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09 mars 2006

Pour Astérix et pour Stendhal

Quelques commentaires récents — qui, pêle-mêle, me traitent de "dandy" (depuius quand est-ce une insulte ?), me reprochent un passéisme révoltant (j'en arrive à nier l'intérêt pédagogique de l'électronique en général et de l'informatique en particulier — oh oui !) ou suggèrent que j'ai bénéficié de "dons" (???) particuliers que n'ont pas forcément tous les élèves, m'incitent à en revenir aux fondamentaux, comme on dit au rugby quand le jeu se délite.
En ouverture de mon prochain livre ("À bonne école" : en vente dans toutes les bonnes librairies dès la fin de ce mois…), je raconte l'anecdote suivante.
Travaillant (le mois dernier) avec une classe de Première STG sur le portrait de D'Artagnan dans les Trois Mousquetaires, j'arrive à la phrase suivante : "Imaginez don Quichotte à dix-huit ans…" — et, à ma grande surprise, je l'avoue (comme quoi il me reste des bribes de naïveté), cette classe d'hispanisants, les yeux ronds, me demande qui est ce don… quelque chose.
Nous sortions d'une année 2005 qui marquait le 400ème anniversaire de la parution du roman de Cervantès. Eh bien, aucun de mes élèves ne connaissait le roman, et aucun enseignant (ils arrivaient de Secondes fort diverses) n'avait cru bon de leur soumettre ne serait-ce qu'un extrait de presse concernant le grand homme…
Quant à lire un extrait du roman lui-même, je ne m'illusionne pas : les programmes l'interdisent, et j'ai des collègues parfois désespérants.

(Voilà pourquoi je mets une majuscule à Savoir : parce qu'il y a une différence entre la base même du Savoir, qui est une base de la civilisation, et la constellation de savoirs" plus ou moins minuscules, fruits de l'expérience quotidienne. C'est avec la Culture — globale — que nous communiquons, pas avec des technologies déjà dépassées).

En fait de culture globale, mes élèves n'avaient pas le commencement de ce qu'il leur aurait fallu pour comprendre… Astérix : pour éveiller en eux un lointain écho de Don Quichotte, je leur rappelai que dans Astérix en Hispanie, les deux Gaulois rencontrent un hidalgo qui fonce dès qu'on lui parle de moulins… J'aurais aussi bien pu parler de la lune.
Astérix (qu'ils ont lu, pourtant, mais qu'ils n'ont pas "lu" réellement, au sens que je donne à ce terme — je vais y revenir) est cette BD des années 60-70 (on oublie parfois que c'est l'une des références des enfants du baby-boom) qui s'amuse à parodier Hugo (Astérix chez les Belges), Pascal (Astérix et Cléopatre), Shakespeare (La Grande Traversée), fait référence à Fellini (Astérix chez les Helvètes) et a le culot abominablement élitiste d'appeler l'un de ses personnages (un gosse, dans le Combat des chefs) "Elèvedelix" — un gag tout aussi incompréhensible que les précédents pour des élèves pour lesquels on a descendu la barre au dessous du niveau de leur mère, si je puis me permettre : c'est la première génération pour laquelle on a moins d'ambition que pour la génération précédente. Sinon, les soumettrait-on à une telle haine du Savoir ? Les enfermerait-on dans des ghettos scolaires ? Aurait-on inventé pour eux la sectorisation et les Zones d'Expérimentation Pédagogique ?

Lire, dit-il…
Retour à Stendhal.
Lire Stendhal : bien sûr que cela s'apprend. Où avez-vous pris que le sentiment esthétique était inné — pour parler comme les néo-darwiniens dont paraît-il je suis — ce que j'ignorais, tout comme Jourdain ignorait qu'il faisait d ela prose ?
Le Rouge et le Noir, 1830. Aucun succès : 500 exemplaires dans l'année. Stendhal allait à contre-courant des modes de la Monarchie de Juillet — le "enrichissez-vous" de Guizot. Alors, autant commercer par là : ce roman sublime fut un échec — et j'ai un peu tendance à penser que bien des œuvres sublimes furent des échecs, et que cela ne renforce que davantage leur portée. Allez expliquer cela à des gosses gorgés d'idéologie du résultat, drogués de "gagne" et autres fariboles.
Stendhal est un perdant magnifique. "J'écris pour être lu vers 1930", écrivait-il. Il a réussi, et au-delà. Mais il n'est plus lisible en 2006, si j'en crois les programmes. Ce n'est jamais qu'un "discours" parmi d'autres. Quant à la formule magique qui clôt la Chartreuse de Parme (To the happy few), il semble qu'elle soit abusivement élitiste — le vilain mot ! "Aux quelques-uns qui sont heureux" — mais lui-même traduisait, dans son monde d'épiciers : "Aux quelques-uns qui en valent la peine".
Eh bien oui, je suis élitiste : je souhaite que chaque enfant puisse développer ce qu'il a de mieux en lui, c'est-à-dire ce qu'il a de mieux que les autres. Je souhaite que chacun soit différent — non par principe, parce que dans la réalité con-temporaine nous sommes abominablement con-formes, mais par esthétique, par dandysme si l'on veut : frottez un peu les élèves à des œuvres difficiles, et voyez si vous n'obtenez pas plus d'étincelles qu'en les confrontant aux sempiternelles œuvres "faciles" que l'on nous incite à reproduire. Affirmer sa différence, ce n'est pas poser comme un bloc de béton ses certitudes erronées sur la table, c'est se confronter à ce que les siècles ont fait de plus grand. Nous baignons dans un océan de médiocrité. TF1 s'enorgueillit de fabriquer du temps libre dans le cerveau des téléspectateurs pour que Coca-Cola puisse y insérer ses messages. Et la Nouvelle Pédagogie (comme la Nouvelle cuisine des années 70-80 : il n'y a rien dans l'assiette) fait de même. À vouloir sans cesse descendre la barre, elle interdit pratiquement l'accès au sublime.

Stendhal… Un homme capable de galoper une nuit entière pour voir trois minutes sa maîtrese, à la dérobée, et repartir aussi vite, parce qu'il a des obligations diplomatiques, ne peut être tout à fait mauvais. Imaginez la bibliothèque de Stendhal — ou de tous ceux qui, aujourd'hui, trouvent Julien Sorel plus fascinant que le héros de Matrix : toute la littérature du XVIIIème siècle — le dernier moment d'intelligence pure. Je le dis tout haut : chaque fois que Philippe Meirieu sort un livre, je relis les Liaisons dangereuses, ou le Rouge et le Noir — pour que ma foi en l'humanité, mon goût de la beauté, ne s'érodent pas davantage. Ou les Trois mousquetaires.
C'est ce genre de réflexe que je voudrais instiller dans mes élèves. Chaque fois que la réalité morveuse vous hérisse, prenez un livre — et non pas : allez sur le Net !

