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03 mars 2006
Garder le Bac ?
L'un des commentateurs avisés de ce blog, Bernard Jouët, professeur de Lettres (classiques) à Cholet (les mouchoirs rouges !) écrit :
"Il m'a semblé que vous étiez attaché comme beaucoup de collègues à l'institution du baccalauréat (même si l'actuel machin vous apparaît comme dérisoire). Personnellement, je me bats depuis toujours avec acharnement contre cet examen… Ne croyez-vous pas qu'il est l'un des obstacles majeurs à toute évolution, puisqu'il amène à confondre la fin et les moyens – ou, si l'on veut : tant que l'on fera des études pour avoir le bac et non pour se cultiver, le système sera pervers."
Et d'ajouter :
" Vous paraissez choqué par le fait que chaque établissement puisse délivrer (ou non) un diplôme qui ne serait plus unique et commun. En quoi est-ce gênant ? Est-ce que les écoles en aval ne sauront pas rapidement reconnaître les pratiques vertueuses et les établissements démagogues ? N'est-il pas profondément moral que tel petit lycée où les pratiques pédagogiques sont efficaces se voie valorisé ? Si l'on donne au professeur toute liberté d'enseigner comme il l'entend (ce qui me semble la base), pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ?"
Ce sont des questions essentielles, auxquelles je suis en train de tenter de répondre dans la suite du "Crétin" (à paraître vers la fin du mois). Mais je peux indiquer vers où vont mes préférences.
Le Bac est entraîné, aujourd'hui, dans une longue spirale de dévaluation. Un ouvrage récent, l'Inflation scolaire (Marie Duru-Bellat, Seuil), montre fort bien que plus on fait fonctionner la planche à diplômes, plus on dévalue l'examen.
Nous en sommes actuellement à 81% de reçus — près de 65% d'une classe d'âge, comme aiment à dire les administratifs. C'est à peu près les résultats du Certificat d'études dans les années 60, avant qu'il ne tombe en désuétude et ne soit plus passé (et définitivement aboli au début des années 80). En clair, plus on a de reçus, plus la signification même de l'examen est brouillée.
Le (seul) problème pour supprimer le Bac, c'est qu'il est aujourd'hui le sésame de l'enseignement supérieur. Certes, les formations les plus intelligentes (les BTS ou les IUT comme les Classes préparatoires) ne se fient guère au diplôme, et opèrent d'ailleurs leur sélection sur lecture du livret solaire — entre autres. Mais nous allons tout droit vers un système où chaque formation supérieure, chaque Fac, inventera un procédé de filtrage — examen d'entrée, par exemple : et sur quels critères ?
Dans l'absolu, je suis absolument d'accord sur le principe : l'école, le collège, le lycée, n'ont d'autre fonction que de donner une culture — et le Bac n'est plus en rien le marqueur de cette acquisition.
La question du "diplôme maison" décerné par tel ou tel établissement ne se posera pas, probablement, au niveau du lycée : nous allons vers un système à l'américaine avec un double niveau, "college" — au sens USA — et "university (idem), où le premier recrutera en fonction de la notoriété, du séreux du lycée précédent dans le cursus, et où la seconde recrutera sur concours : en clair, les facs vont probablement se structurer comme autant de grandes écoles — l'extrême qualité en moins.
J'ai un peu peur que dans le processus, que je vois arriver très rapidement (et toutes les prévisions de l'OCDE, par exemple, cet organisme théoroqiuement "économique" mais qui a un pouvoir considérable dans l'élaboration des politiques éducatives, vont dans ce sens), on passe par une phase — peut-être obligatoire — de grande disparité et d'inconséquences. Les "classements" des établissements secondaires pubiés par la presse chaque année sont d'une objectivité très discutable. Il faudrait inventer des paramètres plus sûrs que ceux mis aujourd'hui en place — et j'attend les suggestions sur l'établissement de nouveaux critères hors Bac.
Enfin, dans un système où les écoles dépendent des municipalités, les collèges des Conseils généraux et les lycées des Régions, j'ai un peu peur que chaque potentat local n'invente un critère taillé sur mesure. Quitte à passer pour un jacobin acharné, il me semble qu'un critère national unique est encore le meilleur garant d'une certaine objectivité.
Et là, qui déterminera le critère ? L'Inspection ?
(Ici, long rire douloureux).
Je crois à la qualité des équipes pédagogques, sans me faire d'illusions sur la façon dont localement ces équipes sont noyautées par les créatures des IUFM. Je crois à la qualité des enseignants, mais je suis en même temps lucide : nous en connaissons tous qui sont adeptes de la reptation.
Ce qui nous amène à une question plus générale qui est celle de la mesure, de l'évaluation en général. Vous savez tous que nous ne notons pas du point de vue de Sirius, si je puis dire. Nous fabriquons une note en soupesant (parfois plusieurs secondes…) la valeur intrinsèque d'une copie, ou d'un élève, sa valeur dans le groupe, dans la région, par rapport à sa classe, son milieu, que sais-je… Il n'y a à peu près qu'en Prépas que l'on dit la vérité des prix. Et c'est une vérité qui n'est pas de mise à tous les niveaux.
Voilà. Je suis dans l'indécision, tout en reconnaissant que le Bac n'est pas sauvable — ni dans sa forme actuelle, ni en soi — à court terme.
À vous de proposer des solutions.
JP Brighelli.
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Commentaires
Bonjour à tous,
Moi ce qui m'inquiéte, c'est que ce qu'est devenu le Bac actuel n'est que le résultat de ce qu'il y a en amont. Si l'on veut faire une analogie entre le parcours scolaire et la construction d'un bâtiment, on s'évertue à vouloir poser de jolies fenêtres à un bâtiment qui en lui-même ne tient pas faute de fondation solide. Et comme vous le dîtes les filières plus intelligentes le savent déjà et préfèrent tenir compte de l'avis des profs plutôt que de ce "machin".
Alors comment le sauver. Si on garde l'analogie que j'ai fait plus haute, il faut tout reprendre depuis les fondations et c'est le seul moyen de sauver le bâtiment. Mais pour cela, il faudra un courage (pour enfin regarder les choses en face même si il va falloir accepter le fait que cela fait plus de 30ans que l'on fait n'importe quoi), et aussi une volonté de réforme que je ne suis pas sûr que l'Education Nationale ait.
Alors que faire?
Le modèle américain? Avec tout les problèmes que cela va créer. C'est dommage dans le sens que l'on travaillera plus dans l'Education Locale que Nationale.
Et si tout simplement mais courageusement, on accepte nos erreurs et que l'on re-note correctement (justement) tout en acceptant que (attention à la violence de mes propos!) l'on puisse faire baisser le taux de réussite au Bac (c'est bon vous pouvez ré ouvrir les yeux) mais que l'on mette aussi l'élève face à son vrai niveau afin qu'il puisse se rendre compte et travailler. Aujourd'hui, il n'a plus aucun besoin de travailler puisque si les notes sont trop basses et bien on fait une petites interro pour remonter, on note sur 25. Peut-être est-ce utopique, mais si je suis devenue prof, c'est que je crois en mon métier et aux élèves et que les caresser dans le sens du poil n'est pas leur rendre service.
