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02 février 2006

Pour une vraie pédagogie

Soyons clairs : "sciences de l'éducation" est un parfait exemple d'oxymore. Coller ce mot de "sciences" sur le mot "éducation" n'a aucun sens, sinon celui de la dérision.
La pédagogie est un art — un art d'approximations successives, qui tient davantage du "concours d'impro" cher aux théâtreux que d'une discipline instituée et enseignable. Et ce, pour une raison majeure : on n'a pas en face de soi, quand on fait cours, on n'a jamais un public homogène. Au delà de deux élèves, il faut sans cesse s'adapter à des réceptions fluctuantes et diverses. AU mieux, on aura dans une classe cette répartition tri-partite qu'évoquent tous les enseignants en conseils de classes — un tiers d'élèves sans gros problèmes, un tiers d'élèves en difficultés plus ou moins acdentuées, un tiers d'élèves qui rament — ou ont baissé les bras. Disons que d'un établissement à l'autre, en fonction des contextes et du recrutement, ces tiers peuvent être des moitiés — cela ne change rien à la gestion de la classe.
Pratiquement, toute classe est une classe de niveau. Et le plus beau, c'est que ces niveaux sont rarement les mêmes, d'une matière à l'autre. Un élève complètement largué partout est un défaut de l'institution, qui n'a pas repéré ses problèmes auparavant. En général, tel se défend en maths et s'écroule en langues, etc..
Le "collège unique" instauré par la loi en 1975, voté par la Droite avec un enthousiasme suspect qui n'a même pas fait réfléchir, à l'époque, les gens de gauche, confirmé par cette même Gauche quand elle s'est retrouvée au pouvoir, entériné et aggravé par la loi Jospin de 1989, est manifestement mortifère, parce qu'il procède d'une vision complètement idéalisée (ou, si l'on préfère, purement idéologique) des réalités pédagogiques. D'ailleurs, de nombreux établissements, en douce, réaménagent cette "unicité" en "groupes de compétence" — afin d'éviter le mot honni de "niveaux". Par exemple dans l'apprentissage des langues : et effectivement, à quoi cela sert-il de confronter au même enregistrement des élèves de niveaux très différents ?
Georges Lopez, l'inoubliable instituteur de Etre et Avoir, me confiait qu'il faudrait, dans l'idéal, traiter chaque classe comme une "classe unique" — ces classes qui rassemblent toous les élèves d'un même village, de la maternelle au CM2. Et c'est un fait : il faut pouvoir faire du sur-mesure. Aucun enfant n'est idiot : mais tous ne vont pas au même rythme. L'obligation par exemple d'apprendre à lire à tel âge, et pas à tel autre ; l'obligation d'être à tel âge à tel niveau, et pas à tel autre ; la quasi-impossibilité, pour les plus éveillés, de sauter une classe où ils s'ennuient, conjuguée à l'obligation de ne plus faire redoubler les élèves, entraînent la formation de classes de plus en plus hétéroclites, dont la finalité dernière est de ramener tout le monde au plus bas niveau, puisqu'on traite les élèves comme un tout pseudo-homogène, dont la capacité est, "naturellement", celle de son maillon le plus faible.
On ne peut pas traiter une classe comme un tout — ou très rarement. Il n'y a pas de maillons — il n'y a que des personnalités différentes. Chaque élève est une classe en soi, et il faut le traiter comme tel. La vraie pédagogie est un art d'adaptation permanente, où l'intuition domine. Je rassure les nouveaux collègues : l'intuition vient avec l'expérience. D'où la nécessité de remplacer des cours de pédagogie théorique par des stages réellement de terrain. Rien ne remplacera jamais le contact vivant avec une classe. Il faudrait multiplier les stages, au cours de la formation — en changeant de lieu tous les trois mois, par exemple, avec des "maîtres de stage" pragmatiques, et non dogmatiques.
L'extrême logique de mon raisonnement m'entraînerait presque à proposer une remise à niveau des enseignants formés depuis une grosse dizaine d'années — tous ceux que les IUFM ont entraînés dans la catastrophe que nous vivons actuellement. Et — souvenir de mes années militantes — je ne vois pas comment on pourrait, dans un avenir proche, se dispenser de demander des comptes aux déformateurs professionnels qui ont sévi si bien sur des bases quasi staliniennes.
Je dis "staliniennes" et je pèse mes mots. Constatant que rien ne marche dans l'éducation aujourd'hui, Philippe Meirieu affirme que c'est parce qu'on n'a pas encore assez appliqué ses consignes. C'est exactement le raisonnement de Béria et de ses sbires : si l'URSS est un pays retardé, c'est la faute aux "bourgeois" qui y subsistent.
C'est tout l'honneur de certains, dans cet empire de la terreur que fut l'Union soviétique des années 30 à 60, d'avoir résisté, au péril de leur vie? C'est tout l'honneur des enseignants d'aujourd'hui de résister, au péril de leur carrière.

Jean-Paul Brighelli

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Commentaires

M.Brighelli,
Je ne suis qu'un primaire, mais un primaire qui réfléchit.
Ce que vous écrivez peut être utile à tout un chacun et pas seulement aux enseignants.
L'enseignant face à ses élèves c'est l'homme responsable face à la société.
J'ai écrit sur mon blog:

De la pédagogie, encore de la pédagogie, toujours de la pédagogie. De la patience et de la persévérence.
L'histoire ne prend pas tous les jours le TGV.

J'ai écrit aussi sur mon blog, dans la "Pensée du jour" d'hier:

"On n'est pas un intellectuel parce que l'on a de grandes connaissances. On est vraiment un intellectuel par l'usage que l'on fait de ses connaissances. Un intellectuel qui ferait un mauvais usage de ses connaissances ne mérite pas le nom d'intellectuel".

Continuez. Vous tenez à mon avis l'un des meilleurs blogs de cette plateforme parce que vous nous apportez quelque chose.

Ecrit par : Louis BALLESTER | 02 février 2006

Louis BALLESTER
Mes coordonnées:
Email: delavant@tele2.fr
URL: http://associations.midiblogs.com

Ecrit par : Louis BALLESTER | 02 février 2006

Il est une maladie très saine et très contagieuse: La passion...