Retour à D'Artagnan.
Les Trois mousquetaires sont le roman français le plus traduit et le plus lu dans le monde — sauf chez nous, à l'exception des quelques familles "bourgeoises" (le vilain mot, paraît-il) qui alimentent la flamme, et, à terme, se partagent les emplois rémunérateurs — c'est bien fait : la haine de l'élitisme a introduit les plus grandes inégalités qu'il y ait jamaius eues.
Qu'apprend-on dans les Trois Mousquetaires ? Bien plus de "citoyenneté" (c'est un mot de Terreur, ça, et j'ai bon espoir d'initier une "raction" thermidorienne qui fera chuter les têtes des terroristes de la pesnée actuellemnt au pouvoir rue de Grenelle et dans les IUFM) que dans tous les cours d'Instruction civique : on y apprend qu'il y a de valeurs respectables (la générosité, l'honneur, le désintéressement), et qu'il y a des comportements inacceptables (pour un mot, pour un geste, on est prêt à en découdre, et on a bien raison).
Un abominable connard, qui travaille dans je ne sais quel IUFM, m'a un jour traité de "marquis". Voilà qui fait le pendant au "dandy" méprisant d'un commentaire tout récent. Revendiquons cette aristocratie de l'esprit — la seule qui vaille. Exigeons de chacun qu'il apprenne que l'on peut être autre chose qu'un ambitieux minable de l'Education Nationale au ventre usé par la marche, comme disait Cyrano.
Vous voyez, j'affiche mes références.

Quant aux technoologies…
Elles ne sont justement que des technologies. Des outils. Google n'est pas une bibliothèque : ce qui fait la bibliothèque, c'est la capacité à choisir ce qu'on y range. Google, ce sont les étagères — mais la capacité de discrimination, elle, ne tient pas à l'électronique. De même, la capacité à faire des maths ne tient pas à la calculatrice : pratiquement, plus vous vous fiez aux machines, et plus vous en serez esclaves. L'enseignement est école de liberté, ou alors, il faut tirer le rideau. Je n'ai pas besoin de machines pour comprendre Stendhal — mais j'ai mis le temps, et je suis passé entre les mains de quelques maîtres sublimes (Barthes, par exemple, dont les séminaires ont illuminé ce que je croyais savoir, béotien que j'étais, à vingt ans) qui m'ont appris à lire — et j'apprends chaque jour.
Et, parfois, je relis Astérix, et je trouve toujours ça plus drôle que les mangas de la Nouvelle Pédagogie.

Jean-Paul Brighelli

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Commentaires

Les technologies : OK, ce ne sont que des outils. Tout comme le livre est un outil. Avant le livre, il y avait la parole.
Des mots… Les mots sont aussi des outils.
Moi aussi , je préfère souvent le livre à l’écran, mais pas toujours, et surtout pas jusqu’à en faire un objet d’adoration. Ces outils différents ont des fonctions différentes: pourquoi comparer ce qui ne peut l’être?
Stendhal :
Je ne nie pas les qualités d’une œuvre comme Le rouge et le noir. Mais elle ne me fait ni chaud ni froid. Je l’ai étudiée donc froidement et ça fait partie de « ma petite culture globale ». J’aurais certainement encore à apprendre, mais bof…pas envie. Et je ne crois pas me noyer dans l’océan de médiocrité . Il y a tellement d’autres choses qui me passionnent ! (Des livres, des sites, et même... des forums de discussion !) Dès lors, pourriez-vous prétendre que je n’ai pas le sens de l’esthétisme ?
Je ne nie pas que Zappa soit un bon musicien, mais sa musique me hérisse, je préfère Mozart.
Mozart est plus ancien, plus célèbre : meilleur ? En musique, je serais donc dans la bonne catégorie cette fois-ci ?
Le Savoir comme base d’une civilisation, d’accord. Mais sens de l’esthétisme et culture globale : il ne faut pas tout mélanger ! Et j’ose prétendre que la beauté n’est pas forcément difficile ! J’ai d’autres ressources que vous pour alimenter mon goût pour la beauté et nourrir ma foi en l’humanité. (Je suis …différente.)
La différence :
On ne peut pas souhaiter que chacun soit différent par goût de l’esthétisme ! (Excusez-moi, mais, je trouve cette phrase un peu absurde.)Chacun est différent, c’est la réalité humaine ! Et nous sommes bien obligés de nous conformer à… (ceci ou cela) pour vivre ensemble, notamment à l’école. Ce qui ne signifie pas forcément se con-former. Mais que proposez-vous ? A part se conformer à … votre sens de l’esthétisme ? ( Je ne comprends pas vos « envolées subjectives ».) Ou alors... aller en découdre pour un mot maladroit ?

Affirmer sa différence : s’il s’agissait seulement de se confronter à ce que les siècles ont fait de plus grand !!! Et c’est ainsi que chaque enfant pourrait développer ce qu’il a de mieux en lui ? Vous parlez souvent de différence, je vous trouve parfois ... conformiste.

Ecrit par : marielle | 10 mars 2006

Vous pouvez bien entendu préférer Mozart à Zappa (ce qui, entre parenthèses, me donne une petite indication de génération…). La seule question, c'est de mettre à disposition des gens (pour nous, des élèves) l'un et l'autre. Vous pouvez très bien ne pas aimer Stendhal, et préférer Balzac : mais au moins avez-vous eu le choix.
Ce qui se passe avec les programmes scolaires actuels, c'est que la culture "commune" se construit a minima, sauf dans les lycées de l'élite, où se rassemble une bourgeoisie qui partage déjà le même socle de valeurs. Je n'ai jamais prétendu autre chose : il faut que nous ayons le choix. Et les moyens de choisir.
C'est un peu comme le rapport des enfants à la nourriture. Si on ne leur sert que du jambon-frites, ils n'iront pas voir si le canard confit ou les fruits de mer sont délectables — et même, ils trouveront ça répugnant sans y avoir goûté. Prêts pour l'ouverture du prochain Mc Do.
JPB

Ecrit par : brighelli | 10 mars 2006

Vous êtes décidément déconcertant de subjectivité! Depuis quand le fait de citer Zappa donne-t-il une idée de l'âge? J'ai un fils de 17 ans ( ça donne une idée sur des bases plus scientifiques) qui essaie Zappa à la guitare (et fait ses recherches sur le Net). Certains prétendent que seuls les + de 50 ans peuvent aimer Julien Sorel!
...
"...que chaque enfant soit différent, qu'il puisse développer ce qu'il a de mieux en lui" disiez-vous. Vous admettez les différences de goût et vous préconisez le choix. D'accord avec vous. Mais alors, pourquoi ne pas admettre aussi les différences dans les modes d'accès à la connaissance? Pourquoi ne pas explorer les recherches sur la cognition et songer à offrir une palette de méthodes au lieu de se focaliser sur des combats (avant/après, alphabétique/global...) qui selon moi n'ont pas grand intérêt. Autoriser ceci, interdire cela: nous ne sommes pas dans une cour de récréation.