Voilà,
Merci de m'avoir lu,
salut!
Ecrit par : Eric | 03 mars 2006
J'ai une autre idée, c'est une réforme profonde de notre système actuelle:
Tout d'abord je pense que le prof devrait avoir une place similaire à celui de l'élève et qu'il n'y ait plus ce barrage qui empêche le dialogue et donc l'apprentissage. Par conséquent je pense que la décontraction doit être de rigueur et le professeur devra privilégier des habits amples pour les enseignants mâles et bien cintrés pour l'enseignant femelle. De plus la systématisation de l'utilisation du lecteur MP3 autour du cou doit ce faire. De plus le retard se doit d'être quasi systématique, ainsi, l'élève qui arrivera en retard aussi ne se sentira plus mis à l'écart.
Ensuite je m'attaquerais à ce que vous demandiez: les notes.
Je propose, désormais nous ne noterons plus qu'entre 15 et 18. Je m'explique: en dessous c'est trop faible ça traumatise l'élève et gêne sa projection en tant que jeune adulte, et au-dessus, ça traumatise celui qui a moins car il se sent inférieur et ça c'est pas bien!
Ainsi, d'une moyenne d'environ 10 nous passerons à une moyenne de 16-17 ce qui implique une hausse notoire et rassurante du niveau, les parents d'élèves sont moins stressés quand à l'avenir, d'ailleurs on aura ainsi résolu le problème des cerveaux en France on en aura plein!
Pis arriver à ce stade on garde le Bac, comme ça on aura plein de mention. Pis il ne faudrait pas oublié que sans le Bac, le PAF perd un grand moment annuel: le suivi d'une famille qui emmène son chérubin à l'abatoir, puis les résultats donc je pense qu'il faut le garder, ne serait-ce qu'au nom de l'exception culturelle française!
Sur ce je vous laisse méditer ces bonnes paroles et vous souhaite un très très bon week end!
Ecrit par : Eric | 03 mars 2006
1) je préfère le concours au contrôle continu, et ce pour une raison simple : un concours, on peut toujours le repasser. Si, pour une raison quelconque, vous ratez une année de scolarité, ça reste comme une tache sur le dossier. Le concours, on repart à zéro à chaque fois. En plus, c'est une bonne préparation pour les entretiens d'embauche et les autres occasions de la vie professionnelle où il faut savoir parler en situation de stress. A condition que le concours ne soit pas une partie de rigolade comme le bac aujourd'hui, naturellement.
2) ce qui ne va pas, dans l'état actuel des choses, c'est le système "juge-et-partie". L'éducation nationale fait tout : décide des programmes, des méthodes, de la pédagogie, du sujet, évalue les élèves et fait les stats. Cela ne peut pas marcher. Rien de plus humain, d'ailleurs : qui sait être objectif par rapport à son propre travail ? (A plus forte raison quand il y a des budgets et des postes à la clef ?). C'est pourquoi je serais plutôt favorable aux concours d'entrée à la fac.
3) J'aurais une question à poser, parce que là, franchement, je n'en sais rien : quel est le poids des commissions de réévaluation dans les résultats finaux du bac ? Le système "école des fans" vient-il des examinateurs, ou des bureaucrates qui passent le grand coup d'éponge par derrière ?
4) Finalement, le débat se résume à une simple constatation : casser le thermomètre n'a jamais fait baisser la température. Le jour où les français auront compris ça, l'école sera sauvée.
Ecrit par : Pierre-Henri | 03 mars 2006
.... cela dit .... cela dit .... plus j'y réfléchis, et plus je me dis que le concours d'entrée ne ferait que reculer le problème. Que la sélection se fasse au lycée ou à la fac, la question centrale reste la même : le peuple veut du 100%. Même si c'est faux, même si ça ne veut plus rien dire, même si ces taux de réussite ne sont que des décors de carton-pâte installés pour cacher la misère... Il faut de beaux chiffres pour faire pleurer Margot dans les chaumières, rassurer le bon peuple de France qui souffre tant, et permettre à l'Education Nationale de publier ses jolies brochures en quadrichrome.
Ca me rappelle cette phrase que tout amateur de science-fiction connaît par coeur : "I want to believe". Les français VEULENT être trompés, ils préfèrent s'accrocher à ce splendide mensonge plutôt que d'admettre la réalité : les diplômes qu'on distribue à leurs gosses ne valent même plus le papier sur lequel ils sont imprimés. La vérité fait peur à tout le monde.
Ecrit par : Pierre-Henri | 03 mars 2006
Pour répondre à Pierre-Henri, je ne crois pas que les français se voilent autant la face...Les conversations de bistrot le montre bien...ils savent très bien que le bac n'est plus qu'un bout de papier et ils ne ferment pas les yeux de peur mais plus par résignation...
La question est de savoir que faire du Bac.
Je ne crois pas qu'en arriver à une sélection uniquement sur dossier soit une solution, on ne ferait qu'élargir les fossés et surtout en entérinerait les modes de selections "troisième république" qui sont déjà en train de s'instaurer,dans beaucoup de secteur, et nous imposent une société de "Filles de..." et "de Fils de..." Le clivage qui en découlerait n'est pas acceptable.
Sur le Titanic beaucoup ont sauté dans les eaux glacées plutot que se laisser couler, sans rien tenter, avec le navire, certains ont été repêchés...avec cette question de savoir que faire du bac, nous devons faire face à un naufrage inévitable et accepter de redonner au bac sa véritable valeur , celle d'un diplome sélectif d'évaluation.
Le concours d'entrée en fac est-il une solution? on sait déjà comment se passe certains concours d'entrée dans certaines grandes écoles...quand on consulte la liste des admis on s'interroge...
Il faut se jeter à l'eau, que le Bac soit noté tel qu'il l'était à ses débuts et n'ayons pas peur de voir le taux de réussite dégringoler...La prise de conscience se fait presque toujours par des chocs brutaux...Il ne me semble pas que reconnaitre ses erreurs ce soit forcément de passer un coup de gomme radical même si je suis une adepte de raser les IUFM je crois que le Bac a encore ,si ce n'est plus,des raisons d'être.
Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 04 mars 2006
Au risque de paraître passéiste et conservatrice, je pencherai même sur une ré-instauration du certificat d'études...Une société qui se targue d'"égalitarisme" en donnant toutes leurs chances à tous, doit le permettre en les mettant devant un escalier sur lequel tous puissent avoir une chance d'atteindre au moins un palier, si on supprime tous les paliers et qu'à côté on laisse l'accès à un ascenseur automatique uniquement avec des passe-droits. Qui trouvons nous tout en haut, je vous le demande? et les autres qui s'entassent sur les marches que deviennent-ils?
propos simplistes je vous l'accorde...je termine par une question:
Où puis je acheter un nom sésame pour mes enfants?
Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 04 mars 2006
Bonjour Patricia (cette conversation a un air de déjà-vu, non ?)
1) les sociologues américains appellent ce phénomène "not in my backyard". Traduisez : partout sauf chez moi. Tout le monde est pour réduire la consommation... celle des autres évidemment. Tout le monde est pour l'écologie... à condition que ce soit le voisin qui fasse l'effort. Pour l'éducation nationale, c'est pareil. Tout le monde s'accorde pour dire que le bac et la licence ne valent plus rien, tous voudraient que la notation soit plus sévère... mais la notation des AUTRES élèves, pas celle de son chouchou-petit-chéri-à-soi qui, de toutes façons, est persécuté par ses professeurs (qui sont de méchants aigris fonctionnaires, comme chacun sait). Dit plus simplement : entre ce qu'on dit et ce qu'on fait, il y a une marge énorme.
2) les passe-droits sont vendus aux adresses suivantes :
http://lyc-henri4.scola.ac-paris.fr/
http://www.stanislas.fr/
http://lyc-llg.scola.ac-paris.fr/
http://www.bginette.com/bj/actu.php3
Tout se joue là. Il faut être sur les bons rails dès le commencement. La sélection se fait au début, et pas à la fin. En France, il est interdit de se révéler sur le tard. Il vaut mieux être excellent gamin, puis devenir un médiocre patron, politicien ou chercheur plutôt que l'inverse. Un lycéen moyen qui deviendrait un très bon diplômé n'a que ses yeux pour pleurer.
C'est comme si on déclarait les vainqueurs du marathon dès le premier kilomètre, les 41 autres ne comptant que pour du beurre.
Ecrit par : Pierre-Henri | 05 mars 2006
bonjour à tous
je suis un méchant prof de math qui a eu la chance d'avoir eu quelques profs de la vieille école et qui ont fait de moi ce que je suis (aujourd'hui, un clandestin )
Je hais ces prophètes de l'Ignorance.
En lisant le livre de M.BRIGHELLI, je me suis senti moins seul (voir mon témoignage reconnaissa(nt,ble) sur le forum de la fabrique du crétin).
Vous êtes notre porte parole M.BRIGHELLI, pour dénoncer ce système de merde qu'ils nous imposent (ou faut -il signer?)
Ecrit par : rene | 03 avril 2006
si "on" vous l'impose pourquoi l'acceptez vous....!!!! ??? on n'est pas en dictature.... vous avez des moyens pour dire que vous n'êtes pas d'accord...
je trouve que ce genre de discours venant de professeurs est un peu trop facile..et consternant.. vous pouvez faire grève par exemple(vous l'avez bien fait pour vos retraites!!!)
Les élèves quand ils sont dans les classes; ce n'est pas à l'éducation nationale, ni aux "pédagogistes", ni à je ne sais plus qui (ou quoi) encore qu'ils ont à faire mais à vous leurs professeurs et c'est eux finalement bien plus que vous qui sont victimes de ce que vous dénoncez....tout en y participant!!!??? cherchez l'erreur
Cécile
Ecrit par : cécile | 03 avril 2006
Monsieur Brighelli !
J'ai lu votre livre "La Fabrique du Crétin" avec beaucoup d'attention. Par ailleurs, comme je suis une passionnée du livre j'avais également lu les essais de Marie Duru Bellat (L'inflation scolaire ou les désillusions de la méritocratie) et Guy Morel (L'horreur pédagogique).
Vous vous rejoignez en tout point. Voyez vous il y a peu de temps, je me suis remise avec grand plaisir à la dictée, histoire de vérifier mon niveau d'orthographe (je potasse même les fameux manuels Bled ou Bescherelle afin de revoir certaines règles oubliées) : j'avais, il y a peu, acheté l'intégrale des Dicos d'or de Bernard Pivot. Puis je me suis replongée dans des annales datant du début des années 80, notamment destinées à vous préparer au CAP, et dans lesquelles je découvre ou redécouvre avec émerveillement des textes rédigés par les plus grands auteurs comme Albert Einstein "Comment je vois le monde", Prévert ou Maupassant.
De cette oeuvre est repris un extrait s'intitulant "Education pour une pensée libre". Voici la thèse d'Einstein, thèse d'ailleurs que vous devriez bien connaître : "Les excès du système de compétition et de spécialisation prématurée sous le fallacieux prétexte d'efficacité, assassinent l'esprit, interdisent toute vie culturelle et suppriment ainsi même les progrès dans les sciences d'avenir. Il importe enfin, pour la réalisation d'une parfaite éducation, de développer l'esprit critique dans l'intelligence du jeune homme.[.....] Il ne suffit pas d'apprendre à l'homme une spécialité. Car il devient ainsi une machine utilisable mais non une personnalité."
Voyez-vous, l'idée centrale de votre "Coup de Gueule" rejoint totalement celle d'Albert Einstein. Lui même avait déjà prédit la décadence de l'Education Nationale.
Au nom d'un voeu pieu, au nom du postulat "Egalité des Chances", nous avons bel et bien réduit à néant l'ensemble de notre système éducatif. Je le constate moi même d'ailleurs, puisque je me rends honteusement compte, que je me trouve incapable de situer géographiquement telle ou telle ville d'Allemagne sur une carte, mes repères historiques sont, pour certains d'entre eux, vagues !!!!
Fort heureusement je reste éperdument passionnée de lecture (essais philosophiques, économiques, politiques etc) et j'entends très rapidement rattraper le temps perdu !!! Y parviendrai-je ?? Affaires à suivre....
Sandra
Ecrit par : Sandra WAGNER | 04 avril 2006
Mazette ! Etre comparé à Einstein !
Gardons la tête près du bonnet (d'âne) : il est vrai que l'une des pires aberrations du système a été la spécialisation précoce (et plus les élèves sont défavorisés, plus cette spécialisation est précoce). Non seulement ils n'ont pas ou peu de culture, mais la technique qu'on leur apprend est largement obsolète au moment même où ils quittent l'école. Il y avait autrefois les OS (ouvriers spécialisés, c'est-à-dire mis à la chaîne). Nous avons à présent les ES — Elèves spécialisés, tout aussi enchaînés.
JPB
Ecrit par : brighelli | 05 avril 2006
Loin de moi cette idée de vous comparer à Einstein je vous rassure !!!
Je me suis juste donnée la peine de citer l'extrait de son oeuvre simplement pour montrer que vous vous rejoignez sur ce point !
Je vous rassure : encore une fois je sais faire la différence entre un grand auteur comme Molière et "les mémoires de Loana" (fou rires) !
Par contre si vous avez des références littéraires à me donner allez-y je suis preneuse !!!!
