je vous dis que ce qui appartient au domaine de la pensée est réduit à sa portion la plus congrue dans les métiers manuels et artistiques , vous ne me croirez pas. Vous me penserez hautaine, voire méprisante. Et c'est là que vous avez tort. Car c'est l'inverse qui se passe. C'est moi qui me sens méprisée dans mes savoirs et mes possibles, comme d'autres de mes pairs, de voir réduites toutes mes connaissances, parmi celles héritées des gestes ancestraux des générations qui me les ont transmises, à de la pure gestion économique et rentable.
Etes vous seulement en passe d'imaginer combien il est pénible d'avoir la connaissance de certains savoirs faire sans que ceux ci n'aient une place reconnue et un temps pour être réalisé ? Car ce n'est plus cela qui a du sens. Ce n'est plus le bel ouvrage. Ce n'est plus la pensée de ceux qui les ont en maîtrise. C'est la production rentable. . N'est ce pas là que se situe plutôt le mépris? N'inversez vous pas le problème?. Si pour vous, les vêtements que vous achetez concurentiellement moins chers vous paraissent d'aussi bonne qualité que ce qui se faisait auparavant, alors je ne comprends pas où vous mettez vos attentes. Car quand vous achetez du Chanel , aujourd'hui , vous achetez asiatique, et vous payez le prix fort.
Alors si c'est là tout l'intérêt de la concurrence, c'est à dire le recul de la qualité à penser nos métiers en France, alors je dis bravo pour cette pertinente réflexion.

Ecrit par : DG | 27 mars 2006

Bonjour Monsieur Brighelli

Je suis un pere de famille vivant à Paris.
Je ne me suis jamais interessé à l'enseignement.
Mais voila, j'ai une fille en CM1 dans une école publique.
J'ai commencé à avoir qq doutes en CE1-CE2 sur la qualité de l'enseignement. Je trouvais tres 'leger' l'apprentissage des maths et du français : pratiquement pas de devoir à la maison, aucun apprentissage par coeur (les tables de multiplication par exemple).
J'ai donc 'pris le relais' par l'achat de petits cahiers d'exercices trouvés à la fnac. Certains sont tres biens fait et vont à l'essentiel.
Depuis le CE1 nous travaillons 2 à 3h par semaine en math et français sur ces cahiers. C'est assez lourd pour ma fille et pour nous parents mais en CM1 les résultats sont la. Je ne regrette pas ce choix.
Pendant 2 ans, je me suis posé beaucoups de questions sur le lien entre cette éducation 'au rabais' comme je peux le constater et le fait de 'produire' des individus formatés pour ce que demande le marché du travail.
Je me suis dit qu'une telle chose était impossible.

En janvier 2006, j'ai trouvé par hasard votre livre dans une grande surface. Je peux vous dire que j'ai eu un sacré choc en le lisant. Une telle hypothèse était donc vrai ?

Pour le CM2 de ma fille, nous avons décidé de l'inscrire dans une école privée. Je ne sais pas si cela changera qqchose mais à priori, la direction et les professeurs ont l'air assez exigeant. D'ailleurs que pourrions nous faire d'autre ?
Au moins, nous tentons de sortir de ce système. Je ne sais pas si le privée sera meilleur, nous verrons bien.


Voila. Je tenais à vous remercier pour ce que vous avez écrit.
J'aurais préféré vous dire que vous racontez n'importe quoi, helas, tristement helas ce n'est pas le cas...

Je suis de nature plutôt optimiste mais pour la premiere fois de ma vie j'ai peur pour l'avenir de mon pays et pour l'avenir de mes gosses.

Cordialement
Arnaud

Ecrit par : Arnaud | 28 mars 2006

Réponse à Marielle…

Je suis bien obligé de donner raison aux uns et aux autres…
La dilution des apprentissages indispensables dans le cycle II (Grande section de Maternelle / CP / CE1) revient à passer le bâton merdeux au relais suivant sans se soucier réellement des acquis. Un enfant qui ne sait pas déchiffrer, compter, calculer, et qui est confronté à d'autres enfants qui, eux, maîtrisent ces bases, va soit se retrouver perdu en CE1, soit ralentir considérablement l'activité du groupe. Par ailleurs, l'évaluation de ces compétences est délicate : où mettre la barre ? Au déchiffrage ânonné ? À la lecture courante ? Entre les deux ? À la maîtrise complète de l'addition et de la soustraction ? À la table des deux ?
En fait, là comme ailleurs, ce sont les situations réelles sur le terrain qui devraient conditionner l'action. Deux ou trois élèves en difficulté peuvent être récupérés en cours de premier trimestre CE1, si l'on a les moyens (financiers, entre autres) de créer une passerelle.
Cette idée de classe-passerelle me semble importante, au moins à certains niveaux (CP / CE1, CM2 / 6ème). Un éducateur disposant par Dotation Horaire Globale de quelques heures détachées peut reprendre en main des élèves qui, pour des raisons multiples (retard biologique — on n'a pas six ans d'âge réel sous prétexte que l'on a six ans d'âge civil —, environnement familial, mauvais départ…) ne maîtrisent pas les fondamentaux. Mais un instituteur ne peut pas gérer dans une même classe de CE1 quinze élèves en difficulté et quinze autres passables…
Et bien sûr qu'il est hors de question de faire passer des examens en CP ! Déjà, des tests créent souvent une occasion de stress qui peut se maîtriser à quinze ans, mais qui contaminera les résultats avant (c'est l'équivalent de l'effet-médecin, qui fait augmenter la tension dès que l'on pénètre en milieu médical…).
JPB

Ecrit par : brighelli | 28 mars 2006

Réponse à Bernard J. et à DG.

Nous achoppons sur des définitions.
Lorsque Socrate (idéalisé par Platon, c'est bien son genre…) attaque les Sophistes sous prétexte qu'ils vendent leur savoir (qui est surtout un savoir-faire, dit Socrate / Platon, et non un vrai Savoir, au sens des Idées), il institue un malentendu qui perdure aujourd'hui… Il oppose deux transmissions, en affirmant que seule la sienne est la bonne.
Nous savons, nous, que nous nous efforçons de faire passer l'une et l'autre.