Ecrit par : marielle | 10 mars 2006

Je suis curieuse de voir ce que donnerait au cinéma une version moderne du Rouge et le Noir avec un Brad Pitt ou un Leonardo Di Caprio en Julien Sorel face à deux superbes bimbos... Il me semble que subitement la vogue Stendhalienne serait lancée...
Je suis affligée d'avance qu'il faille en passer par là pour que nos lycéens découvrent Stendhal car force est de constater que nous en sommes arrivés là! Panem et circenses inutile de dire où cela à conduit....
je suis doublement ennuyée puisque je vais devoir m'y coller avec mes propres enfants car j'aimerai franchement voir autre chose dans leur manuel de Français que ce que j'y trouve actuellement, à savoir des planches de "titeuf" où des extrait d'Harry Potter...Il ne s'agit pas de jeter aux orties ces divertissements pseudo culturels à la disposition des enfants d'aujourd'hui mais de leur faire comprendre que l'horizon ne s'arrête pas à cette littérature dîte jeunesse dont mes enfants, je le dis,sont les premiers, de grands consommateurs tout comme ils sont de quotidiens usagers d'internet (ils sont nés avec) ... Il est très dommage, il me semble qu'on les prive de plus en plus, au nom du modernisme, de la peur d'être ringard et passéiste, d'être in (et là je crois bien être déjà out dans l'expression),de tous ces trésors de la littérature dîte classique...Stendhal on aime où on aime pas mais il n'y a pas que lui( c'est une fervente Stendhalienne qui signe)il ya beaucoup d'autres auteurs à leur faire découvrir et il y en a pour tous les goûts! quel esprit critique vont-ils développer si leurs références culturelles se résume à ce qui leur est contemporain?
franchement il y -at-il vraiment un autre mode d'accès que le livre (papier où electronique) pour accéder à cette connaissance là?Et si les profs ne leur font pas découvrir que ce qu'ils lisent aujourd'hui n'est pas issu d'une génération spontanée, qui le fera?

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 10 mars 2006

Vos enfants ont déjà des points d'avance sur d'autres:
1- Ils savent lire.
2-Ils aiment lire.
3- Ils ont une maman qui aime Stendhal. (même si ça l'ennuie de "s'y coller"! Vraiment??)

Je ne sais pas quel âge ont vos enfants? Quant à moi, j'ai des élèves de CM2. Lire Harry Potter en fin d'école primaire permet éventuellement de
gagner une victoire : j'ai lu mon premier "gros livre"
discuter des valeurs (générosité, courage, honneur, désintéressement... un peu comme dans les trois mousquetaires?)
travailler sur l'implicite
lire, lire, lire...les autres tomes.
etc.
Mais on arrive pas à cela avec tous... Comme enseignante, j'ai de vrais soucis, finalement peut-être pas les mêmes soucis que vous, peut-être pas les mêmes soucis que JPB non plus.

Ecrit par : marielle | 10 mars 2006

Et en plus, l'instit fait des fautes d'orthographe!!!
Décidément, avec tout ça, on arrive... pas loin.

Ecrit par : marielle | 10 mars 2006

Bien sûr que nous n'avons pas tous les mêmes soucis…
Je les "touche" en bout de chaîne — des produits théoriquement finis, pratiquement à peine dégrossis.
Bien sûr que nous ne sauverons pas tout le monde : mais nous faisons ce que nous pouvons pour sauver chacun dans ses limites. À chacun sa lune. Ce qui ne veut pas dire "le Bac pour tous".
Travailler sur l'implicite (ce qui ne veut pas dire l'expliciter) est sans doute la meilleure méthode. Encore-faut-il qu'il y ait de l'implicite.
J'aime bien Harry Potter, et JK Rawlings mérite tout à fait son succès. Et c'est bourré de "valeurs" — bien plus que tous les sermons sur la citoyenneté. Un gosse qui lit, c'est une victoire. Un gosse qui lit des livres, c'est encore une victoire.

Dernier point : un gosse qui écrit, c'est une troisième victoire. La disparition des "rédacs" en Primaire est une catastrophe dont les Pédagogues devront rendre compte, un de ces jours. Et en plus ils ont inventé un "sujet d'invention" au Bac de Français, comme si l'expression pouvait naître spontanément sous les doigts des élèves…

JPB

Ecrit par : Brighelli | 11 mars 2006

Non, mes soucis à moi, vous ne les touchez pas en bout de chaîne: le lot est déjà un peu "dégrossi" pour reprendre vos termes. A l'école primaire, on oriente déjà... On rame avec les "produits" dont on dit qu'il relève de l'adaptation, on rame avec les "produits " qui relèvent de l'intégration. Vous parlez peu de ces secteurs de l'éducation nationale. Vous ne savez pas à quel point il peut y avoir prise de tête pour des enseignants et pour des parents?
On ne peut pas sauver tout le monde? (Ou on tente de sauver ceux qui méritent d'être sauvés?) Chacun dans ses limites, disiez-vous. Qui peut définir les limites d'un individu? En réalité, Stendhal au programme ou pas: ça ne fait pas partie de mes priorités quotidiennes de mère ou d'enseignante.

Ecrit par : marielle | 11 mars 2006

Marielle,

Pourriez vous m'expliquer toutes les difficultés que vous rencontrez plus précisément .

Ecrit par : dg | 11 mars 2006

La liste serait très longue! Je ne suis pas sûre qu'elle puisse intéresser les utilisateurs de ce blog , fussent-ils des "aristocrates de l'esprit".
Simplement, je trouve dommage qu'on parle de l'école pour tous, de la différence, de l'inné et de l'acquis, des méthodes d'apprentissage,etc, sans songer aux enfants qui n'ont pas de place à l'école et aux enfants différents qu'on accepte "malgré leur différence" , différence dont on ne sait pas quoi faire.
Comme enseignante: il m'arrive de galérer et je ne suis pas la seule: je sens la grogne chez certains de mes collègues , j'entends les interrogations sur les fonctionnements des RASED, sur le sujet de l'intégration et des nouveaux textes: médicalisation excessive ou nouvelle "philosophie de l'éducation"? Même Sarko s'y colle avec les dépistages précoces pour éviter la délinquance. On peut craindre le pire... tout en étant pour le dépistage et la reconnaissance de ces difficultés et /ou handicaps.
Hyperactivité par exemple, ou autres troubles neurologiques (innés) comme les TED (troubles envahissants du développement.)

Comme parent: j'ai un fils TED sans déficience intellectuelle. L'école n'a jamais bien su quoi faire avec sa différence: des difficultés spécifiques à l'autisme, des aptitudes particulières. Les parents d'enfants différents sont toujours condamnés à rechercher la place la moins mauvaise à défaut de la meilleure , les enseignants essaient de passer l'année scolaire...
Beaucoup de gens sont donc concernés, tout le monde est concerné: on ne peut tout de m^me pas faire comme si le problème n'existait pas.

Ecrit par : marielle | 11 mars 2006

Marielle,



Si je comprends ce que vous écrivez, vous avez un enfant avec des difficultés spécifiques. Est il intégré dans une classe type Clis, ou bien est il plus vieux ?
Le contexte politique depuis 2005 par voie legislative est à l'intégration des enfants ayant des handicaps plus ou moins lourds. J'ai fait une recherche sur ce sujet dernièrement, et j'ai découvert par exemple qu'en Bretagne(et partout ailleurs dans les académies), il y avait 1000 enfants intégrés pour 64 postes d'auxillaires de vie scolaire. Ce qu'il faut avoir à l'esprit, c'est que le contexte politique est à la fermeture des structures spécialisées avec des publics qui sont renvoyés dans des filières scolaires classiques. Tout est fait en dépit du bon sens, avec des emplois non formés à la clef pour des jeunes qui grossissent les statistiques du chômage . Imaginez vous les économies que cela représente toutes ces structures fermées...et ces postes sans formation...et cette absence de réfléxion de société sur ce sujet de l'intégration ? Je peux vous fournir des adresses si vous le souhaitez.