Excusez-moi d'être naïve... Je vais m'adresser là à tous ceux qui viennent déposer leurs témoignages affligeant sur la "non-formation" qu'ils reçoivent à l'IUFM et qui se cachent sous le couvert de l'anonymat (là je retiens un commentaire sarcastique)... Vous vous plaignez tous(pour ceux qui réagissent) de ne pouvoir enseigner comme vous le souhaiteriez...
Alors oui, je vais être très naïve! Quand on aime, on ne compte pas!
Votre amour des maths ou des lettres ou des sciences ou de l'histoire-géo, etc., il ne tient qu'à vous de le transmettre, sachez trouver "l'acteur" en vous et faites fi du texte !
Cessez de voir votre salle de classe comme une arène... Les anciennes estrades avaient du bon! Le public qui vous fait face dans la classe est exigeant et très hétérogène mais devant une pièce magnifiquement interprétée, il y a "standing ovation"... les bons "actants"(je m'octroie cette liberté de langage pour ne pas dire acteurs) sont de grands improvisateurs qui savent jouer avec la curiosité de leurs élèves. Quand on laisse traîner ses oreilles dans une cour de récréation, on en tire souvent bien des leçons et on apprend entre autre que l'élève même le plus "démotivé" n'attend qu'une chose de son prof: Qu'il soit génial! Quel défi!
Je suis très naïve et j'ai envie de le rester!
Je rebondis entre autre sur le dernier commentaire posté par Lumi sur "transfert de responsabilité".
Cette peur qui vous fait vous cacher derrière des pseudos n'est-elle pas un transfert aussi: Celui de la peur de la note qui ne devrait appartenir qu'à l'élève pas au prof!
Que l'IUFM vous formate je veux bien le croire mais l'opposition est un merveilleux décapant et un excellent antiseptique ! Vous venez nombreux vous plaindre de ces maladies nosocomiales contractées à l'IUFM. Il n'y a pas de génération spontanée et Pasteur, en son temps a su démontrer qu'on pouvait vaincre la pourriture... Je l'ai déjà écrit et je me répète, le poisson pourrit par la tête, ne vous laissez pas gagner par la gangrène, le meilleur des antibiotiques c'est de dire NON... petit clin d’œil au passage Mr Brighelli : J'ai de plus en plus envie d'infiltrer un IUFM, j'ai toujours adoré les jeux de constructions et en particulier "dresser des barricades"
Je vais vous plagier Mr Brighelli mais à chaque épidémie de peste on brûlait les foyers infectés...
Je rêve... je rêve naïvement... Mais j'ai la conviction que, si on sait choisir et donner "le bon os à croquer, l'élève quel qu'il soit en savourera la substantifique moelle"... Rabelais quand tu nous tiens...
Nous devons beaucoup aux grands rêves, il n'y a souvent qu'un petit pas pour qu'ils franchissent les frontières de la virtualité, juste sans doute une question de volonté et une pincée de bon sens...On sait où peuvent conduire les petits pas n'est ce pas!

En matière de pédagogie ou plutôt de la maîtrise du sens pédagogique, il y a beaucoup de leçons à tirer de l’Histoire et de la manière dont se transmettaient les savoirs. Enseigner est, sans nul doute, digne d’un rang à part entière au royaume des Arts…

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 02 février 2006

Je rebondis moi aussi, car on parle de moi et de ma peur de la note.
Je rappelle, pour m'expliquer et peut-être m'excuser, que nous, les jeunes stagiaires, sommes aussi confrontés à la note, et à une "note" importante : nous serons intégrés ou pas, fonctionnaires ou pas, profs ou pas. C'est bien cette situation qui est source de conflits, de situations difficiles, les stagiaires ne sont pas encore tout à fait des profs, et n'ont pas encore quitté le statut d'élève.
Je veux être professeur, et je sais que pour y parvenir, je dois faire des compromis pendant un an, me cacher sous un pseudo, faire des cours qui ne me conviennent qu'à moitié, parce que je veux pouvoir, un jour, faire des cours qui me plaisent entièrement.
Quant à l'opposition à l'IUFM, c'est un doux rêve. Les résistants sont trop peu nombreux, et on a les moyens de les faire taire. Encore une fois, je vous invite sur mon blog pour découvrir comment échoue une tentative de révolution. Mais ma force d'inertie, encore confortée par mes observations sur le terrain, sera (je l'espère) plus forte que celle de l'ioufm, et d'ici à peine quelques mois, inch'allah, j'espère faire des LECONS !
Mais encore une fois, ne jetez pas la pierre aux ioufmiens effrayés, désinformés, qui ne souhaitent pas risquer leur tête. Le jour de gloire viendra, mais il faudra du temps, on ne décapite pas Louis XVI tous les deux jours, non ?

Ecrit par : Lumi | 02 février 2006

Pour Lumi: Mon intention n'était pas de vous agresser, je faisais simplement le constat qu'aujourd'hui, chacun pensait surtout à sauver sa peau. je ne vous en blâme pas plus que cela, nous en sommes plus ou moins tous là ! j'aurais une note positive car je crois que l'altruisme prend sa source dans l'individualisme( penser à soi, savoir prendre et recevoir, avant de pouvoir redistribuer)... Vous êtes future professeur d'histoire( si je ne me trompe pas) et je souhaite que vous soyez "intégrée" car je crois que vous saurez réveiller l'esprit critique de vos élèves (je suis sincère, ni voyez aucune flagornerie au contraire cela me donne une bouffée d'espoir!)...

J'ai eu l'occasion de fréquenter une école soviétique (une vraie de vraie, à Novossibirsk avant la perestroïka). Aujourd’hui, je suis révoltée et j’ai peur pour mes enfants( et pour les autres). En effet, je fais le constat alarmant, à travers tout ce que je lis et ce que j’observe autour de moi, que nous n'avons rien à envier aux méthodes d'endoctrinement et de lavage de cerveau soviétiques! Nous serions en mesure de leur servir de modèle (mais heureusement, les ex-pays soviétiques n’en sont plus vraiment là)... Il n’y a plus d’esprit de contestation chez les moins de 30 ans, Ils n’ont pas de mots pour l’exprimer. Soit ils se taisent et se résignent, soit ils laissent éclater leur violence auto-destructrice ! je vais être cynique et dire qu’heureusement, pour ces derniers, le seul avantage à ne plus rien leur apprendre c’est qu’ils ne connaissent pas le sens premier de" racaille"(caillera) [populace méprisable, cf le petit robert], terme dont on les affuble… Est-il besoin de rappeler qu’aujourd’hui, nous disposons d'un formidable outil de cohésion via le net!

Je suis en colère et je la laisse sourdre !

Permettez-moi de remercier à titre posthume tous ces résistants anonymes qui ont permis "en donnant leur peau" que nos grands parents et parents laissent éclater leur joie en cette fin d'année 1944 et en ce début 1945... aurions nous un 8 mai?
Personne ne les y obligeait, ils ont écouté leurs convictions!

je revendique ma "naïveté" et continue de rêver qu'un non plus un autre non peut se développer à l'infini... et j'ose croire qu'il y a beaucoup de stagiaires, futurs professeurs qui pensent aussi tout bas ce que vous écrivez et qui se taisent et baissent les bras, convaincus d'être seuls...Je souhaite qu’ils lisent vos lignes !

Étiez-vous donc un utopiste monsieur Dumas avec votre " un pour tous , tous pour un ! "? Non , je refuse de le croire!