Par ailleurs, bien sûr que nous ne sommes pas de purs esprits — même si les questions financières ont mauvaise presse à l'école, ce qui est absurde, ou hypocrite. D'autant que je vois certains de ceux qui aujourd'hui me font remarquer que je pourrais finir par gagner de l'argent avec des livres (quelle horreur…) se résigner à pas mal de bassesses, vis-à-vis de l'Inspection ou de leur Proviseur, pour grapiller quelques points-retraite de plus…

Le Savoir n'est pas une marchandise ordinaire. Il est difficilement quantifiable, il est largement immatériel, et son usage est constamment différé.
Reprenons ce que nous dit DG, non sans justesse. Nous passons (depuis quelques siècles, de surcroît) pour maîtriser certains savoirs-faire, dans le domaine du luxe. Mais à un haut niveau de spécialisation, cette maîtrise n'est pas quantifiable (relisez donc le roman de Süsskind, le Parfum) : on arrive à l'extase olfactive non par des procédés strictement chimiques, mais par inspiration poétique (au sens plein du terme : inspiration + création).
Si un seul de mes actuels élèves chimistes me disait un jour qu'il a créé le dernier Guerlain en pensant à Tchékhov (que nous étudions en ce moment), je serais comblé : nuances de feuilles mortes sur fragrances de vodka… Mais comment soupeser cette part de l'Instruction que l'on appelle Culture ?

Il y a donc deux choses. D'un côté, une force de travail (celle des enseignants, et, en projection, celle des élèves, qui se traduira à un moment ou un autre par une rentabilité — ou devrait se traduire…) qui est éminemment chiffrable. D'un autre côté, le contenu de l'enseignement peut être une marchandise dans l'abstrait, mais pas dans la réalité — ou bien nous retombons dans l'impasse sophistique du savoir-faire, qui est certainement indispensable, mais totalement insuffisant.

Ecrit par : brighelli | 28 mars 2006

Désolé,

REVOLTES, oui trés révolté !!!
Etant sûrement de la personne la moins cultivée du blog (à lire vos remarques) je persiste quand même car je me sens très décalé dans les idées et manière de percevoir les problèmes.
La logique voudrait que l'ecole enseigne les savoirs et les savoirs-faire. Le savoir-faire a tellement été dénigré et non protégé qu'il est devenu ingrat et dangereux de l'enseigner.
Sauf pour quelques personnes reponsables ou passionnées et je les en remercie.
L'ecole d'aujourd'hui devrait être un mélange des deux.
La personne qui ne peut plus suivre ou ne veut pas suivre doit être sortie au plus vite pour être mieux intégrée au monde du travail.
Honnètement il existe des projets très simples pour sauver notre école (éducation) et très faciles à réaliser avec des idées de gauche et de droite.
C'est un faux débat qui occupe bien du monde, ou alors il existe des personnes très cultivées bien bien peu compétentes parmi celles qui nous gouvernent ou interessées.
Je précise ma pensée, il restera toujours de toute façon l'élite pour posséder la culture, elle sera sauvegardée mais non "distribuée".
Scandale me direz vous, l'égalité des chances ....... Déja, lorsque vous êtes au primaire tous les élèves n'ont pas le même professeur donc l'égalité .....
Raisonnement absurde peut-être pour vous, qui je pense avait des facilités, mais pour un petit un peu "limite", la différence est énorme.
L'égalité n'existera jamais, arrétons de le faire croire à nos enfants qui deviennent fous une fois confrontés à ses congénères adultes qui ont pourri le "système".
Il faut prendre le mal à sa racine.
Première étape:
Que devons nous faire des jeunes qui déja lors du primaire ne s'intègrent pas, soit par différence de culture soit parce que les parents leur apprennent à ne pas respecter les enseignants et la société.
La super solution actuelle est d'essayer de les intégrer,de les faire continuer jusqu'au Bac ou de les dévier ensuite sur des formations techniques avec des enseignants souvent valables mais un environnment des plus lamentables.
Je suis désolé, mais avec ce système vos enfants passeront plus de temps à l'école ! c'est normal !!!! Et les autres seront en échec scolaire que vous leur appreniez la théorie de la relativité ou comment faire une chanson avec des mots sortis de je ne sais ou.
Il faut bien les occuper le temps que les autres assimilent (enfin s'ils en ont envie), donc vous pouvez attendre longtemps.
L'égalité c'est ça voyons !!! (provocation)
Vous êtes vous déja imaginés un enseignant faisant cours voyant venir se planter un couteau sur le tableau, et c'était il y a 20 ans.
Et de voir ensuite arriver vos camarades, vous petit planqué dans votre section scientifique très noble et votre lycée "protégé", vous raconter ça avec effroi et stupeur. Mais d'ou vient le racisme ????????
Je suis désolé le débat n'est pas bien haut, mais bien malheureux et malhonnète serait celui qui ignore ses faits, c'est déja fait remarquez.
Ce n'est peut être pas votre école mais cela a été celle de certains de mes amis. Quelles sont les questions que cet enseignant se posent lorsqu'il voit cet arme à coté de lui, il n'est peut-être pas aussi "fort" mentalement que vous (ce que j'ai deduit par la lecture de votre livre).

Ne nous étonnons pas ensuite de trouver des personnes qui n'ont que faire de vos problèmes et qui ont commencé à comprendre que l'agressivité et la menace
fonctionnent très bien..
Cas isolés me direz vous, oui bien-sûr...c'est ce qui a été pensé il y a déja 20ans. Laissons la petite société avec ses problèmes.
Et tiens, belle nouveauté pour ne plus avoir de soucis: décentralisons, éloignons nous de ces petits tracas. Merci beaucoup les gars !!!

Pour monter un projet viable ne faut il pas d'abord d'appréhender la vision d'ensemble et les problèmes ? et non d'entrée le noyau au rique de s'y perdre?
Personnellement, en faisant le contraire il y a bien longtemps que dans mon travail je serais passé pour un incapable notoire.
je suis bien long je m'en excuse: oui litteraires et scientifiques auraient tout intérèt à collaborer.