Vous parlez du bac ES ? J'en sors justement ! En fait j'ai repris deux fois mes études la première, à partir de la seconde jusqu'au bac,après avoir obtenu CAP et BEP secrétariat en 1994 et après avoir travaillé en qualité de standardiste puis réalisé un service national en 1995. Je vous avoue une chose : j'étais en 1991-1992 en seconde générale mais j'ai été relégué car je n'étais pas "un foudre de guerre", j'étais plutôt un cancre car je ne pensais qu'à m'amuser et à faire les 400 coups !!! Bon pour résumer, j'ai obtenu le bac en 1998 ! Mais j'avais choisi néanmoins d'aller en ES spécialité sciences éco car j'adorais l'éco, la philo, l'histoire et cet intérêt prononcé pour ces matières ne se dément pas encore aujourd'hui.
Ensuite à la suite de l'obtention du baccalauréat, commencent effectivement les galères à tous points de vue : je navigue depuis 8 ans en intérim. Toutefois j'avais dès septembre 98 pour objectif de préparer un BTS en alternance et cette période a été la pire de toute. Je me suis retrouvée dans une entreprise à faire des photocopies et à servir le café pendant 1 an !!!! J'avais secoué le cocotier dans tous les sens au sein de l'établissement scolaire : pas de réaction c'était une école de commerce privée.......Finalement mise sous pression par cette école et l'entreprise, sous peine d'être licenciée (soit disant aux yeux de l'entreprise j'étais trop lente à leur goût), j'ai démissionnée et me suis retrouvée dans le pétrin : pas d'assédic, pas de possibilité de retrouver un patron (j'ai presque 26 ans)....Commence après d'autres épisodes, les uns plus fantasques que les autres jusqu'au renvoi d'un chef d'entreprise devant les Prud'hommes et devant le pénal pour diffamation....Et ce n'est pas tout mais finalement si vous dévoilais tout je crois que je pourrais rédiger carrément un bouquin !!!!
Finalement en 2003 je repris une nouvelle fois des études pour me préparer à l'examen du BTS Assistant de direction, mais cette fois par le CNED. Même si je ne connais pas votre opinion sur cet organisme, je voudrais néanmoins communiquer le mien : j'ai particulièrement apprécié de travailler à distance, déjà de part la très grande autonomie exigée. En effet il faut, à mes yeux, avoir suffisamment de personnalité pour savoir ce que l'on veut et surtout être capable de travailler seul et en définitive être capable de fournir un travail de qualité et conséquent sans l'ombre d'un stimulus extérieur, d'autant je menais de front activité pro et études !!!
Aujourd'hui je me prépare une nouvelle fois à reprendre des études, toujours à distance, mais à l'université en Licence de Langues Etrangères Appliquées. Pourquoi parce qu'ne qualité d'assistante de direction le bilinguisme ne suffit plus il faut désormais être trilingue ! Or je me prétends bilingue mais même si je parle couramment l'allemand je suis malgré tout incapable de connaître un parti politique allemand excepté le SPD ou la CDU, et, à part Angela Merkel ou les précédents chanceliers, les autres sont inconnus au bataillon ! En anglais, j'ai besoin de consolider mes bases mais même si des pros me conseillent simplement de reprendre des cours dans un GRETA, je m'y refuse, car il est à mon sens absolument indispensable d'approfondir ma culture générale, en découvrant le fonctionnement de chacun de ces pays (Allemagne et Angleterre) ,et, surtout, en étudiant la littérature allemande et anglaise.....
Bien sur ces longues paroles je vous laisse et j'espère vous lire très prochainement !!
A bientôt
Sandra
Ecrit par : Sandra WAGNER | 05 avril 2006
Désolée pour les fautes d'orthographe ! Je me permets donc de rectifier le tir et de corriger après coup :
"Toutefois j'avais dès septembre 98 pour objectif de préparer un BTS en alternance et cette période a été la pire de touteS."
"CommenceNT après d'autres épisodes, les uns plus fantasques que les autres jusqu'au renvoi d'un chef d'entreprise devant les Prud'hommes et devant le pénal pour diffamation...."
"En effet il faut, à mes yeux, avoir suffisamment de personnalité pour savoir ce que l'on veut et surtout être capable de travailler seul et en définitive être capable de fournir un travail de qualité et conséquent sans l'ombre d'un stimulus extérieur, PUISQUE je menais de front activité pro et études !!!"
"Et ce n'est pas tout mais finalement si JE vous dévoilais tout je crois que je pourrais rédiger carrément un bouquin !!!!"
"Pourquoi parce qu'EN qualité d'assistante de direction le bilinguisme ne suffit plus il faut désormais être trilingue !"
Désolée encore pour les fautes de frappe, les rectifications sont spécifiées ci-dessus en majuscules. Je ne me suis pas relue !!!!
Sandra
Ecrit par : Sandra WAGNER | 05 avril 2006
Et par ailleurs j'ai bien compris le jeu de mots entre les OS et les ES (élèves spécialisés). Par contre je tenais à parler du bac Es car vous en parliez également dans votre livre. Il est vrai que beaucoup de lycéens s'orientent dans cette section, non pas parce qu'ils s'intéressent de près ou loin aux questions économiques et sociales de la société contemporaine ou encore à l'histoire et la philo mais parce qu'en définitive ils possèdent un niveau trop moyen ou faible pour se diriger vers une section scientifique ou littéraire.
En outre, je souhaitais également vous expliquer mon parcours car effectivement je suis un produit pur et dur de cette réforme de l'Education, la massification de l'enseignement. Je m'en aperçois constamment surtout lorsque je compare mon niveau de culture générale avec celui de mon père âgé de 61 ans.
Lui, par contre, n'a jamais été en fac, ne possède même pas le brevet ou le bac, et pourtant ses connaissances en histoire sont largement plus importantes que les miennes !!!! De plus, il a travaillé dans un premier temps en qualité de manutentionnaire pour ensuite gravir progressivement les échelons et devenir responsable syndical au sein d'IG METALL en Sarre. (Je suis de Moselle, originaire de Sarreguemines)
Il a donc été frontalier pendant plus de 40 ans et je peux vous assurer qu'il maîtrise parfaitement l'allemand, connaît la culture allemande et le fonctionnement de ce pays !!! Tandis que moi, alors que j'ai étudié l'allemand tout au long de ma scolarité depuis le collège jusqu'en bts, je suis encore à des années lumières du niveau de mon père....
Ecrit par : Sandra WAGNER | 05 avril 2006
Néanmoins Monsieur Brighelli, dommage que vous soyez enseignant à Montpellier, car si vous aviez eu l'occasion d'enseigner en Moselle, j'aurais été absolument ravie de prendre des cours de français avec vous, quitte à redémarrer de zéro pour notamment travailler ensemble sur les oeuvres de Voltaire, Hugo ou autres......
Mais encore une fois, si vous pouviez me donner quelques unes de vos références littéraires afin que je puisse m'y plonger pour ensuite en rediscuter avec vous !