Ecrit par : dg | 11 mars 2006

dg: merci beaucoup, je suis relativement bien informée, à la fois sur les troubles et sur le système scolaire. Ma position n'est pas très enviable mais loin d'être dramatique : mon fils est en intégration individuelle en 6ème. (Il lit et relit les Astérix, aura-t-il un jour l'envie de lire Le rouge et le noir et le niveau suffisant pour le comprendre? ...)
Il existe des situations beaucoup plus graves, et des parents n'ont pas internet, ne sont pas informés: j'ai l'impression que tout le monde s'en fiche éperdument. Le niveau social est encore bien plus déterminant dans ce domaine! Et l'école n'aurait pas un rôle à jouer? (Avec la nouvelle législation: on avance ou on recule????) Et " cette absence de réflexion de société sur ce sujet " m'inquiète énormément.

Ecrit par : marielle | 11 mars 2006

Vous écrivez "Quant aux technologies…
Elles ne sont justement que des technologies. Des outils. Google n'est pas une bibliothèque : ce qui fait la bibliothèque, c'est la capacité à choisir ce qu'on y range. Google, ce sont les étagères — mais la capacité de discrimination, elle, ne tient pas à l'électronique. De même, la capacité à faire des maths ne tient pas à la calculatrice : pratiquement, plus vous vous fiez aux machines, et plus vous en serez esclaves."

Par métier (double) je suis prof de lettres classiques depuis plus de trente ans, et j'enseigne l'informatique (ben oui) depuis vingt-cinq ans, je m'élève contre cette réflexion, tout en allant dans votre sens...

Evidemment, les techniques (le mot "technologie" m'agace, parce qu'il est abusif) ne sont que des "procédés", des "moyens"... Mais si ces procédés nous donnent des pouvoirs extraordinaires ? Je travaille (entre autres sujets, sur Calvino) depuis ce matin, et sans cesse, mon ordinateur navigue entre les textes que je lis, celui que j'écris, et les données que je peux consulter d'un ou deux clics... N'est-ce pas merveilleux ?

Je ne suis pas d'accord avec votre phrase "Google, ce sont les étagères — mais la capacité de discrimination, elle, ne tient pas à l'électronique. " Précisément, Google, c'est la négation même des étagères, c'est le "vrac" absolu, et c'est MA culture qui crée l'organisation, les étagères qui vont accueillir ou non les données envoyées par le machin...". Exactement comme une bibliothèque matérielle n'a en soi aucun intérêt, si je n'ai pas les "grilles" pour en profiter. La plupart des autodidactes sont malheureusement des esprits confus, remplis de connaissances mais non de culture.

"plus vous vous fiez aux machines, et plus vous en serez esclaves" : on peut aussi dire le contraire ! Mieux je connais ces systèmes, plus je les domine, plus je suis libre de les utiliser intelligemment. Je crains que vous n'ayez en vue que des utilisateurs "basiques" de l'informatique (si tant est que ce mot soit adapté ici). Je peux - quand vous le voulez, vous montrer au contraire que dans des mains bien averties, c'est une prodigieuse "rallonge" à notre cerveau... Evidemment, il n'est pas question que ce soit une prothèse (cf le très grand texte de Platon, Theuth et Thamous, dans Phèdre)...

Je crains un peu qu'à opposer deux abords de la culture, vous n'apportiez de l'eau au moulin de ceux qui postulent que la démarche littéraire est passéiste. Toute ma démarche personnelle, c'est précisément de dire : ne vous y trompez pas, il n'y a pas d'utilisation intelligente des techniques modernes qui ne se fonde sur une culture bien digérée (ô Montaigne !!!), de même que la littérature peut trouver toute sa grandeur en acceptant les nouveaux moyens de l'aborder, de la lire, de l'illustrer.

Cher collègue, merci de nous donner l'occasion de cette réflexion très fertile...

Bernard J.

Ecrit par : Bernard JOUËT | 12 mars 2006

Je suis d'accord avec Bernard Jouët pour ce qu'il pointe du doigt , , mais je crois que les jeunes générations n'utilisent pas la technique internet avec un bagage de Lettres classiques en poche, ni forcément un doctorat en mathématique . Et c'est peut être là ou le bât blesse non ? Que peut signifier se servir d'un ordinateur sur un temps scolaire en primaire quand on sait à peine lire et qu'il faudrait plus de temps de Français pour y parvenir ou qu'on ne sait pas diviser 65 par 7 ?

Dans le monde manuel, quelqu'un qui ne sait pas ce qu'est l' "équerrage" d'un cube ne peut pas prétendre maîtriser l'utilité d'une fraiseuse pour le faire à la place de sa main. Si en sus on ne sait ce qu'est un angle, ni comment cela se calcule , je ne vois pas comment on peut prétendre de manière autonome régler l'angle d'une fraise d'usinage pour obtenir la pente voulue. Si en sus, vous avez une forme avec de multiples pentes, perçages, courbes et volume imposés, alors là, il faut se remémorer ses bons vieux savoirs et règles d'école primaire.
Il faut donc commencer par le commencement.
Il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton de machine pour que les choses se fassent toutes seules.
Je pense que c'est le même bon sens pour toute matière.
Tout commence par un début, et tout se complexifie au fur et à mesure que l'on maîtrise les premiers apprentissages. Et cette complexité si l'on s'en rend maître, nous permet alors d'exercer une créativité. Mais la créativité sans les savoirs fondamentaux, j'appelle cela de l'esbrouffe, surtout dans la réalité du monde du travail.

Ecrit par : DG | 12 mars 2006

Pour DG,

Tout à fait d'accord avec vous ! J'essaie simplement de montrer que les savoirs ne s'opposent pas, et je pense qu'on peut être un crétin tout à fait lettré... Pour moi, la question n'est pas "quel est le domaine dans lequel apprendre" (que ce soit la maçonnerie, les SVT ou le grec), elle est dans la façon d'apprendre, en se fondant sur des savoirs humbles qu'on va bien dominer pour ensuite prendre de la distance...

Ecrit par : Bernard JOUËT | 13 mars 2006

C'est pour les raisons que vous souligniez et soulignez que je suis d'accord avec vous.
Et je suis inquiète de ce que l'on me rapporte de l'utilisation et du but de ces technologies de l'information dés l'école primaire...

Ecrit par : dg | 13 mars 2006

Que vous rapporte-t-on de l'utilisation des TIC à l'école primaire et en quoi cela vous inquiète-t-il?