A quoi sert de monter une belle école qui sera rapidement détruite de l'intérieur ?

Signé: Un inculte qui avait prédit de longue date à son entourage: les problèmes des banlieues (ce ne sont que des prémices), le passage de Mr Lepen au second tour, les attentats, la crise viticole, les problèmes dans l'enseignement.
Laissons un moment les livres et les citations de coté et prenons le temps d'écouter de de regarder et de discuter, pas avec notre couche sociale, mais tous les autres !!!
Dans le cas contraire... et bien voyez le résultat.

Ecrit par : stephane | 28 mars 2006

Oui, il faut absolument trouver une solution CP/CE1 et CM2/ CM2/6ème!
Dans l'intérêt général ou dans l'intérêt particulier? Ou peut-être les deux avec des classes passerelles... ? Je ne sais pas.

J'ai été nommée, en sortant de l'école normale, dans une classe d'adaptation. Elle fonctionnait en mode fermé avec 15 élèves de niveaux très hétérogènes et d'origines diverses. (J'ai certainement fait beaucoup d'erreurs pendant cette année-là, ma première! Mais j'étais jeune et dynamique et je me suis donnée à fond pour chacun d'eux. ) Mon groupe était considéré comme la classe poubelle de l'établissement. Pourtant, la plupart de mes élèves sont retournés ensuite dans le circuit normal. Une classe passerelle? Que sont devenues ces classes d'adaptation? Elles fonctionnent maintenant en "mode ouvert" et on organise des réunions d'équipe éducative où l'on décide de la prise en charge de l'élève ou de l'enfant (il paraît qu'il faut faire la distinction à ce moment-là!) par le RASED. Ouf! Nous sommes sauvés!
"Prise en charge"...
CM2/6ème: mon problème N°1 en tant qu'instit de CM2, c'est : "Tout le monde en 6ème à 12 ans."
Rattrapage en lecture ou numération pour les uns, programmes à finir avec les autres, vite!! On oriente! On peut proposer la SEGPA pour ceux qui ont l'âge mais n'ont pas atteint le début du niveau CM: ils relèvent du secteur de l'adaptation, dit-on. Tous les autres iront en 6ème. (dans l'intérêt général... d'un point de vue économique??? )
Fin mars: pour mon élève Trucmuche, je fais les comptes: savoirs (et savoir faire!) / temps qui me reste : encore raté! Pourtant, nous avons travaillé, lui et moi!
Le problème avec l'école, c'est qu'elle aime bien se donner du temps au début... Et puis, un jour, l'heure sonne.
Je suis (déjà) un peu fatiguée...

Ecrit par : Marielle | 28 mars 2006

Cher Stéphane, Que faire des enfants qui ne s'intègrent pas dès la Maternelle ?
Le rapport de Jean-Pierre Obin montre ainsi que des garçons du primaire refusent de se mettre en rang derrière les filles, ces créatures inférieures. Mais qui a laissé entrer dans l'école, qui a toléré dans l'Education ces idéologies mortifères, au nom du "respect" des croyances ?
Pas moi. Il y aura floraison de livres sur le sujet début septembre. La rentrée sera chaude…

Autre chose. Bien sûr que nous sommes tous égaux (en droit…), mais que, comme le dit fort intelligemment le peuple, il en est qui sont plus égaux (en fait) que les autres… Ce n'est pas une raison pour tenter, au moins, d'aménager les différences qui ne sont pas du ressort de l'enfant — sa langue maternelle ou ses ressources matérielles. Nous avons besoin de tous les talents — et pas seulment de ceux dont le seul talent est d'être né avec une cuiller en argent dans la bouche.
Mais ce n'est pas une raison non plus pour pousser jusqu'au Bac, et au-delà, des malheureux qui auraient été bien plus heureux dans des filières courtes et des apprentissages manuels (pas forcément à 14 ans…).
À +…
JPB

Ecrit par : brighelli | 28 mars 2006

Chère Marielle, ça nous arrive à tous, dans ce métier, d'avoir des coups de blues… Parce que les "progrès", il est bien rare que nous les touchions du doigt. Quand ça arrive, quand une réflexion d'un gamin prouve qu'il a compris, c'est de l'ordre de la divine surprise.
"Qu'importe ! Je me bats, je me bats, je me bats…"
(Cyrano de Bergerac, acte V, scène dernière).
Bien à vous…
JPB

Ecrit par : brighelli | 28 mars 2006

Je vous remercie pour votre réponse et j'ai constaté que vous vous étiez mis à mon niveau pour le faire. Encore merci !!!!!

Je suis entièrement d'accord avec vous pour des filières courtes et des apprentissages manuels de qualité. Cela aurait au moins le mérite de rendre un prestige a beaucoup de professions et nous y gagnerions tous. J'aurais aimé profiter d'un tel système à la place de traîner sur des chaises.

Pour l'école maternelle et le primaire, je suis d'accord avec vous pour aménager les différences. Mais alors pour que votre proposition ait une chance de fonctionner. Chassons les parents d'élèves s'il vous plait des lieus de connaissance où certains n'ont rien a y faire, (pas tous !!!!).
Ne faisons nous pas confiance à nos intituteurs ?