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 02 février 2006

Je suis tout à fait d'accord avec vous, j'espère aussi une révolution qui mettrait à sac ce que l'IUFM a (dé?)construit si patiemment. Mais je pense que le bunker ne pourra être détruit que de l'intérieur, et que cela ne sera possible que lorsque nous serons à l'intérieur. Et puis, gardons espoir, beaucoup d'entre nous (enfin, beaucoup, je ne sais pas... j'ose le croire) conservent leur libre arbitre.
Et j'étais bien consciente qu'il n'y avait pas d'attaque personnelle. Je voulais juste expliquer le coeur du problème de l'IUFM, les formateurs étant évaluateurs, juges et parties, nous sommes muselés pour le moment. Mais je refuse de me résigner, je ne démissionnerai pas comme beaucoup de jeunes stagiaires, que ce soit de manière symbolique ou réelle, et si je dois passer un an à endurer, je le passerai pour pouvoir porter haut et fort les couleurs de mon métier. (Mon Dieu, je sombre dans le lyrisme!)

Ecrit par : Lumi | 02 février 2006

"Constatant que rien ne marche dans l'éducation aujourd'hui, Philippe Meirieu affirme que c'est parce qu'on n'a pas encore assez appliqué ses consignes. C'est exactement le raisonnement de Béria et de ses sbires : si l'URSS est un pays retardé, c'est la faute aux "bourgeois" qui y subsistent. "

C'est aussi la logique de Diafoirus :

- Mon patient va mal : il faut lui faire une saignée ;

- Le lendemain, il va encore plus mal. Conclusion de Diafoirus "C'est que sa saignée a été insuffisante", et on recommence.

- ... jusqu'à ce qu'il en crève.

- Une fois mort, on en conclut qu'il est crevé parce qu'il ne se soumettait pas avec suffisamment de bonne grâce à la saignée.

Ecrit par : DUMOUCH Rodolphe | 04 février 2006

Un cas concret
Blog d'une Famille de Montgeron (91) enRP France qui" livrent" en direct les difficultées d'étre parent d' éléveen 2006. Pourconjuger no sefforts et faire reculer lillétrisme , l'analphabétisme, etles incivilités!

http://jeveuxlire.blogspirit.com/le_debat/

04.02.2006
Lettre ouverte à Monsieur Le Ministre de l éducation Nationale
Lettre ouverte à L' éducation Nationale
Je souhaite que mon fils S 08 ans apprenne à lire
Courtoisement
Des Parents d'élèves.

Ecrit par : famille laidoudi | 05 février 2006

Excusez le double postage
Un cas concret!
Blog d'une Famille de Montgeron (91) enRP France qui" livrent" en direct les difficultées d'étre parent d' éléveen 2006. Pourconjuger no sefforts et faire reculer lillétrisme , l'analphabétisme, etles incivilités!

http://jeveuxlire.blogspirit.com/archive/2006/02/04/sereinement.html
04.02.2006
Lettre ouverte à Monsieur Le Ministre de l éducation Nationale
Lettre ouverte à L' éducation Nationale
Je souhaite que mon fils S 08 ans apprenne à lire
Courtoisement
Des Parents d'élèves.

Ecrit par : Famille laidoudi | 05 février 2006

"Pourquoi les petits Finlandais sont les meilleurs
[Le Figaro 12 octobre 2005]
Classée en tête des palmarès mondiaux des performances des élèves (1), la Finlande a une recette imparable : elle adapte la scolarité à chacun d'entre eux. Ainsi, le petit Finlandais suit en priorité ses matières préférées, qu'il a lui-même organisées dans les six sessions de sept semaines que compte l'année scolaire. Il travaille moins à l'école – les cours finissent à 15 heures – et à la maison – les enseignants ne les assomment pas de devoirs. Tous apprennent trois langues étrangères. Les plus grands construisent leur emploi du temps selon un projet professionnel défini tôt. Et ceux qui moins à l'aise avec le système bénéficient de soutien scolaire. Cette liberté se retrouve dans la composition des équipes enseignantes : les proviseurs recrutent eux-mêmes les professeurs. Le critère de sélection ? Leur projet pédagogique...

(1) Regards sur l'éducation, OCDE-2005. "

On est loin là de la "pédagogie coercitive" que vous appelez de vos voeux!!!!

Pour l'éducateur français, l'élève n'est pas un être que l'on aide à grandir, mais un animal qu'il faut dresser!!!!

D'ailleurs, un constat révélateur : le collectif dont vous faites partie et que l'on entend beaucoup ces temps-ci ne s'appelle pas Sauver Les Elèves..... mais Sauver Les Lettres....tout est dit!!!!!

Ecrit par : cécile | 07 février 2006

Je reviens mettre mon grain de sel, je crois qu'il est grand temps de rétablir les leçons de vocabulaire en primaire!

Le rôle de l'enseignant n'est certainement pas de dresser les élèves et je crois Cécile que vous confondez le verbe instruire avec dresser... Est-ce coercitif que de vouloir redonner des mots, pour développer leur esprit critique, à des enfants que l'on prive de toutes nourritures saines…Il me semble qu’ici J.P Brighelli se fait l’écho de nombre d’anonymes en colère et dénonce, au contraire de la prôner, la volonté délibérée de tous les réformateurs de l’école d’avoir voulu, jusqu’à présent, « dresser » nos enfants à devenir des « esclaves ».
Mais je ne sais peut-être pas si bien lire que cela… Il me semble, du moins mon intuition de maman me le dicte, que l'enfant grandit si on le nourrit régulièrement et correctement !
Je suis une maman en colère et j’aimerais poursuivre tous ces spécialistes des sciences de l’éducation et ces « grands »réformateurs pour mauvais traitements par malnutrition.
Il n’y a jamais eu de moyen plus efficace à court terme que d’affamer pour assujettir…
Il serait temps que nos politiques voient un peu plus loin que le bout de leur nez (en forme de mandat ) qu’ils ouvrent leurs grandes oreilles et qu’ils retournent à l’école pour lire toutes les doléances qui s’accumulent

On peut effectivement tirer des leçons de ce qui se fait chez nos voisins et essayer de construire pour nos enfants une école qui leur donne la possibilité d'acquérir et de maîtriser tous les savoirs fondamentaux sur lesquels ils pourront s'appuyer pour "grandir"...

Petite parenthèse clin d’œil: quand on suit les ados à la sortie es collèges et des lycées en Finlande et qu'on les voit aller se "pinter" à la bière jusqu'à 18h...On se demande si le fait de ne pas les assommer de devoir est une bonne chose...

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 07 février 2006

Question extrêmement intéressante en effet : quel était à l'époque de Mr Brighelli, quel est à notre époque le rôle de l'enseignant ?! mais attention heim pas le rôle supposé, celui qu'il voudrait peut être joué, non le rôle réel ? celui qu'il joue!!
autre question vraiment passionnante : pourquoi tous ces professeurs qui jugent le niveau de leurs élèves absolument catastrophiques continuent-ils malgré tout de les noter ?? Les élèves se retrouvent ainsi doublement victimes du système (ou des profs???) : perversité ?? hypocrisie ??? ils évaluent quoi ? l'élève ? l'incurie du sytème ? de leurs collègues ??? ou le leur ????