Bonne jounée à vous et bonne fin de week end si je ne surfe plus sur le net d'ici là !
Ecrit par : Sandra WAGNER | 06 avril 2006
C'est à peine un conseil : à moins que vous ne soyez forcée de rester ici, pourquoi ne pas aller apprendre l'allemand en Allemagne, puis l'anglais en Angleterre — en y trouvant un boulot qui vaudra bien tous vos interims bien français ? Et au retour, vous aurez de vraies références — une expérience vaut bien mieux qu'un diplôme auprès des patrons…
Quant aux meilleures manières d'apprendre une langue étrangère sur place, elles sont assez connues pour que je me dispense de les citer…
JPB
PS. Je ferai un de ces jours une biblio générale pour tous ceux qui veulent approfondir leurs connaissances littéraires. Mais là, je suis un peu pris par le temps…
Ecrit par : brighelli | 06 avril 2006
C'est ce que j'ai l'intention de faire car figurez-vous que des chasseurs de tête allemands, eux par contre, sont intéressés par ma candidature....En France, on n'en veut pas et j'ai déjà tout entendu et lorsque je dis "tout", finalement je pense malheureusement et malgré tout être encore loin, même très loin du compte....
D'ailleurs, en septembre 2005 j'avais enfin cru décroché le fameux sésame, le CDI, puisque j'avais postulé sur la France entière et j'avais également à ce titre déménagé en Normandie. Une région par ailleurs que je ne connaissais absolument pas. Au bout du 3ème mois d'essai on m'annonce que mon poste est supprimé à la suite de restructurations......
Voyez-vous, depuis décembre 2005, je suis à nouveau à la recherche d'un poste et j'ai l'impression très nette de ne pas progresser d'un seul pas !!! Tantôt je suis trop qualifiée, tantôt pas suffisamment, tantôt j'ai eu le malheur de ne faire que de l'intérim, tantôt je possède trop d'expérience. Lorsque je négocie mon salaire, je suis soit disant trop carriériste, sinon l'on m'a également rétorqué que je ne suis pas assez "docile", ou lorsque je souhaite reprendre un cursus juridique parce que le droit est ma passion, je suis trop ambitieuse !!! (Effectivement mon choix balance en ce moment entre le droit (le coeur) et la licence LEA (la raison))Tantôt encore je possède trop de personnalité et de répondant !!!
Et je vais avoir 31 ans en septembre....
Franchement sans vouloir choquer, lorsque je sortais d'entretiens d'embauche, j'étais parfois heureuse de ne pas posséder un poison à portée de main car je crois que j'aurais été capable du pire tellement certains fumiers me dégoûtent !!! A leurs yeux nous ne sommes rien, si : des fainéants.... Plusieurs fois et je ne les compte même plus je suis passée par des périodes d'euphorie puis par des périodes d'abattement et, je l'avoue, des idées très noires m'ont traversé l'esprit......Quand on se sent inutile, un boulet on a parfois envie d'en finir..... Heureusement que ça ne dure jamais longtemps et que je ne passe pas mon temps à m'écouter, heureusement que mon éternel optimisme prend rapidement le dessus......
Personnellement lorsque je constate le désastre avéré de la situation économique, sociale et politique en France, effectivement j'envisage très sérieusement de partir.....Je postule déjà au Luxembourg, en Allemagne, en Suisse...J'ai également pour objectif lorsque j'aurai décroché un poste (du moins je l'espère) de mettre à profit mes périodes de congés pour partir en Angleterre ou en Espagne, histoire de découvrir à la fois le pays et de m'astreindre à parler régulièrement la langue...
Justement en terme de livres, je lis énormément d'essais économiques, politiques et je voudrais vraiment vous conseiller ce livre-là : Chine : l'envers de la puissance. C'est un essai rédigé par Cai Chongguo, un professeur de philosophie et dissident politique. Cet enseignant a fui la Chine après Tien Anmen et est depuis réfugié en France...
On parle de la Chine comme d'un nouvel Eldorado : c'est une supercherie, une escroquerie organisée servant simplement à exploiter un peu plus les millions de travailleurs chinois !!!! Ce livre justement le dénonce ouvertement...Je vous laisse découvrir....
Nous n'avons pas fini d'être pris ouvertement pour de véritables gogos de première souche et pardon pour le vilain mot !!! Je comprends surtout pourquoi je ne suis pas recrutée en France....
Ecrit par : Sandra WAGNER | 06 avril 2006
Livre pour livre, jetez donc un coup d'œil (il a deux ans, mais il est toujours disponible) sur un bouquin intitulé "L'ascenseur social est en panne, j'ai pris l'escalier", d'Aziz Senni, Jean-Marc Pitte et Claude Bébéar (Editions de l'Archipel). L'histoire d'un jeune Beur fort qualifié qui a ramé en France et a fait un splendide carrière en Suède et en Angleterre. J'ai fait une émission avec Senni. Il s'exprime fort bien, il a un look d'enfer, et il est bourré d'humour — particulièrement pour expliquer qu'en France, on lui proposait des stages de balayeur pendant que les Suédois lui donnaient à négocier des contrats mirifiques. Il y a des moments où ce pays me désespère.
Et ne soyez jamais patiente. La patience est une vertu chrétienne qui n'amène jamais que le désespoir de ne pas s'être bougé(e) avant.
JPB
Ecrit par : brighelli | 06 avril 2006
Livre commandé et merci encore !!!
J'en ai d'autres :
La France en faillite : La vérité sur l'explosion de la dette publique
Chine : l'envers de la puissance
La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? : Les dégâts du libéral-communisme en Chine et dans le monde
Le chômage : fatalité ou nécessité ? Pierre Cahuc; André Zylberberg
La France injuste Timothy Smith
Pourquoi faut-il brûler le modèle social français ?
Les dictateurs à penser Denis Jeambar (je vais commencer concrètement là)
La désinformation par l'Education Nationale - Christine Champion
Le livre noir de la condition des femmes - Françoise Gaspard
N'avalons pas n'importe quoi ! : Comment l'industrie s'engraisse en nous vendant de l'allégé, de l'enrichi, du sans-sucre, etc. de Fabiola Flex
Ecrit par : Sandra WAGNER | 06 avril 2006
Certains pensent que le BAC est de niveau inférieur à ce qu'était le certificat de scolarité des années 60 ... ( Patricia Mesnigé-Marc par exemple ) Quelle belle erreur ! Le niveau exigé au BAC n'est pas adapté au CONTEXTE ! Vous avez oublié ce terme. Voulez-vous comparer les exigences du BAC actuel avec le C.E. ? Ah ah ! Je me gausse ... Ouvrez les yeux, arrêtez de tomber dans un pessimisme pompant. Le niveau de culture pour la réussite du BAC est bien plus élevé que celui de notre ancêtre : le Certificat. D'autre part, les aménagements effectués en études supérieures montrent cette progression. Les savoirs accumulés sont plus importants, plus essentiels, et mieux manipulés -> Faisait-on des stages en entreprises dans les 60's ? Formait-on les gens à la vie active en milieu scolaire ? Si vous l'affirmez, alors vous n'avez pas vécu cette époque.