Ecrit par : marielle | 15 mars 2006

Marielle,
Pour expliquer mon inquiètude je dois être plus précise. Je dois faire un petit historique court préalable
Ma curiosité m'a fait compulser le rapport Andrieux, antérieur à la loi d'orientation de Jospin en 89. J'y ai appris qu'un élève sur dix était en échec scolaire et redoublait en primaire.
J'ai lu le rapport Ferrier, de 98 commandé par ségolène Royal, qui expliquait que 20 à 35 % d'une classe d'âge(on passe de 2 à 3 élèves sur dix) entrait en 6ème avec de grandes difficultés de maîtrise des savoirs de base.
J'ai régardé les commentaires des évaluations 2005 d'entrée en 6 ème sur le site de Reconstruire l'école, et j'y découvre que 40 % des élèves ne savent pas lire couramment, ne savent pas lire une phrase complète.
Des enseignants me rapportent qu'on utilise des logiciels et construit des cours trés bien fait sur le plan informatique, pour des maths, et que les savoirs en fin de course sont faux , qu'en français les enseignants voient davantage de copié collé que de travail de rédaction....etc. Bref une question légitime se pose à moi, de ce que je vois officiellement dans les rapports aller croissant , de l'ordre d'une décomposition de la maîtrise des savoirs essentiels permettant l'acquisition et le maniement de ceux qui suivent et se complexifient. En sus, le contenu de la loi Fillon n'est qu'une transposition des attentes européennes en matière d'équipement et d'utilisation des nouvelles technologies en classe. Car cela a été décidé à Lisbonne, "devenir l'europe des connaissances la plus compétitive du monde". Mais derrière tout cela, je ne vois pas de volonté réelle qui me ferait penser que ces soi-disant connaissances sont bien les bonnes, celles qui structurent les enfants pour l'avenir. Je ne vois qu'un utilitarisme forcené et cynique, qui permet l'utilisation des budgets de l'éducation nationale pour l'équipement technologique, alors que l'on rabiote les postes d'enseignants et les contenus des cours , et que l'on laisse indifférement sortir les enfants de primaire sans avoir garanti le fait qu'ils soient armés pour maîtriser l'essentiel. (C'est comme si l'on avait renoncé à faire apprendre les tables de multiplication sous prétexte de l'arrivée des calculatrices)
Je suis d'autant plus inquiète, que je ne veux pas voir l'avenir
de mes futurs concitoyens compromis par nos erreurs de jugement , nous citoyens et parents. Je ne suis pas enseignante, et pourtant je le vois, je l'entends, (mes employeurs qui ont une position sociale confortable voient soudain et rapportent parallèlement que leurs propres enfants ont bien du mal à lire et suivent trés mal en classe; je parle de 5 enfants scolarisés en des lieux différents ). Un collègue me rapporte qu'en université à Rouen ou sa femme travaille , on donne des cours de français de base aux étudiants.
Mes donneurs d'ordres professionnels, des jeunes qui arrivent sur le marché dans les entreprises du luxe et les grandes marques, ont une maîtrise du français suffisement faible pour que je m'en rende compte et les trés jeunes maîtrisent parfaitement les logiciels 3 D, mais ne connaissent pas les savoirs techniques de base pour contruire des volumes, faire des plans compréhensibles pour la fabrication etc... (je ne suis pas si vieille(35) encore pour m'en rendre compte si fortement ) Des enseignants en lycée qui ont 20 ans de métier, rapportent combien les nouveaux élèves sont faibles par rapport à leurs anciens élèves. Ils doivent revenir à des cours de base... Je ne peux pas tout raconter tant il y a à dire.

Je pressentais ce gâchis, depuis 6 ans que je m'y intéresse et fouille la question de l'éducation par conscience et inquiètude vive. Car alors, ce n'est pas seulement l'avenir des personnes au cas par cas qui se joue, mais aussi celui de nombreux citoyens qui auront la maîtrise ou non de leur devenir, dans une démocratie qu'on prétend faire vivre ce jour.
Si cela continue, je ne vois pas comment y croire.
Combien d'entre nous sommes capables de s'investir pour affronter la question et changer la donne ?

Ecrit par : dg | 16 mars 2006

Combien d'entre nous sont capables de s'investir pour affronter la question et changer la donne?

Ecrit par : DG | 16 mars 2006

On ne saurait mieux dire…

JP Brighelli

Ecrit par : brighelli | 16 mars 2006

Pour répondre à DG...
Très peu. Je crois que, tant que l'on n'a pas été en conflit avec la hiérarchie ou l'inspection, on n'a qu'une très faible idée de la capacité des enseignants à accepter l'inacceptable. Soyons honnêtes, nous sommes dans un métier où le courage n'est pas la vertu cardinale. Depuis trente-quatre ans que j'enseigne, je vois des gens qui tremblent comme des feuilles devant l'inspecteur (alors qu'ils ne risquent rien), qui prennent bien garde à ne rien proposer à visage découvert (combien signent de leur vrai nom, et complet, sur ce blog ?), qui sourient lâchement aux autorités, qui rêvent au fond d'avoir tranquillement leurs promotions...
Depuis quelques semaines, la hiérarchie me cherche des querelles d'allemand, parce qu'en fait j'ai eu l'outrecuidance de dire dans un journal que l'éducation nationale faisait exactement le contraire de ce qu'elle prétend faire ; pis, j'ai créé une filière qui marche, avec des parents et des élèves qui me soutiennent à bloc... des classes où l'on ne fait ni rap, ni sorties-bidon, ni macramé, mais où on apprend quelque chose. Quid des collègues ? J'en ai 150 dans mon lycée, et trois syndicats. Silence total, sauf une poignée de gens qui n'ont plus rien à perdre. Les autres tiennent trop à leur caravane, à la paix du mercredi, aux cours finalement pas trop crevants, et, pourquoi pas, à la possibilité de devenir un chef d'établissement bien docile, à l'abri derrière son BO et sa hiérarchie...

Ecrit par : Bernard JOUËT | 17 mars 2006

Pour Bernard

Je sais qu'heureusement des professeurs se battent.

De mon côté je les soutiens autant que je peux en parlant des situations réelles avec ceux qui sont en dehors de l'enceinte scolaire... dans mes relations professionnelles et partout ailleurs dés que cela est possible. Cela m'a demandée de chercher, corroborer des informations et approfondir des connaissances dans un domaine dont je ne suis pas , pour ne pas me contenter de rapporter ce que j'entendais mais le saisir pleinement dans un contexte plus général . Ce n'est pas simple non plus car d'en parler demande aux autres d'y réfléchir et personne n'aime trop se poser de questions car pense trop souvent que ce qui est , est bien ou inéluctable.(je l'entends souvent dans le milieu du travail par rapport à la politique par exemple) Les raisonnements reposent rarement sur l'idée que c'est souvent en dehors de soi qu'il faut chercher l'explication et les connaissances de ce qui existe ou ce qui se joue. Cependant je sais que ce n'est pas impossible non plus de faire avancer les réflexions des autres . D'ailleurs j'ai un collègue qui vient de lire le livre de Monsieur Brighelli . Cela faisait 4 ans que je lui donnais des informations pour être averti... comme quoi. Lui même en parle à son tour avec ses amis non sans difficulté, mais le bouche à oreille fait son chemin lorsqu'il repose sur des éléments tangibles. ( Il a des jeunes enfants scolarisés et il se rend compte de pas mal de choses.)
D'autres enseignants de votre génération se battent aussi.
Par exemple monsieur Gilbert Molinier, professeur de philosophie qui a obtenu l'interdiction du jeu concours du CIC dans les établissements scolaires, par décision du tribunal de Bobigny. Non sans avoir été mis sur la touche et en disponibilité au préalable que de s'en être pris directement à sa hiérarchie.