Ecrit par : cécile | 07 février 2006

L'OMBRE DES CHOSES

J'errais au bord de l'étang, mélancolique. L'automne était morne, la lune pleurait, le vent chantait dans le soir, monotone à mourir. Au loin s'élevaient les plaintes d'un âne, poignantes. Ainsi là-bas un être affligé semblait partager ma peine... Je marchais, résigné, au bord de l'onde. Solitude, accablement, ennui, dégoût : quatre murs oppressants, quatre raisons pour ne plus songer à rien d'autre qu'aux barreaux de mon âme en deuil.

L'âne dans le lointain se lamentait toujours. Etais-je-je seul à entendre sa détresse ? En moi, une nuit sans fin, un vide sombre, une vallée désolée. Les braiments de l'animal résonnaient comme un glas grotesque dans la campagne. L'écho pitoyable sous les étoiles de la créature déshéritée accentuait ma douleur. Le quadrupède adressait à qui voulait l'entendre son désespoir.

L'âne au-delà l'étang, hors de vue, oublié de tous, ne racontait-il pas à l'Univers entier son humble chagrin ? J'avais l'impression de récolter ce soir-là la plus secrète misère du monde, venue de l'horizon, tentant de monter jusqu'aux étoiles, pour finalement retomber sur mes épaules...

Les appels de la pauvre bête ressemblaient à une prière dans la nuit, j'en fus touché. Des cordes insoupçonnées vibrèrent chez moi. Je sentis mon humanité s'étendre jusqu'aux figures les plus modestes de la nature. En pensée je rejoignis l'équidé. Les yeux fermés je le caressai au cou. Puis je le chevauchai. Alors tout s'illumina. Des espaces radieux s'ouvrirent devant moi. Je me retrouvai au milieu d'une prairie éclatante de lumière, sur le dos de l'âne. Ses braiments sinistres s'étaient transformés en autant de rires. Des gens m'aimaient, qui m'appelaient tout autour de moi. Partout, des fleurs vives, de l'eau claire, une joie irréelle.

Je rouvris les yeux dans l'obscurité. La lune pleurait toujours au-dessus de ma tête. Le vent gémissait dans la plaine. L'étang me parut plus noir que jamais. L'automne était un véritable tombeau. Et ma solitude, une pierre dans la fosse.

Longtemps, l'âne manifesta son infinie détresse dans le lointain.

Raphaël Zacharie de Izarra
raphael.de-izarra@wanadoo.fr

Ecrit par : Raphaël Zacharie de Izarra | 08 février 2006

Cécile a écrit : "On est loin là de la "pédagogie coercitive" que vous appelez de vos voeux!!!!
Pour l'éducateur français, l'élève n'est pas un être que l'on aide à grandir, mais un animal qu'il faut dresser!!!! "

Eh bien Cécile, regardez donc vers le Japon, super bien classé par l'OCDE : dans le genre dressage de 7h00 du matin à 19h00 le soir, uniforme avec shorts obligatoires, on ne fait pas mieux. Il y a un truc qui cloche dans votre interprétation, on va essayer de le trouver.

En ce qui concerne la France, vous êtes, me semble-t-il, fort loin de la réalité, du moins en ce qui concerne les gens de notre courant.

Pour ma part, j'ai eu des soucis avec l'administration par manque de distance et d'autorité. Si, si. C'est vrai qu'en séance de dissection de souris, il y a des débordements possibles...

Il faut dire que je garde encore contact avec mes anciens élèves, et que la distance n'augmente pas. Doctorant, je suis étudiant, donc l'un d'entre eux... Echanges de textos, dialogues MSN, virées nocturnes... Il y a même de ces photos de fêtes sur des blogs, mais je ne donne pas les adresse, avec le conformisme ambiant et les cons qui nous entourent, ça pourrait faire des ennuis.

Mais il y a un petit truc. Sur les textos, je n'emplois jamais le langage MSN, même s'il faut y passer plus de temps. En soirée, j'en profite pour donner le nom des constellations, des étoiles, leur taille comparée à celle du Soleil, ils finissent par distinguer leurs couleurs... Quand ils boivent des alcools industriels, je râle, j'apporte des bières artisanales, des champagnes de l'Aube, je leur explique le terroir, les conditions de culture de la vigne sur terrain jurassique ou crétacé, la fermentation ; je pousse ma gueulante contre les normes de Bruxelles... Bref, ne pas louper une occasion de jouer un rôle culturel.

Vous le voyez, ce n'est pas parce qu'on est gentil avec les lettres (ou les sciences dans mon cas) qu'on est méchant avec les élèves, et vice versa.

Horreur, j'ai même emmené un élève de terminale à une conférence de Monsieur Brighelli. Il a beaucoup apprécié, il a pris des notes, et il a écrit à la fin, en grosses lettres "il ne faut pas confondre pédagogie et démagogie". Il a tout compris.

La réussite en Finlande ? Grâce à la pédagogie ? Ce ne serait pas plutôt parce qu'on recrute les enseignants à un niveau supérieur à l'agrégation française, avec un statut qui va avec ? Et que donc le contenu des enseignements suit ?

En fait, la pédagogie, ça n'a guère d'importance (du moins tant qu'on ne fait pas du dressage vomitif à la japonaise). Ce qui compte, c'est d'avoir UN CONTENU SOLIDE, EXIGEANT, APPUYE SUR DE l'ERUDITION. Le reste est affaire de personnalité, et non d'élucubrations en "sciences de l'éduc".

Il y a toujours eu des professeurs coulants et des professeurs sévères. Mais aujourd'hui, on inaugure le professeur ignare et le professeur crétin, c'est là le problème. Et quand il est ignare, crétin et sévère de surcroît, ça fait du dégât (et je connais des cas.). En revanche, il peut être sévère et cultivé, et là, il est quand même aimé des élèves, c'est ainsi.