Il en dépend de l'évaluation que l'on en fait. En matière, l'examen recouvre un très vaste champs de compétence intellectuelle. Avez-vous pris connaissance des programmes qui sont proposés aux élèves ? En Terminale ES & L le programme d'Histoire m'apparaît fort étendu. Maîtriser un tel programme me semble un exercice exigeant de nombreuses compétences, se rapportant tant à la capicité d'assimilation, que d'appréciation, de synthèse, et d'organisation méthodique de la pensée.
Aujourd'hui on fait l'éloge de l'enseignement scientifique. Là est tout le problème. On ne peut évaluer la qualité de l'enseignement que sur les sciences exactes. Les sciences humaines sont lamentablement délaissées. Si l'on ne prenait en compte que ce type d'évaluation, une bonne partie des candidats serait étendue.
A JPB :Les conclusions de vos analyses sont trop hatives. Vous omettez beaucoup d'éléments. On déplore le fait que vos années d'enseignement dans le supérieur vous aient partiellement, ou totalement masqué la réalité de l'enseignement primaire et secondaire. Vous voyez l'effet d'un système scolaire qui doit être réformé, mais vous ne percevez pas la moindre cause de ce mal-être. Vous faites penser à Mr Jacques Marseille (professeur renommé d'économie) qui, du haut de son poste d'enseignant en supérieur, ne distingue plus du tout la réalité. Ceci dit, on ne peut vous en vouloir : tout les enseignants qui sont dans votre situation professionnelle font les mêmes erreurs. C'est bien déplorable. Je suis soucieux de l'avenir. J'ai envie que l'école change, une éducation bâtie sur l'enseignement de l'art, la religion, et la science. Une éducation UTILE et qui obéit à une certaine logique. Aujourd'hui, en Première ES, on enseigne les Sciences et Vie de la Terre. On prend 8 semaines pour étudier des Codons dans le fonctionnement génétique. Ne devrions-nous pas proposer à ces jeunes bambins un exposé sur les risques de maladies virales, qui touchent des millions de personne dans le monde ? etc.. ? Quel ordre de priorité ? Cette aberration n'est qu'un exemple d'un système qui part à la dérive.
Ecrit par : Sergof | 23 avril 2006
Je ne sais pas si j'arrive après la guerre....mais bon. Concernant le bac, je me suis rendue compte que la suppression du résumé(-discussion) est une erreur grave. Je m'explique:
- Il fait travailler le vocabulaire et la grammaire car il faut reformuler
- Il permet une compréhension approfondie du texte. On ne peut résumer ce que l'on ne comprend pas
- Il permet de respecter la pensée de l'auteur. Excellent pour éviter les contre-sens.
- Il fait travailler à la fois l'analyse et la synthèse.
- les textes étaient des articles et apportaient des points de vue sur des notions qui n'auraient pas effleuré l'esprit des élèves ( la mode, la consomation, les vacances...)
- Exercice rigoureux, les élèves se sentent rassurés, les scientifiques qui n'aiment pas le français (littéraire) pouvaient toujours s'en sortir.
- cet exercice est un excellent marche-pied vers le commentaire de texte.
In fine, comprendre ce qui est dit, le redire est une aptitude que les bons lecteurs ont déjà. Le résumé développe et affine ces automatismes.
Je voulais poster cette note sur le "dit du tailleur de pierre" pour rebondir sur la question du vocabulaire, cependant, je craignais que cela ne fasse "hors sujet".
Désolée de me concentrer sur ma matière, le français. Je suis affligée de constater que l'étude d'une langue nationale, qui sert dans tous les domaines d'apprentissage, soit vidée de sa substance élémentaire ( lire réellement, comprendre, écrire). D'autant plus, ayant reçu un enseignement sans appareil narratologique ou linguistique, le résumé, qui fut la suite logique du parcours au collège, m'a permis de connaître/ comprendre le français qui n'est pas ma langue première.
Au fait, le résumé-discussion a été supprimé du bac car les correcteurs en avaient assez de compter le nombre de mots (feignasses!!!)....Dixit mon inspectrice, qui cette année est pourvue de bon sens.
Ecrit par : Ordrade | 04 mai 2006
Cette idée de recompter les mots des résumés… Cela arrivait une fois par paquet de copies — au plus. En général, on se fie à ce qu'écrit le candidat, et avec la pratique on a une estimation instantanée de la quantité de mots utilisée (tant de mots par lignes, tant de lignes sur tant de pages).
Ce que vous dites est si vrai que le résumé-dissertation est encore au programme de plusieurs formations très supérieures (grandes écoles, du type Petites Mines ou Ecoles de chimie, entre autres).
Je crois que la suppression est à mettre dans le même sac que toutes ces mesures dont l'unique but est de réduire la part des exercices avec contraintes. Bref, le résumé, c'est pas fun… Et il faut que l'élève ait du plaisir, on ne cesse de vous le répéter. Et de la contrainte ne naît pas le plaisir (ah bon ? disent les plus sensés — mais qui les écoute ?).
Tant que les gredins grenelliens n'auront pas réalisé que l'effort est en soi un plaisir, que les gosses eux-mêmes réclament des choses difficiles, parce qu'ils ont plaisir à les surmonter, nous plongerons dans la décadence. Je crois fermement qu'une civilisation s'en va par l'éducation.
JPB
Ecrit par : brighelli | 04 mai 2006
c'est une lapalissade! on en trouve preuve dans l'antiquité....
l'éducation est un des piliers fondamentaux d'une civilisation et les plus grandes ont sans nul doute pâti entre autre de n'avoir pas eu l'ambition de généraliser l'accès de la culture et du savoir à tous...On peut sérieusement s'interroger...
Ecrit par : Patricia Mesnigé | 04 mai 2006
Le résumé discussion est encore au programme de BTS mais il sera remplacé sous peu par la synthèse de documents.
Dommage, car les sujets de discussion exigeaient de l'étudiant à la fois une culture générale approfondie et une lecture assidue des grands écrivains...
Lorsque j'avais préparé mon BTS en suivant les cours par le CNED de Lyon, j'étais amenée à réaliser plusieurs sujets de type résumé-discussion. A chaque reprise, j'étais réellement captivée par les extraits publiés au point d'acheter les oeuvres complètes....
Mais je dois tout de même avouer que peu d'étudiants passent à ce genre "d'actions" si je puis dire... Il faudrait surtout réintégrer le goût de l'effort..
Ecrit par : sandra WAGNER | 04 mai 2006
Souvenirs, souvenirs.
Lors de l'obtention du concours d'attaché d'administration scolaire, j'ai eu à effectuer le résumé d'un texte de Meirieu.