Je vous donne raison, il n'y a rien à perdre à parler de sa place de sujet. La peur nous fait taire trop souvent. Personne n'a rien à y gagner selon moi au final.

Ecrit par : DG | 17 mars 2006

Qu'il suffise d'être différent pour être taxé de dandy me paraît être un autre signe de l'approximation culturelle ambiante. De plus en plus, la presse et la télévision - et, conséquemment, leurs consommateurs - utilisent ce mot pour désigner tout et n'importe quoi.

A propos d'un footballeur joli garçon : dandy ; à propos d'un chanteur qui met une veste : dandy ; à propos d'un idiot qui consomme du luxe : dandy etc. C'est le dandy réduit à son élégance.

Plus rarement, le mot "dandy" quitte la sphère vestimentaire pour rejoindre celle de l'attitude morale : quiconque est un peu élitiste, quiconque fait preuve d'une certaine élégance dans ses choix, quiconque ne se contente pas de la médiocrité est décoré de l'ordre du dandysme. C'est le dandy réduit à sa posture romantique.

Dans les deux cas, le mot peut prendre une connotation péjorative dans la bouche de ceux qui n'en connaissent pas la signification : être superficiel, posé dans le premier cas ; élitiste - avec tout ce que cela sous-entend de fascisme-, dans le deuxième. Ces deux approximations nous paraissent bien éloignées de ce que furent les dandys.

Nous défendons sur notre site http://francois.darbonneau.free.fr que le dandysme est un phénomène historique et littéraire borné dans le temps. Cette idée est certainement discutable mais ce qui l'est moins, c'est que le mot "dandy" est sans cesse malmené. Comme si la réduction du nombre de mots dans le vocabulaire courant, associée au matraquage sémantique de la télévision ("au fait", "donc", "par contre", etc.), orientait au gré des modes les foules vers ce que, pour rejoindre Brighelli, nous appelons des barbarismes.

Ce n'est pas parce que l'authentique dandy Jules Barbey d'Aurevilly a écrit : "L'égalité, l'exécrable égalité, la pierre ponce de l'existence moderne, a passé sur tout, a tout limé, tout rongé et tout diminué ... et c'est au moral aussi bien qu'au physique qu'il n'y a plus de talons rouges !" et qu'il est moustachu qu'il faut voir en Brighelli le nouveau Lord Byron.

Wotk

Ecrit par : Wotk | 20 mars 2006

Je contresigne — et des deux mains encore. Le dandysme, cela va de Brummel à Montesquiou. Leur comparer les pâles voyous actuels — moi compris — est une insulte à l'esthétique.
JPB

Ecrit par : brighelli | 20 mars 2006

Qu'il suffise d'être différent pour être taxé de dandy me paraît être un autre signe de l'approximation culturelle ambiante. De plus en plus, la presse et la télévision - et, conséquemment, leurs consommateurs - utilisent ce mot pour désigner tout et n'importe quoi.

A propos d'un footballeur joli garçon : dandy ; à propos d'un chanteur qui met une veste : dandy ; à propos d'un idiot qui consomme du luxe : dandy etc. C'est le dandy réduit à son élégance.

Plus rarement, le mot "dandy" quitte la sphère vestimentaire pour rejoindre celle de l'attitude morale : quiconque est un peu élitiste, quiconque fait preuve d'une certaine élégance dans ses choix, quiconque ne se contente pas de la médiocrité est décoré de l'ordre du dandysme. C'est le dandy réduit à sa posture romantique.

Dans les deux cas, le mot peut prendre une connotation péjorative dans la bouche de ceux qui n'en connaissent pas la signification : être superficiel, posé dans le premier cas ; élitiste - avec tout ce que cela sous-entend de fascisme-, dans le deuxième. Ces deux approximations nous paraissent bien éloignées de ce que furent les dandys.

Nous défendons sur notre site http://francois.darbonneau.free.fr que le dandysme est un phénomène historique et littéraire borné dans le temps. Cette idée est certainement discutable mais ce qui l'est moins, c'est que le mot "dandy" est sans cesse malmené. Comme si la réduction du nombre de mots dans le vocabulaire courant, associée au matraquage sémantique de la télévision ("au fait", "donc", "par contre", etc.), orientait au gré des modes les foules vers ce que, pour rejoindre Brighelli, nous appelons des barbarismes.

Ce n'est pas parce que l'authentique dandy Jules Barbey d'Aurevilly a écrit : "L'égalité, l'exécrable égalité, la pierre ponce de l'existence moderne, a passé sur tout, a tout limé, tout rongé et tout diminué ... et c'est au moral aussi bien qu'au physique qu'il n'y a plus de talons rouges !" et qu'il est moustachu qu'il faut voir en Brighelli le nouveau Lord Byron.

Wotk

Ecrit par : Wotk | 20 mars 2006

Puisque nous en sommes aux définitions, c'est-à-dire que nous finissons par le début, je me rends compte que je ne sais toujours pas ce que signifie réellement le mot "élitisme" pour l'Educatoir.

Et pourtant, c'est mon "élitisme" qui est en grande partie responsable de mon licenciement après deux années de stage IUFM (au fait, je ne suis pas François Vermorel).

Je pourrais en citer des exemples, comme avoir fait remplir à ma classe de 2de un tableau de conjugaison du passé simple à la troisième personne, en commençant par le 2e groupe (une seule exception : haïr).

Les propos de mes formateurs ne m'éclairaient guère plus : il semblait à les entendre que l'élitiste fût à la fois un malade mental et un extrémiste de droite.

Une partie de cette vase conceptuelle s'est dissipée auprès des deux IPR qui ont refusé ma titularisation : la première croyait que c'était moi qui avais enlevé les didascalies d'une scène de Molière, tandis que la seconde, dans une autre académie, ignorait que certains personnages de l'Illusion comique de Corneille se déguisaient.

Ayant à présent quitté l'Educature, j'ai bûché mes paradigmes et trouvé deux contraires à l'"élitisme" : la condescendance et le mépris.

Je suis totalement d'accord avec M. Brighelli quand il affirme que la seule vraie culture est la culture dominante ; on en trouvera par ailleurs une démonstration rigoureuse chez Lénine, qui savait un peu de quoi il parlait.

Cette culture contient tous les instruments de pensée disponibles dans la société. Par conséquent, elle englobe aussi les instruments de sa propagation.

Par suite, prétendre donner aux élèves des instruments non culturels (*) pour comprendre la culture, ou vouloir privilégier les "savoir-faire" (*) par rapport aux savoirs, c'est par conséquent leur interdire l'usage des seuls instruments de pensée existant dans leur société.