Ecrit par : DUMOUCH Rodolphe | 08 février 2006

Voici rien que pour vous un autre extrait d'entretien cette fois-ci d'un ancien recteur (à priori il doit savoir de quoi il parle...) Philippe Joutard dans le revue l'Enseignant :". Je suis effrayé par ce que nous révèlent les comparaisons internationales. Nous avons un système éducatif de qualité, avec des professeurs d’excellent niveau, et pourtant les résultats ne sont pas toujours en rapport avec cette qualité pour une raison simple que montrent parfaitement les performances de l’élève français par rapport aux autres. Celui-ci n’a aucune confiance en lui : il n’ose pas répondre, par peur de l’erreur. En 2001, la grande enquête internationale sur le niveau des élèves en maîtrise de la langue, faisait apparaître un taux de non réponses pour les questions ouvertes, beaucoup plus élevé en France que dans les autres pays. Le Français ne prend aucun risque et il est parmi ceux qui se sous-estiment le plus : douze points en dessous de la moyenne internationale. Dans la dernière enquête internationale de l’Ocde sur les résultats scolaires des adolescents, même attitude : les Français sont parmi les élèves les plus angoissés. Plus de la moitié ont peur en mathématiques, sept fois plus que les Finlandais qui obtiennent les meilleurs résultats. C’est en grande partie la conséquence d’une évaluation couperet, fondée sur la défiance et non sur la confiance, qui stigmatise l’élève en privilégiant non les progrès mais les faiblesses, non les acquisitions mais les erreurs. Les propositions d’André Antibi sur la manière de concevoir l’évaluation, changent radicalement le regard porté sur l’élève. Elles s’attaquent à l’un des aspects les plus préoccupants de notre système éducatif. À la défiance, ces propositions substituent la confiance. Et cette confiance est contagieuse ; c’est un facteur de réussite scolaire et donc un puissant moyen de faire progresser notre École. Je pèse mes mots. L’enjeu n’est pas accessoire ni secondaire." Alors toujours pas assez "coercitive" notre pédagogie ???? et essayez quand même de me trouver des arguments un peu plus convaincants que "le taux de suicide chez les Finlandais" ; franchement quel est le rapport ????? (et notre taux d'alcooliques !!!!???)

Ecrit par : cécile | 09 février 2006

Je vais tenter d'être conciliant — quoique ce ne soit pas mon genre de beauté.
Il n'y a pas de vérité en pédagogie — et tous ceux qui affirment le contraire ont tort, ou sont des escrocs. Il est certain que des élèves sont frigorifiés par la peur de l'échec. Il en est d'autres que cela stimule. J'enseigne en classes préparatoires aux grandes écoles à des élèves qui, pour moitié au moins, prennent des risques — quitte à se planter, parce qu'ils savent depuis belle lurette que l'échec est formateur.
Vous prenez l'exemple finlandais : je vous ai répondu que le degré de bonheur des jeunes Finlandais n'est manifestement pas si élevé que cela — comme dans l'ensemble des pays scandinaves. Comparé à bien des pays, nous avons un taux d'alcoolisme qui est bas — particulièrement dans le sud de la France, où pourtant le chômage est haut : les chiffres peuvent signifier bien des choses.
Que penser, à l'inverse, de systèmes scolaires vraiment coercitifs, comme la Corée ou le Japon ? Réussissent-ils (bien mieux que nous) parce qu'on les humilie, qu'on les frappe, qu'on les accule au suicide au second échec à un examen ?
Etes-vous enseignante ou envisagez-vous de l'être ? Il y a des élèves que l'on conquiert avec de la douceur, d'autres avec des sarcasmes. C'est un jeu permanent. En fait, la carotte et le bâton — on n'a jamais fait mieux. À vous de doser, en fonction de votre évaluation de l'être humain que vous avez en face. Je dis souvent à mes élèves qu'ils peuvent se féliciter de m'avoir, parce qu'ils auront ainsi connu ce qu'il y a de pire. Mais un prof a des collègues, qui usent de trucs parfois très différents. Un élève se construit au milieu de ces contradictions. Il est un produit dialectique.
Quant à ceux qui sont morts de trouille… J'ai bien envie de vous répondre que l'on ne peut pas sauver tout le monde. J'ai un point de vue un peu darwinien, dans ce domaine : il faut s'efforcer de faire donner à chacun le meilleur de ce qu'il a, mais on ne peut pas éternellement lui tenir la tête hors de l'eau : que ferait-il le jour de la première confrontation sérieuse ? L'école est aussi école de vivre — et homo lupus homini est, comme dit Hobbes.
Bien à vous…
Brighelli

Ecrit par : brighelli | 09 février 2006

"Au royaume des aveugles les borgnes sont rois!"
Vous ne semblez pas goûter la boutade madame ou mademoiselle Cécile! Si vous alliez passer quelques mois en Finlande, croyez-moi vous ne vanteriez plus les mérites de leur système éducatif, du moins vous émettriez plus de réserves!
J'ai passé quelques mois dans un collège à Seïnajoki, pour rien au monde je ne souhaiterais m'y expatrier avec mes 4 enfants. Je n'ai jamais vu autant de visages d'enfants fermés , sans sourire!On y meurt d'ennui et on se noie dans la bière! Quand je lis l'article que vous citez , je reste donc songeuse. Mais je vous l'accorde c'est un avis très personnel.

l'article que vous citez décrit une situation bien idyllique et très loin de la réalité, je suis surprise que vous le preniez pour argent comptant, il me semble que votre esprit critique est capable de pousser plus avant l'analyse.
Mais je nuance tout de même car ce séjour remonte à il y 7 ans et depuis cela a du bien changé!
Ceci dit c'est un pays magnifique que je vous invite, si vous ne l'avez déjà fait, à visiter. Les Finlandais sont charmants et très hospitaliers, notre "exotisme" les distraits des longues nuits et des jours sans nuit.
Mais revenons au débat qui nous anime. Pensons aux "petits écoliers" qui fréquentent nos écoles primaires car c'est vraiment là que le bas blesse et que tout commence...
Sagit-il vraiment de débattre sur l'aspect coercitif où non de l'enseignement en France? Il me semble que depuis 68 nous n'en sommes plus là...
y a-t-il un pédagogue dans la salle?

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 09 février 2006

Monsieur Brighelli, je ne comprends pas pourquoi à chacune de mes interventions vous "bottez en touche" ; vous n'argumentez jamais sur le fond mais sur des "à côté" ; dans l'article par exemple on parle des élèves français DANS LEUR ENSEMBLE" et vous vous minimisez en ramenant ça à quelques cas isolés "frigorifiés par la peur de l'échec"!!!! (en plus ça sent un peu son mépris pour ces "pôvres" élèves là, je me trompe????) ; autre chose, vous n'avez pas compris (ou plutôt feint de ne pas comprendre) que je ne parlais des alcooliques que pour vous montrer le côté fallacieux de votre argument sur le taux de suicide finlandais !!!

j'apprécie particulièrement votre "on ne peut pas sauver tout le monde" (dans le système français c'est un doux euphémisme) !!! c'est quoi le pourcentage de ces élèves (des vrais de vrais ceux-là n'est ce pas, de ce qui ont des c....) et qui parviennent à intégrer les classes prépa ? et ils font quoi les parents de ces valeureux qui "savent prendre des risques"..?.... comme vision des choses, excusez moi ce n'est pas Darwin..... c'est Cro Magnon

PS également pour Patricia, cessez de me parler de la Finlande!!!! ce n'était qu'un exemple (parmi bien d'autres, y compris en France) pour montrer que l'on peut agir différemment .!!!! en plus je n'ai jamais parlé de "bonheur"!!! les causes qui font que des individus (et donc des enfants) sont (ou mieux se sentent) heureux (ou non) sont multiples, complexes et .... subjectives!!!!! moi je n'ai parlé que de résultats.... objectifs : les résultats de l'enquête de l'OCDE, "regards sur l'éducation"!!!!! des faits.....rien que des faits...dérangeants certes mais qui sont là.