Il m'aura tout de même été utile une fois.
Ecrit par : David | 04 mai 2006
Oh, ça ne doit pas être trop dur à résumer, Meirieu…
JPB
Ecrit par : brighelli | 04 mai 2006
Si je me souviens bien, c'était surtout très chiant à résumer.
Je crois avoir eu 13 à cet exercice si ma mémoire ne fait pas défaut.
Ecrit par : David | 04 mai 2006
[au sujet de la professionnalisation]
"Et, pourtant, j'ai moi-même employé ce terme et participé à ce mouvement. Délibérément et sans réserves. Non point parce que je cherchais à abolir le tressaillement constitutif de l'évènement pédagogique, mais, précisément, parce que je ne me résignais pas à ce qu'il ne concerne que quelques élus. J'étais, alors, un jeune professeur passionné par mon métier et qui refusait d'en circonscrire la portée à la cooptation de ceux et celles avec qui je me trouvais spontanément en affinité. Je me méfiais du caractère sélectif de mes inclinations et, si je caressais secrètement -comme tout le monde- le rêve d'avoir quelques disciples autour de moi, je me faisais un devoir de ne laisser personne au bord du chemin".
[Philippe Meirieu, Lettre à un jeune professeur, ESF 2005, p.27]
Quel plaisir de résumer ce genre de prose ! De surcroît, vous l'aurez remarqué, fortement marquée d'une objectivité toute scientifique : à peine une petite dizaine de "moi-je" en quelques lignes. Merveilleux styliste, aussi, qui n'hésite pas à retravailler continuellement les clichés ("passionné par mon métier", "caress[er] secrètement le rêve", "[s]e fai[re] un devoir" , "au bord du chemin"). A quand Philippe Meirieu au programme de l'agrégation ?
Ecrit par : Pierre-Henri | 04 mai 2006
Restons dans le parler vrai…
Je reçois à l'instant un exercice de style d'un complice en exécration qui me suggère les mutations linguistiques suivantes :
« Parler Pédago Branché »
Conseils à des débutants qui voudraient passer pour des pédagos de pointe.
Le langage est un des points forts et essentiels du changement et du look. En effet le pédago se différencie des autres en ceci qu’il se montre, non par un look vestimentaire, mais par un “look verbal”.
Voici donc quelques lignes directrices du “Parlé Pédago” :
Abolir les mots travail, exercice, activité et les remplacer systématiquement par stratégie , tâche et pratique.
Ne dites plus: “Ahmed, mets-toi au travail!” mais dites : “Ahmed, entre dans la tâche”
Dites aussi: “Il n’applique pas la même stratégie que moi” pour “Il travaille différemment”, et “Il a d’autres pratiques” pour “nous avons des activités différentes".
Le mot "manuel" sera remplacé par "support": on dit: “Aïcha, ne déchire pas le support de lecture !”
De même on ne dit plus "faire des textes", mais "produire de l’écrit" ; ce qui, au passage, peut permettre de valoriser n’importe quel gribouillage, graffiti, ou obscénité.
Les manies de l’instit. peuvent être dissimulées sous l’expression "le rituel de la classe", ce qui passe bien mieux.
Employer, si possible dans chaque phrase, les mots suivants : attitude (de lecteur, scolaire, ludique, etc.... mais éviter Rock’n’roll attitude), didactiser, cognitif (sachez que les clartés cognitives ne sont pas les petites lumières qu’on voit quand on se cogne), prégnant, l’expression “quelque part” (sauf après: “j’ai perdu mes clés...” mais plutôt après “il n’est pas totalement récupérable...”)
Faites précéder de “Psycho” les mots “social”, “affectif”, “moteur”, et “logique”...
N’hésitez pas à utiliser à des fins pédagogiques des mots issus du langage artisanal, paysan et ouvrier : "l’outil" est très en vogue (outil de lecture, de compréhension, mention spéciale à l’outil de langage,...), "le champ" se porte aussi bien (disciplinaire, sémantique, d’investigation, ...) ; pensez surtout à "l’atelier" qui remplace aussi le très désuet "exercice" (on peut l’associer à des notions très vagues, du style "atelier d’accompagnement, de découverte, de sensibilisation", ...)
Rendez positifs tous les vieux termes “péjorativisés” par la modernité: par exemple le vieux "copie" sera très à la mode assorti d’un "active", ou d’un "sélectif".
Ne plus employer les mots "résultat", ni "méthode" : donc, ne dites plus : “Cette méthode donne de bons résultats”, mais dites: “Cette démarche a des effets positifs”
Il faut aussi modérer nos expressions:
Un maître dissident sera un maître dissipé ;
l’opposition sera remplacée par la réticence ;
changer, ou évoluer, remplacé par bouger — ce qui, en plus, garde l’équivoque quant au sens.
“Ils ne sont pas d’accord avec nous” deviendra “On ne peut faire l’unanimité” ou, mieux, “Chacun doit rester libre de ses choix pédagogiques; et ne peut s’épanouir dans un contexte imposé”
Quand un enfant “bouge”, alors là on dit: “il est plein de vie” ou mieux “il n’est pas encore dans le processus d’acquisition d’une attitude cognitive en phase avec nos stratégies”.
Inverser les sens des mots : “Une grave crise ” sera “une crise aiguë”.
Employer à satiété "entrer" (entrer dans le texte, dans la tâche, dans l’écrit, dans la salle,...) et "être en" (difficulté, autonomie, attitude factuelle (T.B.), réflexion, transes...)
Ne cherchez pas de vraies solutions aux problèmes ; rédigez un projet ! Nommez-le en incluant obligatoirement le mot « personnalisé » et présentez le comme une panacée par ses initiales (PPAP, Projet Personnalisé d’Aide et de Progrès. PPRE Projet personnel de rémédiation éducative, etc…)
Enfin, ne dites plus : “Il ne comprend rien” ou “Il fait n’importe quoi”, mais : “Il y a une dichotomie aiguë entre sa stratégie d’investigation des tâches et celle que je lui propose”. Ajoutez ensuite : “Il faut que je modifie mes demandes, afin qu’il entre dans une attitude plus proche”. "
Merci à Sam M***.
JPB
Ecrit par : brighelli | 04 mai 2006
Si je dis à quel point tout cela ressemble au jargon du marketing-management, je suppose qu'on m'accusera de mauvais esprit : mais puisqu'on vous dit qu'ils sont contre la marchandisation de l'école !
Ecrit par : Pierre-Henri | 04 mai 2006
Mais vous divaguez Pierre-Henri, ils entrent dans l'écrit grâce aux écrits d'invention en seconde (ils me disent "Madame, on vous rend la rédaction?"...La vérité sort de la bouche des enfants, j'vous dis). Grâce à leurs remarques judicieuses, ils construisent leur cours de français car ils ont des compétences acquises au collège. D'ailleurs, comme ils ont des compétences, je ne fais que potiche organisatrice voui, voui...que diable! je suis payée pour cela non?