Ecrit par : stephane | 28 mars 2006

Espèce de sauvage — et qui s'en flatte ! Chasser les parents d'élèves !
Tout au contraire : il faut instaurer une relation de confiance réciproque entre parents et enseignants. Les tenir au courant de ce que nous faisons — exactement comme un médecin explique l'intervention qu'il va pratiquer. Et, réciproquement, puisqu'ils viennent dans nos classes, nous donner licence d'intervenir chez eux. Façon de parler : mais un enseignant a parfaitement le droit de demander aux parents de ne pas laisser les gamin(e)s planté(e)s devant la télé, ou même de mettre une télé dans leur chambre. Les parents ont le droit (ou le devoir ?) de vérifier les devoirs — vérifier au moins qu'ils sont faits. Ils ont parfaitement le droit de nous demander le sens de ce que nous faisons — et puis nous faire confiance sur les procédés. Bien sûr que l'interventionnisme systématique nous gonfle tous… Mais je ne parle pas des militants de ces associations infiltrées de pédagogues et de maîtres es sciences de l'éducation… Je parle de parents qui sont des personnes, qui se soucient de l'avenir de eurs gamins, à juste titre, et qui souhaitent le mieux pour eux…
JPB

Ecrit par : brighelli | 28 mars 2006

L'enseignant a bien le droit de demander tout cela oui je ne veux surtout pas insinuer cela ! Loin de moi cette idee, c'est même un devoir. Pas de soucis.
Le fond est noble, mais faire penser à certains parents qu'ils peuvent intervenir dans l'éducation de leurs enfants et dans un même temps ne pas s'insurger ensemble contre des fautes d'orthographe qui sont "normales". L'idée me fait frémir et commence fortement à me déranger... Lenteur oblige...

Ecrit par : stephane | 28 mars 2006

Il faut abattre les parents d'élève. Tirer à vue, pas discuter.

L'année où j'avais des 6e, juste après les "Evaluations", l'un des gamins avait 15% en Français, et en maths c'était encore pire.

Un mois et demi après les évaluations, les professeurs rencontrent les parents en réunion. La mère du jeune vient m'expliquer qu'il a de grosses difficultés (ah bon ?), qu'il lui semble ne rien comprendre à ce qu'il lit, et qu'à son avis, il doit avoir un retard mental. Je lui assure qu'il a certes de grosses lacunes, mais qu'il ne paraît pas "plus bête que les autres". Je lui conseille de prendre rendez-vous avec un conseiller d'orientation psychologue.

Au mois de janvier, elle avait réussi à obtenir un rendez-vous, les premiers tests montraient que son fils était "normal" mentalement, mais qu'il avait de grosses lacunes en lecture.

Au mois de mars, l'enfant a passé de nouveaux textes : en effet, il maîtrisait tant bien que mal le déchiffrage.

Au mois d'avril, il prenait ses premiers rendez-vous chez un orthophoniste. Ses copies montraient qu'il avait complètement perdu pied dans les cours, mais son écriture était impeccable, son orthographe au-dessus de la moyenne, et il lisait presque convenablement.

Fin mai, le professeur principal, celui de mathématiques, tous ceux qui ne dormaient pas pendant le conseil de classe, et moi, demandons au principal son redoublement.

Celui-ci refuse : "Ses résultats montrent qu'il n'avait pas le niveau pour entrer en Sixième, donc il ne gagnerait rien à redoubler."

Cet enfant s'est donc retrouvé en Cinquième.

En attendant, il a coûté beaucoup plus cher qu'il n'aurait dû. Tout ça parce que sa mère était contrariée qu'il ne sût pas lire en Sixième.

A bas les parents d'élèves !

Ecrit par : prof chômeur | 28 mars 2006

Il faut peut-être abattre les profs comme vous? Tirer à vue! Pas discuter!
Signé: mère d'élève derrière bouclier.

Ecrit par : Marielle | 28 mars 2006

Prof chômeur, rassurez-vous: je suis dés-armée! Vos propos m'ont sidérée! Quelques questions:
1- La mère dont vous parlez était contrariée. Ou inquiète? Voire complètement angoissée? Son fils n'a pas appris à lire à l'école primaire: elle aurait du être indifférente?
2- Elle n'accuse pas le système scolaire, elle se demande si son fils a un retard mental: elle aurait du se taire et éviter de vous en parler pour ne pas vous contrarier, vous?
2-Une personne qui se sent très mal et à qui son généraliste prescrit des analyses de sang se fera rembourser les frais par la sécu: pourtant, les analyses révèlent qu'il n'y a rien d'anormal! Cette personne a coûté beaucoup plus cher qu'elle n'aurait dû?
3- L'enfant aurait coûté moins cher en redoublant sa 6ème?
4-J'ai un fils de 14 ans en intégration en 6ème. Il n'a pas de retard mental, mais il est autiste. Je serais vraiment désolée s'il vous coûtait beaucoup plus cher que prévu!!! Aurais-je dû arrêter de travailler pour m'en occuper au lieu de l'envoyer à l'école? Ou lui payer moi-même un prof privé? Ou le placer en hôpital psy? (savez-vous combien coûte la journée?) Comment ne pas se sentir coupable de faire payer à la société un handicap? Vous pouvez peut-être m'aider: je suis convoquée vendredi pour discussion sur sa situation et je souhaite qu'il passe en 5ème, bien qu'il n'ait pas le niveau dans toutes les matières. Je vais donc me faire tirer dessus?!Mais...avez-vous une autre solution pour qu'il coûte le moins cher possible? (Maintenant et plus tard...)

Ecrit par : Marielle | 29 mars 2006

En disant "chassez les parents d'élèves" je pensais aux délégués, et je ne voulais pas les abattre.

Lorsque je vois des enseignants "lutter":
- contre des élèves de plus en plus irrespectueux,
- contre des parents qui commencent à demander des comptes,
- contre leurs responsables pour avoir une meilleure éducation pour nos enfants.
Je trouve leur métier bien difficile et je ne les envie pas !!!

Mr Brighelli:
Bien-sûr que je les parents d'élèves doivent participer. Le rôle des parents n'est il pas de s'assurer que leurs enfants ne se plantent pas devant la télévision, de ne pas les laisser devant leur console de jeux et enfin fassent leurs devoirs (il en faut !!!). Vous le dites vous même. N'est ce pas bien assez ?
Certains le font, mais est ce une majorité honnètement ??? A voir la tête des jeunes je n'en suis pas si sûr.

Vous trouvez normal que sur une classe, après deux semaines de vacances il y en ait la moitiè (je crois que je suis gentil) qui n'ait pas appris une seule petite page ????
Ou sont les parents là ? ne devraient ils pas engueuler les autres parents qui font perdre du temps en classe ????? Les autres, ont ils jugé inutile de leur faire apprendre leur leçon ???
Oui sauvage encore !