Ecrit par : cécile | 10 février 2006

Chère (?) Cécile, estimez-vous que je botte en touche simplement parce que je ne suis pas d'accord avec vous ?
J'ai expédié une nouvelle note générale ce matin, de façon à me faire bien entendre : je suis profondément élitiste, au point de ne pas même comprendre que ce puisse être une insulte (Meirieu me l'a jetée à la tête à chacune de nos confrontations). Mais par élitisme, j'entends la possibilité pour chacun de monter au plus haut de ses capacités. Ce qui n,e signifie pas que tous doivent monter uniformément, ni au même niveau. Que l'on donne à chacun, le plus possible, les mêmes chances, certes. Que l'on apprenne par exemple à lire selon des méthodes adéquates, tant mieux (et je ne suis pas un "croyant", au niveau des méthodes, même si je suis bien obligé de reconnaître que les méthodes à départ global produisent des dysorthographies parfois monstrueuses, et dégénèrent même souvent en dyslexies provoquées)..
Reste la part personnelle, celle du talent, de la volonté, de l'effort — la capacité de survie. Il y a là des choses qui ne s'apprennent pas.
Le scandale, aujourd'hui, vient du fait que des gosses de talent, de génie peut-être, sont confinés dans les bas-fonds qui souvent les ont vu naître par un système qui, à force de prôner l'égalité des chances, a produit les plus grandes inégalités. En vérité je vous le dis : les "pédagogues" ont inventé un système qui les laisse libres, eux, d'inscrire leurs enfants dans l'école de leur choix (privée, fort souvent — voir Meirieu…), et de se perpétuer, tout en affichant avec une candeur feinte leur volonté de voir tout le monde réussir. C'est un système à usage privé, qu'ils sont parvenus à disséminer. Le "collège unique", inventé par la Droite (cela devrait vous faire réfléchir : quand avez-vous vu la Droite se préoccuper d'égalité des chances ?), n'avait pas d'autre sens.
Alors, rien d'étonnant à ce que des gens qui n'ont en tête que la reproduction des "élites" en place — et en plus, ils sont persuadés de faire partie des élites ! — préconisent des pratiques (l'éradication des notes, et à terme la suppression de toute contrainte scolaire) qui iront forcément dans le sens de la non-sélection — puisqu'ils sont persuadés d'y échapper !
Nous élevons tous nos enfants de façon à ce qu'ils réussissent, c'est entendu. Mais vient à un moment ou un autre l'épreuve de vérité : sont-ils réellement capables ? Ont-ils la parcelle, l'étincelle d'instinct de survie qui leur permettra de continuer et de dominer ? Quels que soient nos efforts, nous ne pouvons que parier là-dessus — sauf si les données sont truquées : et l'absence de notes, chère à Antibi, la volonté d'éparngner tout traumatisme, etc., tout cela ne va pas dans le sens de la sélection nécessaire : les Pédagogues ont remplacé le processus "naturel" par un processus artificiel, au terme duquel seuls leurs petits chéris pré-formatés à leurs exigences seront en têtes de listes. Ne coyez pas un seul instant qu'ils se soucient des autres — sinon, ils ne les auraient pas entraînés dans la catastrophe présente.
Bien à vous…
JPB

Ecrit par : bnighelli | 11 février 2006

pouvez-vous m'indiquer ce que vous connaissez des recherches en diactique du français qui se sont développées au plus près des réalités de la classe depuis plus de trente ans maintenant. La science c'est aussi la référence, une bibliographie, une démarche, etc. Ce que vous retenez des travaux de Meirieu, avec lequel je suis loin d'être toujours d'accord, est proprement confondant

Ecrit par : dabène michel | 05 mars 2006

Monsieur le professeur,

Je ne vais pas répondre à la place de Jean-Paul mais, pour ma part, je crois que vous vous trompez d'étape. Votre chronologie a un temps de retard : il n'y a plus de débat pédagogique. Ce débat est réglé, fini, et quoi que vous en pensiez, nous l'avons déjà gagné.

Pour notre malheur à tous, nous l'avons gagné par défaut de combattants, parce que l'école et l'université sont dans un tel état de délabrement que les pédagogistes ont perdu toute forme de pouvoir et d'influence. En détruisant l'éducation publique, ces branquignols n'ont pas compris qu'ils sciaient la branche sur laquelle ils étaient assis, et qu'ils seraient les premiers à tomber.

Pourquoi discuter avec les pédagogistes, mesurer leurs arguments, produire des tonnes de littérature dans ce jargon insupportable qu'ils affectionnent tant, alors que, DE TOUTE EVIDENCE, ils se sont trompés de A à Z ?

Il n'y a plus de débat, il y a constat d'un échec.

Autrement dit, il ne s'agit pas pour nous de surenchérir dans la scholastique, ni d'opposer une gnose à une autre gnose. La théorie de la théorie, la professionnalisation de la profession, l'éducabilité de l'éducation ou l'évaluation des évaluations, nous laissons ces débats stupides à ceux qui pensent encore qu'ils ont une importance quelconque, ou à ceux qui ont du temps à perdre.

Que les pédagogistes s'extraient seuls de leurs propres ruines ! Comme je le disais, nous en sommes déjà à l'étape suivante, celle de la reconstruction.

Ecrit par : Pierre-Henri Kalinarczyk | 05 mars 2006

Bonjour, monsieur Brighelli!!

Je viens de lire votre réponse en date du 11 février et désolée mais je persiste : vous avez tendance à "botter en touche" ; rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul!!

En fait, je me demande même si vous lisez vraiment les messages ????

Je n'argumente pas, je m'interroge et je vous interroge, vous le "professionnel" (?)

Et je pose deux questions qui ne me semblent pas devoir constituer un quelconque problème de compréhension (et surtout pas à quelqu'un comme vous qui a eu la chance de bénéficier de l'ancien système, vous savez celui que vous qualifiez "du plus performant au monde" :

Premièrement, que faitez-vous de ce fait : les élèves français sont ceux qui ont le moins confiance en eux et se sentent le plus mal à l'école!!! ça c'est un fait, ce ne sont pas des élucubrations de "pédagogistes" (ce sont les nouveaux "boucs émissaires"??? enfin voilà au moins quelque chose qui fleure bon le "bon vieux temps" !!!)