Que le prétexte de cette interdiction soit la lutte contre l'exclusion (Meirieu...), ou au contraire le renforcement de cette exclusion (Goebbels), la démarche est exactement la même.

Dans le premier cas, il s'agira de condescendance, dans le second de mépris ; ces deux sentiments présupposent que la canaille et l'élite restent bien à leur place.

Quant à la personne qui veut transmettre le savoir de l'élite à la canaille (au fait, pourquoi personne ne peut-il faire le contraire ? parce que justement, le savoir appartient intégralement à l'élite), les premiers l'appelleront élitiste, les seconds démagogue.

C'est pourquoi il est facile de mériter à la fois ces deux reproches : les deux inspectrices déjà mentionnées ont consciencieusement relevé l'emploi des pronoms "on" et "ça" dans mes propos, et m'ont donc reproché d'être à la fois élitiste et vulgaire.


(*) Dans le premier cas, du contenu sans forme, dans le second de la forme sans contenu. Cela peut-il exister ? Non ? Alors, ce n'est rien du tout.

Ecrit par : prof chômeur | 24 mars 2006

Je suis bien content qu'il y ait enfin un garçon cultivé qui partage mes références politico-philosophiques. Il y a maintenant six mois, depuis la parution de la Fabrique du crétin, que je passe auprès de certains esprits demi-habiles pour un abominable réactionnaire. La référence de "prof chômeur" à Lénine montre enfin que toute analyse rigoureuse de la situation n'est pas perdue.
Que Meirieu et pas mal d'autres vomissent leur bile sur mes propos ne prouve qu'une chose : la pensée réactionnaire est à gauche aussi bien qu'à droite. Le fascisme est de gauche aussi bien que de droite.
L'école est "héritière", au sens le plus bourdieusien du terme. Après tout, si cela ne vous plaît pas, rien ne vous empêche de faire un autre boulot.
JPB

Ecrit par : brighelli | 24 mars 2006

Merci de vos compliments, M. Brighelli !

Mais en fait de "changer de métier", c'est moi qui ai été mis à la porte.

Beaucoup de personnes de bonne foi, professeurs ou non, me paraissent mal comprendre votre indignation.

Moi aussi, je l'aurais mal comprise avant mon admission au CAPES et mes deux années de "stage en responsabilité".

Je n'écris ni par corporatisme, ni par dépit. Les réformes me semblaient justes et nécessaires. Il me paraissait légitime et intéressant de donner plus d'occasions aux élèves pour employer librement les connaissances acquises, les confronter à celles qui les précédaient ou aux formes de culture "vulgarisées" qu'ils pouvaient rencontrer.

Je pensais que cette "réforme" donnerait plus de valeur à la transmission de l'héritage, et qu'elle permettrait même de dépoussiérer les textes anciens.

Le problème des programmes les plus récents (1996 - je ne connais pas assez bien les précédents) vient moins de ce qu'ils préconisent formellement que de ce qu'ils écartent.

Lorsque j'ai eu l'occasion de préparer mes premiers cours, j'ai donc passé beaucoup de temps à fournir ces occasions.

Mais j'ai été sanctionné plusieurs fois avant de comprendre que ma démarche, pour l'IUFM, n'était pas acceptable.

Concrètement, mes premiers déboires remontent au mois d'octobre de la première année, quand j'ai réalisé que ma classe de 6e ne reconnaissait pas un verbe au conditionnel. Trois élèves ont levé le doigt, deux croyant qu'il était à l'imparfait, le troisième au futur simple, et aucun des trois n'a su conjuguer ce même verbe dans l'un de ces deux temps.

Le lendemain, en "groupe de formation professionnelle", j'ai demandé à la formatrice s'occupant des stagiaires en Sixième, à quoi était due cette lacune ; d'autant que je me souvenais d'avoir appris cette conjugaison facile et son importance pour le sens d'un texte au CE2 ou CM1.

Cette formatrice a ouvert de grands yeux, m'a demandé de répéter et de justifier _pourquoi_ je _voulais_ qu'ils connussent cette conjugaison. Prenant mes cinq collègues à témoin, elle m'a alors reproché mes exigences excessives et expliqué que, comme toutes les autres connaissances de morphologie, le conditionnel était "à apprendre progressivement", sur plusieurs années, et que dans le cycle CM2-6e, ainsi que 5e-4e, il était "en cours d'acquisition".

La volonté de cette formatrice d'aider les élèves (et "ses" stagiaires) ne fait pourtant aucun doute pour moi. Mais elle avait pris exactement la même expression que je l'aurais fait si l'un de mes amis venait de m'annoncer son inscription dans un parti néo-nazi.

Pour cette même raison, j'ai commencé à douter de cette nouvelle conception du progrès. Vers 1983, apprendre le conditionnel était l'affaire d'une heure pour des enfants de 9 ans, mais en 2002, cette connaissance cruciale pour lire, ne serait-ce que la presse régionale, nécessite plus de cinq ans, et n'est pas exigible par le professeur.

Je félicite chaleureusement toute personne capable de démontrer rationnellement qu'il s'agit d'un progrès.

De la même manière, tout au long des deux années qui ont suivi, chaque fois que j'ai proposé un tableau de morphologie à mes élèves, ou la date d'un texte, ou un mot de vocabulaire, ou des listes d'homonymes, cette "transmission de connaissances" m'a été reprochée comme une faute professionnelle. Elle a aussi été mon seul motif sérieux de redoublement, puis de licenciement.

Je considère pourtant avoir fait preuve de ma volonté de "moderniser" ; mais avoir appliqué, de temps à autre, des méthodes vérifiables a suffi pour m'exclure du système.

En tant que citoyen, je voudrais bien que ce "mouvement", qui a maintenant le monopole du recrutement, de la rédaction des programmes, et de l'encadrement des professeurs, change de métier ou laisse les autres utiliser des méthodes qui fonctionnent dans un enseignement public et obligatoire.

Ecrit par : prof chômeur | 28 mars 2006

No comment…
Ou plutôt, on touche là au fond du problème. Sous prétexte d'ouvrir l'école, on l'a vidée de ses contenus. On les a étalés sur des années. On a fait de la grammaire de texte (c'est-à-dire, pour les non-initiés, que l'on étudie une forme lorsqu'on la rencontre, au hasard des phrases) et non plus de la grammaire de phrase (étude systématique des bases grammaticales, par cœur — deux mots répudiés par les nouveaux programmes).
Et pire : on a éliminé tous les (futurs) enseignants qui maintenaient cette exigence. C'ets là que l'on tombe dans le phénomène de secte.
Sans compter l'aspect proprement (salement ?) psychanalytique de l'affaire. Les pédagogues refusent aux autres les connaissances qu'ils ont acquises. Ils refusent de donner aux enfants des nourritures solides, de peur qu'ils grandissent. La pédagogie est le fast-food de l'esprit. Ils ont appris par cœur ? Le par-cœur est éliminé. Ils ont acquis une culture parfois solide ? Seule l'actualité fournira des aliments culturels (et il faut voir de quelle manière : lire "Elèves sous influence", l'étude que Barbara Lefebvre et Eve Bonnivard ont consacrée aux manuels d'histoire en 2005*), et ce que dit la rue vaut bien, dans la grande confusion des "discours", ce qu'écrivaient les plus délicats auteurs.
Et pour comble de misère, ils ont exclu de l'éducation nationale des gens qui avaient la vocation, et gardé ceux qui obéissaient.
Qui a dit fasciste ? Quelqu'un a dit fasciste ?
JPB

* Elles analysent en particulier la présentation des attentats du 11 septembre — et les traces qui en subsistent, après décervelage, dans les discours des élèves.