Et nous sommes en train de taper sur nos hommes politiques parce que nos enfants ne trouvent pas de travail ???
Il n'y en a pas beaucoup certes!!! mais s'il y en avait, pourrait il vraiment en trouver et n'irions nous pas chercher quand même des étrangers qui sont plus rentables car moins payés et plus travailleurs ??
Ou est l'éducation là dedans me direz-vous ? Et bien l'école est aussi là pour apprendre l'amour du travail bien fait, manuel ou cérébral. Le respect de son salaire quoi.

Les parents ne doivent ils pas s'assurer que leurs enfants communiquent avec eux et ne se coupent pas du monde ??
Or, peu le font, à leur décharge (et à la mienne !!!!!) ils n'ont pas le temps (paraît-il), c'est vrai je ne les blâme pas. Mais alors s'ils n'ont pas le tems de faire cela, pourquoi aurait il le temps de venir porter un jugement ou conseiller sur l'éducation à l'école ???
Oui, s'ils font leur "boulot" à la maison, ils pourront et devront participer à l'éducation.
Comme à l'école, tu n'as pas fait tes devoirs hop punition !
Mais bon, excusez-moi je révais, c'est maintenant l'école qui doit éduquer et pas les parents: nous sommes trop fatigués , vite, couchons les petits pour regarder le film de 20h50, vite ça commence !!!!!!

Oui! un dialogue doit s'installer entre les parents et les professeurs mais l'enseignant reste roi tant qu'il se bat pour éduquer nos enfants.
Chacun à sa manière il est vrai, je l'admets.

Aidons les enseignants à savoir comment réagir face aux problèmes, aidons les à se former (nul n'est parfait) surtout les jeunes, entamons le dialogue, mais jamais, au grand jamais, ne montrons à nos enfants que nous pensons être meilleurs que leurs instituteurs.
La marge est faible et elle est très vite dépassée. N'oublions pas qu'eux aussi ont une carrière et une vie dure aussi et si nous ne comprenons pas cela c'est que nous ne valons pas mieux que ceux que nous détestons pour leurs idées.
Et n'oublions pas que les instituteurs d'aujourd'hui n'ont pas la maturité de ceux d'autrefois, la faute à qui ? c'est un autre sujet...
Les parents d'élèves doivent être là pour aider les instituteurs en étant capable de dialoguer.

Je pensais au primaire, pour le secondaire les paramètres ne sont peut-être pas les mêmes.

Oui c'est sauvage et simpliste, peut être.

Content de dialoguer avec vous !!!

Pour Marielle: COURAGE !!!!!!!

PS: je ne suis pas enseignant !

Ecrit par : stephane | 29 mars 2006

J'ai une question pour M Brighelli.

Quelques personnes parlent. Font des constats séparés, opposés ou non . Parlent avec plus ou moins de maladresses ( je me sens concernée) Quelles sont les perspectives maintenant ?
Quallez vous faire de ce blog? Nous ne sommes pas des milliers à investir les lieux. Alors ? Simple curiosité .
Quallez vous faire de tout ça ?

Parce qu'au fond, s'il y a quelque chose à améliorer, je veux bien
commencer maintenant.

Ecrit par : dg | 29 mars 2006

Pour Marielle

Ordrade écrit: "- Arrêter de croire, qu'au primaire, il faille deux ans pour apprendre à lire (CP-CE1) tant que l'enfant ne sait pas lire, il redouble le CP. "
Je ne suis pas du tout d'accord: il faut bien plus de deux ans pour apprendre à lire. "Lire Stendhal, cela s'apprend! disait Monsieur Brighelli. ( Je suis d'ailleurs en train de relire "la généalogie de la morale" car je crois que je l'avais mal lue.) Ce n'est pas du tout le propos? Alors, de quoi s'agit-il? Savoir lire au CP =savoir décoder toutes les graphies? Ou avoir compris comment fonctionne la combinatoire? Ou...?


Le travail, chronophage, m'a empêché de vous répondre. Il s'agissait surtout, dans mon commentaire, de la maîtrise de la combinatoire. A l'issue du CP, que les élèves puissent épeler un mot, quel qu'il soit, même si e sens lui échappe en premier lieu.
Je m'en tiens à la partie français car c'est celle qui m'interesse.
Internet, favorisant parfois les malentendus, je pense que mon exigence, grande, à l'égard des élèves me fait placer les barres hautes et dire cela.
Je suis aussi déçue de voir combien les horaires ont baissé en primaire pour les matières essentielles (français et maths), faisant que les plus démunis se retrouvent, de surcroît, dans la détresse morale.
Je ne compte plus le nombres d'élèves, intellectuellement "armés" pour apprendre, mais la lecture (et donc l'écrit) n'était pas acquise. Ils me mettaient un souk pas possible dans la classe car ils se sentaient trop perdus. Je ne compte plus non plus mes révoltes affichées car ces élèves étaient envoyé en classe spécialisée alors qu'ils étaient brillants.
Je bous de rage lorsque je constate, dans ma propre famille, les incohérences du système qui me font passer des vacances entières pour "récupérer" mon cousin de CE1 qui déchiffre avec difficulté des mots simples et ma cousine qui ne sait pas lire (mais passe en CE1). Alors que leurs parents sont en situation très précaire et ne peuvent leur fournir toute l'attention nécessaire. Merci Mr Boscher pour m'avoir aidé dans cette tâche. Mais que de gâchis pour les autres qui restent sur le bord de la route.
Certes, il ne s'agit pas de leur demander d'être des lycéens, mais ne pas rater les bases....Les avoir laissé passer alors qu'ils ont en grande difficulté est pour moi une aberration, pour n'importe lequel élève.

PS: mes collègues en maths ont inventé un nouveau mot= "discalculique", je trouverais cela mignon si ces deux élèves en question ne confondaient pas à l'écrit, tout comme à la lecture, les chiffres de façon systématique.