L'autre question est : pourquoi VOUS en tant que professeur (et là aussi vous semblez fort nombreux) continuez vous à évaluer les élèves alors que vous dites qu'aujourd'hui leur niveau est catastrophique ; ce que confirme notamment le collectif Sauvez les Lettres à propos des élèves arrivant en seconde :" [... ]les collègues sont tous confrontés aux grandes lacunes de la plupart des élèves qui n’ont pas acquis, du primaire au collège, une maîtrise suffisante de la langue française pour parvenir aussi bien à une compréhension aisée des textes qu'ils vont rencontrer que pour affronter les difficultés des exercices d'écriture qui leur seront proposés."!!??? une telle phrase ne peut que laisser perplexe (et le mot est faible) lorsque l'on sait qu'elle émane de professeurs en poste, qui donc continuent malgré tout à enseigner, à noter, ....on a envie de demander QUOI ???!!!!! et de dire STOP!!!!

Excusez moi, mais je ne peux pas comprendre comment vous pouvez dans le même temps dénoncer un tel système et le cautionner en y participant ?

A quand la grande grève des profs pour "sauver les élèves"???? ......sur le modèle de "sauver la retraite"???!!!

Cécile

Ecrit par : cécile | 06 mars 2006

Messie, messie, je lis les messages…

Je ne sais pas d'où vous tirez cette information, sur le niveau de déprime des élèves d'aujourd'hui. Mais prenons-la pour un fait :
- Les élèves ne souffriraient-ils pas du décalage entre ce qu'ils savent qu'ls valent, et ce qu'ils savent que l'on attend d'eux ? En d'autres termes (mais vous allez encore me dire que je botte en touche), n'ont-ils pas une peur panique de décevoir… leurs parents ?
- Dans cet esprit, vous paraissez oublier qu'il y a trois partenaires à l'école : l'enfant, l'enseignant, les parents. Or, que demandent les parents ? Ils souhaitent la reproduction (en mieux, si possible) du système qui les a propulsés.
Faisons l'hypothèse (que vous m'accorderez, j'en suis sûr) que nombre de parents de lycéens ont dépassé quarante ans — et appartiennent, en fait, au baby-boom (c'est mon cas : mes enfants ont 6 et 8 ans, je vais sévir encore un certain temps dans les conseils d'école, de collège et de lycée, et il y aura du sang). Qu'attendent-ils ?
Il va vous falloir attendre une petite douzaine d'années pur voir des parents formatés par Meirieu, ma chère. Ceux-là n'attendront plus grand-chose — sinon, par transfert, les aspirations de leurs propres parents. La culpabilité, comme la pigmentation, peut sauter des générations.
Cessons de plaisanter. Plus que les élèves, ce sont les parents qui ne vont pas bien en ce moment. Ce sont eux, les angoissés, les victimes consentantes de tous les escrocs de tous les systèmes d'enseignement et de rattrapage parallèles. Dans mes bons moments, je me susurre que les pédagogistes sont payés par Nathan, Hachette, Acadomia et quelques autres. Parce qu'à descendre sans cesse le niveau, on a créé un marché.
Et ça, c'est une évidence.
Bien à vous…
JPB

Ecrit par : brighelli | 06 mars 2006

permettez moi cher Jean-Paul de rebondir sur vos derniers propos.
Aux contacts que j'ai avec de très jeunes parents et de tout jeunes adultes encore sans enfant(ayant aux alentours d'une vingtaine d'années) je peux vous affirmer que les parents des enfants qui iront user leurs fonds de culotte sur les bancs de l'école dans une dizaine d'années ne seront pas formatés par Meirieu , ils sont déjà vaccinés! Et l'opposition entre eux et le corps enseignant (qui lui sera de toute évidence presque complètement contaminé)sera violente voire sanglante car ces parents là refusent déjà l'école d'aujourd'hui alors qu'ils n'ont pas d'enfant scolarisé! et c'est ce qui donnent un peu d'espoir pour les générations futures car je vous le dis , les écoles vont se vider de plus en plus et les parents vont aller de plus en plus vers des solutions alternatives qu'ils sauront très bien trouver...Le ras le bol génère aussi beaucoup d'énergie constructrice quand on est face à ce qui nous touche au plus près, c'est à dire à l'avenir de notre progéniture...
mais vous le savez déjà...
bien à vous

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 06 mars 2006

Concernant ma première question : mais où donc avez vous lu que je parlais de déprime ????!!! j'ai parlé notamment de manque de confiance en soi (sources : regards sur l'éducation 2005 OCDE). Je vous en prie, essayez au moins de lire correctement les questions avant de vous emballer.

D'autre part j'avais posé DEUX questions ?? La seconde vous embarrasserait-elle ??

Cécile

Ecrit par : cécile | 06 mars 2006

Puisque je suis sommé de répondre — mais je croyais avoir répondu : les notes que nous mettons sont aussi de la communication : voilà ce que vaut votre enfant, disons-nous aux parents — et voilà ce que vous valez, jeune homme. Et pas plus. L'éducation est aussi affaire d'humilité, n'est-ce pas ? Je suis profondément laïque, mais j'ai dû être marqué par l'éducation jésuite du XVIIe siècle — où les élèves étaient peut-être meilleurs dans certains exercices, mais où pour rien au monde on ne le leur aurait suggéré : monsieur Blaise Pascal, — peut mieux faire. Monsieur Arouet, au piquet. Quant aux autres… Ne pas être vain. On commence par en bas : on n'est rien, on aspire à devenir quelque chose — et le chemin est long.
Mais si vous avez vécu sous les années Mitterrand, et rien d'autre, vous ne pouvez pas comprendre. Depuis le milieu des années 80, on n'est quelque chose que si l'on est bien né — rue de Solférino.
Un ami qui faisait des conférences, cette année, dans l région de LIlle sur l'histoire de l'enseignement des maths, s'est vu répondre par une élève-IUFM : "1902, je ne sais pas, je n'étais pas née." Et un autre lui a reproché d'aborder des événements antérieurs à 1945 — le déluge…
Vous en revenez toujours au même principe : à quoi servent les notes : à écraser les tentations d'hubris, si je puis faire avec vous cette incursion dans la langue grecque classique. Le "bon" élève est toujours tenté par la démesure. Mettre une bonne note, c'est gonfler l'orgueil.
C'est à cela aussi que servent les "mauvaises" notes : elles sont un contrechamp moral. Je ne crois pas un instant que nous soyons là pour éduquer — mais pour instruire (voir Condorcet sur le sujet), parce que l'instruction bien menée suffit pour éduquer. Le Savoir est porteur de valeurs. La notation, les appréciations sauvages (et croyez-moi, il m'arrive d'être sauvage) sont là pour civiliser les barbares (littéralement : ceux qui ne parlent pas la langue de la civilisation — la nôtre, aujourd'hui). Et ceux qui disent le contraire sont des menteurs ou des hypocrites.
Suis-je clair cette fois ?
JPB

Ecrit par : brighelli | 06 mars 2006

Excusez moi mais je n'ai pas parlé de la note en soi ; je connais votre sentiment à ce sujet car vous me l'avez déjà donné.