Ecrit par : brighelli | 28 mars 2006

arf! Pourquoi taper sur ce pauvre Mussolini dès qu'il y a un problème?


je n'aime pas l'usage multifonction du mot fascisme.

Ecrit par : lingane | 26 avril 2006

Merci pour ce texte !

J'ai beau n'être encore qu'une jeune étudiante en Lettres modernes ce problème de l'éducation et de la culture générale chez les jeunes me navre. J'en vois encore les traces jusqu'à mes condisciples qui n'ont pas le goût de la lecture et qui font pourtant des études de lettres dans une prestigieuse université parisienne !

Ecrit par : Zabou_the_terrible | 11 mai 2006

Pour répondre d'abord à Zabou-die-schreckliche. Mais ma question s'adresse à M. Brighelli

Ce qui me navre, c'est l'inculture scientifique ou plutôt la simple curiosité pour la compréhension du monde qui nous entoure. Quelques simples exemples : Une société peut-elle supporter plus de retraité que d'actifs ? non alors comment expliquer les grèves de 2003 ? 2 milliards d'indiens et de chinois pourront-il consommer autant de pétrole que les vieux pays industrialisés ? non, pourtant on s'offusque de la flambée des prix des carburants. On pourrait continuer sur le climat : comment diviser en 50 ans par quatre ce qui croît de 2% par an. Ou sur l'inflation scolaire : Pourquoi former 60% de bac+III lorsque la société n'à besoin que de 20% de cadres, etc...

C'est pourquoi si vous vous étonnez de l'inculture de la jeunesse, quelle est selon vous l'étendue de la culture de l'honnête homme ? Par exemple, combien de (vrais) livres, un élève non littéraire, devrait-il avoir lu entre la seconde et la terminale ? Combien d'heures par semaine, un collégien ou un lycéen devrait-il lire ? Car il faut bien se rendre compte que pour les élèves, le «divertissement» ne manque pas. Beaucoup d'entre eux ont-ils les simples conditions matérielles d'ennui et de calme qui leur permettraient de se plonger dans une lecture difficile ?

Ecrit par : Berthier | 11 mai 2006

Mr Brighelli,

Je vous découvre depuis peu, une ou deux apparitions récentes à la télé et ce blog qui est fort intéressant. Je suis désolé, mais je n'arriverais certainement pas à exprimer mes idées aussi bien que vous ou certains de vos camarades, mais je vais essayer.

Votre article m'a rappelé mes cours de latin en 4ème/3ème en 1976/77. Notre professeur nous faisait lire Asterix en Latin, en complément de son cours traditionnel. Pour elle l'objectif était de nous (r)éveiller. Si je n'ai pas gardé par la suite une bonne culture en lettres, j'ai fais des études "techniques" où il y peu de place au "Français" (Bac en 1ère et plus rien ou presque en BTS), j'ai gardé en mémoire cette personne et ses cours.

Ce qui m'a le plus marqué, est un jour la visite d'un inspecteur qui était là pour l'évaluer. Il lui a fait une remarque pas très positive concernant un livre qu'elle nous demandait de lire pour les cours de Français. Pour lui nous étions trop jeunes, et peu ouverts pour comprendre. Ce livre était Germinal de Zola. Je voudrais dire aujourd'hui que grâce à cette prof j'ai lu par la suite quelques oeuvres de ce cher Emile. Je ne suis pas un fan mais c'est quand même dommage de passer à côté. (j'ai aussi essayé de lire le rouge et le noir çà a été un peu plus dur pour moi). Mais globalement cette curiosité me permet de briller au trivial pursuit. Est-ce çà la culture ?

L'école est là pour çà avant tout. Ouvrir et libérer certaines cases de notre petit cerveau. On le voit dans le monde du travail, il n'y a plus de place à la créativité, ça coûte cher soit disant. Je pense tout comme vous, il faut laisser la liberté d'enseigner. Si c'est être rétrograde de dire c'était mieux avant (et dieu sait si je n'aime pas cette manière de voir les choses) et bien je suis un passéiste.

J'ai deux enfants, je m'aperçois à travers eux et leurs camarades que rien n'a changé en 20/30 ans. Il y a des enfants turbulents, des bons, des bons à rien etc... Rien de nouveau. Pourquoi avoir changé le monde de l'éducation alors ? Il pouvait évoluer avec les outils modernes dont nous disposions. Malheureusement le terme égalité est très mal interprété dans notre société. Dès notre naissance nous ne sommes pas égaux. Pourquoi vouloir alors 100% de diplômés ? pourquoi dire aussi : les enfants en difficulté peuvent apprendre un métier ? et les autres, pourquoi n'apprendraient-ils pas un métier ?


MERCI à vous pour essayer de faire bouger le mammouth

Ecrit par : Christophe | 13 mai 2006

Excusez-moi de vous demander pardon, mais comme je fais partie des jeunes-ignorants-sans-culture, pourriez-vous, s'il vous plaît, avoir la bonté de m'éclairer sur le seul point pour moi obscur de votre propos : à quoi renvoie "Elèvedelix" ? L'allusion m'échappe. S'il était possible à quelqu'un de m'éclairer, ce serait délicieux.
Merci beaucoup par avance.

Ecrit par : Theo | 24 mai 2006

l' "X" est le surnom donné à l'Ecole polytechnique. Le surnom vient de son insigne : deux canons croisés en forme de X (puisque c'est une école militaire).

Elevedelix = élève de l'X.

Ecrit par : Pierre-Henri | 24 mai 2006

Merci beaucoup, monsieur, d'avoir pris le temps de me répondre. Je connais ce surnom de l'école polythechnique, mais je n'avais pas saisi ce jeu de mots.

Ecrit par : Theo | 25 mai 2006

"Et, parfois, je relis Astérix, et je trouve toujours ça plus drôle que les mangas de la Nouvelle Pédagogie."

Pour pinda qui me lit partout, ou, qui ne lit pas tout, comme vous voulez ;).

Tu vois l'rapport mon poussin ?
L'insulte n'est que là où TU la vois.
à+

Ecrit par : toto | 08 août 2006

C'est totalement faiux de dire qu'il est interdit de faire lire Don Quichotte, on peut tout à fait en étudier au moins des extraits (traduits) en français dès la cinquième, et les élèves aiment bien. J'ai eu en seconde un élève que j'avais eu en 5e, pas très brillant : le meilleur souvenir qu'il avait de sa cinquième en français, c'était le passage des moulins à vent.... Je l'ai refait l'année dernière et ça leur a beaucoup plu...

Ecrit par : Geneviève | 30 juin 2008

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