Ecrit par : Ordrade | 29 mars 2006

Pour Stéphane: merci!
Pour Ordrade:
"Je ne compte plus non plus mes révoltes affichées car ces élèves étaient envoyé en classe spécialisée alors qu'ils étaient brillants."
Je partage la colère.

Concernant la dyscalculie:
Des recherches en neurosciences tendent à montrer qu'il s'agit d'un trouble probablement d'origine génétique, et que des facteurs biologiques seraient en cause.
Confondre les chiffres, ne pas connaître les bases de la numération ne signifie pas être dyscalculique!! Va-t-on bientôt craindre les « épidémies de dyscalculie » tout comme on rit des « épidémies de dyslexie » ? Je me permets de donner mon humble avis d’instit sur ce sujet : il ne s’agit pas de négliger ces troubles, bien au contraire, et il convient sans doute de les distinguer d’abord des problèmes liés aux erreurs d’apprentissage. Par exemple, j’ai souvent constaté en numération (chez les élèves en difficulté en maths ) des problèmes d'ordre phonologique ou une absence de lien entre la représentation des quantités et le nom des nombres. (Ce qu'on voit/ce qu'on entend... )

Moins d'heures en primaire? Surtout: moins d'entraînement. On compte vite quand on a l'habitude de compter, on lit vite quand on a beaucoup lu, on écrit vite (et de mieux en mieux) quand on écrit souvent. Lecture et écriture sont aussi selon moi à considérer différemment du point de vue apprentissage( et donc méthodes). Pourtant, j'entends souvent dire par les profs: ils ne savent pas écrire correctement parce qu'ils ne lisent pas. Mais lire (et même lire beaucoup) ne suffit pas.
J'enchaine pour Monsieur Brighelli:
Etude systématique graphèmes/phonèmes au CP: oui! C'est du décodage. Mais dans le sens inverse: restitution, écriture, orthographe, le global (ou visuo-truc... pardonnez mon ignorance des termes exacts) est fichtrement intéressant! Si la lecture globale de mots est autorisée, il est en revanche déconseillé au CM de faire des dictées rapides de mots hors contexte.

Ecrit par : Marielle | 30 mars 2006

Je vous confirme ce que vous dîtes !!
En essayant d'aider mon petit frère en 6eme j'ai constaté qu'il n'avait pas appris à compter mais à "singer". Cétait il ya dix ans. Je me suis donc intéressé à la méthode d'apprentissage, j'ai fermé le livre au bout de deux minutes.
J'avoue que je ne veux plus le faire, juste m'assurer que ma fille réléchisse au monde qui l'entoure et j'avoue que quelques fois je me pose des questions. Peut etre suis en train de viellir aussi.

Où sont ils les bons vieux problèmes de primaire, de baignoire, de robinet avec des cm3 qui vous creusaient la tête et vous donnaient une aptitude à régler les problèmes.

L'important est de comprendre et non d'assimiler (tout du moins dans un premier temps).

Ecrit par : stephane | 30 mars 2006

Mon propos a pu choquer, ma question en fait est:

Est ce à moi d'apprendre à ma fille les bases à cause d'un enseignement inadapté ou suis je en fait un vieux rétrograde qui commence à être décalé ? et donc ne pas la pousser ?

Ecrit par : stephane | 30 mars 2006

Analyse lucide ! Comme vous, je pense qu'il faut prendre du recul. Je vois 3 temps, 3 générations d'actifs... les 30 glorieuses, les 30 technologiques et maintenant les 30 ???

Précarité : Les parents implosent… les enfants explosent... la suite sur http://balajade.over-blog.com/article-2260859.html

Ecrit par : Régis | 30 mars 2006

Les enfants sont des éponges : il faut les arroser tant qu'ils sont capables d'absorber.
Et à chaque enfant ses limites, bien sûr. Mais si le vôtre est capable d'assimiler davantage que la bouillie pré-cuite de l'école, pourquoi vous en priver ?
JPB

Ecrit par : brighelli | 31 mars 2006

À propos de méthodes…

Conférence commune avec Rachel Boutonnet (Pourquoi et comment j'enseigne le b-a-ba, Ramsay, 2005) mercredi après-midi. Et je peux dire qu'elle partage totalement mes convictions : cette grande championne du syllabique (à tel point que divers pédagogues professionnels se sont déshonorés une fois de plus en l'attaquant personnellement sur le Net) est sur les mêmes bases que moi : c'est à l'instituteur de s'adapter à l'enfant, de varier ses méthodes, de considérer chaque gosse comme un être unique. Mais c'est aussi à chaque instituteur (elle non plus ne peut pas articuler sans rire "professeur des écoles") de connaître l'éventail complet des méthodes à sa disposition. Nous allons crever d'idéologie, si nous réduisons nos capacités aux théories "enseignées" dans les IUFM avec la bénédiction des inspecteurs (pas tous : il y avait dans le même colloque un insoecteur fort critique des oukases de ses confrères. Comme quoi il y a des gens intelligents dans toutes les professions…).
JPB

Ecrit par : brighelli | 31 mars 2006

Hmm ! "Dyscalculique" plutôt, comme "dysorthographie"…

Sur l'érosion progressive (et spectaculaire) des horaires, comment ne pas être d'accord ? A priori, c'était pour faire des économies de postes — un calcul sordide des ministères de droite et de gauche. Mais en dessous, je suspecte le désir d'égaliser par le bas — et vous avez raison, ceux qui trinquent les premiers sont els plus défavorisés. L'égalité des chances a engendré les plus grandes inégalités — par idéologie pure. Apportez-moi la tête de Philippe Meirieu, qui il y a trois jours demandait dans le Monde de réduire encore les horaires des matières fondamentales — pour faire du Droit et de l'Instruction civique…
JPB

Ecrit par : brighelli | 31 mars 2006

Réponse à dg : que vais-je faire de ce blog ?