Ce qui moi me questionne c'est : compte tenu de l'état calamiteux des élèves, (état que vous ne cessez de dénoncer, et que beaucoup de professeurs visiblement dénoncent), que pouvez vous évaluer aujourd'hui ?

Ainsi comment un professeur de seconde par exemple peut-il évaluer ses élèves si comme l'affirme le Collectif Sauver les lettres, les élèves n'ont absolument plus à ce jour ni les connaissances, ni même les compétences pour faire ce que l'on attend d'eux en Seconde ?!!

En d'autres termes, on ne peut pas dire d'un côté que les élèves sont victimes du système et de l'autre vouloir les "saquer" (par souci de sélection ou autres)!!!!

Il y a là pour moi quelque chose à la limite de l'aberration ??? Il me semble même que cela devrait au moins constituer un cas de conscience chez les enseignants.

D'où ma question : comment vous, professeur, vous vous arrangez de cela ?

Cécile

Ecrit par : cécile | 06 mars 2006

excusez moi d'insister mais pourquoi vous en général si prompt (et si péremptoire) refusez vous de répondre à cette question??? est-elle à ce point dérangeante ???

je vous la repose donc : compte tenu de l'état calamiteux des élèves, (état que vous ne cessez de dénoncer, et que beaucoup de professeurs visiblement dénoncent), que pouvez vous évaluer aujourd'hui ?

Ainsi comment un professeur de seconde par exemple peut-il évaluer ses élèves si comme l'affirme le Collectif Sauver les lettres, les élèves n'ont absolument plus à ce jour ni les connaissances, ni même les compétences pour faire ce que l'on attend d'eux en Seconde ?!!

En d'autres termes, on ne peut pas dire d'un côté que les élèves sont victimes du système et de l'autre vouloir les "saquer" (par souci de sélection ou autres)!!!!

Il y a là pour moi quelque chose à la limite de l'aberration ??? Il me semble même que cela devrait au moins constituer un cas de conscience chez les enseignants.

D'où ma question : comment vous, professeur, vous vous arrangez de cela ?

Cécile

Ecrit par : cécile | 09 mars 2006

Eh bien, puisque vous insistez tant, quitte à recopier votre propre question, nous dirons que ce que nous évaluons, ce sont les dégâts commis par les pédaogistes.
Et nous notons ce qui reste — ce qui surnage.
D'où notre propension à mettre des notes basses… Aux uns et aux autres.
Par ailleurs, pour être sérieux cinq secondes, nous évaluons aussi l'évolution desdits élèves. Parce que tout n'est pas perdu — jamais. Et que je ne désespère pas, quel que soit le niveau des élèves que je "touche" en début d'année, d'en faire quelque chose de mieux - bien serait excessif. Bref, comme pour tous les profs, je m'évalue moi-même.
Tous les profs sauf ceux qui ne notent pas : sans doute sont-ils hors classement, dans un sens ou un autre…
JPB

Ecrit par : brighelli | 09 mars 2006

Je ne comprends pas ce débat sur les notes ;

On applique un barème qui évalue des raisonnements et des connaissances. Personnellement, je donne un "contrat de révision" avant chaque DS, précisant le niveau à atteindre, le programme à réviser, les types de raisonnements à maîtriser.

Si l'élève a tout assimilé, si son raisonnement est clair, si toutes les étapes de la démarche expérimentale est assimilée, il a 20. Peu importe l' "orgueil". Je suis là pour faire des sciences, pas pour faire de la morale.

Sinon ça veut dire quoi ???

Que si un élève pique mon corrigé, il se tape 12 ? Ca m'inquiète si le prof ne vaut que 12 dans sa propre discipline. C'est précisément ce à quoi mène le dogmatisme pédagogiste.

Je connais des profs, interdits de correction de bac, qui collent des 4 et des 6 de moyenne à leurs classes, sont scientifiquement incompétentes et sont parfaitement odieuses avec les élèves. D'ailleurs, cela ne les empêche pas de flagorner avec la hiérarchie pédagogo.

Là encore, il y a des choses qui m'inquiètent dans vos propos. L'école n'a pas pour but de formater les gens à je ne sais quelle fatalité de la vie forcément "humiliante" et "injuste", ni de véhiculer je ne sais quelle valeur rédemptrice de la souffrance.

Ces sottises-là, les marxistes bêlants les ont proférées ; elles procèdent d'un fond de christianisme dévoyé, que Mérieu ne désavouerait pas. Des sottises comme celles de Sartre, pour qui les conquêtes sociales ne pouvaient être "arrachées" que dans le sang et la violence. .

Albert Memmi a écrit en 1993 un excellent dictionnaire "A contre-courants", et y remet bien des choses au clair sur les "complaisances" et les "errements" de notre temps.

Ecrit par : DUMOUCH Rodolphe | 09 mars 2006

Tiens ! Des profs (des femmes, apparemment) qui "flagornent avec la hiérarchie pédagogo"… Est-ce possible ?

Vous avez raison et tort, Rodolphe. Raison en ce que je m'emporte un peu, en ce moment, en réponse à des messages plus ou moins incohérents, qui ont pour but unique de me faire dire des choses extrémistes. Il n'y a pas de rédemption dans la souffrance (mais, parfois, des apprentissages : voyez en sport…).
Tort sur un point : j'en demande davantage à mes élèves que le rendu d'un cours. Je fais le pari, à chaque fois, que des étincelles de génie brilleront (et ça arrive, au fond, assez souvent — petites étincelles…). Le but ultime n'est-il pas d'avoir des élèves qui nous surpassent ? D'ailleurs, là aussi, voyez en sport les rapports de l'athlète (l'élève) et de son entraîneur (nous…).
Evidemment, certains n'y arriveront jamais. Mais c'est comme cela que l'on établit sa hiérarchie des notes.
Mon ami Laurent Lafforgue, le mathématicien, trouve par ailleurs que le niveau des "meilleurs" élèves — les prépas — s'effondre lamentablement. Dans ses moments de grande forme, il affirme qu'un Certificat d'Etudes de 1925 en comprenait davantage, en maths, qu'un Bac S de 2005. Sans doute veut-il parler de compréhension de la mathématique… Mais son avis, pour polémique qu'il soit, mérite qu'on s'y arrête.

Je ne sacque jamais pour le principe. Mais je ne peux pas accepter de mettre des notes correctes à des réalisations stupides, ou prétentieuses, ou erronées. Il m'arrive d'être dur, à l'oral, avec les élèves — pour les faire réagir. Les provoquer. Je crois m'y entendre. Bref, je fais de la pédagogie instantanée — je ne l'ai pas apprise, et je suis sûr d'une chose : ça ne s'apprend pas.

JPB

Ecrit par : brighelli | 09 mars 2006

D'accord.

Mais dans ma matière aussi on ne peut se limiter à rendre un cours. Là aussi on peut aller "plus loin".

Ecrit par : DUMOUCH Rodolphe | 09 mars 2006

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