Mais vous divaguez Pirre-Henri, il n'y a aucune merchandisation scolaire.
Ecrit par : Ordrade | 05 mai 2006
Comment traduire :
"L’attachement groupal compulsif.
Le besoin de contact corporel dans la distance intime est au cœur des théories de l’attachement (Bowlby JC., 1978), des interactions sociales précoces (Kreisler L. et Lébovici S., 1989) et des sports d’affrontement interpersonnel (Elias N., 1974 ; Parlebas P., 1982). Les techniques d’observation directe et vidéo, notamment pendant les périodes d’expression libre dans la salle de judo, ont permis d’objectiver un besoin d’attachement groupal compulsif dont la forme et le déroulement sont spécifiques des classes difficile de REP. On assiste durant ces périodes de jeu spontané a une véritable chorégraphie de groupe où chaque danseur est l’objet de contacts corporels successifs, distribués dans l’espace intime de chaque membre du groupe (Hall ET., 1970) Ainsi, dans un intervalle de temps limité, chaque élève est contacté plusieurs fois par l’ensemble des élèves de la classe selon une distribution précise et régulière. Ces contacts sont saturés en interactions motrices de percussion agressives simulées, de contacts préhenseurs enveloppants, de fantaisies ludomotrices, de postures inversées et contorsionnées, associées souvent à des phénomènes d’entassement et de grappes groupales. Cet attachement groupal compulsif diffuse souvent dans les parties structurées des séances, et notamment pendant les périodes d’attente ou d’apprentissage de l’activité judo."
Vous avez trouvé ? Vous gagnez un abonnement d'un an aux Cahiers pédagogiques.
Pour vous éviter l'échec et la stigmatisation voire le traumatisme, voici la traduction : les enfants font les andouilles avant le cours de judo.
Source:
http://corpsetculture.revues.org/document690.html#tocto13
Ecrit par : Azimont | 05 mai 2006
Exceptionnel !
Je propose de nommer Azimont au titre de grand jargonaute pour nous avoir trouvé un truc pareil. Bravo, et merci.
Ecrit par : Pierre-Henri | 05 mai 2006
bonjour à tous,
je souhaiterais savoir s'il est possible de faire réévaluer mes notes du baccalauréat scientifique, obtenu en 2006 à Paris, et comment faire,en effet il me manque deux points en anglais pour obtenir ma mention bien (je parle couramment l'angalis et je n'ai eu que 10, je pense donc qu'une erreur s'est produite).
Merci par avance,
cordialment,
bruno
Ecrit par : bruno | 03 juillet 2006
L'education nationale, m'a fortement pompé du lycée a aujourd'hui...
Je n'ai jamais eu confiance en moi pendant toutes ces années, de part les mauvaises notes obtenues ainsi que part la fatalité et la médiocrité de l'esprit de plusieurs "professeurs".
Avant, je n'aimais pas lire, je pensais que je n'étais pas capable de réussire. Je suis comme mm allez jusqu'au bout, en échouant à mon bac stt aca en 2005...
Je l'ai donc repassé par le cned, cette année a été une révélation...
Je travaille a Paris en bibliothèque et je suis enfin bachelière, ainsi j'aimerai reprendre mes études : bts...
En bref, vous avez tous de bonnes paroles, mais je pense que vous oubliez le principale: L'ELEVE, qu'est ce qu'il en pense ?
Pourqoi, cacher celui qui est déjà au fond de la classe?
LE PROFESSEUR est en sorte un troisième parent, qui ns fait espérer à un avenir. Le métier doit-être une passion, non une porte de secours...
Vivez en abordant les problèmes qui s'offrent a vous, car vous seul en êtes l'auteur, en grattant un peu plus vous verrez forcément la solution...
Ecrit par : HELENE | 08 août 2006
L'education nationale, m'a fortement pompé du lycée a aujourd'hui...
Je n'ai jamais eu confiance en moi pendant toutes ces années, de part les mauvaises notes obtenues ainsi que part la fatalité et la médiocrité de l'esprit de plusieurs "professeurs".
Avant, je n'aimais pas lire, je pensais que je n'étais pas capable de réussire. Je suis comme mm allez jusqu'au bout, en échouant à mon bac stt aca en 2005...
Je l'ai donc repassé par le cned, cette année a été une révélation...
Je travaille a Paris en bibliothèque et je suis enfin bachelière, ainsi j'aimerai reprendre mes études : bts...
En bref, vous avez tous de bonnes paroles, mais je pense que vous oubliez le principale: L'ELEVE, qu'est ce qu'il en pense ?
Pourqoi, cacher celui qui est déjà au fond de la classe?
LE PROFESSEUR est en sorte un troisième parent, qui ns fait espérer à un avenir. Le métier doit-être une passion, non une porte de secours...
Vivez en abordant les problèmes qui s'offrent a vous, car vous seul en êtes l'auteur, en grattant un peu plus vous verrez forcément la solution...
Ecrit par : HELENE | 08 août 2006
"Pourqoi, cacher celui qui est déjà au fond de la classe?"
Bonjour Helene,
C'est rigolo, ce que vous dites me fait penser à la fête de fin d'année à laquelle j'ai assisté.
Aujourd'hui ce n'est pas UN mauvais élève que l'on cache au fond de la classe, aujourd'hui on met LE bon élève devant, son rôle:
- Cacher tous les autres...
Et après on entend les profs dirent:
"oh comme il est bien machin"
"fantastique sa prestation"
Mais surtout on ne parle pas de la "forêt"...
Bravo pour ton acharnement, continue de gratter ;)
"Je suis comme mm allez " attention qd même ;)
Ecrit par : toto | 08 août 2006
Vous avez trouvé ? Vous gagnez un abonnement d'un an aux Cahiers pédagogiques.
Pour vous éviter l'échec et la stigmatisation voire le traumatisme, voici la traduction : les enfants font les andouilles avant le cours de judo.
Source:
http://corpsetculture.revues.org/document690.html#tocto13
Ecrit par : Azimont | 05 mai 2006
Cà m'amuse de voir ce genre de texte ici. Eh oui, à la fédération française de judo, les pédagogogistes sévissent aussi. Les nouvelles brochures destinées aux profs sont pleines de jargon éducnat inbitable, et on travaille aussi en séquences, etc.,etc. .
Ou alors à l'ancienne, en poussant un coup de gueule salutaire. Car, de nos jours, les enfants ne font pas les andouilles seulement avant le cours de judo, mais aussi pendant. Et c'est un des rares privilèges (pour combien de temps ?) du prof de judo de pouvoir encore tirer une oreille ou gueuler un bon coup sur un élève dissipé (voire même, sur les plus grands, leur foutre une bonne raclée sous couvert d'un exercice éducatif !).
Ecrit par : yann | 05 février 2007