Mon éditeur a mis un avertissement en tête de "À bonne école", que je viens de sortir : ce livre est un travail en devenir, et nous nous engageons à le rééditer dans un an, enrichi, modifié, de toutes les suggestions intelligentes que l'on m'aura faites. Voilà à quoi sert ce blog — ou le courrier papier, aussi bien.
JPB

Ecrit par : brighelli | 31 mars 2006

Crever d'idéologie, c'est exactement ce qui arrive à la France. Nous sommes envahis par la langue de bois, par ce langage fabriqué de toutes pièces, sans contact avec les choses concrètes. Aucune idée politique là-dedans : les trouvailles de "com" des libéraux style Sarkozy répondent en écho au doux ronron des pédagogistes de gauche. La gauche et la droite donnent l'impression de s'affronter, mais elles parlent le même langage, vide et creux.

Disons-le, répétons-le, chantons-le s'il le faut, on ne s'en sortira que par la culture. Et pas la culture-baudruche des installés qui jouent à se faire peur (que dénonce par exemple Pierre Jourde), mais la vraie culture, la plus classique, la plus rigoureuse et la plus exigeante qui soit.

Ainsi, il est urgent de relire ce qu'Yves Bonnefoy écrit, de manière quasi prophétique, au sujet du concept et de la facilité avec laquelle ce dernier a envahi notre civilisation. Extrait de l' "Improbable".

"Mais je viens en somme de découvrir l'angoissante tautologie des langues, dont les mots ne disent qu'eux-mêmes, sans prise vraie sur les choses - qui peuvent donc se détacher d'eux, s'absenter. J'appellerai mauvaise présence ce mutisme latent du monde. Et je suis même tenté de l'appeler le démon, car il y a un pouvoir, un étrange appel, tapi au fond de ce vide. C'est comme si le néant mimait nos réalités les plus familières pour pénétrer de sa nuit la forme close de l'être. Je subis l'idée de la mort. Je suis fasciné, comme certes par un serpent. Mais, heureusement, c'est alors que je trouve en moi cette liberté qui le nie".

Bien sûr, Bonnefoy parle de littérature. N'empêche que les pédagogistes d'un côté, les penseurs libéraux de l'autre, eux aussi, sont fascinés par leur propre parole comme par un serpent. Bonnefoy, à mon sens, est l'intellectuel qui a le mieux compris la lente dérive de notre société vers la gnose et le faux langage. Pas avec de la psycho, de la linguistique, de la sociologie ou de la pédagogie, mais en parlant de la littérature et des arts. Grâce à la culture.

Relisons les écrivains (les vrais), relisons les philosophes (les vrais).


PS : les attaques contre Rachel Boutonnet nous permettent au moins de mesurer à qui nous avons à faire. Vous la féliciterez pour son courage, sa détermination, et pour la justesse de ses vues.

Ecrit par : Pierre-Henri | 31 mars 2006

Merci pour elle, et pour tous. Je transmets.
JPB

Ecrit par : brighelli | 01 avril 2006

Crever d'idéologie ??
Je ne suis pas entièrement d'accord avec vous, il en faut pour faire un monde, des bonnes comme des mauvaises pour maintenir un équilibre. Car dans toute lecture, de bons ou mauvais philosophes, se trouvent des idées qui vous montrent dans un cas que faire et dans un autre qu'éviter de faire.

Par contre vous avez raison, nous sommes envahis par la langue de bois. Mais l'idéologie ne subit elle pas le sort de la démocatie ??

L'homme les crie, les adore, mais s'y assoit dessus dès qu'il en ressent l'envie ou qu'elle gène son petit confort personnel.
C'est ça la liberté de penser, et l'homme a très bien compris.

Ecrit par : stephane | 01 avril 2006

Idéologie…

Il en est des idéologies comme de la dialectique du maître et de l'esclave : à toute idéologie dominante il faut un contre-poids, un aiguillon — une opposition dialectique.
Que constatons-nous ? Les différences entre la Droite et la Gauche (deux notions que nous avons inventées en France sous la Révolution) s'estompent. La Gauche a tant cherché à se faire de droite sur le plan économique, la Droite est si fascinée par la Gauche sur le plan culturel, qu'elles ont fini par se rejoindre.
L'Ecole fut jadis (sous Ferry — Jules — et ses continuateurs) la synthèse en équilibre instable entre des idéaux qui arrivaient du vieux fonds judéo-chrétien et un relativisme critique hérité des Lumières. Les "valeurs" des uns (la Déclaration des Droits de l'homme n'est jamais que la version laïque des transcendances chrétiennes et Ferry, dans les années 1880, était entouré à l'Education de protestants républicains, à cette époque de catholicisme monarchique) se frottaient à la pensée critique et déstabilisatrice des autres, et faisaient des étincelles.
L'Ecole que nous avons connue reposait sur ces délicats entrechats entre l'enseignement des immanences (le Beau, le Bon, le Vrai) et l'apprentissage de la contestation critique.

Depuis 68, ce sont les relativistes qui ont pris le dessus. Et l'Ecole, tout comme la société, déliée des valeurs qui la co-fondaient, a tout relativisé : les discours des uns valent les chefs d'œuvre des autres, l'élève est une personne aussi "respectable" que le maître, ce qu'il pense vaut bien ce que nous lui enseignons, etc.
Le pédagogisme repose sur ces convictions déstabilisantes — peut-être par mépris de valeurs que ses adeptes ignorent, ou conspuent. Voir par exemple leur haine du "par cœur", comme si réciter les tables de multiplication était du même ordre que savoir ses prières.
Bref, une idéologie solitaire, qui croit avoir gagné, devient forcément sectaire — puisqu'elle est persuadée d'être la vérité. Par un retournement presque paradoxal, c'est le relativisme absolu qui est devenu une conviction absolue. Et saint Meirieu a remplacé les grands classiques dans la hiérarchie inversée des crétins.
D'où l'urgence d'une restauration des valeurs — à commencer par le Savoir. Cela ne signifie pas qu'il faille jeter forcément la critique (l'esprit critique) à la rivière. Mais il faut repartir des fondamentaux (au sens rugbystique du terme) afin de redonner aux enfants un cadre, un écheveau de certitudes — qu'ils pourront, après, tout à leur gré, démonter et manipuler.
Bref, une culture.
JPB

Ecrit par : brighelli | 01 avril 2006

Le CPE c'est simplement un moyen detourne de creer une nouvelle categorie de salaries (les moins de 26 ans) prives de leurs droits

L'education a la Fillon c'est une maniere de priver les enfants des familles pauvres de leur droits a l'education en leur imposant le "socle minimum"

D'une facon generale toutes les lois liberales ont le meme objet: priver les salaries de leurs droits sociaux

Et cela parce que soit disant les "piliers" de la Societe seraient les entrepreneurs ... (et ajoutons le les rentiers :)

Mais on peut voir les choses autrement. Ceux qui creent la richesse dans une societe ce ne sont ni les patrons ni les rentiers, mais ceux qui travaillent et qui produisent !

Et si on doit reduire des droits et en augmenter d'autres il faut commencer par reduire les droits exorbitants du patronat dans tous les domaines et augmenter les droits des salaries

Mais evidemment ce discours est tabou ...

Ecrit par : touriste | 02 avril 2006

Pas si tabou que ça. Les économisstes distingués du capitalisme sont les premiers à estimer que les salariés sont une richesse, et non une charge. Qu'ils sont un capital que l'entrepreneur ne doit pas dépenser inconsidérément.
Ce qui est sûr, c'est que nombre de patrons connaissent mal le système qui les fait vivre, et traitent leurs employés comme des chiens. Ce qui est sûr, c'est que les plus effarants des politiques (et franchement, je mets dans le même lot les politiciens de droite et de gauche) traitent leurs électeurs comme des rats, sans s'apercevoir qu'ils sont leur richesse.
Dois-je rappeler que " quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs" (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen 24 juin 1793, article 35) ?

JPB

Ecrit par : brighelli | 02 avril 2006

Patron non productif/ouvrier travailleur, patron esclavagiste/ouvrier victime. C'est en véhiculant constament ces images que l'on empêche les jeunes de milieu modeste de penser leur avenir autrement que dans la lutte contre le patronat ou de s'imaginer un jour créateurs d'entreprise: trahison!
On peut à la fois être patron et opposé au CPE. Les jeunes manquent sans doute de repères, ce n'est pas une raison pour leur servir un discours simpliste.

Ecrit par : Marielle | 02 avril 2006

Qui a dit cela ? Il y a des patrons intelligents et / ou travailleurs, et pas mal d'employés paresseux et / ou imbéciles. Mettez "profs" et "élèves" en lieu et place de "ptrons" et "employés", et je n'en retirerai rien.
La question n'est pas de dire ce qu'ils sont, mais comment ils fonctionnent, en tant que groupe d'intérêts. La plupart des patrons que j'ai rencontrés ces derniers temps ne comprenaient même pas d'où Villepin avait tiré son idée de CPE — sinon de son désir d'exister face à Sarkozy. Ils avouent, en privé et en public, avoir bien assez d'outils sous la main, avec un CDD renouvelable, pour se faire une idée de ce que vaut celui ou celle qu'ils embauchent.
En fait, c'est l'embauche plutôt que le débauchage qu'il faut aider — moins financièrement qu'en changeant les mentalités, et la donne.
Et pour être tout à fait clair, je suis fondamentalement favorable à un "Grenelle bis" qui mettrait sur la table l'ensemble des rapports patrons / employés — et aussi formation / éducation. Mais le gouvernement n'a pas les tripes pour ça, et je crains que bien des syndicats n'aient pas la représentativité nécessaire pour assumer les décisions qui pourraient s'y dessiner.
JPB

Ecrit par : brighelli | 02 avril 2006

Alors ça ! Brighelli préfacé par Lafforgue, la rose et le réséda, voilà qui m'enthousiasme au plus haut point. L'union sacrée ? Merci messieurs, merci beaucoup.

Ecrit par : Pierre-Henri | 06 avril 2006

Ah ! L'humour…
JPB

Ecrit par : brighelli | 06 avril 2006

Oui en changeant les mentalités comme vous le dîtes !!!!

Mais pour beaucoup de personnes il serait bien affolant et inquiètant de remettre en cause un système qui leur profite bien hélas.

Par contre lorsque vous dîtes que nos hommes politiques traitent les électeurs comme des rats, je reprendrai ce que vous dîtes dans votre livre au sujet de l'école en modifiant un petit peu: Notre socièté a les hommes politiques qu'elle mérite.

Car si effectivement nous voyons les étudiants et autres adultes descendre dans la rue pour lutter contre le CPE au nom d'une démocratie qui ressemble à une anarchie (absence de chefs) et des droits de l'homme, ou étaient ils pour défendre l'enseignement supérieur il y a quelques mois ? ou sont ils pour défendre les écoles ? ou sont ils pour défendre ceux qui crèvent de faim dans nos rues ?(je suis volontairement vulgaire, excusez-moi). Et certains reprennent sur internet votre article 35 des droits de l'homme.
L'école dont vous parlez a très bien formaté certains jeunes, mais à fabriquer des crétins ils ont oublié que ceux-ci deviendraient imprévisibles...

D'accord dans une démocratie les plus faibles subissent pour les autres, je vous l'accorde, mais qu'aucun ne dise qu'il se bat pour les droits de l'homme.

Oui Mr Brighelli, nous avons les hommes politiques que nous méritons car si nous valions mieux qu'eux ils seraient déja boutés hors de France.

Les bons penseurs vous diront qu'il faut commencer par quelque chose, oui bien sûr...

Ou est l'école dans tout ça ? Et bien je conclurais que: voir des parents monter leurs petits contre le CPE et ne pas se soucier de leur éducation me sidère ou plutôt ne fait que me conforter dans mon opinion sur les hommes. Ce qui n'est pas fait pour me rassurer.

Tout ceci ne me change guère du quotidien, l'homme sait détruire mais de nos jours je ne rencontre que peu de personnes qui construisent.

Ecrit par : stephane | 07 avril 2006

Merci Mr Brighelli, j'ai regardé votre intervention sur Campus et vous m'avez réconcilié avec la télévision.

Enfin une personne qui décrit l'éducation telle qu'elle ex